Favoriser le régionalisme africain à travers le développement des transports

Chaque année, l’Afrique progresse, lentement mais surement, vers une meilleure intégration politique et économique. De nombreux chantiers sont en cours, à l’image de la mise en place de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) ou encore du Single African Air Transport Market. Il faut dire qu’aujourd’hui, le potentiel du commerce intra-africain reste encore sous-exploité, représentant seulement 12% du commerce total de l’Afrique. Et l’une des premières causes de la faiblesse de ses échanges commerciaux intracontinentaux reste des coûts de transport plus élevés que dans d’autres régions.

Dans une récente note de recherche, intitulée « Régionalisme en Afrique : Coûts de transport soft and hard », l’Agence française de développement (AFD) illustre justement l’existence d’un lien de causalité entre le niveau des coûts de transports et les faiblesses du régionalisme en Afrique. Sur le plan tarifaire, les chercheurs estiment que si les pays africains ont effectivement baissé les tarifs sur les produits de leurs partenaires commerciaux, leur niveau moyen reste plus élevé en Afrique que dans le reste du monde. Mais de nombreux autres obstacles participent à ces coûts du commerce comme des régulations excessives ainsi que des délais d’attente aux frontières et dans les ports préjudiciables pour les entreprises.

Cette note se focalise principalement sur l’analyse des mesures de facilitation du commerce (soft) et les indices de la performance logistique (hard), deux dimensions distinctes des coûts de transport. Dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale, le point de vue des entreprises est présenté à travers leur perception de la régulation et des capacités institutionnelles par exemple, constituant des indices soft. À l’inverse, le Logistic Performance Index (LPI) se base sur six aspects beaucoup plus quantitatifs et concrets (hard) comme la capacité à suivre les transports ou la fréquence à laquelle les envois arrivent en temps et en heure à bonne destination. Mêlant ces différentes données issues de la Banque mondiale, la conclusion est la même sur les deux aspects : l’Afrique est en queue de peloton, même par rapport à d’autres régions émergentes.

Il y a donc urgence à agir pour désenclaver les pays africains entre eux à travers un grand nombre de mesures. Notre continent a tout à gagner à ce que les marchandises « circulent mieux dans un espace plus intégré » et que « des chaînes de valeur » puissent « se mettre en place au niveau africain avant de rejoindre les circuits internationaux ». L’importance à accorder au secteur des transports et à la performance logistique est donc décisive pour permettre à l’Afrique d’augmenter la taille de ses marchés et de réaliser des économies d’échelles.

En parallèle, l’intégration régionale doit prendre corps au niveau institutionnel et réglementaire, pour décongestionner nos frontières et nos ports par l’harmonisation de nos politiques douanières. S’il parvient à combler ce retard, notre continent sera en capacité de générer un surplus d’intégration et donc de croissance économique, dont les gains profiteront à nos populations et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Il ne nous reste plus qu’à prendre ensemble, nous pays africains, la route de l’intégration régionale en brisant les barrières qui entravent nos relations commerciales.

Infrastructures, agriculture, tuberculose : une semaine à New York sous le signe de l’action

Je voudrais partager avec vous quelques impressions de New York, où je me suis rendu pour représenter l’Agence du NEPAD à la 73èmesession de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette semaine fut riche en événements et en échanges. Ma rencontre avec Rodger Voorhies, le directeur exécutif de la Fondation Bill et Melinda Gates, a permis d’évoquer le programme d’accélération de la croissance agricole en Afrique, porté par l’Agence du NEPAD, et de réfléchir aux opportunités de partenariat autour du projet AATS (Africa Agriculture Transformation Scorecard– les « fiches d’évaluation de la transformation agricole en Afrique). La rencontre avec le Dr Andrew Steer, président du World Resource Institute, qui collabore avec l’Agence du NEPAD sur le programme AFR100 pour restaurer 111 millions d’hectares de terres arables en Afrique à l’horizon 2030, a été l’occasion de faire le point sur l’avancement de ce partenariat stratégique. Enfin, l’approfondissement du dialogue entre l’Agence du NEPAD et le bureau régional du PNUD en Afrique a été au cœur de mes chaleureux échanges avec la nouvelle directrice générale de cette institution, Ahunna Eziakonwa.

Notre continent, l’Afrique, a reçu un hommage particulier à New York. Cette 73èmesession de l’Assemblée générale était en effet dédiée à la mémoire du plus inspirant de nos leaders, Nelson Mandela, dont nous célébrions le centenaire de la naissance. Après l’Union africaine, qui avait honoré « Madiba » lors du sommet de Nouakchott des 1eret 2 juillet dernier, c’était donc au tour de l’ONU d’invoquer l’héritage du père de la Nation sud-africaine : l’Assemblée générale a proclamé la décennie 2019-2028 « Décennie Nelson Mandela pour la paix ». Mandela est devenu un symbole universel, qui transcende les frontières, les continents et les époques. C’est évidemment une fierté pour tous les Africains.

Nous pouvons et devons donner l’exemple : à rebours d’un discours misérabiliste tendant à présenter notre continent comme celui des crises, comment ne pas souligner qu’une des meilleures nouvelles récentes pour la paix est venue d’Afrique : la réconciliation entre l’Ethiopie et l’Erythrée, qui ont décidé de surmonter leur contentieux territorial pour mettre un terme à un conflit vieux de 20 ans. Cette nouvelle ouvre des perspectives pour la relance de l’intégration régionale, qui a connu un coup d’accélérateur avec la création de la ZLEC, la Zone de libre échange continentale. La ZLEC sera un processus long, mais elle apparaît déjà comme une concrétisation tangible de l’idéal panafricain. Le président du Rwanda et président en exercice de l’Union africaine, Paul Kagamé, l’a justement rappelé lors de son discours à la tribune de l’ONU…

Mais l’intégration africaine passera par les infrastructures et, à ce sujet, une rencontre cruciale sur leur financement a été organisée à l’initiative du Nepad, le 25 septembre, au Nasdaq de New York. Notre agence coordonne la participation du secteur privé aux grands projets structurants du PIDA (Program for Infrastructure Development in Africa). Cette réunion a permis de sensibiliser et de mobiliser les secteurs financiers africain et international. Nous encourageons les fonds de pension africains à consacrer au moins 5% de leur portefeuille d’investissements (qui s’élève à 1,1 trillion de $) aux infrastructures, notamment à travers les PPP. Nous devons être exemplaires si nous souhaitons être accompagnés par nos partenaires internationaux !

L’Agence du NEPAD est aussi pleinement engagé dans la lutte contre la tuberculose, qui a tué 2,6 millions d’Africains en 2016. La rencontre de haut niveau « Unis pour mettre un terme à la tuberculose : une réponse continentale », que nous avons organisé le 25 septembre, a permis aux gouvernements africains, à leurs partenaires et aux grands donateurs de renouveler leur engagement à combattre ce fléau à travers la coopération multilatérale. Nous sommes convaincus que seule une réponse continentale et multidimensionnelle, associant étroitement tous les acteurs, publics et privés et les populations, est pertinente pour trouver une solution à ce drame.

Mais il faut également pouvoir réagir face aux urgences et aux crises sanitaires qui se jouent des frontières. C’était l’objet du second dialogue humanitaire organisé sous l’égide de l’Agence du NEPAD, le 28 septembre à New York, dans le cadre de son initiative Move Africa, qui vise à mettre en place des corridors permettant d’accélérer et de faciliter le travail des organisations humanitaires ».

Toutes ces initiatives témoignent de la volonté de l’Union africaine et de l’Agence du NEPAD : agir le plus concrètement possible pour créer les fondations d’un futur meilleur pour notre Continent. Nous y reviendrons.

Que faire pour lutter contre la mortalité infantile en Afrique ?

Alors que la mortalité infantile est en recul dans le monde, il reste encore de nombreux progrès à accomplir dans ce domaine, en particulier en Afrique. Selon le dernier rapport conjoint de l’UNICEF, de l’Organisation mondiale de la Santé, de la Division de la population des Nations Unies et de la Banque mondiale, ce sont encore 6,3 millions d’enfants qui sont morts l’an dernier dans le monde, dont près de la moitié en Afrique subsaharienne. Bien sûr, ce chiffre est à rapporter aux 14,3 millions de décès d’enfants enregistrés dans le monde en 1990, mais il souligne également le fait que l’Afrique, elle, n’a pas beaucoup progressé. Il témoigne des insuffisances existant encore en termes d’accès aux soins d’urgence, de prise en charge des maternités, d’accès aux médicaments de base, et de respect de règles d’hygiène élémentaires.

Il convient de noter qu’au cours de la même période, le PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (en dollars constants de 2011) est passé de 47 199 milliards de dollars à 112 261 milliards de dollars, soit 2,37 fois la richesse mondiale en 28 ans. La corrélation entre l’amélioration du niveau de vie et la baisse de la mortalité infantile est à double sens. La baisse de la mortalité infantile se traduit par une augmentation de la population active et de la production nationale. Ce résultat dénote également une constance dans l’application de mesures destinées à améliorer le confort de vie des populations, et s’explique notamment par une transition démographique bien gérée.

 En effet, le taux de mortalité infantile est empiriquement plus élevé dans les sociétés où il y a plus d’enfants, entre lesquels se répartissent des ressources financières et médicales limitées, ce qui entraîne une diminution des ressources disponibles pour chaque enfant. Pour un même revenu, la concentration des ressources sur un plus petit nombre d’enfants permet une prise en charge plus efficace et de meilleures chances pour chaque enfant d’atteindre l’âge adulte dans de bonnes conditions. Mais le facteur clé de la transition démographique a toujours été l’augmentation du niveau de vie et non une baisse contrôlée du taux de natalité, même en Chine.

 En Afrique subsaharienne, où une vaste majorité de la population reste dépendante des travaux des champs non mécanisés (jusqu’à 70%), le nombre d’enfants est étroitement lié à la productivité de l’unité familiale. C’est pourquoi la transition démographique et ses bénéfices en termes de santé infantile tardent à se faire sentir. Cela explique pourquoi l’Afrique subsaharienne porte encore une part disproportionnée des décès d’enfants dans le monde. Alors que le PIB mondial augmentait, le PIB de l’Afrique subsaharienne augmentait plus lentement, passant d’une parité de pouvoir d’achat constante de 1 300 milliard de dollars en 1990 à 3 574 milliards en 2017. Dans les pays à revenu élevé, un enfant sur 185 est mort avant son cinquième anniversaire. Le chiffre est de un enfant sur treize en Afrique subsaharienne.

 Ceci est d’autant plus inacceptable que les solutions à ce fléau sont bien connues et « faciles » à mettre en œuvre. La plupart de ces décès pourraient être évités grâce à la vaccination, l’assainissement et un meilleur accès aux médicaments de base. Il est donc nécessaire de repenser l’ensemble du système sanitaire et hospitalier : l’éducation, l’hygiène, la formation de médecins spécialistes et généralistes compétents. Il faut également compléter la pyramide sanitaire par un maillage plus efficace des territoires en centres de soins, cliniques, hôpitaux régionaux et nationaux.

 L’expérience des pays africains qui ont essayé avec succès telle ou telle solution devrait être reproduite. Apprenons de nos propres expériences ! Par exemple, la propagation des antibiotiques au Niger a permis de réduire de façon significative le taux de mortalité infantile, peut-être jusqu’à 25 %. Au-delà des solutions techniques, ce sont parfois les mentalités qui doivent encore changer, comme l’illustre la crise d’Ebola en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria en 2015, où de simples changements dans les rites funéraires ont joué un rôle essentiel dans l’éradication de l’épidémie.

Afrique, Chine et dette : ne nous trompons pas de débat

L’été 2018 du président XI Jinping aura décidément été marqué par l’Afrique. En juillet, le président chinois a choisi l’Afrique comme première destination internationale depuis sa réélection à un nouveau mandat de cinq ans, avec différentes étapes au Sénégal, au Rwanda, en Afrique du Sud – à l’occasion du sommet des BRICS – et à Maurice. Et ce lundi s’ouvre la 7e édition du Forum sur la coopération sino-africaine (FCSA) à Pékin où nombre de chefs d’États africains seront présents.

Certains n’hésitent pas à parler du sommet de la « ChinAfrique » avec tout ce que ce terme comporte de péjoratif. Depuis plusieurs années maintenant, les relations entre la Chine et l’Afrique font l’objet d’une dense littérature, présentant la Chine comme un ogre économique ayant besoin des matières premières africaines pour nourrir sa croissance économique. Depuis près de 10 ans maintenant, la Chine a surpassé les États-Unis comme premier partenaire commercial du continent africain, avec en 2017 près de 170 milliards de dollars d’échanges commerciaux dans les deux sens (soit le quadruple du volume des échanges avec les États-Unis). Souvent accusée de néocolonialisme, la Chine fait désormais face aux critiques longtemps réservées aux puissances occidentales…

Aujourd’hui, c’est la dette contractée par les États africains auprès de la Chine qui fait l’objet de toutes les attentions. D’après le China Africa Research Institute, au moins 132 milliards de dollars ont été empruntés par les États africains depuis 2000. Un chiffre à relativiser à l’échelle d’un continent, mais à scruter de près d’un pays à l’autre, surtout lorsque la Chine représente une part importante de la dette bilatérale. Ainsi, quelques chiffres sont éloquents sur la part de la Chine dans la dette de certains pays : 70% au Cameroun, 72% au Kenya et plus de 80% à Djibouti. Le parallèle avec la situation de certains pays asiatiques qui se sont trop endettés auprès de Pékin comme le Sri Lanka soulèvent des inquiétudes dans certaines capitales africaines quant au risque de perte de souveraineté.

Croire néanmoins que les dirigeants africains ne sont pas conscients des problèmes que peut soulever une trop grande dépendance financière l’égard de Pékin serait naïf. Il faut en outre savoir que même si nombre d’investisseurs se pressent à la porte de l’Afrique, les États africains conservent parfois certaines difficultés à emprunter et les conditions de financements de la Chine restent souvent très attractives. Or tous les pays du continent ont besoin de massivement investir pour se développer. Chaque État doit donc trouver un juste équilibre parmi ses bailleurs, pour ne pas se retrouver en trop grande situation de dépendance avec tel pays ou telle institution internationale.

Prenons l’exemple du Ghana. En ce moment, le président Akufo-Addo négocie une ligne de crédit de deux milliards de dollars auprès de la Chine pour financer les infrastructures du pays, notamment le réseau routier. En parallèle, le Ghana cherche des mécanismes de financement innovants, en choisissant de procéder à un contrat avec China’s Sinohydro Corp mettant une enveloppe de deux milliards de dollars à disposition de l’État ghanéen en échange de produits raffinés de bauxite. Alors que l’opposition dénonce cet accord, elle a choisi de s’appuyer sur l’expertise du FMI en demandant son avis à l’institution de Washington sur l’impact de ce deal sur la dette ghanéenne. Même l’État ghanéen, dont le programme de sauvetage se termine en avril prochain, a choisi de continuer à collaborer avec le FMI pour bénéficier de sa supervision. Diversifier les bailleurs de fonds et recourir au maximum de conseils extérieurs pour continuer à consolider les finances publiques est une voie équilibrée permettant aux États africains de disposer de maximum de cartes en main.

Le vrai sujet n’est donc pas tant la dette chinoise que la gestion de la dette par les pays africains eux-même, sur la base de décisions d’investissement qui répondent à des priorités de développement. Car depuis quelques années, la dette publique africaine s’est emballée, notamment avec la crise des matières premières. Fin 2017, la dette publique moyenne en Afrique subsaharienne atteignait 57% du PIB, l’équivalent d’un quasi-doublement depuis 2012. Certains s’abritent encore derrière le fait que les pays africains ont un niveau de dette bien moins élevé que les pays occidentaux, mais c’est faire fi des différences fondamentales entre leurs économies et les nôtres qui sont souvent caractérisées par une faible capacité de mobilisation des recettes fiscales et des taux d’emprunt plus élevés. Nous sommes responsables vis à vis des générations futures pour bâtir le développement de nos pays sur le long terme en faisant appel à un large éventail d’outils de financement. Cela passe, non seulement  par une gestion budgétaire rigoureuse, mais aussi par un consensus politique minimal sur les choix de sociétés que nous voulons construire. Notre dette vis à vis de la Chine doit rester dans le périmètre de notre souveraineté.

À l’heure où les BRICS affirment leur proximité, le commerce intra-africain doit être notre priorité

Alors que les chefs d’État des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) sont réunis en Afrique du Sud pour leur dixième sommet, il me semble essentiel de rappeler pourquoi la question du commerce intra-africain est cruciale si nous voulons nous affirmer en tant que continent à jeu égal avec les autres grands émergents du Sud. Il est encourageant de constater que nous avons pour la première fois de notre histoire panafricaine réalisé une avancée politique majeure sur ce sujet. En mars, 44 pays africains ont signé l’accord de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC), un pas de géant pour notre continent dont l’intégration économique et politique reste encore bien trop faible.

Dans son dernier rapport sur l’état du commerce africain[1], Afreximbank souligne que si le commerce intra-africain pèse 128,25 milliards de dollars, en hausse de 5,6% entre 2016 et 2017, sa part dans le volume total des échanges commerciaux du continent reste faible. En 2017, cette part est d’ailleurs retombée en dessous de la barre des 15% de l’ensemble des échanges commerciaux du continent, s’élevant à 907,63 milliards de dollars.

Or, avec la mise en place de la ZLEC, les experts estiment que l’on peut s’attendre à une croissance de plus de 50% du commerce intra-africain d’ici à 2022. Cette part du commerce des pays africains est d’autant plus importante à développer qu’elle est souvent mieux équilibrée que nos échanges vers l’extérieur du continent. En effet, entre 2012 et 2016, le commerce intra-africain était composé à 43% de biens manufacturés contre seulement 20% vers le reste du monde.

Néanmoins, la mise en place concrète et effective de la zone de libre-échange du continent africain ne sera pas une mince affaire. Tout d’abord une signature n’est pas synonyme de ratification, et l’accord va donc devoir passer par ce stade de la ratification dans un grand nombre de pays. De plus, les immenses disparités entre les pays ne vont pas manquer de causer des difficultés d’harmonisation.

Mais surtout, il manque encore des signataires ! Des pays comme le Nigeria, la Namibie, le Burundi ou encore le Bénin n’ont pas encore adhéré à l’accord. Chacun de ces États exprime des réticences causées par des pressions de certains secteurs économiques, craignant une soudaine concurrence exacerbée avec l’adhésion à la ZLEC. Mais nous devons convaincre les différents gouvernements de l’importance de rejoindre ce projet avec des gains sur le long terme pour tous. Sans compter que des mesures d’accompagnement sont prévues sur le court terme pour préparer les secteurs économiques qui seront fragilisés par l’accord.

La route vers l’intégration du continent est donc encore longue car, malgré les avancées douanières et réglementaires que va permettre la ZLEC, les obstacles restent nombreux. Comment imaginer en effet faire de l’Afrique une zone de libre-échange avec des flux pouvant circuler facilement si le continent pêche toujours par son déficit d’infrastructures ? Nous investissons 45 milliards de dollars par an dans les infrastructures[2], mais c’est le double qui serait nécessaire. Il serait en effet temps que la Banque créée par les BRICS s’intéresse de plus prêts aux projets d’infrastructures régionaux du continent. De plus, pour faire du commerce et exporter, les entreprises ont besoin de financements. Or seulement un tiers du commerce africain est soutenu par les institutions bancaires, et on estime à 90 milliards de dollars les demandes de financements non-satisfaites par les entreprises africaines. Enfin, ce projet d’une Afrique plus intégrée nécessite l’adhésion des Africains eux-mêmes. Nous avons besoin de toutes les forces vives de nos nations, ainsi que de nos diasporas, pour mener à bien ce projet qui peut changer la dimension de notre continent dans les affaires économiques et politiques mondiales.

En nous unissant comme ont su le faire les Européens, malgré les difficultés qu’ils traversent aujourd’hui, nous pouvons radicalement modifier le poids de l’Afrique dans les institutions internationales comme l’OMC. Si le continent africain parlait d’une seule voix, notre influence serait beaucoup plus forte que 55 voix tentant se faire entendre chacune de son côté. C’est seulement en faisant bloc que nous pourrons changer le cours des événements et peser dans les affaires du monde, notamment dans les nouvelles enceintes qui donnent la part belle aux voix du Sud.

[1] African Trade Report 2018, “Boosting Intra-African Trade: Implications of the African Continental Free Trade Area Agreement”, Afreximbank

[2] Moody’s, Sovereigns – Africa, Intra-regional trade can promote growth, but infrastructure and non-tariff barriers limit upside »

Les changements climatiques impactent l’Afrique jusque dans ses symboles les plus anciens

Au mois de juin, l’étude d’une équipe de chercheurs publiée dans la revue Nature Plants alertait sur la disparition progressive depuis une dizaine d’années de la grande majorité des plus vieux baobabs d’Afrique*. Huit des treize plus vieux d’entre eux sont partiellement ou totalement morts au cours de ces 12 dernières années. Un phénomène spectaculaire et très inquiétant lorsque l’on sait que les baobabs sont des arbres qui peuvent vivre des milliers d’années.

L’Afrique est le continent qui abrite le plus de baobabs au monde, avec une concentration particulière à Madagascar. Rien que sur « l’île rouge », pas moins de six espèces de baobabs sur les neufs existantes sont recensés. Le plus connu est l’Adansonia digitata, ou baobab africain, que l’on retrouve dans de nombreux pays du continent.

Si la disparition progressive des baobabs ne me laisse pas indifférent, c’est parce qu’ils occupent une place particulière dans les sociétés africaines. Présent sur les armoiries de plusieurs États africains, « l’arbre de vie » est sacré pour plusieurs de nos cultures. En Afrique de l’Ouest, le baobab est souvent appelé « l’arbre à palabres » en raison de sa fonction sociale. Dans de nombreux villages africains, se retrouver sous le baobab est synonyme de rassemblement et d’échange afin d’apporter la solution à un problème auquel la communauté fait face.

Au-delà de cette fonction sociale, le baobab a également une place centrale dans la flore africaine. D’un point de vue scientifique, c’est un arbre aux nombreuses vertus et utilités : il nourrit, offre des produits de construction, soigne…Le baobab sert même de citerne à eau dans certains cas. Dans les régions arides de Madagascar où vivent les peuples Mahafaly, les habitants creusent les troncs des baobabs pour en faire des réservoirs d’eau de pluie. Grâce à ce savoir-faire qui se transmet de génération en génération, un baobab-citerne peut contenir jusqu’à 9 000 litres d’eau, de quoi couvrir les besoins en eau d’une famille pendant quatre à cinq mois.

Et pourtant, les baobabs sont en train de disparaitre en Afrique, en grande partie à cause du changement climatique, selon les chercheurs. Cette hypothèse est confortée par le fait que c’est en Afrique australe, région particulièrement frappée par le changement climatique, que ces disparitions des géants de la savane ont été le plus souvent constatées.

La mort des baobabs en dit long sur les défis plus globaux auxquels fait face l’Afrique. Alors que l’Afrique est le continent qui produit le moins de gaz à effet de serre, elle est aussi le continent qui est le plus victime du changement climatique. Dans un contexte où le multilatéralisme est battu en brèche par les égoïsmes nationaux, les États africains doivent réussir à mobiliser les autres pays du monde pour une meilleure gouvernance mondiale en faveur de la préservation de l’environnement et d’une meilleure gestion des biens publics mondiaux.

Certaines légendes africaines racontent que Dieu a donné cette forme étrange au baobab afin de rattacher le ciel à la terre, devenant ainsi « les racines du ciel ». Mais surtout, les racines du baobab sont enfouies dans la terre d’une Afrique en pleine transformation. À nous de faire que malgré ces grandes évolutions politiques, économiques, culturelles et environnementales, nos baobabs restent bien enracinés dans le sol africain, tout comme nos traditions et notre culture.
*Nature Plant, « The demise of the largest and oldest African baobabs », VOL 4, July 2018

WEST AFRICA: Ibrahim Mayaki devient le nouveau président du CSAO

Le conseil d’administration du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO), également appelé Groupe d’orientation politique (GOP), s’est réuni les 18 et 19 juin 2018 pour discuter des futures priorités de travail du CSAO. Ils ont nommé le Dr Ibrahim Assane Mayaki, actuellement Secrétaire exécutif du NEPAD, président du CSAO. Il prendra ses fonctions le 1er janvier 2019. Le GOP a exprimé sa gratitude au président François-Xavier de Donnea, pour son engagement exceptionnel en faveur du Club depuis près d’une décennie. Les Membres et partenaires ont également discuté des priorités du programme de travail 2019-20. Ils ont examiné la version provisoire, élaborée sur la base d’un processus de consultation inclusive, reflétant les priorités clés des Membres et s’appuyant sur les acquis et travaux actuels.

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Le Sahel, c’est évidemment ma vie, faite de subtilités et de contradictions

Retrouvez le discours que j’ai prononcé à l’occasion de mon intronisation en tant que Président du CSAO (Club du Sahel et de l’Afrique et de l’Afrique de l’Ouest).

Nous sommes réunis aujourd’hui, à ce moment précis, pour confirmer l’acceptation de mon poste en tant que Président du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Je voudrais d’abord vous remercier de la confiance que vous avez choisi de m’accorder et je vous suis très reconnaissant de cette volonté qu’a été la vôtre de placer à la tête de cetteinstitution un praticien de l’Afrique et de son développement.

Ce choix m’honore profondément. Il m’honore autant qu’il m’oblige.

Remplacer le Président Francois-Xavier de Donnea n’est pas une tâche facile tant il a marqué de son empreinte la dynamique du Club pendant unedizaine d’années en aidant fortement à forger ses lignes directrices et saprojection dans l’avenir. Je voudrais vous demander à vous tous, de lui exprimer de la gratitude en le félicitant par un applaudissement nourri.

Je dis cela car j’ai conscience de l’ampleur de la tâche et surtout de l’urgencede produire des résultats dans le cadre de notre feuille de route pour transformer durablement le Sahel et sa région.

La réalité du Sahel, vous la connaissez tous très bien. Elle est l’essencemême, la raison d’être de ce Club. Pour ma part, cette réalité a toujours signifié plus que ce qui en est dit au cours d’une réunion traitant des défis que connait le Sahel.

Le Sahel, c’est plus qu’un article, beaucoup plus que des chiffres et infiniment plus riche que ce qu’on en voit dans les reportages.

The Club, as a dialogue and policy analysis advocate, has dedicated its intelligence to a better understanding of the Sahel region.

La Sahel, c’est évidemment ma vie, faite de subtilités et de contradictions, mon enfance, au sein d’une famille qui a eu à cœur de m’inculquer des valeurs telles que la solidarité, le respect de l’autre, l’humilité et le sens del’effort. Sans oublier, je dois l’admettre, une certaine douceur de vivre.

Ces valeurs, je les porte aujourd’hui en moi et elles imprègnent mon quotidien. Je m’efforce de les transmettre aux jeunes générations avec lesquelles je suis en contact.

Ces valeurs sont le symbole et le socle de ce que voulait dire le Sahel pour ceux qui le connaissait avant que la question du terrorisme et de l’insécuriténe prenne une telle place dans le débat public.

Ces valeurs ont fait la force du Sahel par le passé et je suis convaincuqu’elles portent en elles les germes d’un développement durable et ressenticomme tel par les populations, ce qu’Anne de Lattre appelle l’évolution intelligente de l’humanité.

Je m’engage aujourd’hui devant vous à mettre toute mon énergie et mon expérience à exercer ma nouvelle fonction. Les différents postes que j’aioccupés, souvent par un heureux concours de circonstances m’ont appris deux choses : la nécessité de l’humilité et la nécessité de la patience.

L’humilité dans la reconnaissance de la complexité de la prise de décision,l’humilité dans la façon dont on envisage les solutions aux problèmes,l’humilité qu’appelle une certaine honnêteté intellectuelle.

L’humilité, c’est reconnaitre qu’on ne sait pas et ne peut pas tout, mais c’estaussi se battre avec passion pour faire le mieux qu’on peut avec le peu que l’on sait.

Et ensuite la patience, car comme dirait un de nos proverbes, la patiencepeut faire germer des pierres. Ce que j’en ai compris, c’est que lorsque l’onne se décourage pas d’espérer et d’agir, les résultats sont toujours au rendez-vous à un moment donné.

Je sais pouvoir compter sur Laurent Bossard et sa merveilleuse équipe. Ce point me rassure énormément : leur apport scientifique et accessible audéveloppement du Sahel et de l’Afrique est tout à fait remarquable.

Par ailleurs, les partenaires du Club, si présents dans sa création et son existence aujourd’hui m’amènent à dire que nous sommes là dans la préfiguration des systèmes de gouvernance globaux à venir.

Enfin, les institutions régionales avec lesquelles le Club travaille étroitement (CEDEAO, UEMOA et CILSS) constituent le miroir de son efficacité ; se refléter en elles permet de se regarder de manière réaliste.

Je vous remercie et espère qu’ensemble, nous ferons germer denombreuses pierres et avancerons résolument vers un futur glorieux pourl’Afrique sahélienne et ouest-africaine.

 

LE NEPAD DEVIENT L’AGENCE DE DEVELOPPEMENT DE L’UNION AFRICAINE

Lors de la 31e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine à Nouakchott, en Mauritanie, les chefs d’État et de gouvernement africains ont reçu plusieurs rapports, y compris l’état de la mise en œuvre des réformes institutionnelles de l’UA, présentées par le président rwandais Paul Kagame. Le Président Kagame est l’actuel président de l’Union africaine et le champion du processus de réformes institutionnelles de l’UA.

Lors du Sommet de Nouakchott, une décision officielle a été prise sur la transformation de l’Agence de planification et de coordination du NEPAD en Agence de développement de l’Union africaine.

La Conférence a approuvé la création de l’Agence de développement de l’Union africaine en tant qu’organe technique de l’Union africaine doté de sa propre identité juridique et de ses propres statuts. Ces statuts seront développés et présentés pour adoption au prochain Sommet de l’UA en janvier 2019.

L’Assemblée a félicité le Président sénégalais, S.E. Macky Sall, Président en exercice du Comité d’orientation des chefs d’État et de gouvernement du NEPAD, pour avoir renforcé la crédibilité du NEPAD, une institution reconnue par la communauté internationale, y compris  par le G20 et par le G7.

Les réformes en cours à l’UA sont une affirmation par les États membres de leur engagement envers l’Agence du NEPAD en tant qu’instrument de l’UA établi pour appuyer les pays et les organismes régionaux dans la mise en œuvre de la vision du développement du continent – telle qu’articulée dans les sept aspirations et les 20 objectifs de l’Agenda 2063.

Ibrahim Assane Mayaki, Secrétaire exécutif de l’Agence du NEPAD, a déclaré : « Un aspect essentiel des réformes en cours consiste à rationaliser et à améliorer l’efficacité et l’efficience dans la mise en œuvre des décisions, politiques et programmes de l’UA à travers tous ses organes et institutions. En ce sens, comme l’Agence du NEPAD est l’agence de mise en œuvre technique de l’UA, une recommandation spécifique du rapport Kagame consiste à la transformer en Agence de développement de l’UA. Nous sommes enthousiasmés par cette transformation, qui permettra de déployer encore plus efficacement nos programmes au service du développement de notre continent. »

Débats : l’identité virtuelle, une étape vers l’inclusion financière

Dans son essai L’Afrique à l’heure des choix, le secrétaire executif du Nepad dresse la révolution digitale en rempart contre les freins de l’économie informelle.

Quand on parle du secteur informel africain, on a vite tendance à oublier que les transactions du quotidien avaient encore lieu en monnaie traditionnelle pendant une bonne partie du XXe siècle dans la majeure partie du continent. Les puissances coloniales avaient installé les premières infrastructures financières au service exclusif de leur système économique parallèle, si bien que les interconnexions étaient limitées entre les deux mondes. Cette dichotomie s’est prolongée et a muté jusqu’au système que nous observons aujourd’hui dans nos pays. Les ponts se sont multipliés, mais il est clair que deux économies continuent de coexister sans guère échanger.

Lire l’article complet via Jeune Afrique