Ma sélection d’ouvrages de l’année 2019

Quand l’année s’achève, il est toujours important de se rappeler les moments forts des douze derniers mois. En tant que passionné de lecture, j’ai choisi les cinq ouvrages qui ont retenu mon attention en 2019.

1.  « Le capitalisme a-t-il un avenir ? », Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Craig Calhoun, Michael Mann, Georgi Derluguian 
Dans cet important ouvrage collectif, cinq grands intellectuels dressent un panorama de l’état du monde et débattent de leur analyse et des réponses à apporter pour réfléchir à notre époque. Il s’agit d’une analyse très pertinente des grandes tendances souvent négligées qui illustrent les limites de l’expansion du « système mondial » capitaliste. 

2.“Beating the Odds: Jump-Starting Developing Countries”, Célestin Monga et Justin Yifu Lin
Après les échecs des politiques du consensus de Washington, cet ouvrage est une illustration de la façon dont des processus de croissance économique rapide peuvent se produire dans des pays où il y a un manque de conditions préalables essentielles comme de bonnes infrastructures et institutions.

3. « The End of power », Moises Naim      
Comment la décadence du pouvoir change le monde et apporte « notre vulnérabilité accrue aux mauvaises idées et aux mauvais dirigeants ». Dans ce livre fascinant, l’auteur affirme de façon plus provocante que le pouvoir est en déclin. Il met l’accent sur la capacité de plus en plus faible des grandes organisations – ministères, entreprises, armées, églises, fondations éducatives et philanthropiques – à obtenir ce qu’elles veulent.       

4. « L’homme inutile (du bon usage de l’économie) », Pierre-Noël Giraud 
Ou comment faire bon usage de l’économie en démantelant les mécanismes de l’inutilité, qui est « la pire forme d’inégalité » car il y a de plus en plus d’hommes au chômage réduits à l’inutilité pour eux-mêmes et pour les autres. En questionnant l’économie, la mondialisation et les politiques publiques, ce professeur d’économie propose une réflexion sur l’écart croissant des revenus à l’intérieur d’un pays et les solutions pour résoudre le problème de l’inutilité qui exclut les chômeurs, les personnes précaires ou mal logées. L’auteur propose également de mesurer l’efficacité des politiques publiques dans la lutte contre l’inutilité.

5. Africapolis
Produite par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest de l’OCDE, Africapolis.org est la seule base de données géospatiales complète et standardisée consacrée aux villes et aux dynamiques d’urbanisation en Afrique. Elle est conçue pour permettre des analyses comparatives et à long terme des dynamiques urbaines – couvrant 7 500 agglomérations dans 50 pays. Les données d’Africapolis sont basées sur un vaste répertoire de recensements de l’habitat et de la population, de registres électoraux et d’autres sources officielles de population, dont certaines remontent au début du XXe siècle. La régularité, le niveau de détail et la fiabilité de ces sources varient d’un pays à l’autre et d’une période à l’autre.

My selected books of the year 2019

When the year comes to an end, it is important to remember the highlights of the past twelve months. As a passionate reader, I chose the five books that caught my attention in 2019.

1.  “Does capitalism have a future?”, Immanuel Wallerstein, Randall Collins, Craig Calhoun, Michael Mann, Georgi Derluguian 
In this important collective work, five major intellectuals draw up a panorama of the state of the world and debate their analysis and the answers to be given to think about our time. It is a very relevant analysis of the often-neglected major trends that illustrate the limits of the expansion of the capitalist « world system ». 

2. “Beating the Odds: Jump-Starting Developing Countries”, Celestin Monga and Justin Yifu Lin
After the failures of the Washington consensus policies, an illustration of how rapid economic growth processes can happen in countries where there is a lack of essential preconditions like good infrastructure and institutions.

3. “The End of power”
 Moises Naim
How the decay of power is changing the world and bringing « our heightened vulnerability to bad ideas and bad leaders ». In this fascinating book, the author makes the more provocative claim that power is, in fact, declining. He focuses on the flagging ability of large organizations—government ministries, corporations, militaries, churches, educational and philanthropic foundations—to get their way.       

4. 
« L’homme inutile (du bon usage de l’économie) », Pierre-Noel Giraud 
Or how to make good use of the economy by dismantling the mechanisms of uselessness, which is « the worst form of inequality » because there are more and more unemployed men reduced to uselessness to themselves and to others ». By questioning the economy, globalization and public policies, the professor of economics proposes a reflection on the growing income gap within a country and the solutions to solve the problem of uselessness that excludes the unemployed, the precarious or poorly housed. The author suggests measuring the effectiveness of public policies in the fight against uselessness.

5. Africapolis
Produced by the OECD Sahel and West Africa Club, Africapolis.org is the only comprehensive and standardised geospatial database on cities and urbanisation dynamics in Africa. It is designed to enable comparative and long-term analyses of urban dynamics – covering 7 500 agglomerations in 50 countries. The Africapolis data are based on an extensive repertoire of housing and population censuses, electoral registers and other official population sources, some of which date back to the early twentieth century. The regularity, level of detail and reliability of these sources vary from country to country and from period to period.

Pourquoi la structuration des grands projets d’infrastructures en Afrique est-elle une priorité ?

Financer l’amont des projets, bâtir des partenariats entre les opérateurs publics et privés,
l’AUDA-NEPAD accélère ses efforts pour faire progresser le développement du continent.

Depuis le Sommet de Dakar sur le financement en juin 2014 et l’appel du président Macky Sall pour faire avancer les projets à fort impact à travers le continent, notamment ceux de corridors intégrés à dimension régionale, des projets nationaux et transnationaux ambitieux sont présentés chaque année. Les derniers chiffres publiés par le Consortium pour les infrastructures en Afrique (ICA) en 2018, le niveau des engagements en matière d’infrastructures africaines a dépassé pour la première fois, les 100 milliards de dollars pour atteindre 100,8 milliards de dollars, en augmentation de 24% par rapport à 2017. Les gouvernements africains ont été la principale source de financement des infrastructures, avec 37,5 milliards de dollars (37% du total des engagements), suivis par la Chine, qui a engagé 25,7 milliards de dollars (25%). Pour sa part, le secteur privé n’a participé qu’à hauteur de 11,8 millions de dollars soit 12% de l’ensemble. Étant donné le potentiel élevé d’investissement du secteur privé dans le domaine des génisses, nous devons concentrer nos efforts sur la structuration de l’infrastructure pour répondre aux besoins d’investissement.

Le temps nécessaire à l’élaboration et à la structuration des projets d’infrastructure est long, dans le meilleur des cas, il faut généralement compter entre 3 et 7 ans avant de les clôturer sur le plan financier. De plus, selon un rapport du Forum Okan / CEO Forum, 83% des partenariats public-privé africains sont abandonnés, non pas par manque de financement, mais parce qu’ils sont mal conçus ou non commercialement viables. Les coûts de développement des projets d’infrastructure de grande envergure en PPP peuvent représenter de 5 à 10 % de l’investissement total du projet.

Pour éviter ces pertes de temps et d’argent, l’AUDA-NEPAD et ses partenaires ont développé une série d’outils pour soutenir la préparation et le financement en amont des projets d’infrastructures régionales et nationales de l’Afrique afin de permettre une définition et une structuration plus efficaces, adaptées aux besoins des investisseurs. Des mécanismes de financement connexes sont nécessaires pour couvrir les coûts de développement des projets, y compris la gestion des projets, les conseils en matière de transactions, les études techniques (préfaisabilité, ingénierie, faisabilité, développement socioéconomique, environnement), les plans d’affaires, les modèles financiers, etc.

Le niveau élevé des défis techniques, de la complexité des environnements différents à la nature transnationale de certains projets d’infrastructure – comme le projet de transmission 330 KV du Noyau de Niort traversant quatre pays (Nigeria, Niger, Bénin, Burkina Faso) – nécessite un très haut niveau d’expertise et la mobilisation de nombreux opérateurs internationaux, entraînant ainsi des coûts supplémentaires.

Grâce à des mécanismes d’assistance technique spécifiques, tels que le SDM (Service Delivery Mechanism), les études préparatoires pour la construction du tronçon de 1 000 km entre Abidjan et Lagos ont mobilisé un cofinancement de 22,7 millions $US de la BAD et de l’Union européenne. Une équipe d’experts a travaillé pendant 18 mois pendant la phase préparatoire à Lagos pour permettre la mise en place du corridor Abidjan-Lagos. Ce projet a conduit, au sein de la CEDEAO, à la signature d’un traité multilatéral entre les chefs d’État et de gouvernement du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Nigeria et du Togo, créant une autorité supranationale, l’Autorité de gestion du corridor Abidjan-Lagos (ALCoMA), une première africaine. L’ALCoMA facilitera la gestion et la coordination de l’ensemble du cycle du projet, de la préparation à la construction, y compris l’exploitation et la maintenance.

Le mégaprojet LAPSSET en Afrique de l’Est, dont le coût total est estimé à 25 milliards de dollars, est un exemple d’initiative gouvernementale importante visant à établir des partenariats transnationaux entre les institutions publiques et privées, dans la même logique d’intégration et d’inclusion. Parmi les projets en cours de réalisation, on peut citer le port de Lamu au Kenya, une ligne de chemin de fer à écartement normal reliant Djouba au Sud-Soudan et Addis-Abeba en Éthiopie, la construction d’un large réseau routier, deux oléoducs au Sud-Soudan et en Éthiopie, une raffinerie de pétrole à Bargoni au Kenya, trois aéroports, etc. Cette série ambitieuse de projets implique un échantillon représentatif d’investisseurs nationaux et internationaux, tant en dette qu’en fonds propres.

Afin de faciliter et d’approfondir le dialogue public-privé nécessaire pour lever l’un des principaux obstacles au développement des infrastructures sur le continent – l’absence de prise en compte des contraintes du secteur privé dans la mise en œuvre des grands projets – le Réseau commercial continental (CBN) a été lancé en marge du Forum économique mondial au Cap, Afrique du Sud, en juin 2015. Les dirigeants du secteur privé sont systématiquement invités à partager leurs conseils et leurs capacités en ordonnance pour faire avancer les projets d’infrastructures critiques conseillés par l’AUDA-NEPAD.

Il est essentiel que nous travaillions activement afin de combler nos lacunes en matière d’infrastructures – en abordant la question plus large des approches intégrées du développement des infrastructures tout en établissant des partenariats avec les principales parties prenantes : le secteur privé, les investisseurs institutionnels, les gouvernements africains et les partenaires de développement volontaristes.

Nous devons nous engager ensemble dans le cadre de collaborations entre les secteurs public et privé afin de poursuivre le développement d’initiatives telles que l’Agenda de 5 % pour mobiliser les fonds des fonds de pension africains et le Mécanisme de garantie pour les infrastructures en Afrique afin d’élargir les garanties, créant les conditions favorables nécessaires pour attirer davantage de capitaux privés vers les infrastructures africaines.

Why is the proper structuring of major infrastructure projects in Africa a priority?

Financing projects upstream, building partnerships between public and private operators,
AUDA-NEPAD accelerates its efforts to advance the continent’s development. 

Since the Dakar Financing Summit in June 2014 and President Macky Sall’s push to advance high-impact projects across the continent, including those of integrated corridors with a regional dimension, ambitious national and transnational projects have been presented each year. According to the last figures released by the Infrastructure Consortium for Africa (ICA) in 2018, the level of Africa’s infrastructure commitments have exceeded US$ 100 billion, for the first time, a 24% increase compared to 2017. African governments were the main source of infrastructure financing, with US$ 37.5 billion dollars (37% of total commitments), followed by China, which committed 25.7 billion dollars (25% of total commitments). For its part, the private sector only contributed by US$ 11.8 billion (12% of total commitments). Given the high potential for significantly heifer private sector investment, our efforts must be concentrated in structuring infrastructure to meet investment requirements.

The time required to properly develop and structure infrastructure projects is long, in the best case usually between taking between three to seven years before reaching financial close. Moreover, according to an Okan / CEO Forum report, 83% of African Public-Private Partnerships are abandoned, not because of lack of funding, but because they are poorly designed or not commercially viable. Project development costs for large-scale PPP infrastructure projects can account for 5% to 10% of the total project investment.

To avoid this loss of time and money, AUDA-NEPAD and its partners have developed a series of tools to support the preparation and financing upstream of Africa’s regional and national infrastructure projects to enable more effective definition and structuring aligned with investor requirements. Related funding mechanisms are required to cover the costs of project development including project management, transactions advisory, technical studies (pre-feasibility, engineering, feasibility, socioeconomic development, environmental), business plans, financial models, among others.

The high level of technical challenges, from the complexity of the different environments to the the transnational nature of certain infrastructure projects – such as the 330 KV transmission project of Niort Core crossing four countries (Nigeria, Niger, Benin, Burkina Faso) – require a very high level of expertise and the mobilization of many international operators, therefore resulting in additional costs.

Thanks to specific technical assistance mechanisms, such as the SDM (Service Delivery Mechanism), the preparatory studies for the construction of the 1,000 km section between Abidjan and Lagos have mobilized joint financing of US $ 22.7 million from the AfDB and the European Union. A team of experts worked for 18 months during the preparatory phase in Lagos to enable the establishment of the Abidjan-Lagos corridor. This project has led, within ECOWAS, to the signing of a multilateral treaty between the Heads of State and Government of Benin, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria and Togo, creating a supranational authority, the Abidjan-Lagos Corridor Management Authority (ALCoMA), a first in Africa. ALCoMA will facilitate the management and coordination of the entire project cycle, from preparation to construction, including operation and maintenance.

Following the same inclusive and integrative logical thinking, the LAPSSET megaproject in East Africa, estimated to cost in total US$ 25 billion, is an example of a significant government initiative aimed at establishing transnational partnerships between public and private institutions. Projects in development include Lamu Port in Kenya, a normal gauge railway line linking Juba to southern Sudan and Addis Ababa in Ethiopia, the development of a broad road network, two pipelines in southern Sudan and Ethiopia, an oil refinery in Bargoni, Kenya, three airports, among other projects. This ambitious series of projects involve a cross-section of national and international investors, both debt and equity.

In order to facilitate and deepen the  public-private dialogues required to remove one of the main obstacles to infrastructure development on the continent — the lack of consideration of private sector constraints in the implementation of major projects — the Continental Business Network (CBN) was launched on the sidelines of the World Economic Forum in Cape Town, South Africa, in June 2015. Private sector leaders are systemically invited to share their advice and capacity in order to advance the critical infrastructure projects being advised by AUDA-NEPAD.

It is crucial that we work actively to fill our infrastructure gaps – by addressing the broader issue of integrated approaches to infrastructure development while building partnerships with key stakeholders: the private sector, institutional investors, African governments and willing development partners.

We need to engage together across the public and private sectors in collaborative frameworks to further the development of initiatives such as the 5% Agenda to mobilize funding from African pension funds and the Africa Infrastructure Guarantee Facility to scale guarantees, creating the enabling environments required to attract more private capital to Africa’s infrastructure.

Mon message lors de la conférence « Repenser le développement en Afrique » à l’Université de Columbia | SIPA

Le 27 septembre 2019, j’ai eu l’occasion de partager mon opinion et ma vision sur les grands enjeux qui animeront le débat sur le développement de l’Afrique à l’occasion d’une conférence organisée par Columbia University School of International and Public Affairs sous le thème : « Repenser le développement en Afrique ».

J’ai pu aborder les sujets suivants : les transitions de l’Afrique par rapport aux politiques ; la gouvernance par rapport aux politiques ; les incertitudes mondiales par rapport aux incertitudes de l’Afrique ; et les réflexions sur la façon de repenser le développement.

Il n’est pas prudent de continuer à considérer le « développement » dans les paradigmes traditionnels, considérant que le « développement » lui-même exige une nouvelle réflexion pour qu’une véritable transformation puisse avoir lieu, compte tenu des conditions actuelles.

En effet, les transitions critiques qui ont lieu sur le continent incluent les transitions démographiques, technologiques, naturelles, les changements climatiques, les systèmes de gouvernance ainsi que les transitions du développement humain. Aucune de ces transitions ne peut être traitée indépendamment et, de plus, les transitions rendent la tâche difficile aux jeunes de l’espace du développement, qui ont déjà une perception négative de l’action des responsables politiques. Par conséquent, les décideurs doivent bien comprendre ces transitions et s’y préparer adéquatement.

Les relations de pouvoir ont fondamentalement changé, ce qui signifie que les systèmes de gouvernance sont inadéquats. Par conséquent, l’inadéquation des systèmes de gouvernance rend le pouvoir non pertinent, comme cela a été démontré récemment dans plusieurs pays du continent.  Il y a donc un glissement du pouvoir du pouvoir centralisé vers des systèmes de gouvernance plus locaux et des communautés locales.

En outre, la gouvernance pourrait renforcer sa crédibilité grâce à des formes de gouvernance renouvelées et novatrices, comme c’est le cas d’un pays comme le Botswana, où l’inclusivité est un trait fort de son système de gouvernance. L’inclusion est donc un élément absolu et essentiel pour repenser le développement, contrairement à ce qui était le cas il y a des années.

En ce qui concerne les incertitudes mondiales et de l’Afrique, il a été observé que l’aide, qui était une composante importante des programmes de développement de l’Afrique, est en train de disparaître, le rôle du système multilatéral étant remis en question. En outre, un programme sur le développement durable mondial qui doit être appliqué par tous les pays montre que l’Afrique est à la traîne.

Cependant, l’Afrique s’intéresse maintenant à ses propres marchés régionaux et intérieurs par le biais de la Zone de libre-échange continentale africaine, ce qui signifie que même en cette période d’incertitude mondiale, l’Afrique a une grande chance à saisir. La fragmentation des pays africains nécessite que le continent mette en œuvre des solutions régionales aux défis nationaux et le renforcement des marchés régionaux et intérieurs pour restaurer la crédibilité des gouvernements nationaux.

Parmi les incertitudes de l’Afrique, on peut citer le fait qu’au cours des huit prochaines années environ, la plupart des présidents africains en exercice ne seront plus là, ouvrant ainsi la voie à de nouveaux dirigeants qui sortiront des processus démocratiques. Les jeunes auront donc un rôle plus important à jouer dans les nouvelles administrations politiques du continent. Cependant, l’incertitude est de savoir si les nouveaux dirigeants émergeront de bases démocratiques solides ou de solutions populistes, ou même s’ils sortiront d’un nombre croissant de scénarios contradictoires.

En conclusion, j’ai réfléchi à la nécessité de repenser le développement, déclarant que la meilleure façon d’inclure les jeunes dans le cadre de développement de l’Afrique, Action 2063, est de les faire participer à sa conception et à sa mise en œuvre.

Un changement de paradigme est nécessaire dans la coproduction des politiques publiques. L’Afrique devra réinventer ses systèmes de gouvernance en responsabilisant les communautés locales et en mettant en œuvre des solutions régionales. Et la façon dont les gens s’identifient à la politique de développement, c’est la mesure dans laquelle ils sentent que leur dignité est respectée. De plus, repenser le développement, c’est aussi repenser les systèmes de justice.

Belinda Archibong, Professeure adjointe d’Économie à l’Université Columbia, intervenante à cette occasion, a déclaré que l’Afrique n’a pas vraiment besoin de développer l’aide, mais davantage le commerce. Elle a également noté qu’un autre domaine critique est celui de la réduction de l’écart de participation des jeunes dans les systèmes de gouvernance.

Akbar Noman, Professeur associé en Affaires internationales et publiques à l’Université de Columbia, également intervenant, a déclaré : « L’importance des transitions soulignées par le Dr Mayaki, en particulier celle sur la démographie, qui projette ce dont aura besoin la main-d’œuvre et ses liens avec le changement climatique, est importante pour répondre à la question de la création d’emplois.

Retrouvez l’intégralité de la conférence « Repenser le développement en Afrique » en vidéo, à l’Université de Columbia | SIPA le vendredi 27 septembre à New York. 

My message at the conference « Rethinking Development in Africa » at Columbia University | SIPA

On 27 September 2019, I had the opportunity to share my opinion and vision on the key issues that will drive the debate on Africa’s development during a conference organized by Columbia University School of International and Public Affairs under the theme: « Rethinking Development in Africa« .

I address covered the following areas: Africa’s transitions versus policies; governance versus policies; global uncertainties versus Africa’s uncertainties, and; reflections on rethinking development.

It is not prudent to continue to view ‘development’ in traditional paradigms, considering that ‘development’ itself requires new thinking in order for real transformation to take place, given the present conditions.

In fact, the critical transitions that are taking place on the continent include demographic, technological, natural systems, climate change, governance systems as well as human development transitions. None of these transitions can be dealt with independently, and moreover, the transitions make it difficult for youths in the development space, who already predominantly have a negative perception on the delivery of policymakers. Therefore, policymakers need to understand these transitions fully and prepare adequately.

Power relations have changed fundamentally, meaning governance systems are inadequate, which cannot be changed in a top down manner. Therefore, the inadequacy of governance systems makes power irrelevant, as it has been shown recently in several countries on the continent.  There is therefore a shift in power from centralised power to more local governance systems and local communities.

Furthermore, governance could strengthen its credibility with renewed and innovative forms of governance as is the case of a country such as Botswana, which has inclusivity as a strong trait in its governance system. Inclusivity is therefore an absolute and essential component in rethinking development unlike was the case years ago.

With regards global uncertainties and Africa’s uncertainties, it was observed that aid, which was a strong component in Africa’s development agendas, is now disappearing, with the role of the multilateral system being questioned. In addition, an agenda on global sustainable development that must be applied by all countries shows that Africa is lagging behind.

However, Africa is now looking at its own regional and internal markets through the African Continental Free Trade Area, meaning that even at the current time of global uncertainty, a great opportunity for Africa exists. The fragmentation of African countries necessitates that the continent implements regional solutions for national challenges, and the strengthening of regional and internal markets to restore credibility of national governments.

Some of Africa’s uncertainties include the fact that in the next eight years or so, most of the incumbent African presidents will no longer be here, paving the way for new leaders who will emerge out of democratic processes. Therefore, the youth will have a stronger role to play in the continent’s new political administrations. However, the uncertainty is whether the new leaders will emerge through sound democratic foundations or through populist solutions, or even whether they will emerge out of an increased level of conflicting scenarios.

In conclusion, I reflected on rethinking development, stating that the best way to include youths in Africa’s development framework, Agenda 2063, is to let them be a part of its design and implementation.

A change of paradigm is there needed in the co-production of public policies. Africa will need to reinvent its governance systems with the empowering of local communities and implementation of regional solutions. In addition, the way people identify with development policy, is the extent to which they feel that their dignity is being upheld. Moreover, rethinking development also means rethinking justice systems.

Belinda Archibong, Assistant Professor of Economics at Columbia University, a discussant at the address, commented that Africa does not really need to develop on aid, but more on trade. She also noted that another critical area is in the closure of the youth participation gap in governance systems.

Akbar Noman, Adjunct Associate Professor of International and Public Affairs at Columbia University, also a discussant said, “The importance of the transitions highlighted by Dr Mayaki, especially the one on demographics, projecting what will be needed in the labour force and its nexus with climate change, is important in answering the question on the generation of employment.”

Here you will find the full video of the « Rethinking Development in Africa » conference at Columbia University | SIPA on Friday, September 27 in New York 

Le réchauffement climatique au cœur des préoccupations de l’agence de développement de l’Union africaine

L’AUDA-NEPAD inscrit la lutte contre le réchauffement climatique dans une perspective globale de développement économique du continent.

Le dernier Sommet sur le climat des Nations Unies a mis en exergue les différences d’approche entre les pays pollueurs, les grandes puissances industrielles et les pays qui en subissent les conséquences, notamment ceux africains. L’AUDA-NEPAD, porte dans son ADN cette dimension environnementale.

Depuis sa création, nous n’avons eu de cesse d’intégrer dans chacun de nos programmes, la durabilité et la protection de notre biodiversité. Depuis octobre 2001, avec le lancement de l’Initiative Environnement, ont été mis en place des dispositifs de lutte contre le réchauffement climatique, tels que la lutte contre la dégradation des sols, la conservation des zones humides, la conservation et l’utilisation durables des ressources marines et côtières, ou encore la conservation et la gestion transfrontalières des ressources naturelles.

L’AUDA-NEPAD s’engage dans la mise en œuvre de l’Agenda 2063, qui à l’échelle du continent, pose un cadre stratégique commun pour promouvoir une croissance inclusive et soutenir un développement durable. Nous n’attendrons pas 50 ans pour agir. La première échéance est ainsi fixée à 2023.

« Cette illustration des objectifs à atteindre en 2023 montre la volonté de l’Union africaine de construire des économies et des communautés durables sur le plan environnemental et résilientes au climat, comme le préconise l’objectif 7 de l’Agenda 2063. »

La protection de la biodiversité, la conservation et la gestion durable des ressources naturelles, la sécurité en eau, les énergies renouvelables : pour chacun de ces enjeux, des propositions fortes ont été arrêté, permettant aux états d’élaborer une feuille de route claire et chiffrée. Concrètement, à échéance 2023, la part des terres exploitées de manière éco-durable devra atteindre au moins 30% de l’ensemble. Désormais dans les négociations, les ressources naturelles transfrontalières devront être intégrées comme un capital naturel. La sécurité en eau passe par une meilleure gestion de l’eau de pluie et de l’irrigation avec notamment la promotion de l’utilisation des eaux usées recyclées à des fins agricoles ou industrielles. Par ailleurs, nous soutiendrons toutes les actions en faveur de la réduction de la part des combustibles fossiles dans la production totale d’énergie pour ramener celle-ci à moins 20% et d’augmenter d’au moins 10% la part des énergies renouvelables dans la production totale d’énergie.

Cette illustration des objectifs à atteindre en 2023 montre la volonté de l’Union africaine de construire des économies et des communautés durables sur le plan environnemental et résilientes au climat, comme le préconise l’objectif 7 de l’Agenda 2063.

Pour soutenir ces initiatives, l’ensemble des mécanismes de financement publics et privés sera mis à contribution. Au niveau national, entre 75% à 90% du financement de l’Agenda 2063 se fera par la mobilisation des ressources domestiques. Au niveau continental, dès à présent, la Banque africaine de développement a annoncé le doublement du montant de ses engagements financiers en faveur de l’action climatique, portant sa contribution à 25 milliards de dollars entre 2020 et 2025.

Les dépenses consacrées aux mesures d’adaptation aux changements climatiques ne se font pas à fonds perdu. Selon le dernier rapport de la Commission mondiale sur l’adaptation des Nations Unies, investir 1,8 milliard de dollars dans ces mesures pourrait générer 7,1 milliards de dollars d’avantages entre 2020 et 2030. Les Nations Unies confirment ainsi que l’antagonisme entre développement économique et lutte contre le réchauffement climatique ne se justifie plus économiquement.

Dans cette perspective, l’Agence de développement de l’Union africaine poursuit ses efforts en continuant d’innover dans les secteurs stratégiques générateurs de croissance tout en prenant ses responsabilités face aux défis mondiaux d’atténuation des effets du réchauffement climatique et d’adaptation à ces changements.

Global warming is at the core of the African Union Development Agency’s priorities

AUDA-NEPAD integrates the fight against global warming into a global perspective of the continent’s economic development.

The latest United Nations Climate Summit highlighted the differences in approach between polluting countries, major industrial powers and countries suffering the consequences, particularly those in Africa. AUDA-NEPAD, in its DNA, has this environmental dimension.

Since its creation, we have constantly integrated into each of our programs, the sustainability and protection of our biodiversity. Since October 2001, with the launch of the Environment Initiative, mechanisms have been put in place to combat global warming, such as combating land degradation, wetland conservation, the sustainable conservation and use of marine and coastal resources, and the cross-border conservation and management of natural resources.

AUDA-NEPAD is committed to the implementation of Agenda 2063, which sets out a common continental strategic framework to promote inclusive growth and support sustainable development. We will not wait 50 years to act. The first deadline is therefore 2023.

« This illustration of the objectives to be achieved by 2023 shows the African Union’s commitment to building environmentally sustainable and climate-resilient economies and communities, as called for in Goal 7 of Agenda 2063. »

The protection of biodiversity, the conservation and sustainable management of natural resources, water security and renewable energies: for each of these challenges, strong proposals have been adopted, enabling States to draw up a clear and quantified roadmap. In concrete terms, by 2023, the proportion of land used in an eco-sustainable manner must reach at least 30% of the total. Transboundary natural resources will now have to be integrated as natural capital in the negotiations. Water security requires better management of rainwater and irrigation, including the promotion of the use of recycled wastewater for agricultural or industrial purposes. In addition, we will support all actions to reduce the share of fossil fuels in total energy production to minus 20% and to increase the share of renewable energies in total energy production by at least 10%.

This illustration of the objectives to be achieved by 2023 shows the African Union’s commitment to building environmentally sustainable and climate-resilient economies and communities, as called for in Goal 7 of Agenda 2063.

To support these initiatives, all public and private funding mechanisms will be involved. At the national level, between 75% and 90% of the financing of Agenda 2063 will be done through the mobilisation of domestic resources. At the continental level, the African Development Bank has already announced a doubling of its financial commitments for climate action, bringing its contribution to $25 billion between 2020 and 2025.

Spending on climate change adaptation measures is not a sunk cost. According to the latest report of the United Nations World Commission on Adaptation, investing $1.8 billion in these measures could generate $7.1 billion in benefits between 2020 and 2030. The United Nations thus confirms that the antagonism between economic development and the fight against global warming is no longer economically justified.

In this regard, the African Union Development Agency continues its efforts by continuing to innovate in strategic growth-generating sectors while meeting its responsibilities in addressing the global challenges of mitigating the effects of global warming and adapting to these changes.

L’approche « bottom up » du secteur privé africain fait toute la différence

Les success stories africaines dans privé se multiplient, plus inspirantes les unes que les autres. Un fait frappant explique certains succès fulgurants, qu’il s’agisse de start-ups, de sociétés de télécommunications ou de banques : une approche bottom up, qui part des réalités du terrain pour concevoir des solutions adaptées aux besoins, du plus local au plus global. Et non l’inverse, qui consiste à plaquer des biens ou services importés sans les adapter à la demande.

En effet, un objet tel que le rasoir a la même utilité partout dans le monde. Mais la façon dont il sera vendu va tout changer en Afrique, où il faut tenir compte du rythme des transactions et des échéances, qui ne sont pas nécessairement mensuelles comme en Europe. La logique est plutôt celle de la « dépense quotidienne », la fameuse « DQ »* comme on l’appelle au Sénégal. Cette DQ fait que le pouvoir d’achat s’ajuste au jour le jour à des produits vendus au détail. Voilà pourquoi un sachet de 10 rasoirs a moins de chances d’être acheté que chaque pièce à l’unité.

Dans d’autres domaines, l’ajustement au marché débouche sur des produits parfaitement innovants à l’échelle globale, comme on l’a vu avec M-Pesa, le porte-monnaie électronique qui a permis à l’opérateur de réseau mobile Kenyan d’être mondialement connu. Ce faisant, la solution inventée au Kenya a été reprise dans une grande partie du continent. Elle fait partie du quotidien des Camerounais comme des Malgaches, sans oublier les diasporas africaines qui envoient de l’argent vers leurs familles restées au pays. Comme l’indique le dernier rapport de l’Association des opérateurs GSM (GSMA) sur l’économie numérique en Afrique subsaharienne, le continent abrite près de la moitié des comptes actifs d’argent mobile dans le monde.

La micro-finance et la méso-finance permettent aux sociétés de telecommunications et aux banques de se réinventer, comme on le voit au Sénégal et au Zimbabwe, avec les exemples respectifs de Wari et Econet Wireless. La grande leçon de ces succès est qu’il ne faut pas sous-estimer le potentiel du secteur informel, un terme qui en lui-même a une connotation péjorative, alors qu’il est synonyme d’un dynamisme remarquable.

Ces initiatives participent à une intégration régionale ad hoc, qui se réalise chaque jour sur le plan économique. Une société de commerce en ligne fondée au Nigeria et qui s’est ensuite étendue à d’autres pays a fait cette année les gros titres en raison de sa cotation en bourse à New York. En amont, bien d’autres groupes privés africains font progresser les infrastructures de télécommunications. Des dizaines de milliers de kilomètres de câbles à fibre optique sont ainsi posés à travers le continent, pour relier les pays entre eux, dans une vision qui ne se soucie guère des frontières linguistiques ou culturelles, mais table sur une demande qui ne peut être qu’exponentielle.

Le taux d’accès à Internet, qui se situe à 23 % en Afrique subsaharienne en 2017 selon les chiffres de la Banque mondiale, devrait bondir à 39 % d’ici 2025 selon le rapport du GSMA. L’élargissement de cet accès ne fait pas seulement de l’Afrique une nouvelle frontière de la croissance globale. Il figure aussi parmi les Objectifs du développement durable (ODD), et nourrit bien des espoirs d’essor plus rapide grâce au digital.

Le secteur privé est actuellement le principal pourvoyeur d’emplois sur le continent. L’étendue de ces succès dans ce secteur doit être appréciée à sa juste valeur par les décideurs publics et la grande leçon à tirer du secteur privé africain, pour les responsables politiques en Afrique, tient en ces quelques mots : partir du terrain pour identifier les besoins. Il n’y a pas forcément besoin d’appeler à l’aide, mais d’envisager les actions d’une manière durable, en pensant aux générations futures. Il n’y a que du profit à en tirer, à tout point de vue.

DQ : dépenses quotidiennes

The bottom-up approach of the African private sector makes all the difference

African success stories are multiplying in the private sector, each more inspiring than the next. A striking fact explains some of the dazzling successes whether start-ups, telecommunications companies or banks: a bottom-up approach, which starts from the realities on the ground to design solutions adapted to needs, from the most local to the most global. And not the other way around, which consists of plating imported goods or services without adapting them to demand.

Indeed, an object such as the razor has the same use all over the world. But the way it is sold will change everything in Africa, where you have to consider the pace of transactions and maturities, which are not necessarily monthly as in Europe. The logic is rather that of « daily expenditure », the famous « DE »* as it is called in Senegal. This DE ensures that purchasing power is adjusted on a day-to-day basis for products sold at retail. That’s why a bag of 10 razors is less likely to be purchased than each piece individually.

In other areas, market adjustment leads to perfectly innovative products on a global scale, as seen with M-Pesa, the e-wallet that has made the Kenyan mobile network operator globally known. In doing so, the solution invented in Kenya has been replicated in much of the continent. It is part of the daily lives of Cameroonians and Malagasy alike, not to mention the African diasporas who send money to their families back home. As indicated in the latest GSM Operators Association (GSMA) report on the digital economy in sub-Saharan Africa, the continent hosts nearly half of the world’s active mobile money accounts.

Microfinance and meso-finance allow telecommunications companies and banks to reinvent themselves, as seen in Senegal and Zimbabwe, with the respective examples of Wari and Econet Wireless. The main lesson of these successes is that the potential of the informal sector should not be underestimated, a word that has a pejorative connotation in itself, while it is synonymous with remarkable dynamism.

« The private sector is currently the main source of employment on the continent »

These initiatives contribute to an ad hoc regional integration, which is carried out on a daily basis in economic terms. An online trading company founded in Nigeria and later expanded to other countries made headlines this year due to its listing on the New York Stock Exchange. Upstream, many other African private groups are advancing telecommunications infrastructure. Tens of thousands of kilometres of fibre-optic cables are being laid across the continent to link countries together, with a vision that does not care about linguistic or cultural borders, but relies on a demand that can only be exponential.

Internet access, which stood at 23% in sub-Saharan Africa in 2017 according to World Bank figures, is expected to jump to 39% by 2025 according to the GSMA report. The expansion of this access not only makes Africa a new frontier for global growth. It is also one of the Sustainable Development Goals (SDOs), and nourish high hopes for faster growth through digital technology.

The private sector is currently the main source of employment on the continent. The extent of these successes in this sector must be appreciated by policy-makers and the great lesson to be learned from the African private sector for policy-makers in Africa can be summed up in these few words: starting from the field to identify needs. There is not necessarily a need to call for help, but to consider actions in a sustainable way, with future generations in mind. There is only profit to be made from it, from every point of view.

*DE: daily expenditure

Pourquoi la Zleca va aider les agriculteurs africains

Lancée le 7 juillet à Niamey, la Zone de libre-échange ­continentale africaine (Zleca) a posé la première pierre d’un immense marché unique de 1,2 milliard d’habitants. Elle constituera une puissante incitation au développement des échanges intra-­africains, dont la part, estimée à environ 12 % du PIB continental, pourrait doubler d’ici à cinq ans. Les secteurs de l’industrie et des services s’attendent à des retombées positives très rapidement.

Sécurité alimentaire et changements climatiques
Mais en ira-t-il de même pour les agriculteurs? Ce questionnement n’a rien d’anodin: l’agriculture contribue à 25 % du PIB du continent et occupe 60 % de sa main-d’œuvre. Même si cette proportion est appelée à diminuer en raison de l’industrialisation, ce secteur demeure le seul capable d’arracher un très grand nombre d’Africains à la pauvreté.

Or l’agriculture est confrontée à des défis considérables. Le premier d’entre eux est la sécurité alimentaire, avec la hausse programmée de la population du continent, qui doublera à l’horizon 2050.

Lire la suite de la tribune sur le site de Jeune Afrique.

Il faut une discrimination positive en faveur des grands groupes africains

Jeune Afrique : Que va changer concrètement la transformation du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique en agence de développement  de l’UA (AUDA) ?

Ibrahim Assane Mayaki : Désormais, l’agence a une autonomie d’exécution et une liberté de mobilisation de ressources, par exemple avec des services de conseil aux États et aux organisations régionales. Ainsi, la Commission de l’Union africaine est délestée de certaines tâches d’exécution de politique de développement et pourra se concentrer sur l’orientation politique, la gouvernance, la paix, la sécurité…

 

Lire la suite de l’interview sur le site de Jeune Afrique.

La nouvelle ère industrielle ne passe plus par les manufactures

L’industrialisation que l’Afrique appelle si ardemment de ses vœux tarde-t-elle vraiment à se produire ? Le continent est-il aujourd’hui susceptible d’entrer dans une nouvelle ère industrielle, sans essor préalable des manufactures ? Ces questions méritent d’être posées. À force de se concentrer sur un modèle qui remonte à l’essor des manufactures en Europe avec l’électricité, à la fin du XIXe siècle, on en oublierait presque de relever ce qui se passe sous nos yeux. L’Afrique, passée directement au téléphone mobile sans développement du réseau de lignes fixes, a fait un bond technologique unique au monde. Son invention du porte-monnaie électronique a changé le quotidien de millions d’utilisateurs de téléphones portables qui ne sont pas forcément bancarisés. 

La « quatrième révolution industrielle », telle que la définit Klaus Shwab, économiste allemand et fondateur du Forum économique mondial (WEF), est tirée par l’intelligence artificielle, l’impression 3D, la réalité virtuelle, la blockchain et la « cobotique », soit l’interaction entre un homme et un système robotique. Elle succède aux trois révolutions précédentes, induites par l’avènement de la machine à vapeur en 1760, puis l’électricité et la production de masse au début du XXe siècle, avant l’informatique dans les années 1960.

On ne compte plus aujourd’hui les remarquables inventions africaines comme celle de Askwar Hilonga, ce tanzanien qui a résolu le problème d’accès à l’eau potable en mettant sur pied le NanoFilter, un filtre à eau bon marché basé sur des nanotechnologies ou encore le service Zimbabwéen qui « ubérise » la collecte d’ordures ménagères. Autrement dit, une plateforme de camions se déplace dans 32 villes du pays, à la demande des usagers qui veulent se débarrasser de leurs déchets, contre une somme modique. De Dakar à Djibouti, des hubs logistiques se développent sur l’ensemble du continent.

Des experts comme Carlos Lopes estiment vain de se lamenter sur l’absence d’usines en Afrique. Car l’industrialisation porte aussi sur les services, le secteur qui domine la plupart des économies en forte croissance sur le continent. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle en soi : le tourisme, par exemple, relève de l’industrie, tout comme les industries créatives, non moins créatrices d’emplois. La preuve ? Nollywood, cette immense fabrique du cinéma nigérian, s’impose avec 1 million de personnes au rand de second employeur du pays après l’agriculture. 

« L’industrialisation ne se limite donc pas à la manufacture ou à l’usine. Elle désigne tout un écosystème de transactions modernes, capables de servir des tissus économiques élaborés, ainsi que des chaînes de valeur. »

Les manufactures ne fournissent plus d’emplois en Europe, pas plus qu’en Afrique, à mesure que se développe la robotique. Il faut donc s’interroger sur ce secteur secondaire que l’on considère souvent comme un « passage obligé », une condition sine qua non de développement. Savons-nous quel impact aura demain l’intelligence artificielle, ainsi que des nouvelles technologies qui dépassent encore aujourd’hui notre imagination ? le « leapfrog » qui s’est produit dans les télécommunications pourrait être répliqué dans bien des domaines, y compris ceux sur lesquels les retards actuels jouent comme des entraves – comme l’accès à l’électricité et à la réfrigération. 

L’industrialisation ne se limite donc pas à la manufacture ou à l’usine. Elle désigne tout un écosystème de transactions modernes, capables de servir des tissus économiques élaborés, ainsi que des chaînes de valeur. De ce point de vue, plusieurs pays sont déjà industrialisés en Afrique, en dehors des locomotives que sont l’Égypte et de l’Afrique du Sud. Côte d’Ivoire, Ethiopie, Ghana, Maroc, Maurice, Rwanda et Togo… Voilà autant de pays entrés dans la transformation structurelle de leur économie, avec des investissements massifs dans un tissu productif plus moderne et en partie industrialisé. Quant aux pays à forte population rurale, et qui le resteront encore dans les 30 prochaines années, toute industrialisation devra nécessairement prendre en compte la diversification de l’économie rurale.

Agriculture : réconcilier les mondes pour préserver nos terres

Le changement climatique touche toutes les régions du monde mais l’Afrique est le continent le plus confronté aux impacts négatifs de ce changement climatique à l’image de la hausse des températures, les sécheresses et les inondations.

De ce constat  alarmant, l’urgence de relever les défis posés par ce changement climatique impose plus que jamais une double approche : atténuer les causes et s’adapter aux conséquences.

C’est dans la perspective du Forum international de l’agriculture Planet A, qui se tiendra à  les 27 et 28 juin 2019 à Chalons-en-Champagne (France) que nous avons co-signé une tribune avec M. Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation français et M. Jean-Pierre Rennaud, président du Conseil scientifique de Planet A, afin de rappeler les grands enjeux climatiques et environnementaux de la planète.

Retrouvez l’intégralité de la tribune sur le site de l’Opinion

Hausse des IDE en Afrique : la prime à l’intégration régionale

Le dernier rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) sur les investissements dans le monde confirme l’attractivité retrouvée de l’Afrique en 2018. Alors que les investissements directs à l’étranger (IDE) ont chuté de 13% à l’échelle mondiale l’année dernière, ceux à destination du continent africain ont bondi de 11%. Dans un contexte économique mondial morose, troublé par la menace d’une escalade de la guerre commerciale États-Unis/Chine, l’Afrique échappe à la tempête protectionniste en continuant à capter une part croissante des investissements.

Il est tentant de se concentrer sur l’arbre qui cache la forêt, en se réjouissant de ce chiffre en hausse. Il faut pourtant rappeler que l’Afrique continue de capter une part infime des IDE dans le monde, seulement 3,5%, soit 45,9 milliards de dollars. À titre de comparaison, l’Inde seule a reçu en 2018 près de 42,3 milliards de dollars d’IDE. En 2018, les IDE en Afrique sont restés toujours inférieurs au niveau des années 2014-2015, suite à la chute des cours des matières premières. Les ressources naturelles restent par ailleurs le principal vecteur d’investissement sur notre continent – permettant par exemple à la République du Congo de se hisser à la 3e place du classement africain grâce aux investissements dans l’exploration et la production pétrolière – avec quelques exceptions dans certaines économies plus diversifiées.

« l’Afrique renforce son intégration dans le cadre d’un projet économique et politique commun »

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à une hausse des IDE en 2019 : l’hypothèse de la stabilité des cours des matières premières, voire une hausse de certaines d’entre elles dont l’Afrique est riche ; un investissement accru des États-Unis sur le continent africain voulant rivaliser avec la Chine, avec la création notamment de l’U.S. International Development Finance Corporation (USIDFC) qui devrait pouvoir mobiliser 60 milliards essentiellement à destination du continent africain ; la ratification de l’Accord sur la zone de libre-échange continentale africaine qui renforce l’attractivité du continent en tant que vaste espace économique en cours d’intégration.

Alors que les ensembles régionaux sont pour la plupart fragilisés par des tensions internes – même l’Union européenne ne peut plus faire guise de modèle avec le Brexit et la montée des populismes – seule l’Afrique renforce son intégration dans le cadre d’un projet économique et politique commun. Le 30 mai dernier, la ZLECAf est officiellement entrée en vigueur, posant les jalons d’un marché unique de 1,2 milliard d’habitants au PIB estimé à 2 500 milliards de dollars. En parallèle, l’environnement des affaires continue de s’améliorer sur le continent, facilitant les investissements et soutenant le développement des petites et moyennes entreprises. Au classement Doing Business 2019, l’Afrique brille par le nombre de réformes menées, même dans des pays fragilisés par des conflits.

Néanmoins, s’il est vrai que les États africains doivent continuer à améliorer leur attractivité vis-à-vis des investisseurs étrangers, une des priorités doit rester la mobilisation de nos ressources domestiques. Ce ne sont pas les IDE qui amèneront une transformation structurelle de nos économies. Le ratio moyen impôts – PIB du continent africain reste faible comparé au ratio moyen des pays de l’OCDE et des autres régions du monde. Cette perte de revenue est plus que dommageable pour les politiques de développement alors que la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique estime que notre continent pourrait gagner 99 milliards de dollars par an en adoptant de meilleures politiques fiscales.

Notre défi n’est pas sans difficultés pour émerger dans la mondialisation : notre continent mène de front un éventail de réformes sans commune mesure, mais c’est seulement en combinant intégration régionale, amélioration du climat des affaires et diversification de nos économies que nous ferons de l’Afrique une puissance économique qui pèse au niveau mondial.

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