À l’heure où les BRICS affirment leur proximité, le commerce intra-africain doit être notre priorité

Alors que les chefs d’État des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) sont réunis en Afrique du Sud pour leur dixième sommet, il me semble essentiel de rappeler pourquoi la question du commerce intra-africain est cruciale si nous voulons nous affirmer en tant que continent à jeu égal avec les autres grands émergents du Sud. Il est encourageant de constater que nous avons pour la première fois de notre histoire panafricaine réalisé une avancée politique majeure sur ce sujet. En mars, 44 pays africains ont signé l’accord de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC), un pas de géant pour notre continent dont l’intégration économique et politique reste encore bien trop faible.

Dans son dernier rapport sur l’état du commerce africain[1], Afreximbank souligne que si le commerce intra-africain pèse 128,25 milliards de dollars, en hausse de 5,6% entre 2016 et 2017, sa part dans le volume total des échanges commerciaux du continent reste faible. En 2017, cette part est d’ailleurs retombée en dessous de la barre des 15% de l’ensemble des échanges commerciaux du continent, s’élevant à 907,63 milliards de dollars.

Or, avec la mise en place de la ZLEC, les experts estiment que l’on peut s’attendre à une croissance de plus de 50% du commerce intra-africain d’ici à 2022. Cette part du commerce des pays africains est d’autant plus importante à développer qu’elle est souvent mieux équilibrée que nos échanges vers l’extérieur du continent. En effet, entre 2012 et 2016, le commerce intra-africain était composé à 43% de biens manufacturés contre seulement 20% vers le reste du monde.

Néanmoins, la mise en place concrète et effective de la zone de libre-échange du continent africain ne sera pas une mince affaire. Tout d’abord une signature n’est pas synonyme de ratification, et l’accord va donc devoir passer par ce stade de la ratification dans un grand nombre de pays. De plus, les immenses disparités entre les pays ne vont pas manquer de causer des difficultés d’harmonisation.

Mais surtout, il manque encore des signataires ! Des pays comme le Nigeria, la Namibie, le Burundi ou encore le Bénin n’ont pas encore adhéré à l’accord. Chacun de ces États exprime des réticences causées par des pressions de certains secteurs économiques, craignant une soudaine concurrence exacerbée avec l’adhésion à la ZLEC. Mais nous devons convaincre les différents gouvernements de l’importance de rejoindre ce projet avec des gains sur le long terme pour tous. Sans compter que des mesures d’accompagnement sont prévues sur le court terme pour préparer les secteurs économiques qui seront fragilisés par l’accord.

La route vers l’intégration du continent est donc encore longue car, malgré les avancées douanières et réglementaires que va permettre la ZLEC, les obstacles restent nombreux. Comment imaginer en effet faire de l’Afrique une zone de libre-échange avec des flux pouvant circuler facilement si le continent pêche toujours par son déficit d’infrastructures ? Nous investissons 45 milliards de dollars par an dans les infrastructures[2], mais c’est le double qui serait nécessaire. Il serait en effet temps que la Banque créée par les BRICS s’intéresse de plus prêts aux projets d’infrastructures régionaux du continent. De plus, pour faire du commerce et exporter, les entreprises ont besoin de financements. Or seulement un tiers du commerce africain est soutenu par les institutions bancaires, et on estime à 90 milliards de dollars les demandes de financements non-satisfaites par les entreprises africaines. Enfin, ce projet d’une Afrique plus intégrée nécessite l’adhésion des Africains eux-mêmes. Nous avons besoin de toutes les forces vives de nos nations, ainsi que de nos diasporas, pour mener à bien ce projet qui peut changer la dimension de notre continent dans les affaires économiques et politiques mondiales.

En nous unissant comme ont su le faire les Européens, malgré les difficultés qu’ils traversent aujourd’hui, nous pouvons radicalement modifier le poids de l’Afrique dans les institutions internationales comme l’OMC. Si le continent africain parlait d’une seule voix, notre influence serait beaucoup plus forte que 55 voix tentant se faire entendre chacune de son côté. C’est seulement en faisant bloc que nous pourrons changer le cours des événements et peser dans les affaires du monde, notamment dans les nouvelles enceintes qui donnent la part belle aux voix du Sud.

[1] African Trade Report 2018, “Boosting Intra-African Trade: Implications of the African Continental Free Trade Area Agreement”, Afreximbank

[2] Moody’s, Sovereigns – Africa, Intra-regional trade can promote growth, but infrastructure and non-tariff barriers limit upside »

Les changements climatiques impactent l’Afrique jusque dans ses symboles les plus anciens

Au mois de juin, l’étude d’une équipe de chercheurs publiée dans la revue Nature Plants alertait sur la disparition progressive depuis une dizaine d’années de la grande majorité des plus vieux baobabs d’Afrique*. Huit des treize plus vieux d’entre eux sont partiellement ou totalement morts au cours de ces 12 dernières années. Un phénomène spectaculaire et très inquiétant lorsque l’on sait que les baobabs sont des arbres qui peuvent vivre des milliers d’années.

L’Afrique est le continent qui abrite le plus de baobabs au monde, avec une concentration particulière à Madagascar. Rien que sur « l’île rouge », pas moins de six espèces de baobabs sur les neufs existantes sont recensés. Le plus connu est l’Adansonia digitata, ou baobab africain, que l’on retrouve dans de nombreux pays du continent.

Si la disparition progressive des baobabs ne me laisse pas indifférent, c’est parce qu’ils occupent une place particulière dans les sociétés africaines. Présent sur les armoiries de plusieurs États africains, « l’arbre de vie » est sacré pour plusieurs de nos cultures. En Afrique de l’Ouest, le baobab est souvent appelé « l’arbre à palabres » en raison de sa fonction sociale. Dans de nombreux villages africains, se retrouver sous le baobab est synonyme de rassemblement et d’échange afin d’apporter la solution à un problème auquel la communauté fait face.

Au-delà de cette fonction sociale, le baobab a également une place centrale dans la flore africaine. D’un point de vue scientifique, c’est un arbre aux nombreuses vertus et utilités : il nourrit, offre des produits de construction, soigne…Le baobab sert même de citerne à eau dans certains cas. Dans les régions arides de Madagascar où vivent les peuples Mahafaly, les habitants creusent les troncs des baobabs pour en faire des réservoirs d’eau de pluie. Grâce à ce savoir-faire qui se transmet de génération en génération, un baobab-citerne peut contenir jusqu’à 9 000 litres d’eau, de quoi couvrir les besoins en eau d’une famille pendant quatre à cinq mois.

Et pourtant, les baobabs sont en train de disparaitre en Afrique, en grande partie à cause du changement climatique, selon les chercheurs. Cette hypothèse est confortée par le fait que c’est en Afrique australe, région particulièrement frappée par le changement climatique, que ces disparitions des géants de la savane ont été le plus souvent constatées.

La mort des baobabs en dit long sur les défis plus globaux auxquels fait face l’Afrique. Alors que l’Afrique est le continent qui produit le moins de gaz à effet de serre, elle est aussi le continent qui est le plus victime du changement climatique. Dans un contexte où le multilatéralisme est battu en brèche par les égoïsmes nationaux, les États africains doivent réussir à mobiliser les autres pays du monde pour une meilleure gouvernance mondiale en faveur de la préservation de l’environnement et d’une meilleure gestion des biens publics mondiaux.

Certaines légendes africaines racontent que Dieu a donné cette forme étrange au baobab afin de rattacher le ciel à la terre, devenant ainsi « les racines du ciel ». Mais surtout, les racines du baobab sont enfouies dans la terre d’une Afrique en pleine transformation. À nous de faire que malgré ces grandes évolutions politiques, économiques, culturelles et environnementales, nos baobabs restent bien enracinés dans le sol africain, tout comme nos traditions et notre culture.
*Nature Plant, « The demise of the largest and oldest African baobabs », VOL 4, July 2018

WEST AFRICA: Ibrahim Mayaki devient le nouveau président du CSAO

Le conseil d’administration du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO), également appelé Groupe d’orientation politique (GOP), s’est réuni les 18 et 19 juin 2018 pour discuter des futures priorités de travail du CSAO. Ils ont nommé le Dr Ibrahim Assane Mayaki, actuellement Secrétaire exécutif du NEPAD, président du CSAO. Il prendra ses fonctions le 1er janvier 2019. Le GOP a exprimé sa gratitude au président François-Xavier de Donnea, pour son engagement exceptionnel en faveur du Club depuis près d’une décennie. Les Membres et partenaires ont également discuté des priorités du programme de travail 2019-20. Ils ont examiné la version provisoire, élaborée sur la base d’un processus de consultation inclusive, reflétant les priorités clés des Membres et s’appuyant sur les acquis et travaux actuels.

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Le Sahel, c’est évidemment ma vie, faite de subtilités et de contradictions

Retrouvez le discours que j’ai prononcé à l’occasion de mon intronisation en tant que Président du CSAO (Club du Sahel et de l’Afrique et de l’Afrique de l’Ouest).

Nous sommes réunis aujourd’hui, à ce moment précis, pour confirmer l’acceptation de mon poste en tant que Président du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Je voudrais d’abord vous remercier de la confiance que vous avez choisi de m’accorder et je vous suis très reconnaissant de cette volonté qu’a été la vôtre de placer à la tête de cetteinstitution un praticien de l’Afrique et de son développement.

Ce choix m’honore profondément. Il m’honore autant qu’il m’oblige.

Remplacer le Président Francois-Xavier de Donnea n’est pas une tâche facile tant il a marqué de son empreinte la dynamique du Club pendant unedizaine d’années en aidant fortement à forger ses lignes directrices et saprojection dans l’avenir. Je voudrais vous demander à vous tous, de lui exprimer de la gratitude en le félicitant par un applaudissement nourri.

Je dis cela car j’ai conscience de l’ampleur de la tâche et surtout de l’urgencede produire des résultats dans le cadre de notre feuille de route pour transformer durablement le Sahel et sa région.

La réalité du Sahel, vous la connaissez tous très bien. Elle est l’essencemême, la raison d’être de ce Club. Pour ma part, cette réalité a toujours signifié plus que ce qui en est dit au cours d’une réunion traitant des défis que connait le Sahel.

Le Sahel, c’est plus qu’un article, beaucoup plus que des chiffres et infiniment plus riche que ce qu’on en voit dans les reportages.

The Club, as a dialogue and policy analysis advocate, has dedicated its intelligence to a better understanding of the Sahel region.

La Sahel, c’est évidemment ma vie, faite de subtilités et de contradictions, mon enfance, au sein d’une famille qui a eu à cœur de m’inculquer des valeurs telles que la solidarité, le respect de l’autre, l’humilité et le sens del’effort. Sans oublier, je dois l’admettre, une certaine douceur de vivre.

Ces valeurs, je les porte aujourd’hui en moi et elles imprègnent mon quotidien. Je m’efforce de les transmettre aux jeunes générations avec lesquelles je suis en contact.

Ces valeurs sont le symbole et le socle de ce que voulait dire le Sahel pour ceux qui le connaissait avant que la question du terrorisme et de l’insécuriténe prenne une telle place dans le débat public.

Ces valeurs ont fait la force du Sahel par le passé et je suis convaincuqu’elles portent en elles les germes d’un développement durable et ressenticomme tel par les populations, ce qu’Anne de Lattre appelle l’évolution intelligente de l’humanité.

Je m’engage aujourd’hui devant vous à mettre toute mon énergie et mon expérience à exercer ma nouvelle fonction. Les différents postes que j’aioccupés, souvent par un heureux concours de circonstances m’ont appris deux choses : la nécessité de l’humilité et la nécessité de la patience.

L’humilité dans la reconnaissance de la complexité de la prise de décision,l’humilité dans la façon dont on envisage les solutions aux problèmes,l’humilité qu’appelle une certaine honnêteté intellectuelle.

L’humilité, c’est reconnaitre qu’on ne sait pas et ne peut pas tout, mais c’estaussi se battre avec passion pour faire le mieux qu’on peut avec le peu que l’on sait.

Et ensuite la patience, car comme dirait un de nos proverbes, la patiencepeut faire germer des pierres. Ce que j’en ai compris, c’est que lorsque l’onne se décourage pas d’espérer et d’agir, les résultats sont toujours au rendez-vous à un moment donné.

Je sais pouvoir compter sur Laurent Bossard et sa merveilleuse équipe. Ce point me rassure énormément : leur apport scientifique et accessible audéveloppement du Sahel et de l’Afrique est tout à fait remarquable.

Par ailleurs, les partenaires du Club, si présents dans sa création et son existence aujourd’hui m’amènent à dire que nous sommes là dans la préfiguration des systèmes de gouvernance globaux à venir.

Enfin, les institutions régionales avec lesquelles le Club travaille étroitement (CEDEAO, UEMOA et CILSS) constituent le miroir de son efficacité ; se refléter en elles permet de se regarder de manière réaliste.

Je vous remercie et espère qu’ensemble, nous ferons germer denombreuses pierres et avancerons résolument vers un futur glorieux pourl’Afrique sahélienne et ouest-africaine.

 

LE NEPAD DEVIENT L’AGENCE DE DEVELOPPEMENT DE L’UNION AFRICAINE

Lors de la 31e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine à Nouakchott, en Mauritanie, les chefs d’État et de gouvernement africains ont reçu plusieurs rapports, y compris l’état de la mise en œuvre des réformes institutionnelles de l’UA, présentées par le président rwandais Paul Kagame. Le Président Kagame est l’actuel président de l’Union africaine et le champion du processus de réformes institutionnelles de l’UA.

Lors du Sommet de Nouakchott, une décision officielle a été prise sur la transformation de l’Agence de planification et de coordination du NEPAD en Agence de développement de l’Union africaine.

La Conférence a approuvé la création de l’Agence de développement de l’Union africaine en tant qu’organe technique de l’Union africaine doté de sa propre identité juridique et de ses propres statuts. Ces statuts seront développés et présentés pour adoption au prochain Sommet de l’UA en janvier 2019.

L’Assemblée a félicité le Président sénégalais, S.E. Macky Sall, Président en exercice du Comité d’orientation des chefs d’État et de gouvernement du NEPAD, pour avoir renforcé la crédibilité du NEPAD, une institution reconnue par la communauté internationale, y compris  par le G20 et par le G7.

Les réformes en cours à l’UA sont une affirmation par les États membres de leur engagement envers l’Agence du NEPAD en tant qu’instrument de l’UA établi pour appuyer les pays et les organismes régionaux dans la mise en œuvre de la vision du développement du continent – telle qu’articulée dans les sept aspirations et les 20 objectifs de l’Agenda 2063.

Ibrahim Assane Mayaki, Secrétaire exécutif de l’Agence du NEPAD, a déclaré : « Un aspect essentiel des réformes en cours consiste à rationaliser et à améliorer l’efficacité et l’efficience dans la mise en œuvre des décisions, politiques et programmes de l’UA à travers tous ses organes et institutions. En ce sens, comme l’Agence du NEPAD est l’agence de mise en œuvre technique de l’UA, une recommandation spécifique du rapport Kagame consiste à la transformer en Agence de développement de l’UA. Nous sommes enthousiasmés par cette transformation, qui permettra de déployer encore plus efficacement nos programmes au service du développement de notre continent. »

Débats : l’identité virtuelle, une étape vers l’inclusion financière

Dans son essai L’Afrique à l’heure des choix, le secrétaire executif du Nepad dresse la révolution digitale en rempart contre les freins de l’économie informelle.

Quand on parle du secteur informel africain, on a vite tendance à oublier que les transactions du quotidien avaient encore lieu en monnaie traditionnelle pendant une bonne partie du XXe siècle dans la majeure partie du continent. Les puissances coloniales avaient installé les premières infrastructures financières au service exclusif de leur système économique parallèle, si bien que les interconnexions étaient limitées entre les deux mondes. Cette dichotomie s’est prolongée et a muté jusqu’au système que nous observons aujourd’hui dans nos pays. Les ponts se sont multipliés, mais il est clair que deux économies continuent de coexister sans guère échanger.

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Les migrations intracontinentales, une manne pour l’Afrique

Se pourrait-il que nous soyons passés à côté d’un phénomène de fond structurant les économies africaines ? À force de focaliser le débat sur les migrations extracontinentales et leurs incidences sur les relations entre les pays africains et leurs partenaires, nous en avons oublié que la majeure partie des migrations originaires d’Afrique sont des migrations intracontinentales. Ainsi, selon un récent rapport de la CNUCED, ce sont 19 millions de personnes qui migrent à travers l’Afrique chaque année, contre 17 millions à destination d’autres continents, et 5,5 millions venant du reste du monde à destination de l’Afrique.

Les résultats de cette étude vont à contre-courant d’une vision pessimiste du phénomène migratoire, vision qui souligne habituellement des problèmes majoritairement fantasmés de non assimilation, de perte d’emplois, de lutte entre les populations immigrantes et les locaux pour les ressources publiques, de déséquilibres des systèmes de santé et de protection sociale, de frictions culturelles, etc. C’est une toute autre image qui se révèle ici : les migrations intra-africaines sont un moteur de productivité et de croissance, de transferts de compétences, d’intensification des échanges, d’industrialisation, et d’investissement dans les pays d’origine.

Contre l’argument d’une immigration menant à la concurrence pour les emplois, l’étude souligne le fait qu’une partie des migrants le font à l’appel des secteurs économiques phares de certains pays chez lesquels la main-d’œuvre se tarit. Il en va ainsi du secteur éducatif et de l’ingénierie (Rwanda), des services financiers (Afrique du sud, Tanzanie et Ouganda), des télécommunications (Afrique du Sud et Rwanda), de la construction (Afrique du Sud, Côte d’Ivoire) et des mines (Afrique du Sud, Gabon), ou encore de l’agriculture (Afrique du Sud encore, Côte d’Ivoire). Ces secteurs représentent une demande pour tous les niveaux de qualification et démontrent que les migrations répondent dans une large mesure à une demande émanant des pays d’accueil, dont l’offre de main-d’œuvre peine parfois à s’ajuster à une croissance, ou à une transformation rapides de leur structure économique.

Quant à l’intégration par le travail, elle est accélérée pour les migrants sur un marché qui leur permet de développer des compétences auxquelles ils n’auraient pas eu accès dans leurs pays d’origine. Les paysans burkinabè possédant de faibles compétences ont pu en gagner de nouvelles et accéder ainsi à des fonctions mieux rémunérées que s’ils étaient restés chez eux. C’est d’ailleurs grâce à cette montée en compétences que les équilibres macroéconomiques, loin d’être déstabilisés par l’arrivée de nouvelles populations, en sont renforcés dans le pays d’accueil, comme dans le pays d’origine. Ceci est une incitation et un message pour certains pays africains qui sont encore trop frileux dans leur gestion de la migration africaine.

Dans le pays d’accueil, une meilleure rémunération se traduit par une consommation accrue de produits locaux, ou de produits importés du pays d’origine (« commerce de la nostalgie »). Les émigrés venus de RDC et du Zimbabwe sur la période 2000 – 2013 ont suscité une croissance des importations de nourriture en provenance de ces deux pays, respectivement de 100 000 à 650 000 dollars pour la RDC, de 100 000 à 1 million de dollars pour le Zimbabwe. Les migrants constituent à ce titre un trait d’union économique entre les pays d’origine et d’accueil, et un moteur de croissance singulièrement efficace pour les exportations de leur pays d’origine.

La hausse de leurs rémunérations les fait également contribuer à la hausse de la consommation locale, et à la contribution fiscale (taxes et impôts) à l’économie nationale. L’idée que l’entrée de populations nouvelles déstabiliserait les équilibres sociaux, est également invalidée par ce constat. Et, grâce aux envois des diasporas dans leurs pays d’origine, un transfert de capitaux entre pays s’opère, ainsi qu’une contribution aux systèmes sociaux des pays d’origine.

Tous les bienfaits de ce phénomène de migrations intra-africaines ne sont désormais plus à prouver. Le défi à relever appartient désormais aux États, dont certains ont déjà commencé à adapter leur législation pour accompagner ce mouvement même si d’autres  n’ont pas encore compris les bénéfices qu’ils pourraient en tirer. Mais les migrations, constitutives de notre continent, vont voir leurs effets positifs encore accrus grâce à la mise en place de la Zone de Libre-Échange Continentale (ZLEC) et d’un passeport panafricain. L’harmonisation des normes, la disparition des barrières douanières, la libre circulation des personnes et des capitaux, sont autant de dispositifs propres à dynamiser des migrations dans un marché unifié à l’échelle du continent.

L’Afrique à l’heure des choix : J-7

Je tenais à vous informer qu’un nouveau livre que j’ai écrit sera bientôt publié, d’abord en français puis en anglais. Il est intitulé  « L’Afrique à l’heure des choix ».

Ce livre est un projet  que je nourris depuis longtemps. Il s’adresse à la génération qui arrivera aux commandes en Afrique au cours des deux prochaines décennies.

C’est à la fois un avertissement et un guide, ainsi qu’un message pour ceux qui devront faire face à la période de changements importants auxquels l’Afrique va très bientôt devoir faire face, que ce soit en termes économiques, politiques ou démographiques.

C’est à la fois un constat, un diagnostic et un plaidoyer. Et, j’espère, un examen franc et lucide de ce que nous avons réussi jusqu’à présent et de ce que nous pourrions améliorer à l’avenir.

C’est aussi un livre que je veux dédier aux hommes et femmes qui ont mis tant d’énergie à faire de l’idéal panafricain une cause a défendre.

Il ne me reste qu’à souhaiter que vous preniez autant de plaisir à lire ce livre que j’en ai eu à l’écrire.

Journée mondiale de l’Afrique

Alors que nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de l’Afrique, je voudrais saisir cette occasion pour vous annoncer la sortie le 13 juin prochain d’un ouvrage dont je suis l’auteur, intitulé L’Afrique à l’heure des choix.

Ce livre constitue à la fois un retour d’expérience, un diagnostic et un plaidoyer. Et, je l’espère, un examen franc, original et lucide sur « la manière dont l’Afrique en est arrivée là ».

J’entends m’adresser à la génération qui accédera aux postes de responsabilité en Afrique dans les deux prochaines décennies et lui proposer des pistes pour réaliser « l’Afrique que vous pouvez ».

L’Afrique et le piège de la dette

Dans ses dernières « Perspectives économiques » pour l’Afrique publiées le 8 mai dernier, le Fonds monétaire international (FMI) ne cache pas son scepticisme sur l’évolution des économies africaines. Certes la croissance moyenne prévue pour la zone est en hausse, passant de 2,8% en 2017 à 3,4% en 2018. L’Afrique bénéficie principalement du redressement des cours des matières premières ainsi que de la timide reprise de la croissance mondiale grâce à un meilleur accès aux marchés internationaux.

Néanmoins, tant que la croissance de la dette restera supérieure à la croissance du PIB, la situation budgétaire des pays africains ne pourra qu’aller en se dégradant. Ainsi, le FMI considère que sur les 35 pays de la zone, 15 d’entre eux sont en situation de surendettement ou en passe de l’être. Une situation d’autant plus préoccupante qu’une partie des bailleurs internationaux est quelque peu refroidie à l’idée d’acheter de la dette africaine alors que certains États ont pu décevoir sur la transparence de leur gestion de la dette publique.

Aujourd’hui, l’histoire se répète : les États les plus touchés sont ceux qui ont bâti leur croissance essentiellement sur l’exportation des matières premières, hydrocarbures ou minerais. Avec la chute des cours, les devises nationales se sont effondrées, rendant plus difficile le remboursement de la dette. À tel point que le service de la dette absorbe jusqu’à 60% des recettes publiques de certains États. Autant d’argent perdu pour des secteurs clés comme l’éducation, la santé et les infrastructures, les dépenses qui seules permettront de préparer nos pays au défi démographique.

On entend parfois dire que le niveau des dettes africaines n’est pas aussi élevé que dans les pays occidentaux par exemple, et que l’Afrique n’a donc pas de raison de faire des efforts budgétaires particuliers. C’est faire abstraction de deux éléments spécifiques aux économies africaines : premièrement la faible capacité de mobilisation de recettes fiscales compte tenu du poids prépondérant de l’informel dans nos économies ainsi que des limites de nos administrations fiscales à faire face aux multiples évasions fiscales, deuxièmement les taux auxquels nous empruntons, nettement moins avantageux que ceux dont bénéficient les pays occidentaux.

Le FMI souligne que malgré les importants progrès réalisés depuis 20 ans, l’Afrique subsaharienne présente toujours le ratio recettes-PIB le plus faible au niveau mondial. Son niveau médian était de 18 % en 2016, soit cinq points de pourcentage de moins que les autres pays émergents ou en développement. Le FMI répète encore ce que nous savons depuis longtemps : les pays d’Afrique subsaharienne doivent et peuvent accroitre leurs recettes fiscales à hauteur de 3 à 5% du PIB. Ce montant serait largement supérieur à l’aide internationale que la région reçoit chaque année qui de toutes les manières s’amenuise drastiquement ou est focalisée sur des aspects sécuritaires liés au terrorisme et aux migrations.

Il n’existe pas de solution miracle face au piège de la dette. Pour envisager le développement d’un pays sur le long terme, il faut bâtir une croissance inclusive et durable fondée sur trois piliers : une gestion budgétaire rigoureuse ; un accroissement significatif des recettes fiscales ; un renforcement de l’attractivité pour les investisseurs étrangers. Les solutions sont connues, mais elles demandent du courage politique et une capacité à ne pas céder aux mesures de court-terme. Là commence l’indépendance économique de notre continent, faisons attention à ne pas commettre des erreurs qui nous ont coûté cher par le passé.