En finir avec le fléau du paludisme en Afrique

À l’occasion de cette journée internationale de lutte contre le paludisme, une piqure de rappel est nécessaire sur les nombreux défis auquel le monde et particulièrement le continent africain font face. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 216 millions de cas de paludisme ont été détectés en 2016. Entre 2010 et 2015, la mortalité liée au paludisme a reculé de 62%, illustrant les progrès de la lutte contre ce fléau. Néanmoins, alors que l’OMS et l’organisation Roll Back Malaria avaient fixé en mai 2015 l’objectif de faire chuter d’au moins 40% l’incidence de ce fléau d’ici 2020, les résultats ne semblent pas au rendez-vous.

Dans son dernier rapport publié en novembre 2017, l’OMS estime que l’Afrique supporte « une part disproportionnée de cette charge » que représente la lutte contre le paludisme. En effet, les chiffres sont frappants : 90% des cas de paludisme survenus en 2016 ainsi que 91% des décès sont africains. Deux pays du continent sont particulièrement victimes de cette maladie : le Nigeria et la République démocratique du Congo (RDC), concentrant 44% des morts par paludisme recensées dans le monde. C’est pourquoi sur les 2,5 milliards de dollars investis dans la lutte contre le paludisme en 2016, les ¾ de la somme étaient alloués à l’Afrique.

Cette journée est donc l’occasion de rappeler que le combat contre le paludisme est loin d’être fini, que cette maladie sévit encore trop lourdement sur le continent africain. Cette lutte est ralentie par de nombreux obstacles, parmi lesquels les difficultés économiques de certains États et les déficiences de nos systèmes de santé, mais également par la diversité et la férocité des moustiques sévissant en Afrique. Heureusement, de nombreuses initiatives ont déjà été mises en place sur le terrain pour mieux la combattre.

Par exemple au Sahel, en constatant que 60% à 80% de la mortalité et de la morbidité de la maladie ont lieu durant la saison des pluies, des systèmes de traitement préventif intermittent (TPI) chez les jeunes enfants ont été mis en place dans certaines régions afin de réduire les risques qu’ils soient touchés par la maladie. L’investissement dans la recherche et l’innovation, combiné à une activité sur le terrain et un accès aux soins garanti à tous, sont indispensables pour atteindre notre objectif ultime, qui est l’extinction de la maladie.

Mais comme dans toute guerre, le nerf reste le même : l’argent. L’aide internationale allouée à la lutte contre le paludisme décline. Certes, nous avons remporté plusieurs batailles, mais la lutte est loin d’être terminée, et elle ne prendra pas fin tant que nous n’y aurons pas mis les moyens nécessaires. Comme il est toujours difficile d’évaluer l’efficacité de l’aide, et que le paludisme n’est plus considéré comme une menace prioritaire par les organisations internationales, il est important de justifier l’importance de continuer la lutte contre le paludisme.

Loin d’avoir un effet uniquement bénéfique sur la santé, combattre le paludisme a également des retombées positives sur le plan économique. Ainsi, une étude de plusieurs laboratoires français de recherche en économie met en évidence la corrélation entre une campagne intense de lutte contre le paludisme dans une zone et ses effets en termes de réduction de la mortalité infantile, de hausse de l’offre de main d’œuvre ainsi que sur la qualité de l’éducation. Sur ce dernier point, ces effets sont moins connus alors qu’il est évident que des enfants en bonne santé sont moins absents à l’école et réussissent mieux leurs examens.

Surtout, ce désengagement de la communauté internationale est une opportunité pour pousser les gouvernements africains à investir dans la santé. L’Afrique doit mobiliser ses ressources pour se lancer massivement dans la production locale de médicaments. Une industrie pharmaceutique africaine permettrait d’avoir des médicaments génériques avec un coût adapté au pouvoir d’achat des Africains, facilitant ainsi l’accès au traitement. De plus, l’industrie pharmaceutique est pourvoyeuse de nombreux emplois hautement qualifiés, notamment dans la recherche et l’innovation.

J’ai l’intime conviction que nous pouvons gagner notre combat contre le paludisme. Avec une stratégie d’investissements publics et de partenariat avec le secteur privé, combinée à des politiques en faveur de la recherche et de l’innovation, accompagnée sur le terrain d’une prévention active, l’Afrique peut en finir avec ce fléau qui tue encore trop de nos concitoyens. À nous de faire que, bientôt, le paludisme ne soit plus qu’un mauvais souvenir.

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