Le cœur du défi migratoire se situe dans les campagnes africaines

Contrairement à ce que beaucoup croient encore en Europe, c’est désormais l’Afrique qui domine les flux migratoires en direction de l’Europe et non le Moyen-Orient. L’accord passé en 2016 entre l’Union européenne et la Turquie a fortement contribué à faire chuter le nombre de migrants venus du Levant. L’Afrique est la première terre d’émigration mondiale.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), les Subsahariens ont représenté 79% des migrants passés par l’Italie entre le 1er janvier 2015 et le 30 juin 2017. Pendant ce temps, l’Espagne redevient également une route migratoire importante puisque le nombre de migrants passés par « la route de la Méditerranée de l’Ouest » a déjà doublé par rapport à 2016.

Si certains de nos concitoyens quittent le continent pour fuir les guerres et les violences politiques, nous ne pouvons pas sous-estimer le poids des migrations économiques. Les causes sont multiples et connues : chômage de masse, surtout chez les jeunes, instabilité politique et mauvaise gouvernance, pression démographique en zones urbaines, abandon des zones rurales par le pouvoir central, injustice sociale et une forme de fantasme sur les promesses de l’Europe.

Parmi toutes les solutions envisageables, de nombreuses études économétriques ont démontré la pertinence du développement agricole dans la lutte contre la pauvreté. Dans un continent qui compte 65% des terres arables disponibles dans le monde, pour une population encore à 50% rurale, c’est le meilleur moyen de leur offrir aux populations une formation et un emploi leur permettant de gagner un revenu décent, et de se stabiliser.

Dans une étude conjointe, la FAO et le CIRAD estiment que c’est près de 380 millions de jeunes, dont 220 millions en zones rurales, qui vont entrer sur le marché du travail africain d’ici à 2030. Si nous n’offrons pas à cette jeunesse des zones rurales des opportunités professionnelles, elle n’aura d’autres choix que de migrer vers les grandes villes africaines dans des conditions précaires ou même vers l’Europe. L’agriculture et le développement rural sont les piliers sur lesquels doit s’appuyer notre réponse au défi migratoire en Afrique.

Alors que 80% des exploitations agricoles en Afrique font moins de deux hectares, il faut renforcer les connections entre les petits exploitants agricoles et les entreprises de l’agrobusiness pour mettre en place un écosystème harmonieux. En mettant en place des chaînes de valeurs intégrées pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée et en garantissant l’autosuffisance régionale pour certains produits de base, ces agropoles seront sources d’emplois pour les populations, notamment pour les femmes et les jeunes.

Dans le cadre des perspectives définies par l’Union Africaine l’Agence du NEPAD veille à la mise en place d’agropoles et de corridors d’infrastructures au cœur de l’Agenda 2063 pour la transformation agricole du continent. Une meilleure connexion aux marchés régionaux est clé pour créer un réservoir de consommateurs suffisamment élargi pour justifier les investissements nécessaires

Le danger démographique prend une deuxième forme, plus inattendue : la main d’œuvre agricole est vieillissante en Afrique subsaharienne. En moyenne, les agriculteurs ont soixante ans dans de nombreux pays tandis que la jeunesse est massivement touchée par le chômage. C’est l’occasion de procéder à une transmission générationnelle afin que les agriculteurs expérimentés fassent bénéficier les jeunes de leur savoir-faire. Je dis souvent que la vie d’un agriculteur ne diffère guère de celle d’un chef d’entreprise. L’agriculture est particulièrement transformée par le numérique, que les jeunes sauront mieux exploiter que l’actuelle génération.

Il ne sert à rien de regarder vers la Méditerranée lorsqu’on veut parler de l’enjeu migratoire. C’est déjà trop tard. C’est en agissant directement sur les causes des migrations que les situations inhumaines constatées en Libye et ailleurs cesseront. Commençons par offrir un avenir professionnel à nos concitoyens et à mettre en place les conditions d’une croissance inclusive et durable. Et pour cela, l’agriculture est le pilier essentiel sur lequel nous devons nous appuyer.

L’Agriculture intelligente face au climat à l’heure de la COP 23

Alors que se tient actuellement à Bonn la COP 23, je trouve intéressant de présenter un point sur l’un de nos programmes qui touche à la lutte contre le réchauffement climatique, et vise à davantage de résilience face à ce phénomène dont nos pays sont malheureusement les premières victimes – bien qu’ils ne soient en rien responsables de cette situation.

Lancé en 2014, ce programme, baptisé en anglais Climate Smart Agriculture (CSA) est dérivé des politiques définies et mises en place par l’Union Africaine, notamment le Programme Global de développement de l’agriculture en Afrique (CAADP). Notre organisation, le NEPAD, est en charge de la coordination et de la mise en œuvre de cette plate-forme qui doit bénéficier directement aux États impliqués.

L’Agriculture intelligente face au climat* (CSA, AIC en français) est une agriculture qui augmente durablement la productivité, la résilience et l’adaptation, tout en contribuant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce programme vise donc à la sécurité alimentaire globale et à l’amélioration de la nutrition face au changement climatique. Le programme CSA vise notamment à renforcer les capacités des acteurs de l’agriculture à tous les niveaux, en particulier les petits agriculteurs et les institutions. Il vise un objectif ambitieux : atteindre l’objectif de 25 millions d’agriculteurs africains pratiquant une agriculture intelligente face au climat d’ici 2025.

Pour ce faire, l’Union Africaine avec le NEPAD comme Agence d’exécution, sont à la tête d’une initiative axée sur les pays et intégrée au niveau régional qui fournit les outils d’action et la plate-forme d’accueil des partenariats qui produisent des résultats concrets. La structure a porté ses fruits puisqu’aujourd’hui nous avons développé plusieurs alliances fructueuses avec des ONG internationals comme CARE International, Catholic Relief Services, Concern Worldwide, Oxfam et World Vision, mais aussi avec quatre partenaires techniques dont la FAO, et le Forum pour la recherche Agricole en Afrique (FARA) par exemple.

Chaque année depuis trois ans, l’Agence du NEPAD réunit des experts, des représentants des pays ou des régions membres de notre Alliance, et nos partenaires afin que le rôle important de l’agriculture, dans le cadre du changement climatique, soit adressé et entendu. Aujourd’hui, grâce à ce programme, le NEPAD est considéré comme une source d’information, d’innovation et de production de connaissance sur le changement climatique en Afrique. Notre plate-forme permet aussi de trouver des financements internationaux et des partenariats pour les Etats qui souhaitent développer des politiques efficaces de résilience face au changement climatique, grâce notamment à l’agriculture. Nous nous inscrivons donc dans une action concrète qui porte ses fruits.

Reste à créer les outils pour mesurer les résultats de cette nouvelle approche sur le terrain. La transition des secteurs de l’agriculture (incluant les cultures, l’élevage, la foresterie, les pêches et l’aquaculture) vers des systèmes de production plus durables et intelligents face au climat commence en effet et sans aucun doute sur le terrain. Il nous faut donc d’abord au niveau de chaque Etat africain, évaluer les impacts actuels et futurs du changement climatique, identifier les stratégies d’adaptation actuelles et futures et créer un environnement favorable pour les agriculteurs. Nous devons poursuivre nos efforts et lancer de nouveaux projets comme nous l’avons fait déjà avec un certain succès dans des États comme l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Niger, l’Uganda, la Tanzanie et la Zambie.

Nous sommes face à un combat de longue haleine, mais le moment n’est pas venu de baisser les bras. Il en va de notre avenir et de celui de notre planète.

*Dérivé du terme anglais smart agriculture, il s’agit ici d’une agriculture agro écologique qui non seulement s’adapte au changement climatique mais émet également peu de gaz à effet de serre.

 

Le potentiel et les risques de l’économie numérique en Afrique

Dans son dernier rapport sur l’économie de l’information intitulé « Digitalisation, commerce et développement »[i], la CNUCED souligne l’impact croissant du numérique sur les économies africaines. Si l’Afrique continue d’avoir le plus faible taux de pénétration de l’Internet haut débit, c’est aussi le continent où la croissance est la plus rapide en la matière. Le Big data, l’intelligence artificielle, le mobile banking, l’imprimante 3D bouleversent déjà la vieille économie. Mais en Afrique, la percée de l’économie numérique est particulièrement impressionnante.

Dès 2025, la contribution du numérique au PIB Africain devrait rattraper le niveau de la Suède et de Taiwan. Ne parle-t-on pas déjà des « leapfrogs » de l’Afrique dans le digital à travers le mobile banking, l’e-commerce ou encore l’e-gouvernement ? Face à ses nombreuses contraintes – géographiques, sanitaires, écologiques ou agricoles – l’Afrique a dû en permanence chercher de nouveaux modèles et innover pour se développer. Prenons l’exemple de la santé : dans certains pays d’Afrique subsaharienne, certains médecins sont si rares dans leur spécialité qu’ils ne sont qu’un pour un million d’habitants. Peut-on imaginer meilleure opportunité pour développer la e-santé ?

Le commerce électronique est en plein boom, avec de nombreux acteurs qui bénéficient pleinement du dynamisme de la démographie africaine et de la pénétration croissante de l’Internet haut débit sur le continent. Reflet de cette impressionnante croissance, une entreprise comme Jumia est passé de 35 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2013 à 289 millions d’euros en 2015. Mais au-delà du e-commerce et du mobile banking, l’essor du numérique donne naissance à d’autres projets à la dimension collaborative. C’est le cas par exemple de la plateforme Agritools, qui partage les initiatives technologiques africaines au service des agriculteurs créant un forum de solutions de haut niveau technologique pour les producteurs.

Aujourd’hui, l’Afrique est contrainte d’innover afin de contourner ses contraintes naturelles et de rattraper son retard technologique. Mais la prochaine étape de l’Afrique est le passage à la « reverse innovation ». Pour le moment, l’Afrique adapte des technologies qui proviennent des pays développés. Maintenant, il faut que l’Afrique crée elle-même ses innovations et qu’elles soient reprises par les pays développés.

De même, si l’économie numérique offre des perspectives intéressantes pour le futur, nous ne devons pas pour autant oublier les risques associés à un tel développement. Plusieurs éléments doivent attirer notre attention afin que cette nouvelle économie numérique soit inclusive et bénéficie au plus grand nombre.

Tout d’abord, le digital prend naturellement de vitesse les États, qui mettent toujours du temps à réagir face aux innovations. Les gouvernements doivent absolument légiférer en faveur de la protection des données numériques afin que la vie privée de nos concitoyens et la compétitivité de nos entreprises soient préservées. De plus, la fracture numérique est un réel danger : des inégalités dans l’usage de ces technologies peuvent rapidement apparaître entre les grandes et les petites entreprises, mais aussi entre les différents pays africains. Enfin, l’éducation numérique doit être placée au cœur des programmes scolaires. La maîtrise de ces technologies par nos concitoyens est indispensable afin de réussir pleinement l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale.
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[i] CNUCED, « Digitalisation, commerce et développement », rapport sur l’économie de l’information 2017.

Une croissance sans industrialisation ?

Je partage avec vous un très bon article de Dani Rodrik, un économiste que j’apprécie beaucoup.. Ce papier illustre aussi à quel point la réalité va parfois plus vite que les prévisions des économistes. Nous devons donc faire preuve d’agilité et de flexibilité dans notre approche des politiques d’industrialisation.

CAMBRIDGE – Malgré les bas prix mondiaux des matières premières dont elles ont tendance à dépendre, bon nombre des économies les plus pauvres du monde s’en sortent bien. La croissance économique de l’Afrique subsaharienne a ralenti de façon marquée depuis 2015, mais cela reflète des problèmes spécifiques dans trois de ses plus grandes économies (Nigeria, Angola et Afrique du Sud). L’Éthiopie, la Côte d’Ivoire, la Tanzanie, le Sénégal, le Burkina Faso et le Rwanda prévoient d’atteindre une croissance de 6 % ou plus cette année. En Asie, la même tendance se confirme pour l’Inde, le Myanmar, le Bangladesh, le Laos, le Cambodge et le Vietnam.

Tout cela est plutôt réjouissant, mais tout aussi étonnant. Les économies en développement qui parviennent à croître rapidement sur une base durable, sans compter sur les booms des ressources naturelles (comme la plupart de ces pays durant une décennie ou plus), y parviennent en général grâce à une industrialisation orientée vers les exportations. Mais parmi ces pays, rares sont ceux qui connaissent une forte industrialisation. La part du secteur industriel dans les pays de l’Afrique subsaharienne à faibles revenus est globalement stable, voire en baisse dans certains cas. Et en dépit d’un important battage autour de « Make in India », l’une des rengaines du Premier ministre Narendra Modi, le pays fournit peu d’indices d’une industrialisation rapide.

Article complet ici

La malnutrition est une hypothèque sur l’avenir de nos populations

Il y a parfois des nouvelles réjouissantes sur les progrès de notre continent. Récemment par exemple sortait un rapport du Panel Malabo-Montpellier dans le cadre du Forum pour la révolution verte en Afrique (AGRF), qui se réunissait à Abidjan. Ce rapport, intitulé « Alimentation: Comment l’Afrique peut-elle construire un futur sans faim ni malnutrition ? », annonçait que de nombreux pays africains avaient réussi à réduire drastiquement la malnutrition au cours des 15 dernières années. Mais ce que soulignent surtout les experts en sécurité alimentaire impliqués dans cette étude, c’est que ces bons résultats ont été obtenus grâce à une ferme volonté politique dans chacun des Etats concernés.

Les disparités restent importantes en fonction des pays, mais le rapport souligne que la proportion de personnes souffrant de la faim a baissé globalement de 28 à 20% en Afrique entre 1990 et 2015. Toutefois le nombre total de personnes augmente à cause de la croissance démographique qui constitue bien un démultiplicateur des problèmes de nos pays (voire articles précédents). Mais au-delà du nombre de personnes atteinte, c’est aussi une course contre la montre qui se joue dans la lutte contre la malnutrition. Chez l’enfant, les 1000 premiers jours sont déterminants pour sa croissance et chaque jour que nous laissons passer entame l’espoir d’une vie en pleine santé pour un enfant de notre continent.

Selon le rapport, « certains pays ont réalisé des progrès remarquables. Le Sénégal, le Ghana et le Rwanda, ont tous réduit le nombre de personnes souffrant de malnutrition et le nombre d’enfants souffrant de retard de croissance de plus de 50%. L’Angola, le Cameroun, l’Éthiopie et le Togo ont atteint des réductions de plus de 40% ».

Le co-président du Panel, Joachim von Braun, explique que « les gouvernements réussissent à lutter contre la malnutrition quand ils la mettent en priorité dans leur agenda et dans leurs programmes de mise en œuvre interministériels et en étroite collaboration avec les partenaires. L’investissement est nécessaire pour la prévention des crises et l’élaboration des programmes permettant de construire la résilience face aux stress climatique ».

Plusieurs initiatives sont mises en exergue par le rapport du Panel parce qu’elles ont porté leurs fruits dans des pays aussi variés que l’Angola, le Sénégal ou le Ghana. En Angola, une approche multisectorielle pour réduire la malnutrition et une coordination des actions et programmes au niveau du Ministère de l’Agriculture appuyé par le Ministère de la Santé ont largement contribué aux bons résultats de la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Au Sénégal, une cellule de lutte contre la malnutrition a été mise en place dès 2001, suivie par le lancement du Programme de renforcement de la nutrition en 2002. Enfin au Ghana, qui a réussi à réduire de moitié le nombre de ses habitants touchés par la faim, les autorités ont décidé d’intégrer la question nutritionnelle à tous les niveaux des politiques gouvernementales. En effet, sans coordination intersectorielle efficace mêlant politique de santé, agricole et éducative, il est vain d’espérer une amélioration des indicateurs de nutrition.

Mais la puissance publique ne peut être la solution à tous nos maux. Une plus grande implication du secteur privé local dans la lutte contre la malnutrition est essentielle. Produire des aliments de qualité accessibles au plus grand nombre, tout en créant de l’emploi au niveau local créé un cercle vertueux pour le développement d’une région ou d’un pays. Aujourd’hui, on assiste déjà à la mise en place de partenariats public-privé qui fournissent des solutions innovantes, notamment en termes de produits adaptés et de financements, se logeant dans des marchés de niche et rentable.

Il convient de rappeler que la malnutrition, ce n’est pas que la faim. En effet le fait de mal manger et de ne pas assez manger a des conséquences durables et profondes sur le développement physique, mais aussi mental des enfants, et ces conséquences seront toujours là quand ces enfants seront devenus des adultes, notamment sur le plan intellectuel. Ensuite, il y a évidemment des conséquences de la malnutrition qui relèvent de la santé publique. Cette question doit donc être prise très au sérieux par les gouvernants.

Un simple exemple. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’Afrique est aussi menacée par l’obésité. Les experts rappellent ainsi : « La consommation d’aliments peu coûteux et peu nutritifs, ainsi que la réduction de l’activité physique dans la classe moyenne, augmentent les niveaux d’obésité. La prévalence estimée de l’obésité chez les enfants devrait atteindre les 11% en 2025. »

Enfin le rapport souligne que malgré ces résultats encourageants, il reste beaucoup à faire. « Des défis significatifs doivent encore être relevés. Pour atteindre les objectifs établis dans la Déclaration de Malabo et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, les gouvernements doivent apprendre de leurs réussites passées et redoubler d’efforts pour s’attaquer au triple fléau de la faim, de la malnutrition et de l’obésité sur le continent », estime le co-président du Panel, le Dr Ousmane Badiane.

Le changement climatique représente bien entendu une menace particulièrement importante, mais aussi l’urbanisation qui provoque une forte pression sur les producteurs de produits alimentaires.

Capital humain : l’Afrique a encore beaucoup de progrès à faire

Le World Economic Forum a récemment publié un rapport sur une réalité souvent difficile à mesurer : celle de la valeur économique du capital humain. Dans ce rapport, intitulé « Rapport sur le Capital Humain Mondial – 2017 », l’organisation mesure les connaissances et les savoirs qui permettent aux êtres humains de contribuer à l’économie mondiale tout au long de leur vie. Chacun des 130 pays étudiés dans le monde est classé dans cet index qui montre malheureusement et sans doute possible, que l’Afrique est à la traine.

Comme souvent dans ces classements, les Etats Unis et l’Europe de l’Ouest sont au sommet, avec un taux de plus de 70% de développement de leur capital humain. De leur côté, les pays d’Afrique, comme ceux d’Asie du Sud-Est et du Moyen Orient, sont en dessous des 60%. En moyenne, l’Afrique subsaharienne obtient un score de 52,97%, et cette région se classe bonne dernière, selon le rapport. Pour autant, l’Afrique connait des disparités qui sont autant de sources d’inspiration : ainsi des pays comme le Rwanda (71), le Ghana (72), mais aussi le Cameroun (73) et Maurice (74) dépassent les 60%. Il n’y a donc pas de fatalité. Nous y reviendrons.

Le rapport du World Economic Forum explique qu’il a étudié 26 pays au sud du Sahara parmi lesquels il existe une grande disparité de richesse. Mais « malgré cette diversité régionale relativement élevée dans les niveaux de revenu, l’Afrique subsaharienne présente un certain nombre de modèles similaires dans tous les groupes d’âge et les aspects de son profil de potentiel de capital humain. En particulier, l’Afrique subsaharienne affiche un score élevé dans le sous-indice du déploiement, en raison de la forte participation de tous au marché du travail », précise l’organisation qui ajoute que dans cet index particulier, cinq pays africains sont dans le top 10.

Cependant, avec des scores inférieurs à la moyenne sur les critères de capacité et de savoir-faire, la région dans son ensemble aurait grandement avantage à développer une plus grande part de son capital humain au-delà des professions les moins qualifiées, notent les experts. Ceux-ci s’inquiètent également que les pays les plus dynamiques économiquement et/ou les plus peuplés restent au bas de l’échelle.

Ainsi, le Nigeria et l’Éthiopie sont tout en bas du classement, respectivement aux 114e et 127e rang. Rappelons toutefois pour modérer ce constat que ces deux pays sont aussi les plus peuplés d’Afrique. L’Afrique du Sud, considérée comme l’une des premières économies d’Afrique avec le Nigeria, est classé au 87e rang.

Mais le rapport ne présente pas que des mauvaises nouvelles. Les deux pays les mieux classés dans la région, le Rwanda et le Ghana, doivent leur performance comparativement élevée, respectivement, à des lacunes en matière d’éducation et d’emploi presque complètement éliminées et à l’amélioration considérable du niveau de scolarisation des jeunes générations du pays.

« À l’instar du Kenya (78), les deux pays bénéficient du stock de savoir-faire de la catégorie très importante des travailleurs moyennement qualifiés et d’une qualité des systèmes éducatifs relativement élevée », indique l’étude qui souligne que le niveau de formation continue des salariés permet de maintenir un niveau élevé de potentiels futur, et donc de développement du capital humain dans l’avenir.

« Cependant, ces trois pays ont encore une marge d’amélioration de leurs taux de scolarisation dans l’enseignement secondaire, et doivent s’assurer que ces progrès sont partagés le plus largement possible au sein leurs populations », estime le rapport. Une éducation secondaire de qualité est la clé de voûte de tout le système éducatif car elle corrige les déficiences du primaire et prépare adéquatement au tertiaire.

L’exemple de ces pays démontre s’il en était besoin, qu’il n’y a pas de fatalité, et que l’Afrique peut aussi, lorsqu’elle mène les bonnes politiques, connaître des réussites. Dans la compétition mondiale pour le capital humain, l’Afrique avec sa jeunesse en augmentation, a bien sûr une carte à jouer. Elle doit notamment s’assurer de la formation de ses jeunes dans les métiers qui manquent au continent : ingénieurs, financiers, économistes, miniers, notamment.

Il y a là des bassins d’emplois en développement, mais le manque de personnels qualifiés africains oblige les investisseurs à faire appel à des expatriés dans certains secteurs demandant des qualifications particulières. Là non plus, il n’y a pas de fatalité.

Le tourisme, un secteur au service d’une croissance inclusive en Afrique

L’une des conséquences de la mondialisation est que « La terre est devenue plate » si je devais reprendre l’expression de l’éditorialiste américain Thomas Friedman. De fait, le développement des transports, notamment aériens, et la baisse consécutive des prix, ont permis, entre autres, une forte augmentation des flux touristiques. Ceci sans compter la fenêtre ouverte sur le monde par internet nous donnant envie d’aller découvrir le monde au-delà de notre jardin.

L’Afrique bénéficie elle aussi de l’accroissement des flux touristiques. Ainsi, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le continent a accueilli 57,8 millions de touristes en 2016, soit 4,4 millions de plus qu’en 2015. D’après les projections de l’OMT, ce chiffre pourrait même atteindre 134 millions en 2030. À tel point que, dans son rapport 2017 sur le développement économique de l’Afrique[i], la CNUCED attire notre attention sur le poids économique du tourisme sur le continent africain : le tourisme pèse 6,8% dans le PNB africain et représente plus de 21 millions d’emplois (soit environ un emploi sur quatorze). Au total, le tourisme est le deuxième secteur d’activité du continent.

Un des points intéressants que souligne le rapport de la CNUCED est le fait que ce sont les Africains eux-mêmes qui tirent de plus en plus la demande touristique en Afrique. En effet, quatre touristes internationaux sur dix seraient Africains. Le tourisme est un secteur d’autant plus intéressant à étudier qu’il est un miroir des enjeux de notre continent : le poids des Africains dans le tourisme international en Afrique souligne l’émergence d’une classe moyenne africaine, tandis que les obstacles à son développement sont les mêmes que pour l’économie de manière générale : manque d’infrastructures, déficit énergétique, entraves à la circulation des personnes…

L’Afrique ne tire donc malheureusement pas le maximum de ce potentiel. En effet, ces chiffres sont à relativiser dans la mesure où le tourisme pèse environ 10% du PNB ailleurs dans le monde. Si l’on rapporte le nombre total de touristes à la population du continent (environ 1,2 milliard d’habitants), le chiffre de 57,8 millions de touristes est faible. Rappelons qu’un pays comme la France accueille plus de touristes (environ 83 millions) qu’il ne compte d’habitants (environ 66 millions)…

Cependant, tout comme d’autres pans de l’économie africaine, le tourisme en Afrique pourrait bénéficier de la révolution digitale. Une nouvelle génération d’entrepreneurs veulent montrer une autre face de l’Afrique, plus authentique, en proposant aux touristes autres choses que les classiques du tourisme africain. Trois projets (Tastemakers Africa, Hip Africa, Visiter l’Afrique) innovants portés par des entrepreneurs de la diaspora pourraient participer à changer l’image du continent. L’usage des réseaux sociaux est un puissant outil marketing pour ces sites dont une grande partie de la visibilité provient d’Instagram.

Le NEPAD s’est également saisi de ce sujet à travers le Nepad Tourism Action Plan (TAP) sur recommandation de la conférence africaine des ministres du Tourisme. Le TAP servira ainsi de feuille de route pour le tourisme durable pour le continent africain. Ce plan se focalise sur six points essentiels : l’environnement politique et législatif du tourisme ; ses capacités institutionnelles ; le marketing du tourisme ; la R&D ; l’investissement dans les infrastructures et les produits touristiques ; les ressources humaines et le contrôle qualité. Le NEPAD voit dans le tourisme un puissant outil aussi bien d’intégration régionale que de développement socio-économique favorisant la réduction de la pauvreté.

Parce que cette thématique du tourisme me paraît essentielle, je m’exprimerai sur l’amélioration du moteur de la croissance de l’Afrique à travers le tourisme durable lors d’une table ronde que nous organiserons le 21 septembre prochain à l’occasion de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Car je crois personnellement que le tourisme est une réelle opportunité dans la mesure où il peut être mis au service d’une croissance transformatrice et inclusive, notamment en créant une activité économique au bénéfice de communautés vulnérables et en participant à la préservation de notre environnement.

[i] CNUCED, « le tourisme au service d’une croissance transformatrice et inclusive », Le développement économique en Afrique, rapport 2017

Afrique du Sud, Nigeria: transformer la croissance en richesse pour tous

Depuis quelques jours les économistes et les analystes se réjouissent prudemment que deux locomotives économiques de l’Afrique renouent avec des taux de croissance positifs. Le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui se disputent depuis des années la place de première économie du continent, connaissent il est vrai un taux de croissance en hausse : respectivement 0,55% et 2,5%. Ces chiffres sont positifs, mais est-ce suffisant ? Ces statistiques ne sont qu’un reflet d’une situation à un instant donné, l’expression de quelques performances intéressantes dans certains domaines, notamment les matières premières agricole ou minérales.

L’agence économique Bloomberg nous explique d’ailleurs à ce propos que « les deux économies doivent surtout ce rebond de croissance à l’agriculture: en Afrique du Sud, une médiocre récolte de maïs a fait suite à la pire sécheresse depuis plus d’un siècle, le secteur a toutefois grimpé de 34% par rapport au trimestre précédent, tandis qu’au Nigeria, où l’agriculture compte à égalité avec l’industrie comme principal contributeur au PIB, le secteur a augmenté de 3% par rapport à l’année précédente, même si le pays est en période de semence ».

Dans ces deux pays, comme dans d’autres, la croissance reste fragile. Une légère variation d’un cours mondial (céréales, pétrole par exemple) peut faire chuter l’économie. La situation politique, la sécurité influent également sur les investissements, et donc sur la capacité de croissance. Et puis la situation de ces deux pays est bien différente : le Nigeria est le premier producteur de pétrole brut et le pays le plus peuplé d’Afrique aujourd’hui et a besoin d’au moins 3% de croissance rien que pour absorber la croissance de sa population. Je ne parle même pas de créer suffisamment d’emplois pour tous les jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

L’Afrique du Sud reste le pays le plus industrialisé du continent, mais sa population, donc son marché n’est pas très important. Le pays dispose déjà d’infrastructures importantes, notamment des centrales nucléaires de production électrique, et de ressources naturelles importantes, mais est-ce suffisant pour maintenir un fort taux de croissance qui assure à tous une amélioration du niveau de vie ?

Le lien entre croissance et mieux-être des populations, qui pourrait paraître évident, n’est pourtant pas une règle absolue. L’exemple du Nigéria est édifiant, car si le pays sort enfin d’une des pires phases économiques de son histoire, il convient de rappeler qu’entre 2004 et 2010, quand son économie croissait en moyenne de 8,32% par an, les observateurs avaient constaté avec surprise que le niveau de pauvreté croissait, passant de 54,7 à 60,9% de la population.

La croissance de l’économie ne signifie pas, en effet, une équitable répartition de la richesse. Le Nigeria ne fait pas exception à une tendance que l’on retrouve ailleurs à savoir l’accroissement de l’écart entre les très riches et les très pauvres, et l’augmentation importante de ces derniers sur le continent.

Seuls des programmes de maintien de la croissance sur le long terme, et de redistribution équitable des fruits de cette croissance peuvent permettre une amélioration de la situation dans la durée.

Protéger la faune sauvage est un enjeu de souveraineté

L’Afrique fait souvent la une des médias internationaux pour des faits de braconnage que je déplore et condamne vigoureusement. En 2015, un dentiste du Minnesota avait provoqué un tollé international en abattant le célèbre lion Cecil au Zimbabwe à l’occasion d’une « chasse sportive au grand gibier ». Mais on oublie que le braconnage ne tue pas que des animaux, il tue également nos concitoyens. Il y a quelques semaines, le célèbre défenseur des éléphants sud-africain Wayne Lotter est tombé dans une embuscade à Dar Es Salaam, abattu de sang-froid par deux hommes cagoulés. Wayne Lotter était une icône de l’honorable combat pour la protection de la faune sauvage en Afrique, mais n’oublions pas qu’ils sont chaque jour des milliers engagés pour cette cause, parfois au péril de leur vie.

Le piège serait de croire que ces événements, certes répétitifs, ne restent que des incidents isolés. On pourrait imaginer qu’ils sont le fait de quelques trafiquants épars ou de chasseurs à la mentalité archaïque de cow-boys. Le développement des réserves et le renforcement des lois de protection de la faune sauvage nous ferait presque croire que tout a été fait pour éviter l’extinction de certaines espèces du continent africain.

Le 7 septembre, l’ONG TRAFFIC a publié une étude sur le commerce illégal d’ivoire dans cinq pays d’Afrique centrale[i]. Cette étude est accablante pour deux raisons : non seulement des réseaux criminels de plus en plus puissants sont à l’œuvre, mais ils profitent surtout de la faible gouvernance de certains pays africains. Si les États ont effectivement adopté des législations plus sévères contre le commerce d’ivoire avec un effort accru de mise en œuvre de la loi, les petits détaillants et sculpteurs en sont les victimes principales. Or, ces initiatives restent insuffisantes dans un contexte où des réseaux criminels souterrains transnationaux accaparent de plus en plus le trafic de l’ivoire.

Un des facteurs expliquant notamment la quasi-disparition des marchés locaux où se vendait l’ivoire pour la clandestinité est la nouvelle mainmise de trafiquants asiatiques, essentiellement chinois, présents de bout en bout de la chaîne de ce commerce de l’ombre. L’Asie est en effet la source centrale de la demande en ivoire, mais l’offre se situe essentiellement en Afrique. Face à ces réseaux transnationaux du crime, les États doivent déployer tous les moyens pour empêcher le braconnage et arrêter ces criminels. Malheureusement, un membre de l’ONG, Sone Nkoke, explique que les trafiquants profitent « régulièrement de la faiblesse de la gouvernance de l’État ainsi que de la collusion, la confusion et la corruption des autorité ». Sans la complaisance et la corruption de personnes haut placées, il est en effet difficile d’imaginer que de tels trafics puissent avoir lieu.

La problématique du commerce illégal de l’ivoire est un exemple parfait pour illustrer la complexité d’agir dans un monde globalisé. À l’échelon local, les États doivent effectivement renforcer leur gouvernance et l’application de la loi, sensibiliser et impliquer les communautés locales à ces enjeux qui sont des catastrophes écologiques et humaines. Mais le crime transnational nécessite, comme son nom l’indique, une réponse globale. Coopérer avec les pays asiatiques pour démanteler ces réseaux de trafiquants et les inciter à prohiber le commerce de l’ivoire est fondamental pour espérer sauver les éléphants d’Afrique. Assurément, l’engagement de Pékin de fermer son marché domestique de l’ivoire d’ici à la fin de l’année va dans le bon sens.

Protéger les éléphants d’Afrique de l’extinction est donc plus qu’un enjeu écologique. C’est également un drame humain qui se déroule sous nos yeux. Les braconniers et les criminels n’hésitent pas à assassiner nos concitoyens par avidité de « l’or blanc ». Mais c’est aussi un enjeu de souveraineté politique : tant que ces trafiquants séviront en Afrique, ils seront le reflet de notre échec à faire appliquer et respecter la loi. Un État qui n’est pas capable de protéger sa faune sauvage, est-il capable de protéger ses concitoyens ? Assurément, c’est une question que tous nos gouvernements doivent se poser aujourd’hui.

 

 

[i] TRAFFIC Report, « Ivory markets in Central Africa », September 2017

Face à la démographie galopante, quelles politiques publiques ?

Je poursuis ma réflexion sur la transition démographique qu’est en train de vivre notre continent. Nous avons posé le problème dans ses grandes tendances dans notre dernier billet, mais il convient aussi je crois de voir comment nous pouvons agir face à ce phénomène.

L’un des leviers sur lesquels il est possible d’agir pour maîtriser davantage la croissance de la population, c’est la fécondité. On l’a dit, cela passe par l’éducation des filles et des jeunes femmes, et par la sensibilisation de tous aux enjeux liés à une augmentation anarchique de la population. Malheureusement, certains dirigeants voient encore l’augmentation de la population comme une marque de puissance, et misent sur le fameux « dividende démographique », en oubliant trop souvent que ce dividende n’est réalisable que si le reste suit.

Je m’explique : sans infrastructure d’éducation et de santé efficaces, sans créations d’emplois décents par millions, les jeunes générations ne seront pas bien formées, ne s’intégreront pas au marché du travail et ne seront pas en bonne santé. Elles ne pourront donc participer qu’à la marge à l’enrichissement économique national, si encore ces jeunes vivent suffisamment longtemps pour devenir des travailleurs actifs et trouvent un emploi. Autre phénomène croissant, en grande partie dû à l’absence de bonnes infrastructures d’éducation et de santé : l’exode. En effet, il semble évident que les dizaines, voire centaines de milliers, de jeunes qui traversent le Sahara puis la Méditerranée au péril de leur vie et prennent le risque de tout quitter, s’inscrivent dans cette démarche parce qu’ils estiment n’avoir rien d’autre à perdre que leur vie dans cette aventure. Ce message de désespoir doit nous interpeller, parce que si la population continue de grandir à ce rythme, les émigrés seront de plus en plus nombreux.

Les gouvernants doivent donc se pencher sur les voies et moyens de faire baisser le taux de fécondité. Nous avons déjà écarté la coercition pour atteindre cet objectif. Mais il y a d’autres stratégies, d’autres politiques publiques qui peuvent être tentées. On l’a vu dans certains pays comme en Afrique du Sud, au Kenya ou au Malawi. En Éthiopie, le gouvernement a par exemple mis en place un réseau très dense de 42 000 agents de santé communautaire. Ceux-ci ont permis d’alléger le coût de la santé de 39% entre 2005 et 2015, ce qui est déjà énorme, mais ils ont aussi permis de sensibiliser des millions de femmes au contrôle des naissances. Cette expérience pourrait être étendue à d’autres pays, voire au continent tout entier.

Autre levier possible, le planning familial. Rappelons qu’en 2011, neuf gouvernements d’Afrique de l’Ouest, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), l’Agence française de développement et plusieurs grandes fondations privées avaient signé un accord, le « Partenariat de Ouagadougou », destiné à favoriser la planification familiale. Il existe des obstacles religieux, politiques et sociaux, mais le planning familial reste l’une des méthodes éprouvée pour la réduction de la fécondité à condition d’avoir accès aux moyens modernes de contraception. Sur ce volet également des politiques publiques peuvent être mises en place. Et si les États ne souhaitent pas s’engager directement, ils peuvent faire appel et laisser travailler librement des ONG spécialisées dans ce domaine.

Selon les études disponibles, en 2013 dans le monde, 63 % des femmes de 15-49 ans vivant en couple utilisaient une méthode de contraception, et 57 % une méthode moderne (pilule, stérilet ou stérilisation). Mais pour l’Afrique subsaharienne, seulement en moyenne 20 à 25% des femmes avaient accès à un moyen de contraception, certains pays tombant même en dessous de 10% comme le Mali ou l’Erythrée.

À ce titre, l’Afrique du Nord représente une exception sur le continent. L’Algérie, l’Égypte, le Maroc ou la Tunisie ont connu des transitions démographiques plus rapides avec une fécondité actuelle comprise entre deux et trois enfants par femme. Un chiffre que l’on peut lier à la forte proportion d’utilisation de moyens de contraception : entre 60 % et 68 %. Au sud du Sahara, seule l’Afrique du Sud s’approche de cette moyenne mondiale avec 60%.

Cela démontre que des politiques publiques peuvent répondre efficacement au défi de la réduction du taux de fécondité. Nous devons seulement nous y atteler.