Mon message lors de la conférence « Repenser le développement en Afrique » à l’Université de Columbia | SIPA

Le 27 septembre 2019, j’ai eu l’occasion de partager mon opinion et ma vision sur les grands enjeux qui animeront le débat sur le développement de l’Afrique à l’occasion d’une conférence organisée par Columbia University School of International and Public Affairs sous le thème : « Repenser le développement en Afrique ».

J’ai pu aborder les sujets suivants : les transitions de l’Afrique par rapport aux politiques ; la gouvernance par rapport aux politiques ; les incertitudes mondiales par rapport aux incertitudes de l’Afrique ; et les réflexions sur la façon de repenser le développement.

Il n’est pas prudent de continuer à considérer le « développement » dans les paradigmes traditionnels, considérant que le « développement » lui-même exige une nouvelle réflexion pour qu’une véritable transformation puisse avoir lieu, compte tenu des conditions actuelles.

En effet, les transitions critiques qui ont lieu sur le continent incluent les transitions démographiques, technologiques, naturelles, les changements climatiques, les systèmes de gouvernance ainsi que les transitions du développement humain. Aucune de ces transitions ne peut être traitée indépendamment et, de plus, les transitions rendent la tâche difficile aux jeunes de l’espace du développement, qui ont déjà une perception négative de l’action des responsables politiques. Par conséquent, les décideurs doivent bien comprendre ces transitions et s’y préparer adéquatement.

Les relations de pouvoir ont fondamentalement changé, ce qui signifie que les systèmes de gouvernance sont inadéquats. Par conséquent, l’inadéquation des systèmes de gouvernance rend le pouvoir non pertinent, comme cela a été démontré récemment dans plusieurs pays du continent.  Il y a donc un glissement du pouvoir du pouvoir centralisé vers des systèmes de gouvernance plus locaux et des communautés locales.

En outre, la gouvernance pourrait renforcer sa crédibilité grâce à des formes de gouvernance renouvelées et novatrices, comme c’est le cas d’un pays comme le Botswana, où l’inclusivité est un trait fort de son système de gouvernance. L’inclusion est donc un élément absolu et essentiel pour repenser le développement, contrairement à ce qui était le cas il y a des années.

En ce qui concerne les incertitudes mondiales et de l’Afrique, il a été observé que l’aide, qui était une composante importante des programmes de développement de l’Afrique, est en train de disparaître, le rôle du système multilatéral étant remis en question. En outre, un programme sur le développement durable mondial qui doit être appliqué par tous les pays montre que l’Afrique est à la traîne.

Cependant, l’Afrique s’intéresse maintenant à ses propres marchés régionaux et intérieurs par le biais de la Zone de libre-échange continentale africaine, ce qui signifie que même en cette période d’incertitude mondiale, l’Afrique a une grande chance à saisir. La fragmentation des pays africains nécessite que le continent mette en œuvre des solutions régionales aux défis nationaux et le renforcement des marchés régionaux et intérieurs pour restaurer la crédibilité des gouvernements nationaux.

Parmi les incertitudes de l’Afrique, on peut citer le fait qu’au cours des huit prochaines années environ, la plupart des présidents africains en exercice ne seront plus là, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux dirigeants qui sortiront des processus démocratiques. Les jeunes auront donc un rôle plus important à jouer dans les nouvelles administrations politiques du continent. Cependant, l’incertitude est de savoir si les nouveaux dirigeants émergeront de bases démocratiques solides ou de solutions populistes, ou même s’ils sortiront d’un nombre croissant de scénarios contradictoires.

En conclusion, j’ai réfléchi à la nécessité de repenser le développement, déclarant que la meilleure façon d’inclure les jeunes dans le cadre de développement de l’Afrique, Action 2063, est de les faire participer à sa conception et à sa mise en œuvre.

Un changement de paradigme est nécessaire dans la coproduction des politiques publiques. L’Afrique devra réinventer ses systèmes de gouvernance en responsabilisant les communautés locales et en mettant en œuvre des solutions régionales. Et la façon dont les gens s’identifient à la politique de développement, c’est la mesure dans laquelle ils sentent que leur dignité est respectée. De plus, repenser le développement, c’est aussi repenser les systèmes de justice.

Belinda Archibong, Professeure adjointe d’Économie à l’Université Columbia, intervenante à cette occasion, a déclaré que l’Afrique n’a pas vraiment besoin de développer l’aide, mais davantage le commerce. Elle a également noté qu’un autre domaine critique est celui de la réduction de l’écart de participation des jeunes dans les systèmes de gouvernance.

Akbar Noman, Professeur associé en Affaires internationales et publiques à l’Université de Columbia, également intervenant, a déclaré : « L’importance des transitions soulignées par le Dr Mayaki, en particulier celle sur la démographie, qui projette ce dont aura besoin la main-d’œuvre et ses liens avec le changement climatique, est importante pour répondre à la question de la création d’emplois.

Retrouvez l’intégralité de la conférence « Repenser le développement en Afrique » en vidéo, à l’Université de Columbia | SIPA le vendredi 27 septembre à New York. 

Le réchauffement climatique au cœur des préoccupations de l’agence de développement de l’Union africaine

L’AUDA-NEPAD inscrit la lutte contre le réchauffement climatique dans une perspective globale de développement économique du continent.

Le dernier Sommet sur le climat des Nations Unies a mis en exergue les différences d’approche entre les pays pollueurs, les grandes puissances industrielles et les pays qui en subissent les conséquences, notamment ceux africains. L’AUDA-NEPAD, porte dans son ADN cette dimension environnementale.

Depuis sa création, nous n’avons eu de cesse d’intégrer dans chacun de nos programmes, la durabilité et la protection de notre biodiversité. Depuis octobre 2001, avec le lancement de l’Initiative Environnement, ont été mis en place des dispositifs de lutte contre le réchauffement climatique, tels que la lutte contre la dégradation des sols, la conservation des zones humides, la conservation et l’utilisation durables des ressources marines et côtières, ou encore la conservation et la gestion transfrontalières des ressources naturelles.

L’AUDA-NEPAD s’engage dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063, qui à l’échelle du continent, pose un cadre stratégique commun pour promouvoir une croissance inclusive et soutenir un développement durable. Nous n’attendrons pas 50 ans pour agir. La première échéance est ainsi fixée à 2023.

« Cette illustration des objectifs à atteindre en 2023 montre la volonté de l’Union africaine de construire des économies et des communautés durables sur le plan environnemental et résilientes au climat, comme le préconise l’objectif 7 de l’Agenda 2063. »

La protection de la biodiversité, la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, la sécurité en eau, les énergies renouvelables : pour chacun de ces enjeux, des propositions fortes ont été arrêté, permettant aux états d’élaborer une feuille de route claire et chiffrée. Concrètement, à échéance 2023, la part des terres exploitées de manière éco-durable devra atteindre au moins 30% de l’ensemble. Désormais dans les négociations, les ressources naturelles transfrontalières devront être intégrées comme un capital naturel. La sécurité en eau passe par une meilleure gestion de l’eau de pluie et de l’irrigation avec notamment la promotion de l’utilisation des eaux usées recyclées à des fins agricoles ou industrielles. Par ailleurs, nous soutiendrons toutes les actions en faveur de la réduction de la part des combustibles fossiles dans la production totale d’énergie pour ramener celle-ci à moins 20% et d’augmenter d’au moins 10% la part des énergies renouvelables dans la production totale d’énergie.

Cette illustration des objectifs à atteindre en 2023 montre la volonté de l’Union africaine de construire des économies et des communautés durables sur le plan environnemental et résilientes au climat, comme le préconise l’objectif 7 de l’Agenda 2063.

Pour soutenir ces initiatives, l’ensemble des mécanismes de financement publics et privés sera mis à contribution. Au niveau national, entre 75% à 90% du financement de l’Agenda 2063 se fera par la mobilisation des ressources domestiques. Au niveau continental, dès à présent, la Banque africaine de développement a annoncé le doublement du montant de ses engagements financiers en faveur de l’action climatique, portant sa contribution à 25 milliards de dollars entre 2020 et 2025.

Les dépenses consacrées aux mesures d’adaptation aux changements climatiques ne se font pas à fonds perdu. Selon le dernier rapport de la Commission mondiale sur l’adaptation des Nations Unies, investir 1,8 milliard de dollars dans ces mesures pourrait générer 7,1 milliards de dollars d’avantages entre 2020 et 2030. Les Nations Unies confirment ainsi que l’antagonisme entre développement économique et lutte contre le réchauffement climatique ne se justifie plus économiquement.

Dans cette perspective, l’Agence de développement de l’Union africaine poursuit ses efforts en continuant d’innover dans les secteurs stratégiques générateurs de croissance tout en prenant ses responsabilités face aux défis mondiaux d’atténuation des effets du réchauffement climatique et d’adaptation à ces changements.

Il faut une discrimination positive en faveur des grands groupes africains

Jeune Afrique : Que va changer concrètement la transformation du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique en agence de développement  de l’UA (AUDA) ?

Ibrahim Assane Mayaki : Désormais, l’agence a une autonomie d’exécution et une liberté de mobilisation de ressources, par exemple avec des services de conseil aux États et aux organisations régionales. Ainsi, la Commission de l’Union africaine est délestée de certaines tâches d’exécution de politique de développement et pourra se concentrer sur l’orientation politique, la gouvernance, la paix, la sécurité…

 

Lire la suite de l’interview sur le site de Jeune Afrique.

Agriculture : réconcilier les mondes pour préserver nos terres

Le changement climatique touche toutes les régions du monde mais l’Afrique est le continent le plus confronté aux impacts négatifs de ce changement climatique à l’image de la hausse des températures, les sécheresses et les inondations.

De ce constat  alarmant, l’urgence de relever les défis posés par ce changement climatique impose plus que jamais une double approche : atténuer les causes et s’adapter aux conséquences.

C’est dans la perspective du Forum international de l’agriculture Planet A, qui se tiendra à  les 27 et 28 juin 2019 à Chalons-en-Champagne (France) que nous avons co-signé une tribune avec M. Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation français et M. Jean-Pierre Rennaud, président du Conseil scientifique de Planet A, afin de rappeler les grands enjeux climatiques et environnementaux de la planète.

Retrouvez l’intégralité de la tribune sur le site de l’Opinion

Industrie pharmaceutique : comment répondre aux défis liés à la santé en Afrique ?

Le marché pharmaceutique africain est l’un des marchés qui connaît la croissance la plus rapide au monde et devrait atteindre 52 à 60 milliards de dollars d’ici 2020. La production locale représente un potentiel énorme pour stimuler la croissance économique et industrielle sur le continent, tout en apportant une réponse locale, sûre et durable aux besoins sanitaires de l’Afrique.

La croissance de l’industrie pharmaceutique en Afrique était au cœur de la Conférence Africa Pharma, organisée les 4 et 5 juin à Johannesburg par l’AUDA-NEPAD. Cette rencontre a souligné l’énorme potentiel du marché, avec les avantages qui en découlent pour le développement économique et la sécurité pharmaceutique du continent. A cet égard, la conférence a formulé une série de recommandations claires à l’intention des dirigeants du continent qui sont nécessaires pour que l’industrie locale exploite pleinement son énorme potentiel. Les marchés africains ne sont pas destinés à rester la proie des trafiquants de médicaments périmés ou un terrain concurrentiel pour les entreprises étrangères. La baisse des dons internationaux et des récents chocs d’offre montrent pourquoi il est temps que l’Afrique prenne son destin en main.

Une forte volonté politique a déjà permis à l’Afrique du Nord de montrer l’exemple. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte couvrent 60% de leurs besoins en médicaments essentiels et exportent désormais les médicaments qu’ils produisent, y compris vers les marchés hautement réglementés de l’Ouest. L’Afrique du Sud a également ouvert la voie en développant sa production locale de médicaments génériques bon marché en créant à Aspen, l’un des dix premiers fabricants mondiaux de génériques.

Le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Nigeria, la Tanzanie… Tous ces pays développent des capacités de production locale, le Nigeria par exemple a plus de cent cinquante fabricants locaux. Sur 55 pays, l’Afrique compte 37 pays dotés d’industries pharmaceutiques nationales. Il convient également de noter les efforts déployés par les États pour mettre en place des systèmes d’assurance maladie. Du Bénin à la Tunisie, en passant par Djibouti, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie ou encore le Rwanda sont en train d’améliorer l’accès aux médicaments.

Bien que l’Afrique ne représente que 16 % de la population mondiale, il reste cependant beaucoup à faire sur le continent qui supporte 25 % du fardeau mondial des maladies. Le paludisme représente à lui seul un énorme défi de santé publique. C’est la maladie la plus mortelle en Afrique, devant la tuberculose et le VIH/SIDA. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Afrique subsaharienne représente 90% des 212 millions de cas de paludisme enregistrés en 2015 et 92% des décès causés par cette pandémie à la même année.

« l’Afrique de demain ne dépendra pas des donateurs pour ses besoins en médicaments, mais de ses propres ressources internes »

Comme le dit Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD) : « Le paludisme coûte à l’Afrique 12 milliards de dollars par an, soit 5 ou 6 % du PIB ». Entre 70% et 80% des médicaments consommés en Afrique sont importés, notamment d’Inde et de Chine. D’où la nécessité d’investir dans les industries locales pour approvisionner un marché en pleine croissance, sous l’impulsion du boom démographique et des progrès économiques importants – l’Afrique de demain ne dépendra pas des donateurs pour ses besoins en médicaments, mais de ses propres ressources internes. Par conséquent, elle devrait également être prête à s’approvisionner auprès d’entreprises basées en Afrique pour créer un cercle vertueux de développement économique et de santé.

Les partenariats, notamment avec l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ONUSIDA, sont essentiels. Même si le partenaire le plus important, en fin de compte, n’est autre que le citoyen africain qui n’a pas accès aux médicaments. Il est nécessaire de restaurer sa confiance dans les produits locaux, et pas seulement importés, qui ne sont pas seulement accessibles, mais dont la qualité est assurée de manière adéquate par les autorités réglementaires.

C’est pourquoi l’AUDA-NEPAD a publié une « loi type » sur la réglementation des produits médicaux pour inspirer les États qui n’ont pas ou ne souhaitent pas compléter leur législation pharmaceutique nationale. L’objectif est d’établir une autorité réglementaire nationale, qui pourra travailler en tandem avec l’Agence africaine des médicaments (AMA), qui sera bientôt créée, lancée en 2018 pour harmoniser les réglementations existantes et améliorer l’accès aux produits sûrs.

Le Plan de fabrication pharmaceutique pour l’Afrique (PMPA), mené depuis 2007 par l’Union africaine et ses partenaires dont l’ONUDI, ONUSIDA et l’OMS, vise également à harmoniser les politiques nationales. C’est ce que les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se sont engagés en 2013 à créer un marché unique des médicaments. Une avancée concrète vers l’intégration sous-régionale, qui mérite d’être saluée. Le temps est donc venu pour l’Afrique de prendre son destin en main !

 

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Zone de libre-échange continentale : la consécration du panafricanisme

À l’heure où les tensions commerciales augmentent à l’échelle mondiale, l’Afrique préfère opter pour l’intégration économique. Le 30 mai 2019 est désormais une date clé pour le continent. La ZLECAf est officiellement entrée en vigueur. Elle pose la première pierre d’un marché unique  de 1,2 milliard d’habitants, au PIB estimé à 2 500 milliards de dollars. Tous n’ont peut-être pas encore signé, certes, mais pas moins de 49 pays, dont l’Afrique du Sud, ont ratifié l’accord du 21 mars 2018. Les biens et services, mais aussi les personnes et les capitaux, vont théoriquement circuler librement à travers les vastes territoires africains. L’Afrique, sur les questions commerciales qui la concernent, va sur la base de cette logique devoir parler d’une seule voix. 

Il était temps ! Le commerce intra-africain, qui plafonne à 12 % de moyenne, contre 60 % pour l’Europe et 30 % en Asie du Sud-Est, regorge d’opportunités encore inexploitées. Diversifier la production, les exportations, créer des chaînes de valeur régionales… Tous ces leviers représentent les pièces de ce qui sera le moteur d’une croissance africaine inclusive. 

Nos économies, on le sait, restent extraverties. Les trois quarts des exportations portent sur des matières premières non transformées, à destination d’autres continents. S’ouvrir les portes à soi-même relève d’une question de bon sens, mais aussi de survie. Rien ne stimulera mieux les manufactures, l’agriculture, les industries agroalimentaires et donc l’emploi que l’ouverture de notre immense marché intérieur. 

Certaines règles, notamment tarifaires, doivent être précisées sur une première liste de produits lors d’une rencontre des experts de l’Union africaine avec les ministres africains du Commerce, prévue en juin à Kampala. Quant à la phase opérationnelle de la ZLECAf, elle sera lancée le 7 juillet, à l’occasion du sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA.

Entendons-nous bien cependant : tout ne reste pas à faire, mais bien à concrétiser. Le projet repose sur un socle déjà solide, le Plan d’action pour stimuler le commerce intra-africain (Action for Boosting Intra-African Trade, BIAT), lancé en 2012 par l’UA. Il s’agit de rendre la ZLECAf opérationnelle en levant au plus vite les contraintes au commerce intra-africain, liées notamment aux règles commerciales, aux infrastructures, au financement, à l’information et l’intégration du marché. Ce plan d’action se décline à court, moyen et long terme par pays, région et à l’échelle de l’Afrique.

N’oublions pas, enfin, que l’Afrique n’est pas isolée du reste du monde. Au contraire. Depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’économie mondiale a connu deux tendances transversales : l’essor de chaînes de valeur régionales et la négociation d’importants accords commerciaux régionaux – transatlantique, transpacifique ou continentaux, comme l’accord de partenariat unique entre l’ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Les dragons asiatiques ont émergé grâce à leur intégration régionale, entre autres. Dans le même élan, le “Made in Africa”, en ébullition, ne demande qu’à se libérer de ses carcans.

Les transferts de fonds de la diaspora, sources de financement incontournables pour l’Afrique

Les transferts de fonds de la diaspora, qu’ils soient formels ou informels, ont longtemps été sous-estimés. Pourtant, ils caractérisent une large part de la vie financière de l’Afrique. Ces flux financiers entre particuliers contribuent largement à la croissance économique des pays africains : entre 10 % et 20 % du PIB de certains pays, du Sénégal au Lesotho, grâce aux transferts d’argent qui passent par des canaux formels. Selon la Banque mondiale, les transferts d’argent vers l’Afrique subsaharienne représentent 46 milliards de dollars pour l’ensemble du continent en 2018. Cette manne est donc devenue plus importante que l’aide publique au développement.

Les bailleurs de fonds ont mis beaucoup de temps à réaliser l’importance des transferts d’argent en provenance de la diaspora africaine. Le premier rapport de référence a ainsi été publié seulement en 2010 par la Banque mondiale et la BAD. Ce dernier estimait alors que les 30 millions de ressortissants africains qui forment la diaspora, Afrique du Nord incluse, ont procédé à des transferts “formels” par des canaux bancaires classiques. (voir ci-dessous les principaux montants des transferts d’argent en Afrique)*

Autre catégorie de flux moins documentée – pourtant cruciale au quotidien -, sont les fonds qui transitent entre les pays africains, à l’image des opérateurs nigériens qui s’approvisionnent par exemple en intrants agricoles en Côte d’Ivoire, des expatriés somaliens qui subviennent aux besoins de leurs familles depuis l’Afrique du Sud, ou des constructeurs maliens qui s’approvisionnent en ciment au Sénégal. Ces échanges n’impliquent pas forcément des transferts directs. Ils reposent avant tout sur une forme d’économie « relationnelle » propre à notre continent et se fonde sur la confiance.

On constate aussi qu’une partie importante des transferts transitent par des voies informelles. En réalité, cet argent circule à travers des réseaux ingénieux, visant à contourner les réglementations sur le contrôle des changes ou les commissions prélevées sur les virements internationaux. Un simple appel téléphonique entre New York et Dakar suffit, via des banques gérées par les “Modou-Modou”, des petits commerçants appartenant à la communauté musulmane des mourides. Ces transferts dématérialisés reposent sur des réseaux de connaissances et d’intermédiaires prélevant de petites commissions : un opérateur informel au Maroc va par exemple prendre l’argent d’un sénégalais au Maroc qui souhaite le transférer chez lui, mais garder les espèces pour une transaction différente effectuée par un autre client sénégalais au Maroc.  

Les commissions sont deux fois moins élevées que les 10 % environ que facturent certains géants des transferts d’argent très actifs en Afrique et présents dans toutes les villes d’où partent les migrants, comme Louga au Sénégal ou Kayes au Mali. Le marché est immense, dès lors que 80% de la migration africaine s’effectue à l’intérieur du continent selon l’Union africaine. 

Ces agences se partagent l’essentiel d’un secteur en pleine expansion, 61 % des parts d’un marché de 4 milliards de dollars par an d’après la Banque mondiale. Un filon convoité par les banques (32 % des parts de marché), les postes (5 %), mais aussi, de plus en plus, par les opérateurs de téléphonie mobile. Certains opérateurs notamment au Kenya ont changé la donne à l’image du porte-monnaie électronique M-Pesa. La formule a fait des émules un peu partout sur le continent.

Qu’en conclure ? La balle se trouve donc dans le camp des banques et des opérateurs du secteur formel, et non celle des tontines ou des usuriers. Les banques et les opérateurs qui se sont lancés dans le mobile banking devraient être accompagnés par les États, dotés de systèmes de garantie pour les crédits aux ménages et aux PME. 

Deux pays donnent l’exemple. L’Éthiopie a lancé en 2002, un site Internet, l’Ethiopian Diaspora Directorate, qui recense pour les membres de la diaspora les opportunités d’investissement dans le pays. Très active dans leur pays d’origine, la diaspora éthiopienne a investi plus de 56 millions de dollars dans le projet de construction de l’un des plus grands barrages hydroélectriques d’Afrique, le Grand Renaissance. Le Rwanda, lui, a lancé en 2012 le fonds souverain de solidarité Agaciro, qui a rassemblé en quatre ans 51,5 millions d’euros.

De fait, les success stories financières africaines ne manquent pas. Le réseau de transfert de fonds Dahabshiil, fondé en 1970 à Dubaï par l’homme d’affaires somalien Abdirashid Duale, a pris les dimensions d’une multinationale… Il compte plus de 2 000 employés dans 144 pays, qui ont l’avantage de recevoir des salaires déclarés, avec des fiches de paie. Un bon moyen de sortir du secteur informel, tout en tirant parti de l’apport colossal des émigrés, qu’ils soient sur le continent ou ailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Source : The Global Knowledge Partnership on Migration and Development, 2019

Journée mondiale de l’Afrique : vers des solutions durables aux déplacements forcés

La Journée de mondiale de l’Afrique nous permet, en tant qu’Africains, de célébrer la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) le 25 mai 1963. Une date qui marque une étape importante dans l’histoire de notre continent, une étape où les fondateurs ont signalé au monde que les Africains étaient prêts à travailler ensemble. La solidarité panafricaine est la clé de notre avenir. 

Kwame Nkrumah, l’un des leaders à l’origine de la création de l’OUA, disait : “Les forces qui nous unissent sont intrinsèques et supérieures aux influences superficielles qui nous séparent”. C’est encore le cas aujourd’hui dans le cadre de l’Union africaine où l’accent est mis non seulement sur les défis politiques, mais aussi sur les défis économiques et le développement, ainsi que sur la création d’opportunités actuelles et futures pour la jeunesse africaine. 

Les personnes déplacées, sujet majeur pour l’Afrique, font l’objet d’une discussion permanente entre les responsables africains et la communauté internationale, en quête de solutions adaptées, transfrontalières et transversales. Cette responsabilité sociétale de premier plan voit aussi les gouvernements africains s’emparer de la question, pour en discuter avec d’autres partenaires du secteur privé et de la société civile à l’intérieur de leurs frontières. 

Priorité de l’Union africaine pour 2019, les réfugiés et les personnes déplacées ont été au coeur des African Dialogue Series (ADS) 2019, du 21 au 23 mai à New York, organisés par le Bureau du conseiller spécial sur l’Afrique (OSAA), en collaboration avec la Commission de l’UA (CUA) et en présence de nombreuses grandes agences des Nations unies.  Ce sujet est tombé à point nommé, juste avant la célébration de la Journée mondiale de l’Afrique, le 25 mai à New York, par la mission permanente de l’UA auprès des Nations unies. 

Les chiffres montrent que l’Afrique subsaharienne abrite près de la moitié des 11,8 millions de nouvelles personnes déplacées dans le monde à cause des conflits pour la seule année 2017, selon l’International Displacement Monitoring Center (IDCM). Le pays le plus touché est la République démocratique du Congo, avec 2,2 millions de nouveaux déplacements en 2017, sur un total de 4,5 millions de personnes déplacées. Viennent ensuite le Soudan du Sud, l’Éthiopie et la République centrafricaine. Du bassin du Lac Tchad à la Somalie, les conflits sont le plus souvent en cause, de même que la sécheresse et les catastrophes naturelles. On oublie trop souvent que ces phénomènes naturels causent de nombreux déplacements de personnes (2,6 millions de personnes en 2017). 

Cette question complexe interpelle en premier lieu les pays signataires, en 2009, de la Convention de Kampala sur la protection des personnes déplacées. L’Afrique s’est engagée à apporter des réponses, puisque les personnes déplacées relèvent des autorités de leur pays. À New York, un diagnostic très simple a été posé, portant sur la bonne gouvernance. Celle-ci se trouve au cœur des solutions, d’abord et avant tout pour assurer la dignité des citoyens, qui doivent avoir la maîtrise de leur propre destinée. Les bonnes pratiques ont par ailleurs été évoquées, avec l’exemple du Niger, premier pays africain à adopter en 2018 une loi nationale sur la protection et l’assistance des personnes déplacées.

C’est une bonne chose que la célébration de la Journée mondiale de l’Afrique nous permette de réfléchir à la meilleure façon pour le continent et ses partenaires d’assumer leurs responsabilités. C’est pourquoi, en tant qu’Agence de développement de l’Union africaine – NEPAD, nous voudrions transmettre nos meilleurs vœux à tous les Africains partout sur Terre. Ensemble, nous gagnerons ce combat et réaliserons « l’Afrique que nous voulons ».

Statistiques, industrialisation et révolution agricole, 3 défis pour le continent : une lecture de l’Afrique en transformation de Carlos Lopes

L’Afrique et le défi statistique
L’Afrique doit investir dans la production de données de meilleure qualité, car l’absence de systèmes statistiques fiables et indépendants peut compromettre aussi bien le diagnostic que la prévision. Nombre d’analyses sont faussées par l’absence de statistiques fiables. Ainsi, dans de nombreux pays, le Produit intérieur brut serait sous-estimé, avance Carlos Lopes. Mais si l’on mesure mal la richesse, comment mettre en place les politiques fiscales appropriées ? La capacité contributive de l’Afrique est sans doute minorée. Un effort d’imposition de 1% supplémentaire, qui peut sembler marginal, rapporterait pourtant davantage que la totalité de l’aide au développement des pays industrialisés ! Nous le répétons volontiers, mais ce point est essentiel : le renforcement des capacités statistiques de l’Afrique doit être une priorité, tant pour les pays pris séparément que pour l’Union Africaine et les organes qui y sont rattachés. Ce fut un des points clés de la stratégie de Carlos Lopes quand il était à la tête de la CEA.

L’Afrique et le défi de l’industrialisation
Le livre de Carlos Lopes alimentera la réflexion sur le modèle de développement que doit emprunter l’Afrique pour créer les conditions d’une transformation structurelle de son économie. Car, en dépit d’une résilience remarquable observée depuis la crise financière de 2008, en dépit de taux croissance moyens parmi les plus élevés de la planète ces dix dernières années, le Continent n’a pas réussi à créer suffisamment d’emplois ni même à endiguer l’extrême pauvreté. Le dynamisme de ses marchés intérieurs, la bonne tenue de ses exportations et l’augmentation significative des flux d’investissements ne compensent pas l’absence de véritables politiques industrielles.
Les exemples du Brésil de la période 1950-1980, de la Chine qui, après sa révolution agricole, s’est transformée en usine du monde, et, plus récemment, de la Malaisie ou des Émirats Arabes Unis montrent que l’émergence est inséparable du processus d’industrialisation. Le constat que dresse Carlos Lopes est préoccupant : la part de l’Afrique dans la production industrielle mondiale a régressé d’un quart entre 1980 et 2010, passant de 1,9% à 1,5%. L’auteur plaide pour un protectionnisme intelligent, inspiré des politiques mises en place dans les pays devenus émergents, et pour une approche volontariste des pouvoirs publics à ce sujet. L’échec des tentatives d’industrialisation menées dans les années 1960 et 1970 ne doivent plus servir d’excuse à l’inertie car les contextes et les objectifs ont radicalement muté.

L’Afrique et le défi de la productivité agricole
Il est urgent de changer notre regard sur l’agriculture et de reconnaître que « l’agriculteur est un entrepreneur comme un autre », pour reprendre la formule que j’employais dans mon livre L’Afrique à l’heure des choix (Armand Colin, 2017). C’est aussi l’idée martelée avec force par Carlos Lopes qui souligne que les défis de l’industrialisation et de la modernisation du secteur agricole sont intimement liés. Certes, la plupart des pays du continent ont doublé leur taux moyen de transformation après le lancement du PDDAA, en 2003, et l’augmentation de la productivité agricole a atteint 67% en moyenne, mais ce taux masque d’énormes disparités. Les progrès restent insuffisants, même si l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou le Ghana ont accompli des performances remarquables. Le rendement moyen des cultures céréalières en Afrique ne représente que 40% du rendement mondial moyen. L’agriculture de subsistance sur de petites parcelles, caractérisée par une très faible productivité, reste le mode de production dominant (80%). Il ne permet pas de dégager des surplus. Marginalisés, les exploitants ont peu accès aux financements et ne parviennent pas à s’intégrer dans la chaîne de valeur.
Un changement de paradigme est pourtant indispensable. L’agriculture africaine va devoir accompagner la croissance démographique exponentielle et l’urbanisation rapide du continent : dès 2020, 50% des Africains vivront en ville. La révolution de l’agro-business ne saurait être différée plus longtemps et les leaders de cette révolution doivent être ceux qui sont appelés les « petits producteurs ».

Quelques conseils aux boursiers Tutu…

Le 29 avril, je me suis rendu à Stellenbosch, dans la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud, pour échanger avec les boursiers Desmond Tutu 2019. Mon ouvrage, l’Afrique à l’heure des choix, a suscité une discussion passionnante et j’ai encouragé les boursiers à essayer, avec diligence, d’allier les solutions techniques aux solutions politiques dans tout ce qu’ils entreprennent. J’ai mis en avant les exemples suivants pour illustrer ce point : si les boursiers, travaillent dans l’agriculture, leur objectif pourrait renforcer une association d’agriculteurs, ou s’ils travaillent dans le domaine de la santé, cela pourrait aider une communauté en matière nutrition.

J’ai également exhorté les boursiers à se créer des réseaux au-delà de leurs domaines actuels, car cela leur permettra de créer des synergies et d’avoir un plus grand impact dans la société. J’ai également encouragé les jeunes dirigeants en affirmant que les changements progressifs apportés à court et à moyen terme contribueront à la réalisation des objectifs à long terme et susciteront ainsi une transformation.

J’ai conclu en disant que la valeur de toute démocratie réside dans ses valeurs inhérentes de dignité, de liberté et d’égalité, qui sont essentielles pour un système démocratique afin d’éviter le développement de conflits.