Hausse des IDE en Afrique : la prime à l’intégration régionale

Le dernier rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) sur les investissements dans le monde confirme l’attractivité retrouvée de l’Afrique en 2018. Alors que les investissements directs à l’étranger (IDE) ont chuté de 13% à l’échelle mondiale l’année dernière, ceux à destination du continent africain ont bondi de 11%. Dans un contexte économique mondial morose, troublé par la menace d’une escalade de la guerre commerciale États-Unis/Chine, l’Afrique échappe à la tempête protectionniste en continuant à capter une part croissante des investissements.

Il est tentant de se concentrer sur l’arbre qui cache la forêt, en se réjouissant de ce chiffre en hausse. Il faut pourtant rappeler que l’Afrique continue de capter une part infime des IDE dans le monde, seulement 3,5%, soit 45,9 milliards de dollars. À titre de comparaison, l’Inde seule a reçu en 2018 près de 42,3 milliards de dollars d’IDE. En 2018, les IDE en Afrique sont restés toujours inférieurs au niveau des années 2014-2015, suite à la chute des cours des matières premières. Les ressources naturelles restent par ailleurs le principal vecteur d’investissement sur notre continent – permettant par exemple à la République du Congo de se hisser à la 3e place du classement africain grâce aux investissements dans l’exploration et la production pétrolière – avec quelques exceptions dans certaines économies plus diversifiées.

« l’Afrique renforce son intégration dans le cadre d’un projet économique et politique commun »

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à une hausse des IDE en 2019 : l’hypothèse de la stabilité des cours des matières premières, voire une hausse de certaines d’entre elles dont l’Afrique est riche ; un investissement accru des États-Unis sur le continent africain voulant rivaliser avec la Chine, avec la création notamment de l’U.S. International Development Finance Corporation (USIDFC) qui devrait pouvoir mobiliser 60 milliards essentiellement à destination du continent africain ; la ratification de l’Accord sur la zone de libre-échange continentale africaine qui renforce l’attractivité du continent en tant que vaste espace économique en cours d’intégration.

Alors que les ensembles régionaux sont pour la plupart fragilisés par des tensions internes – même l’Union européenne ne peut plus faire guise de modèle avec le Brexit et la montée des populismes – seule l’Afrique renforce son intégration dans le cadre d’un projet économique et politique commun. Le 30 mai dernier, la ZLECAf est officiellement entrée en vigueur, posant les jalons d’un marché unique de 1,2 milliard d’habitants au PIB estimé à 2 500 milliards de dollars. En parallèle, l’environnement des affaires continue de s’améliorer sur le continent, facilitant les investissements et soutenant le développement des petites et moyennes entreprises. Au classement Doing Business 2019, l’Afrique brille par le nombre de réformes menées, même dans des pays fragilisés par des conflits.

Néanmoins, s’il est vrai que les États africains doivent continuer à améliorer leur attractivité vis-à-vis des investisseurs étrangers, une des priorités doit rester la mobilisation de nos ressources domestiques. Ce ne sont pas les IDE qui amèneront une transformation structurelle de nos économies. Le ratio moyen impôts – PIB du continent africain reste faible comparé au ratio moyen des pays de l’OCDE et des autres régions du monde. Cette perte de revenue est plus que dommageable pour les politiques de développement alors que la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique estime que notre continent pourrait gagner 99 milliards de dollars par an en adoptant de meilleures politiques fiscales.

Notre défi n’est pas sans difficultés pour émerger dans la mondialisation : notre continent mène de front un éventail de réformes sans commune mesure, mais c’est seulement en combinant intégration régionale, amélioration du climat des affaires et diversification de nos économies que nous ferons de l’Afrique une puissance économique qui pèse au niveau mondial.

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Industrie pharmaceutique : comment répondre aux défis liés à la santé en Afrique ?

Le marché pharmaceutique africain est l’un des marchés qui connaît la croissance la plus rapide au monde et devrait atteindre 52 à 60 milliards de dollars d’ici 2020. La production locale représente un potentiel énorme pour stimuler la croissance économique et industrielle sur le continent, tout en apportant une réponse locale, sûre et durable aux besoins sanitaires de l’Afrique.

La croissance de l’industrie pharmaceutique en Afrique était au cœur de la Conférence Africa Pharma, organisée les 4 et 5 juin à Johannesburg par l’AUDA-NEPAD. Cette rencontre a souligné l’énorme potentiel du marché, avec les avantages qui en découlent pour le développement économique et la sécurité pharmaceutique du continent. A cet égard, la conférence a formulé une série de recommandations claires à l’intention des dirigeants du continent qui sont nécessaires pour que l’industrie locale exploite pleinement son énorme potentiel. Les marchés africains ne sont pas destinés à rester la proie des trafiquants de médicaments périmés ou un terrain concurrentiel pour les entreprises étrangères. La baisse des dons internationaux et des récents chocs d’offre montrent pourquoi il est temps que l’Afrique prenne son destin en main.

Une forte volonté politique a déjà permis à l’Afrique du Nord de montrer l’exemple. Le Maroc, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte couvrent 60% de leurs besoins en médicaments essentiels et exportent désormais les médicaments qu’ils produisent, y compris vers les marchés hautement réglementés de l’Ouest. L’Afrique du Sud a également ouvert la voie en développant sa production locale de médicaments génériques bon marché en créant à Aspen, l’un des dix premiers fabricants mondiaux de génériques.

Le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Nigeria, la Tanzanie… Tous ces pays développent des capacités de production locale, le Nigeria par exemple a plus de cent cinquante fabricants locaux. Sur 55 pays, l’Afrique compte 37 pays dotés d’industries pharmaceutiques nationales. Il convient également de noter les efforts déployés par les États pour mettre en place des systèmes d’assurance maladie. Du Bénin à la Tunisie, en passant par Djibouti, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie ou encore le Rwanda sont en train d’améliorer l’accès aux médicaments.

Bien que l’Afrique ne représente que 16 % de la population mondiale, il reste cependant beaucoup à faire sur le continent qui supporte 25 % du fardeau mondial des maladies. Le paludisme représente à lui seul un énorme défi de santé publique. C’est la maladie la plus mortelle en Afrique, devant la tuberculose et le VIH/SIDA. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Afrique subsaharienne représente 90% des 212 millions de cas de paludisme enregistrés en 2015 et 92% des décès causés par cette pandémie à la même année.

« l’Afrique de demain ne dépendra pas des donateurs pour ses besoins en médicaments, mais de ses propres ressources internes »

Comme le dit Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD) : « Le paludisme coûte à l’Afrique 12 milliards de dollars par an, soit 5 ou 6 % du PIB ». Entre 70% et 80% des médicaments consommés en Afrique sont importés, notamment d’Inde et de Chine. D’où la nécessité d’investir dans les industries locales pour approvisionner un marché en pleine croissance, sous l’impulsion du boom démographique et des progrès économiques importants – l’Afrique de demain ne dépendra pas des donateurs pour ses besoins en médicaments, mais de ses propres ressources internes. Par conséquent, elle devrait également être prête à s’approvisionner auprès d’entreprises basées en Afrique pour créer un cercle vertueux de développement économique et de santé.

Les partenariats, notamment avec l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ONUSIDA, sont essentiels. Même si le partenaire le plus important, en fin de compte, n’est autre que le citoyen africain qui n’a pas accès aux médicaments. Il est nécessaire de restaurer sa confiance dans les produits locaux, et pas seulement importés, qui ne sont pas seulement accessibles, mais dont la qualité est assurée de manière adéquate par les autorités réglementaires.

C’est pourquoi l’AUDA-NEPAD a publié une « loi type » sur la réglementation des produits médicaux pour inspirer les États qui n’ont pas ou ne souhaitent pas compléter leur législation pharmaceutique nationale. L’objectif est d’établir une autorité réglementaire nationale, qui pourra travailler en tandem avec l’Agence africaine des médicaments (AMA), qui sera bientôt créée, lancée en 2018 pour harmoniser les réglementations existantes et améliorer l’accès aux produits sûrs.

Le Plan de fabrication pharmaceutique pour l’Afrique (PMPA), mené depuis 2007 par l’Union africaine et ses partenaires dont l’ONUDI, ONUSIDA et l’OMS, vise également à harmoniser les politiques nationales. C’est ce que les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se sont engagés en 2013 à créer un marché unique des médicaments. Une avancée concrète vers l’intégration sous-régionale, qui mérite d’être saluée. Le temps est donc venu pour l’Afrique de prendre son destin en main !

 

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Pharmaceutical industry: how to respond to health-related challenges in Africa?

The pharmaceutical market in Africa is one of the fastest growing in the world and one of the most dynamic high potential growth and economic drivers in Africa; and is expected to reach $52-60 billion by 2020. Local production represents a huge potential to stimulate economic and industrial growth on the continent, while providing a local, secure and sustainable response to Africa’s significant health needs.

The growth of the pharmaceutical industry in Africa was at the heart of the Africa Pharma Conference, organized last month in Johannesburg by AUDA-NEPAD. Indeed, this meeting focused on best practices, progress and the road ahead. Significantly the Conference highlighted the huge market potential, with the attendant benefits of driving economic development and ensuring pharmaceutical security for the continent. In this regard the conference came up with a set of clear recommendations for the continental leadership that are required for local industry to realise its huge potential. The message of the conference was real and unambiguous. African markets are not destined to cannot remain prey to traffickers of expired or substandard medicines, or a competitive ground for foreign firms alone. The reducing international donor commitments, and recent supply shocks provide ample evidence for why it is time Africa took its destiny into its hands.

« The Africa of the future will not depend on donors for its medicine needs, but on its own internal resources »

Strong political will has already enabled North Africa to set an example. Morocco, Algeria, Tunisia and Egypt cover 60% of their essential medicines needs and now export the medicines they produce including to the highly regulated markets of the west. South Africa has also led the way, developing its local production of cheap generics and creating in Aspen, a top ten global generics player.

Ghana, Côte d’Ivoire, Kenya, Nigeria, Tanzania… All these countries are developing local production capacities, with Nigeria for example having over one hundred and fifty local manufacturers. Out of 55 countries, Africa has 37 countries with national pharmaceutical industries. It is also worth noting the efforts made by States to establish health insurance systems. From Benin to Tunisia, through Djibouti, Côte d’Ivoire, Ethiopia and Rwanda, often cited as examples, all these insurance schemes will increase access to medicines.

Much remains to be done, however, across a continent that carries 25% of the global burden of disease, although it represents only 16% of the world’s population. Malaria alone represents a huge public health challenge. It is the deadliest disease in Africa, ahead of tuberculosis and HIV/AIDS. According to the World Health Organization (WHO), sub-Saharan Africa accounts for 90% of the 212 million malaria cases recorded in 2015, and 92% of the deaths caused by this pandemic in the same year.

« Bad for business », as Akinwumi Adesina, President of the African Development Bank (AfDB), so aptly puts it, and malaria costs Africa $12 billion a year, or 5% or 6% of GDP. Between 70% and 80% of the medicines consumed in Africa are imported, particularly from India and China. Hence the need to invest in local industries to supply a growing market, driven by the demographic boom, and the significant economic progress- the Africa of the future will not depend on donors for its medicine needs, but on its own internal resources. Consequently, it should also be prepared to procure from Africa based companies to create a virtuous cycle of economic development and good health.

Partnerships, including with the United Nations Industrial Development Organization (UNIDO), the World Health Organization (WHO) and UNAIDS, are essential. Even if the most important partner, in the end, is none other than the African citizen who does not have access to medicines. It is necessary to restore his confidence in local, and not only imported products that are not only accessible, but whose quality is adequately assured by the regulatory authorities.

For this reason, AUDA-NEPAD has published a « model law » on the regulation of medical products to inspire States that do not have or wish to supplement their national pharmaceutical laws. The objective is to establish a national regulatory authority, which can work in tandem with the soon to be established African Medicines Agency (AMA), launched in 2018 to harmonize existing regulations and improve access to safe products.

The Pharmaceutical Manufacturing Plan for Africa (PMPA), led since 2007 by the African Union and partners including UNIDO, UNAIDS, and WHO, also aims to harmonize national policies. This is what the countries of the Central African Economic and Monetary Community (CEMAC) undertook in 2013 to create a single market for medicines. A concrete progress towards sub-regional integration, that deserves to be welcomed. The time for Africa to take its destiny in its own hands. That time is now!

 

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Zone de libre-échange continentale : la consécration du panafricanisme

À l’heure où les tensions commerciales augmentent à l’échelle mondiale, l’Afrique préfère opter pour l’intégration économique. Le 30 mai 2019 est désormais une date clé pour le continent. La ZLECAf est officiellement entrée en vigueur. Elle pose la première pierre d’un marché unique  de 1,2 milliard d’habitants, au PIB estimé à 2 500 milliards de dollars. Tous n’ont peut-être pas encore signé, certes, mais pas moins de 49 pays, dont l’Afrique du Sud, ont ratifié l’accord du 21 mars 2018. Les biens et services, mais aussi les personnes et les capitaux, vont théoriquement circuler librement à travers les vastes territoires africains. L’Afrique, sur les questions commerciales qui la concernent, va sur la base de cette logique devoir parler d’une seule voix. 

Il était temps ! Le commerce intra-africain, qui plafonne à 12 % de moyenne, contre 60 % pour l’Europe et 30 % en Asie du Sud-Est, regorge d’opportunités encore inexploitées. Diversifier la production, les exportations, créer des chaînes de valeur régionales… Tous ces leviers représentent les pièces de ce qui sera le moteur d’une croissance africaine inclusive. 

Nos économies, on le sait, restent extraverties. Les trois quarts des exportations portent sur des matières premières non transformées, à destination d’autres continents. S’ouvrir les portes à soi-même relève d’une question de bon sens, mais aussi de survie. Rien ne stimulera mieux les manufactures, l’agriculture, les industries agroalimentaires et donc l’emploi que l’ouverture de notre immense marché intérieur. 

Certaines règles, notamment tarifaires, doivent être précisées sur une première liste de produits lors d’une rencontre des experts de l’Union africaine avec les ministres africains du Commerce, prévue en juin à Kampala. Quant à la phase opérationnelle de la ZLECAf, elle sera lancée le 7 juillet, à l’occasion du sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA.

Entendons-nous bien cependant : tout ne reste pas à faire, mais bien à concrétiser. Le projet repose sur un socle déjà solide, le Plan d’action pour stimuler le commerce intra-africain (Action for Boosting Intra-African Trade, BIAT), lancé en 2012 par l’UA. Il s’agit de rendre la ZLECAf opérationnelle en levant au plus vite les contraintes au commerce intra-africain, liées notamment aux règles commerciales, aux infrastructures, au financement, à l’information et l’intégration du marché. Ce plan d’action se décline à court, moyen et long terme par pays, région et à l’échelle de l’Afrique.

N’oublions pas, enfin, que l’Afrique n’est pas isolée du reste du monde. Au contraire. Depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’économie mondiale a connu deux tendances transversales : l’essor de chaînes de valeur régionales et la négociation d’importants accords commerciaux régionaux – transatlantique, transpacifique ou continentaux, comme l’accord de partenariat unique entre l’ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Les dragons asiatiques ont émergé grâce à leur intégration régionale, entre autres. Dans le même élan, le “Made in Africa”, en ébullition, ne demande qu’à se libérer de ses carcans.

Diaspora remittances are a key source of financing for Africa’s development

Whether formal or informal, remittances from the diaspora have long been undervalued. However, they characterize a large part of Africa’s financial life. These financial flows between individuals contribute significantly to the economic growth of African countries: between 10% and 20% of the GDP of some countries, from Senegal to Lesotho, thanks to remittances that are sent through formal channels. According to the World Bank, money transfers to Sub-Saharan Africa represent $46 billion for the continent as a whole in 2018. These transfers have become more important than official development assistance.

Donors have been slow to realize the importance of remittances. The first report was published only in 2010 by the World Bank and the AfDB. It estimated that some 30 million African nationals from the diaspora, including North Africa, made « formal » transfers through traditional banking networks. 

Another category of less documented flow, that is crucial in daily life, is the funds that flow between African countries, such as Nigerian operators who source agricultural inputs in Côte d’Ivoire, Somali expatriates who support their families from South Africa or Malian manufacturers who source cement in Senegal, for example. These exchanges do not necessarily involve direct transfers. They are based above all on a form of « relational » economy specific to our continent and is based on trust. (see below the main amounts of remittances in Africa).

We can also note that a significant proportion of money transfers are made through informal means. In reality, this money circulates through ingenious channels, aimed at circumventing exchange control regulations or fees charged on international transfers. A simple call between New York and Dakar is all it takes, through banks managed by the « Modou-Modou », small traders belonging to the Muslim community of the Mourides. These dematerialized money transfers are based on trusted networks and intermediaries charging small commissions: for example, an informal operator in Morocco will take the money of a Senegalese in Morocco who would like to transfer it home, but keep the cash for a different transaction made by another Senegalese customer in Morocco. 

Commissions are half the amount of the 10% or so charged by some remittance companies that are deeply involved in Africa and are located in every cities from which migrants leave, such as Louga in Senegal or Kayes in Mali. The market is huge, since 80% of African migration takes place within the continent, according to the African Union.

These agencies share a rapidly expanding sector, with 61% of the market share of a $4 billion per year market according to the World Bank. This is a trend coveted by banks (32% market share), post offices (5%) and, increasingly, by mobile phone operators. Some operators, particularly in Kenya, have changed the situation, such as the M-Pesa electronic wallet. This approach has been adopted across the continent.

Two countries are leading by example. Ethiopia launched in 2002, a website, the Ethiopian Diaspora Directorate, which identifies investment opportunities in the country for the diaspora members. They are very involved in their home countries, the Ethiopian diaspora the Ethiopian diaspora has invested more than $56 million in the project to build one of Africa’s largest hydroelectric dams, the Great Renaissance. Rwanda launched the Agaciro sovereign solidarity fund in 2012, which has raised €51.5 million in four years.

In fact, African financial success stories are countless. The Dahabshiil remittance network, founded in 1970 in Dubai by Somali businessman Abdirashid Duale, has grown to the size of a multinational… It has more than 2,000 employees in 144 countries. They have the advantage of receiving declared salaries, with pay slips. A good way out of the informal sector, while taking advantage of the huge contribution of migrants, whether on the continent or elsewhere.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Source : The Global Knowledge Partnership on Migration and Development, 2019

Les transferts de fonds de la diaspora, sources de financement incontournables pour l’Afrique

Les transferts de fonds de la diaspora, qu’ils soient formels ou informels, ont longtemps été sous-estimés. Pourtant, ils caractérisent une large part de la vie financière de l’Afrique. Ces flux financiers entre particuliers contribuent largement à la croissance économique des pays africains : entre 10 % et 20 % du PIB de certains pays, du Sénégal au Lesotho, grâce aux transferts d’argent qui passent par des canaux formels. Selon la Banque mondiale, les transferts d’argent vers l’Afrique subsaharienne représentent 46 milliards de dollars pour l’ensemble du continent en 2018. Cette manne est donc devenue plus importante que l’aide publique au développement.

Les bailleurs de fonds ont mis beaucoup de temps à réaliser l’importance des transferts d’argent en provenance de la diaspora africaine. Le premier rapport de référence a ainsi été publié seulement en 2010 par la Banque mondiale et la BAD. Ce dernier estimait alors que les 30 millions de ressortissants africains qui forment la diaspora, Afrique du Nord incluse, ont procédé à des transferts “formels” par des canaux bancaires classiques. (voir ci-dessous les principaux montants des transferts d’argent en Afrique)*

Autre catégorie de flux moins documentée – pourtant cruciale au quotidien -, sont les fonds qui transitent entre les pays africains, à l’image des opérateurs nigériens qui s’approvisionnent par exemple en intrants agricoles en Côte d’Ivoire, des expatriés somaliens qui subviennent aux besoins de leurs familles depuis l’Afrique du Sud, ou des constructeurs maliens qui s’approvisionnent en ciment au Sénégal. Ces échanges n’impliquent pas forcément des transferts directs. Ils reposent avant tout sur une forme d’économie « relationnelle » propre à notre continent et se fonde sur la confiance.

On constate aussi qu’une partie importante des transferts transitent par des voies informelles. En réalité, cet argent circule à travers des réseaux ingénieux, visant à contourner les réglementations sur le contrôle des changes ou les commissions prélevées sur les virements internationaux. Un simple appel téléphonique entre New York et Dakar suffit, via des banques gérées par les “Modou-Modou”, des petits commerçants appartenant à la communauté musulmane des mourides. Ces transferts dématérialisés reposent sur des réseaux de connaissances et d’intermédiaires prélevant de petites commissions : un opérateur informel au Maroc va par exemple prendre l’argent d’un sénégalais au Maroc qui souhaite le transférer chez lui, mais garder les espèces pour une transaction différente effectuée par un autre client sénégalais au Maroc.  

Les commissions sont deux fois moins élevées que les 10 % environ que facturent certains géants des transferts d’argent très actifs en Afrique et présents dans toutes les villes d’où partent les migrants, comme Louga au Sénégal ou Kayes au Mali. Le marché est immense, dès lors que 80% de la migration africaine s’effectue à l’intérieur du continent selon l’Union africaine. 

Ces agences se partagent l’essentiel d’un secteur en pleine expansion, 61 % des parts d’un marché de 4 milliards de dollars par an d’après la Banque mondiale. Un filon convoité par les banques (32 % des parts de marché), les postes (5 %), mais aussi, de plus en plus, par les opérateurs de téléphonie mobile. Certains opérateurs notamment au Kenya ont changé la donne à l’image du porte-monnaie électronique M-Pesa. La formule a fait des émules un peu partout sur le continent.

Qu’en conclure ? La balle se trouve donc dans le camp des banques et des opérateurs du secteur formel, et non celle des tontines ou des usuriers. Les banques et les opérateurs qui se sont lancés dans le mobile banking devraient être accompagnés par les États, dotés de systèmes de garantie pour les crédits aux ménages et aux PME. 

Deux pays donnent l’exemple. L’Éthiopie a lancé en 2002, un site Internet, l’Ethiopian Diaspora Directorate, qui recense pour les membres de la diaspora les opportunités d’investissement dans le pays. Très active dans leur pays d’origine, la diaspora éthiopienne a investi plus de 56 millions de dollars dans le projet de construction de l’un des plus grands barrages hydroélectriques d’Afrique, le Grand Renaissance. Le Rwanda, lui, a lancé en 2012 le fonds souverain de solidarité Agaciro, qui a rassemblé en quatre ans 51,5 millions d’euros.

De fait, les success stories financières africaines ne manquent pas. Le réseau de transfert de fonds Dahabshiil, fondé en 1970 à Dubaï par l’homme d’affaires somalien Abdirashid Duale, a pris les dimensions d’une multinationale… Il compte plus de 2 000 employés dans 144 pays, qui ont l’avantage de recevoir des salaires déclarés, avec des fiches de paie. Un bon moyen de sortir du secteur informel, tout en tirant parti de l’apport colossal des émigrés, qu’ils soient sur le continent ou ailleurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Source : The Global Knowledge Partnership on Migration and Development, 2019

Journée mondiale de l’Afrique : vers des solutions durables aux déplacements forcés

La Journée de mondiale de l’Afrique nous permet, en tant qu’Africains, de célébrer la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) le 25 mai 1963. Une date qui marque une étape importante dans l’histoire de notre continent, une étape où les fondateurs ont signalé au monde que les Africains étaient prêts à travailler ensemble. La solidarité panafricaine est la clé de notre avenir. 

Kwame Nkrumah, l’un des leaders à l’origine de la création de l’OUA, disait : “Les forces qui nous unissent sont intrinsèques et supérieures aux influences superficielles qui nous séparent”. C’est encore le cas aujourd’hui dans le cadre de l’Union africaine où l’accent est mis non seulement sur les défis politiques, mais aussi sur les défis économiques et le développement, ainsi que sur la création d’opportunités actuelles et futures pour la jeunesse africaine. 

Les personnes déplacées, sujet majeur pour l’Afrique, font l’objet d’une discussion permanente entre les responsables africains et la communauté internationale, en quête de solutions adaptées, transfrontalières et transversales. Cette responsabilité sociétale de premier plan voit aussi les gouvernements africains s’emparer de la question, pour en discuter avec d’autres partenaires du secteur privé et de la société civile à l’intérieur de leurs frontières. 

Priorité de l’Union africaine pour 2019, les réfugiés et les personnes déplacées ont été au coeur des African Dialogue Series (ADS) 2019, du 21 au 23 mai à New York, organisés par le Bureau du conseiller spécial sur l’Afrique (OSAA), en collaboration avec la Commission de l’UA (CUA) et en présence de nombreuses grandes agences des Nations unies.  Ce sujet est tombé à point nommé, juste avant la célébration de la Journée mondiale de l’Afrique, le 25 mai à New York, par la mission permanente de l’UA auprès des Nations unies. 

Les chiffres montrent que l’Afrique subsaharienne abrite près de la moitié des 11,8 millions de nouvelles personnes déplacées dans le monde à cause des conflits pour la seule année 2017, selon l’International Displacement Monitoring Center (IDCM). Le pays le plus touché est la République démocratique du Congo, avec 2,2 millions de nouveaux déplacements en 2017, sur un total de 4,5 millions de personnes déplacées. Viennent ensuite le Soudan du Sud, l’Éthiopie et la République centrafricaine. Du bassin du Lac Tchad à la Somalie, les conflits sont le plus souvent en cause, de même que la sécheresse et les catastrophes naturelles. On oublie trop souvent que ces phénomènes naturels causent de nombreux déplacements de personnes (2,6 millions de personnes en 2017). 

Cette question complexe interpelle en premier lieu les pays signataires, en 2009, de la Convention de Kampala sur la protection des personnes déplacées. L’Afrique s’est engagée à apporter des réponses, puisque les personnes déplacées relèvent des autorités de leur pays. À New York, un diagnostic très simple a été posé, portant sur la bonne gouvernance. Celle-ci se trouve au cœur des solutions, d’abord et avant tout pour assurer la dignité des citoyens, qui doivent avoir la maîtrise de leur propre destinée. Les bonnes pratiques ont par ailleurs été évoquées, avec l’exemple du Niger, premier pays africain à adopter en 2018 une loi nationale sur la protection et l’assistance des personnes déplacées.

C’est une bonne chose que la célébration de la Journée mondiale de l’Afrique nous permette de réfléchir à la meilleure façon pour le continent et ses partenaires d’assumer leurs responsabilités. C’est pourquoi, en tant qu’Agence de développement de l’Union africaine – NEPAD, nous voudrions transmettre nos meilleurs vœux à tous les Africains partout sur Terre. Ensemble, nous gagnerons ce combat et réaliserons « l’Afrique que nous voulons ».

Africa Day: Towards durable solutions to forced displacement in Africa

The commemoration of Africa day allows us as Africans to celebrate the founding of the Organisation of African Unity (OAU) on 25 May 1963. Indeed this date marks a clear point in the history of our continent, a point at which our founding leaders signalled to the world that Africans were ready to work in solidarity with one another. This is key to our future.

One of the most prominent leaders behind the founding of the OAU, Kwame Nkrumah, is quoted as saying, “The forces that unite us are intrinsic and greater than the superimposed influences that keep us apart”. This still applies now under the Africa Union, where the focus is on addressing not just political but also development and economic challenges, as well as creating current and future opportunities for Africa’s young population.

This year, the AU has decided to strengthen its action towards refugees and displaced persons in order to develop durable solutions for them, focusing on autonomy and resilience. The AU theme for 2019 is “Refugees, Returnees and Internally Displaced Persons: Towards durable Solutions to Forced Displacement in Africa’’.

Figures show that sub-Saharan Africa is home to nearly half of the 11.8 million new people displaced worldwide by conflict in 2017 alone, according to the International Displacement Monitoring Center (IDMC). The most affected country is the Democratic Republic of the Congo, with 2.2 million new displacements in 2017, out of a total of 4.5 million displaced people. Then come South Sudan, Ethiopia and the Central African Republic.

From the Lake Chad Basin to Somalia, conflicts are most often a primary cause, as are drought and natural disasters. It is too often forgotten that these natural phenomena represent a substantial part (2.6 million in 2017) of the influx of new displaced people on the continent.

The complex issue is of primary concern to the countries that signed the Kampala Convention on the Protection of Internally Displaced Persons in 2009, ten years ago. Africa has committed itself to providing responses, since displaced persons are in principle under the responsibility of their country’s authorities. In practice, the UNHCR is also concerned about rescuing them, but faces funding difficulties.

Long-term solutions can be summed up in a few words: conflict prevention, poverty alleviation and anticipation of natural disasters, which are always easier said than done in broad concrete action plans. Nevertheless, good practices were discussed in New York, for instance what has been done in Niger, the first African country to adopt a national law on the protection and assistance of displaced persons in 2018.

It is a good thing that the celebration of Africa Day allows us to continue to reflect on the best way for Africa and its partners to assume their responsibilities. And so as the African Union Development Agency-NEPAD, we would like to convey the best wishes to all Africans across all corners of the world. Together we will win this fight and achieve ‘The Africa We Want.’

Putting Africa’s Secondary Cities First

With Africa urbanizing faster than any other world region, governments there urgently need to craft national development strategies for harnessing the economic benefits that cities can provide. The key will be to focus not just on rapidly expanding megacities, but also on the intermediary cities needed to achieve inclusive growth.

In the latest Mercer Quality of Living City Rankings, the highest-ranked African city, Port Louis, Mauritius, comes in at 83rd out of 231. That appears to be in keeping with a broader pattern: in terms of the quality of life in its cities, Africa lags behind most other world regions.

African cities’ poor showing is a worrying indictment of urban planning on the continent, particularly given that urbanization there is barreling ahead, regardless of whether its leaders have plans in place to manage the process. According to the OECD, because “Africa is projected to have the fastest urban growth rate in the world,” its “cities will be home to an additional 950 million people” by 2050. Given these trends, African policymakers urgently need to make the region’s cities more attractive to international investors, business people, and tourists, while also ensuring that urbanization remains inclusive.

But there is another key trend that has been neglected: the growing importance of Africa’s secondary cities. Urbanization in Africa is not just about emerging megacities like Johannesburg, Kinshasa, Nairobi, Khartoum, Casablanca, and Greater Cairo, which alone will be home to an estimated 38 million people by 2050. Population is also booming in Africa’s “intermediary cities,” which link remote and rural areas to larger urban centers.

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Statistiques, industrialisation et révolution agricole, 3 défis pour le continent : une lecture de l’Afrique en transformation de Carlos Lopes

L’Afrique et le défi statistique
L’Afrique doit investir dans la production de données de meilleure qualité, car l’absence de systèmes statistiques fiables et indépendants peut compromettre aussi bien le diagnostic que la prévision. Nombre d’analyses sont faussées par l’absence de statistiques fiables. Ainsi, dans de nombreux pays, le Produit intérieur brut serait sous-estimé, avance Carlos Lopes. Mais si l’on mesure mal la richesse, comment mettre en place les politiques fiscales appropriées ? La capacité contributive de l’Afrique est sans doute minorée. Un effort d’imposition de 1% supplémentaire, qui peut sembler marginal, rapporterait pourtant davantage que la totalité de l’aide au développement des pays industrialisés ! Nous le répétons volontiers, mais ce point est essentiel : le renforcement des capacités statistiques de l’Afrique doit être une priorité, tant pour les pays pris séparément que pour l’Union Africaine et les organes qui y sont rattachés. Ce fut un des points clés de la stratégie de Carlos Lopes quand il était à la tête de la CEA.

L’Afrique et le défi de l’industrialisation
Le livre de Carlos Lopes alimentera la réflexion sur le modèle de développement que doit emprunter l’Afrique pour créer les conditions d’une transformation structurelle de son économie. Car, en dépit d’une résilience remarquable observée depuis la crise financière de 2008, en dépit de taux croissance moyens parmi les plus élevés de la planète ces dix dernières années, le Continent n’a pas réussi à créer suffisamment d’emplois ni même à endiguer l’extrême pauvreté. Le dynamisme de ses marchés intérieurs, la bonne tenue de ses exportations et l’augmentation significative des flux d’investissements ne compensent pas l’absence de véritables politiques industrielles.
Les exemples du Brésil de la période 1950-1980, de la Chine qui, après sa révolution agricole, s’est transformée en usine du monde, et, plus récemment, de la Malaisie ou des Émirats Arabes Unis montrent que l’émergence est inséparable du processus d’industrialisation. Le constat que dresse Carlos Lopes est préoccupant : la part de l’Afrique dans la production industrielle mondiale a régressé d’un quart entre 1980 et 2010, passant de 1,9% à 1,5%. L’auteur plaide pour un protectionnisme intelligent, inspiré des politiques mises en place dans les pays devenus émergents, et pour une approche volontariste des pouvoirs publics à ce sujet. L’échec des tentatives d’industrialisation menées dans les années 1960 et 1970 ne doivent plus servir d’excuse à l’inertie car les contextes et les objectifs ont radicalement muté.

L’Afrique et le défi de la productivité agricole
Il est urgent de changer notre regard sur l’agriculture et de reconnaître que « l’agriculteur est un entrepreneur comme un autre », pour reprendre la formule que j’employais dans mon livre L’Afrique à l’heure des choix (Armand Colin, 2017). C’est aussi l’idée martelée avec force par Carlos Lopes qui souligne que les défis de l’industrialisation et de la modernisation du secteur agricole sont intimement liés. Certes, la plupart des pays du continent ont doublé leur taux moyen de transformation après le lancement du PDDAA, en 2003, et l’augmentation de la productivité agricole a atteint 67% en moyenne, mais ce taux masque d’énormes disparités. Les progrès restent insuffisants, même si l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou le Ghana ont accompli des performances remarquables. Le rendement moyen des cultures céréalières en Afrique ne représente que 40% du rendement mondial moyen. L’agriculture de subsistance sur de petites parcelles, caractérisée par une très faible productivité, reste le mode de production dominant (80%). Il ne permet pas de dégager des surplus. Marginalisés, les exploitants ont peu accès aux financements et ne parviennent pas à s’intégrer dans la chaîne de valeur.
Un changement de paradigme est pourtant indispensable. L’agriculture africaine va devoir accompagner la croissance démographique exponentielle et l’urbanisation rapide du continent : dès 2020, 50% des Africains vivront en ville. La révolution de l’agro-business ne saurait être différée plus longtemps et les leaders de cette révolution doivent être ceux qui sont appelés les « petits producteurs ».

La liberté de la presse, pierre angulaire de la démocratie

À l’occasion de la 26e journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée à Addis Abeba les 2-3 mai et organisée conjointement par le gouvernement éthiopien, l’Union africaine et l’Unesco, il est essentiel de rappeler que cette journée a trouvé son origine sur le continent africain. En effet, c’est la Déclaration de Windhoek de 1991 portant sur le combat en faveur du pluralisme et de la liberté des médias qui a poussé, deux ans plus tard, les Nations unies à proclamer le 3 mai comme étant la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Plus que jamais, l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme trouve une résonance particulière en Afrique : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Les médias africains ont en effet connu un essor sans précédent dans les années 1990, à la faveur de la fin de la Guerre froide et de la démocratisation. Ce progrès spectaculaire s’explique par la montée d’un mouvement significatif qui a profondément conduit à des réformes institutionnelles de grande importance comme la création de différentes instances régulatrices et observatoires médiatiques africains. Les mouvements contestataires et le multipartisme, ont d’ailleurs entraîné des modifications politiques, socioéconomiques et institutionnelles mais surtout la reconsidération du rôle et de la place des médias dans le processus du développement des pays.

Cette explosion a également pris une ampleur nouvelle à l’ère digitale. Des sites d’information ont essaimé partout, du Sénégal à la République démocratique du Congo (RDC), contribuant à renforcer le “quatrième pouvoir”. Un contre-pouvoir déterminant, dans la construction d’une opinion publique qui compte, comme on peut l’observer de l’Egypte à l’Afrique du Sud, où les dirigeants doivent rendre des comptes sur leur gestion du pays.

Outre la place désormais faite aux lanceurs d’alerte, qui ont été au Kenya avec le logiciel opensource Uhashidi en avance sur le reste du monde, c’est un autre narratif sur lui-même que le continent s’est approprié. Signe des temps : la même dynamique a saisi les capitales du Nord, où des sites et des chaînes de télévision dédiées à l’Afrique se sont aussi multipliées, choisissant une approche à la fois critique et constructive.

La journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée cette année dans une capitale devenue hautement symbolique. L’Ethiopie a en effet accompli un bond spectaculaire en 2018 en termes de liberté d’expression. Le pays a gagné 40 places au classement mondial 2019 de la liberté de la presse publié par l’ONG française Reporters sans frontières (RSF). Journalistes et blogueurs peuvent relayer des critiques adressées aux autorités, sans être inquiétés.

Le millier de participants qui ont afflué à Addis Abeba pour discuter du thème choisi cette année, “Les médias pour la démocratie : journaliste et élections en temps de désinformation”, ont traité sans complaisance du rôle des réseaux sociaux et des “fake news” dans l’information – une tendance globale. Il a été question des entraves qui persistent à la liberté d’informer, avec notamment les coupures des services Internet dans certains pays en période électorale comme ce fut le cas récemment au Bénin durant les élections législatives et en RDC en décembre dernier.

De ce fait, l’environnement médiatique reste encore aujourd’hui cristallisé par de nombreux défis qui ne permettent pas toujours aux journalistes d’exercer leur métier d’une manière professionnelle, libre et indépendante.

Il est donc urgent, dans ce contexte, que nos citoyens se mobilisent. Ils ne doivent pas céder à l’isolement et à la censure. Protéger l’accès à une information indépendante, libre et pluraliste est une condition indispensable pour que les Africains et les citoyens du monde entier se forgent librement une opinion et participent valablement au processus démocratique et à la définition de leur destin.

Le combat à mener pour les Africains est donc d’empêcher la banalisation de pratiques qui constituent une entrave aux libertés car toute forme de développement à long terme est liée à la liberté d’expression.

Quelques conseils aux boursiers Tutu…

Le 29 avril, je me suis rendu à Stellenbosch, dans la province du Cap-Occidental, en Afrique du Sud, pour échanger avec les boursiers Desmond Tutu 2019. Mon ouvrage, l’Afrique à l’heure des choix, a suscité une discussion passionnante et j’ai encouragé les boursiers à essayer, avec diligence, d’allier les solutions techniques aux solutions politiques dans tout ce qu’ils entreprennent. J’ai mis en avant les exemples suivants pour illustrer ce point : si les boursiers, travaillent dans l’agriculture, leur objectif pourrait renforcer une association d’agriculteurs, ou s’ils travaillent dans le domaine de la santé, cela pourrait aider une communauté en matière nutrition.

J’ai également exhorté les boursiers à se créer des réseaux au-delà de leurs domaines actuels, car cela leur permettra de créer des synergies et d’avoir un plus grand impact dans la société. J’ai également encouragé les jeunes dirigeants en affirmant que les changements progressifs apportés à court et à moyen terme contribueront à la réalisation des objectifs à long terme et susciteront ainsi une transformation.

J’ai conclu en disant que la valeur de toute démocratie réside dans ses valeurs inhérentes de dignité, de liberté et d’égalité, qui sont essentielles pour un système démocratique afin d’éviter le développement de conflits.

Education is the only weapon to prepare Africa for the challenge of youth employment

After the successive launches of the Skills Initiative for Africa (SIFA) project in Lomé, Accra and Johannesburg in recent weeks, it seemed important to me to comment on the topic of policies to develop youth employment. Indeed, the SIFA project aims to finance skills development projects in several African countries. 

Because while demographic dynamism represents a great opportunity, it is also a huge challenge, as 440 million young Africans will come to working age in the next fifteen years. High unemployment rates and skills shortages are among the most pressing challenges facing Africa. There is therefore an urgent need to promote industries and economic activities that contribute to new job creations. 

To achieve this, I believe it is crucial to implement new education and training programmes to equip young – and even older – people with the skills they need to live and work in the current context of transition to the digital economy. This transition will affect all sectors, including agriculture. Indeed, more and more farmers will be connected, and access to information will be essential for their success. Similarly, climate-smart agriculture will be based on an increasingly intensive use of new technologies. Let us not forget that the agricultural sector in Africa still employs 60 to 70% of the working population. 

It is also essential to adapt the education system to economic realities: for example, in 2013, 75% of baccalaureate graduates specialized in literature, compared to 25% in science, when we know that the human sciences have little relevance to the economic sectors that hire in Africa. National education plans must therefore be properly adapted to national development priorities. 

We must also disseminate the culture of e-learning in all our technical and vocational education and training (TVET) institutions and promote these institutions as true learning paths. We also need to train teachers so that they can teach the digital skills of the 21st century before they are overtaken by the upheavals associated with the advent of the 4th Industrial Revolution. 

To achieve these objectives, our states will need to invest more in education, by partnering with the private sector, development partners and universities, in order to strengthen curriculum standardization in our learning centres at the higher education level and in technical and vocational education and training. 

It is very important to define clear training strategies adapted to the continent’s development needs, also at the regional level. The continental approach we propose provides a platform to facilitate the implementation of African-wide frameworks and to enable this sharing of experience. Education is our only weapon to prepare for the challenge of youth employment.

L’éducation, seule arme pour préparer l’Afrique au défi de l’emploi des jeunes

Après les lancements successifs du projet Skills Initiative for Africa (SIFA) à Lomé, Accra et Johannesburg ces dernières semaines, il me semblait important de prendre la parole sur le sujet des politiques de développement de l’emploi chez les jeunes. En effet, le projet SIFA a pour objectif de financer des projets de développement des compétences dans plusieurs pays africains. 

Car si le dynamisme démographique représente une grande opportunité, il est aussi un immense défi au moment où 440 millions de jeunes Africains seront en âge de travailler dans les quinze prochaines années. Les taux élevés de chômage et le déficit de compétences font partie des défis les plus pressants auxquels l’Afrique est confrontée. Il est donc urgent de promouvoir les industries et les activités économiques qui contribuent à créer de nouveaux emplois. 

Pour y parvenir, il me paraît essentiel de mettre en œuvre de nouveaux programmes d’éducation et de formation afin de doter les jeunes – et même les moins jeunes – des compétences nécessaires pour vivre et travailler dans le contexte actuel de transition vers l’économie numérique. Cette transition vers le numérique va concerner tous les secteurs, y compris l’agriculture. En effet, de plus en plus nombreux seront les agriculteurs connectés, pour qui l’accès à l’information sera essentiel. De même, l’agriculture intelligente face au climat va reposer sur un usage de plus en plus intensif des nouvelles technologies. N’oublions pas que le secteur agricole emploie en Afrique 60 à 70% de la population active. 

Il est également crucial d’adapter le système éducatif aux réalités économiques : par exemple, en 2013, 75% des bacheliers se sont spécialisés en littérature, contre 25% en science, quand on sait que les sciences humaines correspondent peu aux secteurs économiques qui embauchent en Afrique. Il convient donc de bien adapter les plans nationaux d’éducation en fonction des priorités nationales de développement. 

Nous devons en outre diffuser la culture de l’apprentissage en ligne dans tous nos établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP) et promouvoir ces établissements en tant que véritables filières d’apprentissage. Nous devons aussi former les enseignants afin qu’ils puissent enseigner les compétences numériques du XXIe siècle avant d’être dépassés par les bouleversements liés à l’avènement de la 4e Révolution industrielle. 

Pour atteindre ces objectifs, nos États devront investir davantage dans l’éducation, en partenariat avec le secteur privé, les partenaires au développement et les universités afin de renforcer la standardisation des programmes dans nos centres d’apprentissage au niveau de l’enseignement supérieur et dans l’enseignement technique et professionnel. 

Il importe de définir des stratégies de formation claires et adaptées aux besoins de développement du continent, au niveau régional également. L’approche continentale que nous proposons fournit une plate-forme pour faciliter la mise en œuvre de cadres à l’échelle de l’Afrique et pour permettre ce partage d’expérience. In fine, l’éducation est notre seule arme pour nous préparer au défi de l’emploi des jeunes.