Se donner une chance pour réussir la ZLECAf

L’AUDA-NEPAD et Frederick S. Pardee Center for International Futures (Université de Denver) ont publié conjointement une étude sur les conditions de réussite dans la mise en œuvre de l’Accord de libre-échange continentale africaine. En voici les principaux enseignements.

Depuis la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entérinée lors du sommet de l’Union Africaine à Niamey, le 7 juillet 2019, nous n’avons de cesse de faire avancer l’idée qu’un marché commun pour et par les Africains est possible pour ainsi créer un marché unique des biens et des services afin de faciliter la libre circulation des personnes et des investissements, et jeter les bases d’une union douanière continentale. Nous continuons à promouvoir auprès des chefs de gouvernement cette intégration économique, privilégiant le partage des bénéfices économiques aux rivalités historiques et aux gains relatifs.

Cette étude s’inscrit dans cette démarche. Elle permet de mettre à plat l’ensemble des défis locaux et internationaux susceptibles d’accroître ou d’entraver la mise en œuvre de l’Accord. Elle éclaire ainsi les décideurs africains en mettant à leur disposition des données chiffrées objectives pour les aiguiller dans leur prise de décision. Car la condition préalable à la mise en œuvre de la ZLECAf reste la volonté politique de faire progresser les relations commerciales intracontinentales. Il s’agira alors pour les parties prenantes de coordonner et d’harmoniser les politiques commerciales aux niveaux national, régional, continental et mondial.

Repenser les sources de recettes publiques
La ZLECAf appelle à la suppression de 90 % des droits de douane sur le commerce intra-africain ce qui, pour certains pays tributaires de ces taxes, pourrait représenter une baisse des recettes publique et donc un obstacle à la réussite de l’Accord. Or, selon les données tirées de l’étude, les tarifs douaniers intra-africains sont faibles par rapport aux tarifs entre l’Afrique et le reste du monde. Environ 1,5 % du PIB africain soit 37 milliards de dollars provient des droits de douane sur les importations en provenance du reste du monde. Par comparaison, les recettes tarifaires du commerce intra-africain ne représentent que 0,1 % du PIB africain en 2015 soit 3,5 milliards de dollars. Aussi, la mise en œuvre de la ZLECAf aura un effet négatif limité sur les recettes publiques au niveau du continent.

« Les conditions du succès de la ZLECAf passent aussi par la réduction des obstacles non tarifaires au commerce, comme la mauvaise gouvernance, le manque d’infrastructure et les passages de frontières, et la prévalence du commerce informel. »

Faire monter en compétences et soutenir les États les plus fragiles
Au-delà des droits de douane, c’est l’ensemble du système d’imposition qu’il faudra harmoniser, notamment la TVA. Nombre de pays sont en incapacité de gérer ces nouvelles normes. Une formation rigoureuse des fonctionnaires de l’union douanière et le renforcement des capacités de chaque État membre sont indispensables. Pour les États les moins avancés, une aide plus directe sous forme de sessions de formation, d’aide économique et de développement institutionnel guidé devra être fournie par la ZLECAf et les organisations partenaires (Assemblée de l’Union africaine, douzième session extraordinaire, 2019). L’étude insiste sur le fait que la réussite du contrôle de la TVA dépendra de la réduction des niveaux de corruption associés aux impôts sur les recettes parmi les élites gouvernementales.

S’attaquer aux obstacles non tarifaires
Les conditions du succès de la ZLECAf passent aussi par la réduction des obstacles non tarifaires au commerce, comme la mauvaise gouvernance, le manque d’infrastructure et les passages de frontières, et la prévalence du commerce informel ; par la diversification des exportations pour le commerce intra-africain, notamment par l’augmentation de la production manufacturière locale ; par le renforcement de la surveillance des flux transfrontaliers de biens et de services.

Réduire les coûts consécutifs à la ZLECAf
Pour atténuer les tensions dans le cadre de la ZLECAf, l’étude préconise de créer un mécanisme de règlement des différends pour résoudre les questions qui se posent entre les États membres. Elle propose également de réfléchir à un Fonds de développement de l’Union africaine qui pourrait soutenir les pays qui connaissent des bouleversements sociaux en raison d’une plus grande ouverture commerciale en investissant dans le capital humain, les infrastructures et l’amélioration de la gouvernance.

Ainsi, la levée de tous ces obstacles au commerce, la bonne gouvernance et le développement des infrastructures, y compris les technologies de l’information et de la communication, sont des conditions incontournables de réussite de la ZLECAF. Dans cette optique, l’AUDA-NEPAD s’assurera que toutes les ressources soient mobilisées pour que les États signataires puissent de faire de cet immense projet, une réelle opportunité de croissance pour tous les Africains.

Pour consulter le rapport

Giving ourselves a chance to make AfCFTA a success

AUDA-NEPAD and Frederick S. Pardee Center for International Futures (University of Denver) jointly publish a study on the conditions for successful implementation of the African Continental Free Trade Agreement. Here are the main findings.

Since the creation of the Continental African Free Trade Area (AfCFTA) endorsed at the African Union Summit in Niamey on July 7, 2019, we have been pushing forward the idea that a common market for and by Africans is possible and create a single market for goods and services to facilitate the free movement of people and investments and lay the foundations for a continental customs union. We continue to promote this economic integration among Heads of State and Government, emphasizing the sharing of economic benefits over historical rivalries and relative gains.

This study is part of this process. It provides an overview of all the local and international challenges likely to increase or hinder the implementation of the agreement. It thus enlightens African decision-makers by providing them with objective figures to guide them in their decision-making. For the prerequisite for the implementation of the AfCFTA remains the political will to advance intracontinental trade relations. This will require stakeholders to coordinate and harmonize trade policies at the national, regional, continental and global levels.

Rethinking government revenue sources
The AfCFTA calls for the elimination of 90 per cent of tariffs on intra-African trade, which for some countries dependent on these taxes could represent a drop-in government revenue and thus an obstacle to the success of the agreement. However, according to data from the study, intra-African tariffs are low relative to tariffs between Africa and the rest of the world. About 1.5 per cent of Africa’s GDP or $37 billion comes from tariffs on imports from the rest of the world. In comparison, tariff revenue from intra-African trade represents only 0.1 per cent of African GDP in 2015 or $3.5 billion. Thus, the implementation of the AfCFTA will have a limited negative effect on government revenue at the continental level.

« Conditions for the success of AfCFTA also include reducing non-tariff barriers to trade, such as poor governance, lack of infrastructure and border crossings, and the prevalence of informal trade »

Capacity building and support for the most fragile states
In addition to customs duties, the entire taxation system will have to be harmonised, particularly VAT. Many countries are unable to manage these new standards. Rigorous training of customs union officials and capacity building in each Member State are essential. For the least developed States, more direct assistance in the form of training sessions, economic assistance and guided institutional development will need to be provided by AfCFTA and partner organizations (Assembly of the African Union, twelfth special session, 2019). The study emphasizes that the success of VAT control will depend on reducing the levels of corruption associated with revenue taxes among government elites.

Tackling non-tariff barriers
Conditions for the success of AfCFTA also include reducing non-tariff barriers to trade, such as poor governance, lack of infrastructure and border crossings, and the prevalence of informal trade; diversifying exports for intra-African trade, including by increasing local manufacturing production; and strengthening the monitoring of cross-border flows of goods and services.

Reducing costs as part of the AfCFTA
To ease tensions within the AfCFTA, the study calls for the creation of a dispute settlement mechanism to resolve issues between member states. It also suggests exploring an African Union Development Fund that could support countries experiencing social upheaval due to increased trade openness by investing in human capital, infrastructure and improved governance.

Thus, the removal of all these barriers to trade, good governance and the development of infrastructure, including information and communication technologies, are essential conditions for the success of the AfCFTA. With this in mind, AUDA-NEPAD will ensure that all resources are mobilized so that the signatory states can make this immense project a real opportunity for growth for all Africans.

 

The report can be accessed here

Ouvrir des perspectives professionnelles pour faire taire les armes

Au lendemain du 33ème sommet de l’Union Africaine sur le thème « Faire taire les armes », nous réaffirmons le rôle de l’AUDA-NEPAD dans la prévention des conflits et le maintien de la paix par le développement économique et social.

Lors de la publication de l’Agenda 2063, nous avions fixé le silence des armes à échéance 2020. Une fois ce constat dramatique passé, il s’agit de tirer les conséquences et prendre la mesure de ce que nous devons changer ou améliorer pour garantir la paix et la sécurité pour tous les Africains, préalable indispensable au développement de notre continent.

 Notre attention est sans relâche pour ne laisser aucun espace à la prolifération des armes.  Nous devons continuer à refuser la violence, les conflits et le terrorisme. Et pour cela, les mécanismes de coopération diplomatique et de résolution de conflit doivent être privilégiés, dans la logique que nous porte « de solutions africaines aux problèmes africains ».

Lutter contre les symptômes, certes mais il nous faut aussi soigner le mal à la racine. Et pour cela, il nous faudra accélérer et amplifier le développement économique et social de l’Afrique. Les reformes engagées ont vocation à être dupliquées, multipliées, étendues sur le continent pour la satisfaction des besoins humains fondamentaux, notamment l’éducation, la santé, l’assainissement, la sécurité alimentaire, le logement, l’eau potable et l’énergie. L’UA, les CER et les États membres sont les premiers responsables de la mise en œuvre des politiques, stratégies et programmes de développement visant à intégrer le continent et à avoir un impact positif sur les moyens de subsistance et le bien-être de tous les Africains, notamment les plus jeunes.

« Nous continuerons à promouvoir la paix par la création d’emplois, par la formation initiale autant que professionnelle en milieu urbain comme en milieu rural »

Ainsi, l’AUDA-NEPAD mise sur la formation professionnelle et l’entreprenariat des femmes et des jeunes en soutenant l’intégration et l’alignement de l’EFTP (Enseignement et Formation Technique et Professionnels) dans les cadres nationaux de qualification de quinze pays, de l’Afrique du Sud à la Tunisie, en passant par le Benin et le Sierra Leone. Nous intervenons également dans le renforcement des capacités dans le secteur agricole de douze pays du PDDAA EFTPA. Le programme EFPTA (Enseignement et formation Technique et Professionnels Agricoles) pour les femmes est déjà pleinement opérationnel dans six pays.

Avec le programme Initiative compétences pour l’Afrique (SIFA), présent dans sept pays,  nous soutenons l’autonomisation et développement des compétences des jeunes.  

Des plans d’action nationaux pour l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes en milieu rural ont été élaborés et validés au Bénin, au Cameroun, au Malawi et au Niger.

Le programme 100 000 PME pour 1 million d’emplois vise à créer des opportunités pour 1 million de jeunes d’ici 2021. Des recommandations politiques ont été formulées pour faire pression sur les dirigeants politiques de manière à accélérer les réformes nécessaires pour améliorer l’environnement économique et promouvoir l’entreprenariat de jeunes.

Bien évidement, à l’échelle du continent, ces programmes sont nécessaires mais pas suffisants. Nous continuerons à promouvoir la paix par la création d’emplois, par la formation initiale autant que professionnelle en milieu urbain comme en milieu rural, par le développement du secteur de la santé, par la protection de la nature et la lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences en terme de déplacements de populations, par l’interconnexion des pays et des régions pour faciliter les échanges et ainsi l’ouverture à l’autre. Nous continuerons de construire  et reconstruire des ponts et des routes entre les peuples, là où d’autres rasent tout sur leur chemin.  

Creating professional opportunities to silence the guns

In the aftermath of the 33rd African Union Summit on the theme “Silencing the guns”, we reaffirm AUDA-NEPAD’s role in peacekeeping in the name of economic and social development.

When Agenda 2063 was published, we had set a deadline of 2020 for the silence of arms. Once this dramatic observation has been made, we must draw the consequences and take the measure of what we must change or improve in order to guarantee peace and security for all Africans, which is an indispensable prerequisite for the development of our continent.

Our vigilance is unremitting so as not to leave any room for the proliferation of weapons. We must continue to reject violence and conflict. To this end, mechanisms for diplomatic cooperation and conflict resolution must be favoured, in line with the logic of  “African solutions to African problems”.

Fighting the symptoms, certainly, but we also need to treat the root cause of the disease. And to achieve this, we will need to accelerate and amplify Africa’s economic and social development. The reforms undertaken are intended to be replicated and extended across the continent to meet basic human needs, including education, health, sanitation, food security, housing, drinking water and energy. The AU, the RECs and Member States have the primary responsibility for implementing development policies and programmes aimed at integrating the continent and having a positive impact on the livelihoods and well-being of all Africans, especially the youngest.

« We will continue to promote peace through job creation, through initial and vocational training in both urban and rural areas »

Thus, AUDA-NEPAD focuses on vocational training and entrepreneurship for women and youth by supporting the integration and alignment of TVET (Technical and Vocational Education and Training) in the national qualification frameworks of fifteen countries, from South Africa to Tunisia, Benin and Sierra Leone. The Agency is also involved in capacity building in the agricultural sector of twelve CAADP countries TVET. The EFPTA (Technical and Vocational Agricultural Education and Training) programme for women is already fully operational in six countries.

With the Skills Initiative for Africa (SIFA) programme in seven countries, we are supporting the empowerment and skills development of young people.  National action plans for rural youth employment and entrepreneurship have been developed and validated in Benin, Cameroon, Malawi and Niger.

The 100,000 SMEs for 1 million jobs programme also aim to create opportunities for 1 million young people by 2021. Recommendations have been made to encourage initiatives to accelerate the reforms needed to improve the business environment and promote youth entrepreneurship.

Clearly, on a continental scale, these programmes are necessary but not sufficient. We will continue to promote peace through job creation, through initial and vocational training in both urban and rural areas, through the development of the health sector, through the protection of nature and the fight against global warming and its consequences in terms of population displacements, through the interconnection of countries and regions to facilitate trade and thus openness to others. We will continue to build and rebuild bridges and roads between peoples, where others are destroying everything in their path. 

Giving meaning to collective action

On the eve of the 33rd Summit of the African Union, which will be held on February 9 and 10 in the presence of all the States of the continent, it is essential to recall the ties that unite us. Reinvesting in our territories, strengthening our economic regions, abolishing customs borders, and freeing ourselves from external constraints are all elements that will enable us to regain the meaning of our actions and stimulate our ability to unite around common values.

A paradigm shift is needed

The new decade that is beginning holds out the hope of a paradigm shift if we respect what we preach. Our continent, whose youth and dynamism are its real wealth, must meet the high expectations of social justice and equity in the distribution of wealth of a population that is increasingly integrated around a globalized conception of economic and political life. We have no choice but to rethink our relationship to ourselves and to the rest of the world. To this end, from now on we have sought to include and involve our youth in the design and implementation of Agenda 2063, our continental vision of socio-economic transformation.

Play as a team

Since its recent establishment, the African Union Development Agency (AUDA-NEPAD) promotes regional economic integration, cross-border projects and aims to strengthen its cooperation with the regional economic communities. The launching of major PIDA priority projects – the North-South or Abidjan-Dakar corridors, the Abidjan-Lagos coastal corridor, the Dakar-Bamako railway lines, the Zambia-Tanzania-Kenya Transmission Line (ZTK) and so many other achievements – is the fulfilment of our wish to work together. Henceforth, the progress of regional integration is moving in the direction of an interconnected continent, obviously transcending borders.

« It is also an opportunity for African political and economic actors to aim for democratic consensus and adopt a common position in international negotiations. »

Facing climate change

Included in Agenda 2063, the protection of biodiversity, the conservation and sustainable management of natural resources, water security and renewable energies are critical strategic choices. Indeed, there can be no sustainable growth without inclusion, and this will be even more true in the years to come. The urgency of meeting the challenges posed by climate change calls for a two-pronged approach: mitigating the causes and adapting to the consequences. Hence the need to focus on development with the highest possible ecological value. This implies planning differently and implementing concrete adaptation measures, building resilience, reviewing our food systems, adopting green economies that are resilient to climate change, improving climate and weather monitoring. It is also an opportunity for African political and economic actors to aim for democratic consensus and adopt a common position in international negotiations.

Breaking down borders for the free movement of people

Unless there is a denial of the obvious, population displacements respond to a need for survival and security. Hindering this movement means running the risk of seeing poor populations trapped in a vicious circle of impoverishment and the most dynamic areas deprived of labour power. Rethinking our borders to allow free movement. We must work to make this possible and in the best possible conditions.

In this context, important steps have been taken on two of the key objectives of Agenda 2063: the creation of a continental free trade area, FTAA, and the creation of a Single African Air Transport Market (SAATM). Indeed, 80% of air traffic in Africa is still handled by foreign companies. A major objective of Agenda 2063, SAATM was launched on 28 January 2018 by the AU Commission. The liberalisation of market access between African States, the free exercise of traffic rights and the liberalisation of frequencies should contribute to the continent’s socio-economic integration and growth. As for the FTAA, which started in March 2018, once in force, it will be the largest trade zone in the world, theoretically expected to increase intra-African trade by 52% by 2022, eliminating customs duties on 90% of goods. Let’s free up our spaces on earth or in the air. This is a challenge.

We are now at a crossroads. We have never been so collectively aware of our material and immaterial resources, of our strengths, of our place to create in this uncertain world. Meanwhile, these uncertainties in the face of major demographic, climatic, political or economic changes are accelerating. At the dawn of this new decade, our responsibility as citizens is to ensure that the hopes of our young people and the dreams of the founding leaders are not in vain.

Redonnons sens au collectif

À la veille du 33ème Sommet de l’Union africaine qui se déroulera les 9 et 10 février prochains en présence de tous les États du continent, il est essentiel de rappeler les liens qui nous unissent. Réinvestir nos territoires, renforcer nos régions économiques, abolir les frontières douanières, nous émanciper des contraintes extérieures sont autant d’éléments pour qui nous permettrons de retrouver du sens à nos actions et de stimuler notre capacité à nous rassembler autour de valeurs communes. 

Un changement de paradigme est indispensable

La nouvelle décennie qui s’ouvre porte l’espoir d’un changement de paradigme si nous respectons ce que nous prônons. Notre continent, dont la jeunesse et le dynamisme sont les vraies richesses, devra répondre aux attentes fortes de justice sociale et d’équité dans la répartition des richesses d’une population de plus en plus intégrée autour d’une conception mondialisée de la vie économique et politique. Nous n’avons d’autre choix que de repenser notre rapport à nous-mêmes et au reste du monde. Pour cela, dès à présent nous avons cherché à inclure et fait participer notre jeunesse dans la conception et à la mise en œuvre de l’Agenda 2063, notre vision continentale de transformation socio-économique.

Jouer collectif

Depuis sa récente création, l’Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD) promeut l’intégration économique régionale, les projets transfrontaliers et vise à renforcer sa coopération avec les communautés économiques régionales. La mise en route des grands projets prioritaires du PIDA – les corridors Nord-Sud ou Abidjan-Dakar, le corridor côtier Abidjan-Lagos, les lignes ferroviaires Dakar – Bamako, la ligne de Transmission Zambie – Tanzanie – Kenya (ZTK) et tant d’autres réalisations – est la concrétisation de notre désir de faire ensemble. Désormais, la marche de l’intégration régionale va dans le sens d’un continent interconnecté, dépassant évidemment les frontières.

« C’est aussi une opportunité pour les acteurs politiques et économiques africains de viser des consensus démocratiques et d’adopter une position commune dans les négociations internationales. »

Faire face au changement climatique

Inscrites dans l’Agenda 2063, la protection de la biodiversité, la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, la sécurité en eau, les énergies renouvelables représentent des choix stratégiques critiques. En effet, il n’y a pas de croissance durable sans inclusion et cela encore plus vrai dans les années à venir. L’urgence de relever les défis posés par le changement climatique impose une double démarche : atténuer les causes et s’adapter aux conséquences. D’où la nécessité de miser sur un développement à plus forte valeur écologique possible. Cela implique de planifier différemment et de mettre en application des mesures concrètes d’adaptation, et de mettre en application des mesures concrètes d’adaptation, DE renforcer la résilience, de revoir nos systèmes alimentaires, d’adopter des économies vertes résistantes au changement du climat, d’améliorer la veille climatologique et météorologique… C’est aussi une opportunité pour les acteurs politiques et économiques africains de viser des consensus démocratiques et d’adopter une position commune dans les négociations internationales.

Faire tomber les frontières pour une libre circulation des personnes

Sauf à nier l’évidence, les déplacements de population répondent à un besoin de survie, et de sécurité. Entraver ce mouvement, c’est courir le risque de voir des populations pauvres captives d’un cercle vicieux d’appauvrissement et les zones les plus dynamiques privées de force de travail. Repenser nos frontières pour autoriser une libre circulation. Nous devons travailler à rendre cela possible et dans les meilleures conditions.

Dans cette optique, des étapes importantes ont été franchies concernant deux des objectifs clés de l’Agenda 2063 : la création d’une zone de libre-échange à l’échelle continentale, ZLEC et celle d’un marché unique du transport aérien (SAATM – Single African Air Transport Market). En effet, 80% du trafic aérien en Afrique est encore assuré par des compagnies étrangères au continent. Objectif majeur de l’Agenda 2063, le SAATM a été lancé le 28 janvier 2018 par la Commission de l’UA. La libéralisation de l’accès au marché entre États africains, le libre exercice des droits de trafic et la libéralisation des fréquences doit permettre de contribuer à l’intégration et à la croissance socio-économique du continent. Pour ce qui est de la ZLEC, mise en route en mars 2018, une fois en vigueur, elle sera la plus grande zone commerciale du monde, devant théoriquement augmenter le commerce intra-africain de 52% d’ici 2022, supprimant les droits de douane sur 90% des marchandises. Libérons nos espaces sur terre ou dans les airs. Ceci est un défi.

Nous sommes désormais à la croisée des chemins. Nous n’avons jamais collectivement été aussi conscients de nos ressources matérielles et immatérielles, de nos forces, de notre place à créer dans ce monde incertain. Dans le même temps, ces incertitudes face aux grands changements démographiques, climatiques, politiques ou économiques s’accélèrent. À l’orée de cette nouvelle décennie, notre responsabilité en tant que citoyens est de veiller à ce que les espoirs de notre jeunesse et les rêves des leaders fondateurs ne soient pas vains.

Ma sélection d’ouvrages de l’année 2019

Quand l’année s’achève, il est toujours important de se rappeler les moments forts des douze derniers mois. En tant que passionné de lecture, j’ai choisi les cinq ouvrages qui ont retenu mon attention en 2019.

1.  « Le capitalisme a-t-il un avenir ? », Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Craig Calhoun, Michael Mann, Georgi Derluguian 
Dans cet important ouvrage collectif, cinq grands intellectuels dressent un panorama de l’état du monde et débattent de leur analyse et des réponses à apporter pour réfléchir à notre époque. Il s’agit d’une analyse très pertinente des grandes tendances souvent négligées qui illustrent les limites de l’expansion du « système mondial » capitaliste. 

2.“Beating the Odds: Jump-Starting Developing Countries”, Célestin Monga et Justin Yifu Lin
Après les échecs des politiques du consensus de Washington, cet ouvrage est une illustration de la façon dont des processus de croissance économique rapide peuvent se produire dans des pays où il y a un manque de conditions préalables essentielles comme de bonnes infrastructures et institutions.

3. « The End of power », Moises Naim      
Comment la décadence du pouvoir change le monde et apporte « notre vulnérabilité accrue aux mauvaises idées et aux mauvais dirigeants ». Dans ce livre fascinant, l’auteur affirme de façon plus provocante que le pouvoir est en déclin. Il met l’accent sur la capacité de plus en plus faible des grandes organisations – ministères, entreprises, armées, églises, fondations éducatives et philanthropiques – à obtenir ce qu’elles veulent.       

4. « L’homme inutile (du bon usage de l’économie) », Pierre-Noël Giraud 
Ou comment faire bon usage de l’économie en démantelant les mécanismes de l’inutilité, qui est « la pire forme d’inégalité » car il y a de plus en plus d’hommes au chômage réduits à l’inutilité pour eux-mêmes et pour les autres. En questionnant l’économie, la mondialisation et les politiques publiques, ce professeur d’économie propose une réflexion sur l’écart croissant des revenus à l’intérieur d’un pays et les solutions pour résoudre le problème de l’inutilité qui exclut les chômeurs, les personnes précaires ou mal logées. L’auteur propose également de mesurer l’efficacité des politiques publiques dans la lutte contre l’inutilité.

5. Africapolis
Produite par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE, Africapolis.org est la seule base de données géospatiales complète et standardisée consacrée aux villes et aux dynamiques d’urbanisation en Afrique. Elle est conçue pour permettre des analyses comparatives et à long terme des dynamiques urbaines – couvrant 7 500 agglomérations dans 50 pays. Les données d’Africapolis sont basées sur un vaste répertoire de recensements de l’habitat et de la population, de registres électoraux et d’autres sources officielles de population, dont certaines remontent au début du XXe siècle. La régularité, le niveau de détail et la fiabilité de ces sources varient d’un pays à l’autre et d’une période à l’autre.

My selected books of the year 2019

When the year comes to an end, it is important to remember the highlights of the past twelve months. As a passionate reader, I chose the five books that caught my attention in 2019.

1.  “Does capitalism have a future?”, Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Craig Calhoun, Michael Mann, Georgi Derluguian 
In this important collective work, five major intellectuals draw up a panorama of the state of the world and debate their analysis and the answers to be given to think about our time. It is a very relevant analysis of the often-neglected major trends that illustrate the limits of the expansion of the capitalist « world system ». 

2. “Beating the Odds: Jump-Starting Developing Countries”, Celestin Monga and Justin Yifu Lin
After the failures of the Washington consensus policies, an illustration of how rapid economic growth processes can happen in countries where there is a lack of essential preconditions like good infrastructure and institutions.

3. “The End of power”
 Moises Naim
How the decay of power is changing the world and bringing « our heightened vulnerability to bad ideas and bad leaders ». In this fascinating book, the author makes the more provocative claim that power is, in fact, declining. He focuses on the flagging ability of large organizations—government ministries, corporations, militaries, churches, educational and philanthropic foundations—to get their way.       

4. 
« L’homme inutile (du bon usage de l’économie) », Pierre-Noel Giraud 
Or how to make good use of the economy by dismantling the mechanisms of uselessness, which is « the worst form of inequality » because there are more and more unemployed men reduced to uselessness to themselves and to others ». By questioning the economy, globalization and public policies, the professor of economics proposes a reflection on the growing income gap within a country and the solutions to solve the problem of uselessness that excludes the unemployed, the precarious or poorly housed. The author suggests measuring the effectiveness of public policies in the fight against uselessness.

5. Africapolis
Produced by the OECD Sahel and West Africa Club, Africapolis.org is the only comprehensive and standardised geospatial database on cities and urbanisation dynamics in Africa. It is designed to enable comparative and long-term analyses of urban dynamics – covering 7 500 agglomerations in 50 countries. The Africapolis data are based on an extensive repertoire of housing and population censuses, electoral registers and other official population sources, some of which date back to the early twentieth century. The regularity, level of detail and reliability of these sources vary from country to country and from period to period.

Pourquoi la structuration des grands projets d’infrastructures en Afrique est-elle une priorité ?

Financer l’amont des projets, bâtir des partenariats entre les opérateurs publics et privés,
l’AUDA-NEPAD accélère ses efforts pour faire progresser le développement du continent.

Depuis le Sommet de Dakar sur le financement en juin 2014 et l’appel du président Macky Sall pour faire avancer les projets à fort impact à travers le continent, notamment ceux de corridors intégrés à dimension régionale, des projets nationaux et transnationaux ambitieux sont présentés chaque année. Les derniers chiffres publiés par le Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA) en 2018, le niveau des engagements en matière d’infrastructures africaines a dépassé pour la première fois, les 100 milliards de dollars pour atteindre 100,8 milliards de dollars, en augmentation de 24% par rapport à 2017. Les gouvernements africains ont été la principale source de financement des infrastructures, avec 37,5 milliards de dollars (37% du total des engagements), suivis par la Chine, qui a engagé 25,7 milliards de dollars (25%). Pour sa part, le secteur privé n’a participé qu’à hauteur de 11,8 millions de dollars soit 12% de l’ensemble. Étant donné le potentiel élevé d’investissement du secteur privé dans le domaine des génisses, nous devons concentrer nos efforts sur la structuration de l’infrastructure pour répondre aux besoins d’investissement.

Le temps nécessaire à l’élaboration et à la structuration des projets d’infrastructure est long, dans le meilleur des cas, il faut généralement compter entre 3 et 7 ans avant de les clôturer sur le plan financier. De plus, selon un rapport du Forum Okan / CEO Forum, 83% des partenariats public-privé africains sont abandonnés, non pas par manque de financement, mais parce qu’ils sont mal conçus ou non commercialement viables. Les coûts de développement des projets d’infrastructure de grande envergure en PPP peuvent représenter de 5 à 10 % de l’investissement total du projet.

Pour éviter ces pertes de temps et d’argent, l’AUDA-NEPAD et ses partenaires ont développé une série d’outils pour soutenir la préparation et le financement en amont des projets d’infrastructures régionales et nationales de l’Afrique afin de permettre une définition et une structuration plus efficaces, adaptées aux besoins des investisseurs. Des mécanismes de financement connexes sont nécessaires pour couvrir les coûts de développement des projets, y compris la gestion des projets, les conseils en matière de transactions, les études techniques (préfaisabilité, ingénierie, faisabilité, développement socioéconomique, environnement), les plans d’affaires, les modèles financiers, etc.

Le niveau élevé des défis techniques, de la complexité des environnements différents à la nature transnationale de certains projets d’infrastructure – comme le projet de transmission 330 KV du Noyau de Niort traversant quatre pays (Nigeria, Niger, Bénin, Burkina Faso) – nécessite un très haut niveau d’expertise et la mobilisation de nombreux opérateurs internationaux, entraînant ainsi des coûts supplémentaires.

Grâce à des mécanismes d’assistance technique spécifiques, tels que le SDM (Service Delivery Mechanism), les études préparatoires pour la construction du tronçon de 1 000 km entre Abidjan et Lagos ont mobilisé un cofinancement de 22,7 millions $US de la BAD et de l’Union européenne. Une équipe d’experts a travaillé pendant 18 mois pendant la phase préparatoire à Lagos pour permettre la mise en place du corridor Abidjan-Lagos. Ce projet a conduit, au sein de la CEDEAO, à la signature d’un traité multilatéral entre les chefs d’État et de gouvernement du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Nigeria et du Togo, créant une autorité supranationale, l’Autorité de gestion du corridor Abidjan-Lagos (ALCoMA), une première africaine. L’ALCoMA facilitera la gestion et la coordination de l’ensemble du cycle du projet, de la préparation à la construction, y compris l’exploitation et la maintenance.

Le mégaprojet LAPSSET en Afrique de l’Est, dont le coût total est estimé à 25 milliards de dollars, est un exemple d’initiative gouvernementale importante visant à établir des partenariats transnationaux entre les institutions publiques et privées, dans la même logique d’intégration et d’inclusion. Parmi les projets en cours de réalisation, on peut citer le port de Lamu au Kenya, une ligne de chemin de fer à écartement normal reliant Djouba au Sud-Soudan et Addis-Abeba en Éthiopie, la construction d’un large réseau routier, deux oléoducs au Sud-Soudan et en Éthiopie, une raffinerie de pétrole à Bargoni au Kenya, trois aéroports, etc. Cette série ambitieuse de projets implique un échantillon représentatif d’investisseurs nationaux et internationaux, tant en dette qu’en fonds propres.

Afin de faciliter et d’approfondir le dialogue public-privé nécessaire pour lever l’un des principaux obstacles au développement des infrastructures sur le continent – l’absence de prise en compte des contraintes du secteur privé dans la mise en œuvre des grands projets – le Réseau commercial continental (CBN) a été lancé en marge du Forum économique mondial au Cap, Afrique du Sud, en juin 2015. Les dirigeants du secteur privé sont systématiquement invités à partager leurs conseils et leurs capacités en ordonnance pour faire avancer les projets d’infrastructures critiques conseillés par l’AUDA-NEPAD.

Il est essentiel que nous travaillions activement afin de combler nos lacunes en matière d’infrastructures – en abordant la question plus large des approches intégrées du développement des infrastructures tout en établissant des partenariats avec les principales parties prenantes : le secteur privé, les investisseurs institutionnels, les gouvernements africains et les partenaires de développement volontaristes.

Nous devons nous engager ensemble dans le cadre de collaborations entre les secteurs public et privé afin de poursuivre le développement d’initiatives telles que l’Agenda de 5 % pour mobiliser les fonds des fonds de pension africains et le Mécanisme de garantie pour les infrastructures en Afrique afin d’élargir les garanties, créant les conditions favorables nécessaires pour attirer davantage de capitaux privés vers les infrastructures africaines.

Why is the proper structuring of major infrastructure projects in Africa a priority?

Financing projects upstream, building partnerships between public and private operators,
AUDA-NEPAD accelerates its efforts to advance the continent’s development. 

Since the Dakar Financing Summit in June 2014 and President Macky Sall’s push to advance high-impact projects across the continent, including those of integrated corridors with a regional dimension, ambitious national and transnational projects have been presented each year. According to the last figures released by the Infrastructure Consortium for Africa (ICA) in 2018, the level of Africa’s infrastructure commitments have exceeded US$ 100 billion, for the first time, a 24% increase compared to 2017. African governments were the main source of infrastructure financing, with US$ 37.5 billion dollars (37% of total commitments), followed by China, which committed 25.7 billion dollars (25% of total commitments). For its part, the private sector only contributed by US$ 11.8 billion (12% of total commitments). Given the high potential for significantly heifer private sector investment, our efforts must be concentrated in structuring infrastructure to meet investment requirements.

The time required to properly develop and structure infrastructure projects is long, in the best case usually between taking between three to seven years before reaching financial close. Moreover, according to an Okan / CEO Forum report, 83% of African Public-Private Partnerships are abandoned, not because of lack of funding, but because they are poorly designed or not commercially viable. Project development costs for large-scale PPP infrastructure projects can account for 5% to 10% of the total project investment.

To avoid this loss of time and money, AUDA-NEPAD and its partners have developed a series of tools to support the preparation and financing upstream of Africa’s regional and national infrastructure projects to enable more effective definition and structuring aligned with investor requirements. Related funding mechanisms are required to cover the costs of project development including project management, transactions advisory, technical studies (pre-feasibility, engineering, feasibility, socioeconomic development, environmental), business plans, financial models, among others.

The high level of technical challenges, from the complexity of the different environments to the the transnational nature of certain infrastructure projects – such as the 330 KV transmission project of Niort Core crossing four countries (Nigeria, Niger, Benin, Burkina Faso) – require a very high level of expertise and the mobilization of many international operators, therefore resulting in additional costs.

Thanks to specific technical assistance mechanisms, such as the SDM (Service Delivery Mechanism), the preparatory studies for the construction of the 1,000 km section between Abidjan and Lagos have mobilized joint financing of US $ 22.7 million from the AfDB and the European Union. A team of experts worked for 18 months during the preparatory phase in Lagos to enable the establishment of the Abidjan-Lagos corridor. This project has led, within ECOWAS, to the signing of a multilateral treaty between the Heads of State and Government of Benin, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria and Togo, creating a supranational authority, the Abidjan-Lagos Corridor Management Authority (ALCoMA), a first in Africa. ALCoMA will facilitate the management and coordination of the entire project cycle, from preparation to construction, including operation and maintenance.

Following the same inclusive and integrative logical thinking, the LAPSSET megaproject in East Africa, estimated to cost in total US$ 25 billion, is an example of a significant government initiative aimed at establishing transnational partnerships between public and private institutions. Projects in development include Lamu Port in Kenya, a normal gauge railway line linking Juba to southern Sudan and Addis Ababa in Ethiopia, the development of a broad road network, two pipelines in southern Sudan and Ethiopia, an oil refinery in Bargoni, Kenya, three airports, among other projects. This ambitious series of projects involve a cross-section of national and international investors, both debt and equity.

In order to facilitate and deepen the  public-private dialogues required to remove one of the main obstacles to infrastructure development on the continent — the lack of consideration of private sector constraints in the implementation of major projects — the Continental Business Network (CBN) was launched on the sidelines of the World Economic Forum in Cape Town, South Africa, in June 2015. Private sector leaders are systemically invited to share their advice and capacity in order to advance the critical infrastructure projects being advised by AUDA-NEPAD.

It is crucial that we work actively to fill our infrastructure gaps – by addressing the broader issue of integrated approaches to infrastructure development while building partnerships with key stakeholders: the private sector, institutional investors, African governments and willing development partners.

We need to engage together across the public and private sectors in collaborative frameworks to further the development of initiatives such as the 5% Agenda to mobilize funding from African pension funds and the Africa Infrastructure Guarantee Facility to scale guarantees, creating the enabling environments required to attract more private capital to Africa’s infrastructure.

Mon message lors de la conférence « Repenser le développement en Afrique » à l’Université de Columbia | SIPA

Le 27 septembre 2019, j’ai eu l’occasion de partager mon opinion et ma vision sur les grands enjeux qui animeront le débat sur le développement de l’Afrique à l’occasion d’une conférence organisée par Columbia University School of International and Public Affairs sous le thème : « Repenser le développement en Afrique ».

J’ai pu aborder les sujets suivants : les transitions de l’Afrique par rapport aux politiques ; la gouvernance par rapport aux politiques ; les incertitudes mondiales par rapport aux incertitudes de l’Afrique ; et les réflexions sur la façon de repenser le développement.

Il n’est pas prudent de continuer à considérer le « développement » dans les paradigmes traditionnels, considérant que le « développement » lui-même exige une nouvelle réflexion pour qu’une véritable transformation puisse avoir lieu, compte tenu des conditions actuelles.

En effet, les transitions critiques qui ont lieu sur le continent incluent les transitions démographiques, technologiques, naturelles, les changements climatiques, les systèmes de gouvernance ainsi que les transitions du développement humain. Aucune de ces transitions ne peut être traitée indépendamment et, de plus, les transitions rendent la tâche difficile aux jeunes de l’espace du développement, qui ont déjà une perception négative de l’action des responsables politiques. Par conséquent, les décideurs doivent bien comprendre ces transitions et s’y préparer adéquatement.

Les relations de pouvoir ont fondamentalement changé, ce qui signifie que les systèmes de gouvernance sont inadéquats. Par conséquent, l’inadéquation des systèmes de gouvernance rend le pouvoir non pertinent, comme cela a été démontré récemment dans plusieurs pays du continent.  Il y a donc un glissement du pouvoir du pouvoir centralisé vers des systèmes de gouvernance plus locaux et des communautés locales.

En outre, la gouvernance pourrait renforcer sa crédibilité grâce à des formes de gouvernance renouvelées et novatrices, comme c’est le cas d’un pays comme le Botswana, où l’inclusivité est un trait fort de son système de gouvernance. L’inclusion est donc un élément absolu et essentiel pour repenser le développement, contrairement à ce qui était le cas il y a des années.

En ce qui concerne les incertitudes mondiales et de l’Afrique, il a été observé que l’aide, qui était une composante importante des programmes de développement de l’Afrique, est en train de disparaître, le rôle du système multilatéral étant remis en question. En outre, un programme sur le développement durable mondial qui doit être appliqué par tous les pays montre que l’Afrique est à la traîne.

Cependant, l’Afrique s’intéresse maintenant à ses propres marchés régionaux et intérieurs par le biais de la Zone de libre-échange continentale africaine, ce qui signifie que même en cette période d’incertitude mondiale, l’Afrique a une grande chance à saisir. La fragmentation des pays africains nécessite que le continent mette en œuvre des solutions régionales aux défis nationaux et le renforcement des marchés régionaux et intérieurs pour restaurer la crédibilité des gouvernements nationaux.

Parmi les incertitudes de l’Afrique, on peut citer le fait qu’au cours des huit prochaines années environ, la plupart des présidents africains en exercice ne seront plus là, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux dirigeants qui sortiront des processus démocratiques. Les jeunes auront donc un rôle plus important à jouer dans les nouvelles administrations politiques du continent. Cependant, l’incertitude est de savoir si les nouveaux dirigeants émergeront de bases démocratiques solides ou de solutions populistes, ou même s’ils sortiront d’un nombre croissant de scénarios contradictoires.

En conclusion, j’ai réfléchi à la nécessité de repenser le développement, déclarant que la meilleure façon d’inclure les jeunes dans le cadre de développement de l’Afrique, Action 2063, est de les faire participer à sa conception et à sa mise en œuvre.

Un changement de paradigme est nécessaire dans la coproduction des politiques publiques. L’Afrique devra réinventer ses systèmes de gouvernance en responsabilisant les communautés locales et en mettant en œuvre des solutions régionales. Et la façon dont les gens s’identifient à la politique de développement, c’est la mesure dans laquelle ils sentent que leur dignité est respectée. De plus, repenser le développement, c’est aussi repenser les systèmes de justice.

Belinda Archibong, Professeure adjointe d’Économie à l’Université Columbia, intervenante à cette occasion, a déclaré que l’Afrique n’a pas vraiment besoin de développer l’aide, mais davantage le commerce. Elle a également noté qu’un autre domaine critique est celui de la réduction de l’écart de participation des jeunes dans les systèmes de gouvernance.

Akbar Noman, Professeur associé en Affaires internationales et publiques à l’Université de Columbia, également intervenant, a déclaré : « L’importance des transitions soulignées par le Dr Mayaki, en particulier celle sur la démographie, qui projette ce dont aura besoin la main-d’œuvre et ses liens avec le changement climatique, est importante pour répondre à la question de la création d’emplois.

Retrouvez l’intégralité de la conférence « Repenser le développement en Afrique » en vidéo, à l’Université de Columbia | SIPA le vendredi 27 septembre à New York. 

Le réchauffement climatique au cœur des préoccupations de l’agence de développement de l’Union africaine

L’AUDA-NEPAD inscrit la lutte contre le réchauffement climatique dans une perspective globale de développement économique du continent.

Le dernier Sommet sur le climat des Nations Unies a mis en exergue les différences d’approche entre les pays pollueurs, les grandes puissances industrielles et les pays qui en subissent les conséquences, notamment ceux africains. L’AUDA-NEPAD, porte dans son ADN cette dimension environnementale.

Depuis sa création, nous n’avons eu de cesse d’intégrer dans chacun de nos programmes, la durabilité et la protection de notre biodiversité. Depuis octobre 2001, avec le lancement de l’Initiative Environnement, ont été mis en place des dispositifs de lutte contre le réchauffement climatique, tels que la lutte contre la dégradation des sols, la conservation des zones humides, la conservation et l’utilisation durables des ressources marines et côtières, ou encore la conservation et la gestion transfrontalières des ressources naturelles.

L’AUDA-NEPAD s’engage dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063, qui à l’échelle du continent, pose un cadre stratégique commun pour promouvoir une croissance inclusive et soutenir un développement durable. Nous n’attendrons pas 50 ans pour agir. La première échéance est ainsi fixée à 2023.

« Cette illustration des objectifs à atteindre en 2023 montre la volonté de l’Union africaine de construire des économies et des communautés durables sur le plan environnemental et résilientes au climat, comme le préconise l’objectif 7 de l’Agenda 2063. »

La protection de la biodiversité, la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, la sécurité en eau, les énergies renouvelables : pour chacun de ces enjeux, des propositions fortes ont été arrêté, permettant aux états d’élaborer une feuille de route claire et chiffrée. Concrètement, à échéance 2023, la part des terres exploitées de manière éco-durable devra atteindre au moins 30% de l’ensemble. Désormais dans les négociations, les ressources naturelles transfrontalières devront être intégrées comme un capital naturel. La sécurité en eau passe par une meilleure gestion de l’eau de pluie et de l’irrigation avec notamment la promotion de l’utilisation des eaux usées recyclées à des fins agricoles ou industrielles. Par ailleurs, nous soutiendrons toutes les actions en faveur de la réduction de la part des combustibles fossiles dans la production totale d’énergie pour ramener celle-ci à moins 20% et d’augmenter d’au moins 10% la part des énergies renouvelables dans la production totale d’énergie.

Cette illustration des objectifs à atteindre en 2023 montre la volonté de l’Union africaine de construire des économies et des communautés durables sur le plan environnemental et résilientes au climat, comme le préconise l’objectif 7 de l’Agenda 2063.

Pour soutenir ces initiatives, l’ensemble des mécanismes de financement publics et privés sera mis à contribution. Au niveau national, entre 75% à 90% du financement de l’Agenda 2063 se fera par la mobilisation des ressources domestiques. Au niveau continental, dès à présent, la Banque africaine de développement a annoncé le doublement du montant de ses engagements financiers en faveur de l’action climatique, portant sa contribution à 25 milliards de dollars entre 2020 et 2025.

Les dépenses consacrées aux mesures d’adaptation aux changements climatiques ne se font pas à fonds perdu. Selon le dernier rapport de la Commission mondiale sur l’adaptation des Nations Unies, investir 1,8 milliard de dollars dans ces mesures pourrait générer 7,1 milliards de dollars d’avantages entre 2020 et 2030. Les Nations Unies confirment ainsi que l’antagonisme entre développement économique et lutte contre le réchauffement climatique ne se justifie plus économiquement.

Dans cette perspective, l’Agence de développement de l’Union africaine poursuit ses efforts en continuant d’innover dans les secteurs stratégiques générateurs de croissance tout en prenant ses responsabilités face aux défis mondiaux d’atténuation des effets du réchauffement climatique et d’adaptation à ces changements.

L’approche « bottom up » du secteur privé africain fait toute la différence

Les success stories africaines dans privé se multiplient, plus inspirantes les unes que les autres. Un fait frappant explique certains succès fulgurants, qu’il s’agisse de start-ups, de sociétés de télécommunications ou de banques : une approche bottom up, qui part des réalités du terrain pour concevoir des solutions adaptées aux besoins, du plus local au plus global. Et non l’inverse, qui consiste à plaquer des biens ou services importés sans les adapter à la demande.

En effet, un objet tel que le rasoir a la même utilité partout dans le monde. Mais la façon dont il sera vendu va tout changer en Afrique, où il faut tenir compte du rythme des transactions et des échéances, qui ne sont pas nécessairement mensuelles comme en Europe. La logique est plutôt celle de la « dépense quotidienne », la fameuse « DQ »* comme on l’appelle au Sénégal. Cette DQ fait que le pouvoir d’achat s’ajuste au jour le jour à des produits vendus au détail. Voilà pourquoi un sachet de 10 rasoirs a moins de chances d’être acheté que chaque pièce à l’unité.

Dans d’autres domaines, l’ajustement au marché débouche sur des produits parfaitement innovants à l’échelle globale, comme on l’a vu avec M-Pesa, le porte-monnaie électronique qui a permis à l’opérateur de réseau mobile Kenyan d’être mondialement connu. Ce faisant, la solution inventée au Kenya a été reprise dans une grande partie du continent. Elle fait partie du quotidien des Camerounais comme des Malgaches, sans oublier les diasporas africaines qui envoient de l’argent vers leurs familles restées au pays. Comme l’indique le dernier rapport de l’Association des opérateurs GSM (GSMA) sur l’économie numérique en Afrique subsaharienne, le continent abrite près de la moitié des comptes actifs d’argent mobile dans le monde.

La micro-finance et la méso-finance permettent aux sociétés de telecommunications et aux banques de se réinventer, comme on le voit au Sénégal et au Zimbabwe, avec les exemples respectifs de Wari et Econet Wireless. La grande leçon de ces succès est qu’il ne faut pas sous-estimer le potentiel du secteur informel, un terme qui en lui-même a une connotation péjorative, alors qu’il est synonyme d’un dynamisme remarquable.

Ces initiatives participent à une intégration régionale ad hoc, qui se réalise chaque jour sur le plan économique. Une société de commerce en ligne fondée au Nigeria et qui s’est ensuite étendue à d’autres pays a fait cette année les gros titres en raison de sa cotation en bourse à New York. En amont, bien d’autres groupes privés africains font progresser les infrastructures de télécommunications. Des dizaines de milliers de kilomètres de câbles à fibre optique sont ainsi posés à travers le continent, pour relier les pays entre eux, dans une vision qui ne se soucie guère des frontières linguistiques ou culturelles, mais table sur une demande qui ne peut être qu’exponentielle.

Le taux d’accès à Internet, qui se situe à 23 % en Afrique subsaharienne en 2017 selon les chiffres de la Banque mondiale, devrait bondir à 39 % d’ici 2025 selon le rapport du GSMA. L’élargissement de cet accès ne fait pas seulement de l’Afrique une nouvelle frontière de la croissance globale. Il figure aussi parmi les Objectifs du développement durable (ODD), et nourrit bien des espoirs d’essor plus rapide grâce au digital.

Le secteur privé est actuellement le principal pourvoyeur d’emplois sur le continent. L’étendue de ces succès dans ce secteur doit être appréciée à sa juste valeur par les décideurs publics et la grande leçon à tirer du secteur privé africain, pour les responsables politiques en Afrique, tient en ces quelques mots : partir du terrain pour identifier les besoins. Il n’y a pas forcément besoin d’appeler à l’aide, mais d’envisager les actions d’une manière durable, en pensant aux générations futures. Il n’y a que du profit à en tirer, à tout point de vue.

DQ : dépenses quotidiennes

Pourquoi la Zleca va aider les agriculteurs africains

Lancée le 7 juillet à Niamey, la Zone de libre-échange ­continentale africaine (Zleca) a posé la première pierre d’un immense marché unique de 1,2 milliard d’habitants. Elle constituera une puissante incitation au développement des échanges intra-­africains, dont la part, estimée à environ 12 % du PIB continental, pourrait doubler d’ici à cinq ans. Les secteurs de l’industrie et des services s’attendent à des retombées positives très rapidement.

Sécurité alimentaire et changements climatiques
Mais en ira-t-il de même pour les agriculteurs? Ce questionnement n’a rien d’anodin: l’agriculture contribue à 25 % du PIB du continent et occupe 60 % de sa main-d’œuvre. Même si cette proportion est appelée à diminuer en raison de l’industrialisation, ce secteur demeure le seul capable d’arracher un très grand nombre d’Africains à la pauvreté.

Or l’agriculture est confrontée à des défis considérables. Le premier d’entre eux est la sécurité alimentaire, avec la hausse programmée de la population du continent, qui doublera à l’horizon 2050.

Lire la suite de la tribune sur le site de Jeune Afrique.

Il faut une discrimination positive en faveur des grands groupes africains

Jeune Afrique : Que va changer concrètement la transformation du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique en agence de développement  de l’UA (AUDA) ?

Ibrahim Assane Mayaki : Désormais, l’agence a une autonomie d’exécution et une liberté de mobilisation de ressources, par exemple avec des services de conseil aux États et aux organisations régionales. Ainsi, la Commission de l’Union africaine est délestée de certaines tâches d’exécution de politique de développement et pourra se concentrer sur l’orientation politique, la gouvernance, la paix, la sécurité…

 

Lire la suite de l’interview sur le site de Jeune Afrique.