La liberté de la presse, pierre angulaire de la démocratie

À l’occasion de la 26e journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée à Addis Abeba les 2-3 mai et organisée conjointement par le gouvernement éthiopien, l’Union africaine et l’Unesco, il est essentiel de rappeler que cette journée a trouvé son origine sur le continent africain. En effet, c’est la Déclaration de Windhoek de 1991 portant sur le combat en faveur du pluralisme et de la liberté des médias qui a poussé, deux ans plus tard, les Nations unies à proclamer le 3 mai comme étant la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Plus que jamais, l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme trouve une résonance particulière en Afrique : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Les médias africains ont en effet connu un essor sans précédent dans les années 1990, à la faveur de la fin de la Guerre froide et de la démocratisation. Ce progrès spectaculaire s’explique par la montée d’un mouvement significatif qui a profondément conduit à des réformes institutionnelles de grande importance comme la création de différentes instances régulatrices et observatoires médiatiques africains. Les mouvements contestataires et le multipartisme, ont d’ailleurs entraîné des modifications politiques, socioéconomiques et institutionnelles mais surtout la reconsidération du rôle et de la place des médias dans le processus du développement des pays.

Cette explosion a également pris une ampleur nouvelle à l’ère digitale. Des sites d’information ont essaimé partout, du Sénégal à la République démocratique du Congo (RDC), contribuant à renforcer le “quatrième pouvoir”. Un contre-pouvoir déterminant, dans la construction d’une opinion publique qui compte, comme on peut l’observer de l’Egypte à l’Afrique du Sud, où les dirigeants doivent rendre des comptes sur leur gestion du pays.

Outre la place désormais faite aux lanceurs d’alerte, qui ont été au Kenya avec le logiciel opensource Uhashidi en avance sur le reste du monde, c’est un autre narratif sur lui-même que le continent s’est approprié. Signe des temps : la même dynamique a saisi les capitales du Nord, où des sites et des chaînes de télévision dédiées à l’Afrique se sont aussi multipliées, choisissant une approche à la fois critique et constructive.

La journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée cette année dans une capitale devenue hautement symbolique. L’Ethiopie a en effet accompli un bond spectaculaire en 2018 en termes de liberté d’expression. Le pays a gagné 40 places au classement mondial 2019 de la liberté de la presse publié par l’ONG française Reporters sans frontières (RSF). Journalistes et blogueurs peuvent relayer des critiques adressées aux autorités, sans être inquiétés.

Le millier de participants qui ont afflué à Addis Abeba pour discuter du thème choisi cette année, “Les médias pour la démocratie : journaliste et élections en temps de désinformation”, ont traité sans complaisance du rôle des réseaux sociaux et des “fake news” dans l’information – une tendance globale. Il a été question des entraves qui persistent à la liberté d’informer, avec notamment les coupures des services Internet dans certains pays en période électorale comme ce fut le cas récemment au Bénin durant les élections législatives et en RDC en décembre dernier.

De ce fait, l’environnement médiatique reste encore aujourd’hui cristallisé par de nombreux défis qui ne permettent pas toujours aux journalistes d’exercer leur métier d’une manière professionnelle, libre et indépendante.

Il est donc urgent, dans ce contexte, que nos citoyens se mobilisent. Ils ne doivent pas céder à l’isolement et à la censure. Protéger l’accès à une information indépendante, libre et pluraliste est une condition indispensable pour que les Africains et les citoyens du monde entier se forgent librement une opinion et participent valablement au processus démocratique et à la définition de leur destin.

Le combat à mener pour les Africains est donc d’empêcher la banalisation de pratiques qui constituent une entrave aux libertés car toute forme de développement à long terme est liée à la liberté d’expression.

Mon message lors du SOAS African Development Forum 2019

Bonjour à tous,

Merci de cette invitation qui m’honore. C’est toujours un grand plaisir pour moi de revenir à l’université, lieu où j’ai passé de nombreuses années, parmi les meilleures, à apprendre ou à rendre ce qu’on m’avait appris.

Aujourd’hui, c’est en tant que praticien du développement que je viens vous voir.

Je souhaite plus particulièrement intervenir sur les défis posés au développement de notre continent, plus particulièrement du point de vue de « l’in.sécurité », le thème du Forum cette année, qu’il faut comprendre de façon élargie.

Je voudrais évoquer les événements extraordinaires qui ont marqué la politique africaine cette semaine. Je pense tout particulièrement à la situation algérienne. La décision prise par le président Bouteflika est remarquable à de nombreux égards.

Il convient de la saluer en souhaitant la meilleure issue possible au peuple algérien qui a démontré durant ces manifestations toute sa maturité politique. On sait le rôle crucial que les étudiants ont joué dans la mobilisation.

Depuis deux ou trois ans, je dis que 90% des chefs d’État que nous connaissons actuellement ne seront plus là dans dix ans. Ma prévision se réalise un peu plus à chaque élection, ou à chaque renouvellement de l’offre politique. Et ils ont été nombreux en Afrique ces dernières années.

De plus en plus, la démocratie va progresser au rythme de la jeunesse. Par définition, les transitions à venir portent en elles le renouveau, mais elles peuvent aussi être sources d’instabilité, d’insécurité…

Ces changements interviennent alors que l’Afrique est en train de vivre une période charnière de sa mondialisation. Le monde s’éveille à l’importance de l’Afrique, qui abritera un terrien sur quatre en 2050, dans à peine une trentaine d’années. Les théories du Africa rising ont laissé place à la formule non moins bien marquetée du « New scramble for Africa ».

Cette nouvelle appellation me semble plus juste que la précédente. En tout cas, elle permet de mieux refléter le chemin original que peut prendre une Afrique souveraine, libre de ses choix et courtisée par des puissances étrangères et des entreprises venues du monde entier.

Permettez-moi d’insister sur cinq principes généraux qui mêlent économie et politique et qui me semblent quelques clés pour que ce formidable basculement auquel l’Afrique fait face se déroule bien.

Pour être acceptées par les peuples, c’est ma conviction intime que les réformes « technocratiques » que nous devons entreprendre doivent refléter une vision politique partagée par le plus grand nombre, en l’occurrence la jeunesse de nos pays.

C’est un constat particulier au défi démographique africain et aux centaines de millions de jeunes Africains qui vont arriver en âge de travailler dans les 15 prochaines années.

Premièrement, je voudrais aborder la question de la co-production des politiques publiques comme fondement de toutes les grandes décisions qui vont impacter les populations. Tous les événements récents démontrent à quel point la question n’est pas tant de savoir quelle solution technique élégante choisir que celle qui suscitera l’adhésion chez les populations.

Les systèmes institutionnels et législatifs en Afrique souffrent d’une faiblesse majeure et peu étudiée : le manque de consultation de la population. Les citoyens sont appelés à voter tous les cinq ans, sur des slogans plutôt que des programmes dont les détails leur sont, de toute façon, rarement dévoilés.

Il ne s’agit pas d’établir une hypothétique « démocratie directe », mais d’accroître les formes et les canaux de participation des citoyens dans la vie publique en Afrique. Ce serait une sorte de « syncrétisme institutionnel », en ce qui concerne la définition et la mise en œuvre des politiques publiques.

Il nous faut pour cela puiser dans notre tradition et retourner aux sources de l’arbre à palabres ou de l’indaba. L’Afrique du Sud a inventé les commissions vérité et réconciliation, le Rwanda les tribunaux « gacaca »… Nous sommes capables d’augmenter la participation aux grandes décisions qui nous concernent.

Il s’agit de créer des espaces au sein desquelles les populations sont informées, consultées et impliquées dans la sélection et la réalisation des principaux chantiers censés – c’est le but, après tout, de la démocratie – assurer et promouvoir leur bien-être.

Il nous faut formuler notre diagnostic dans nos propres termes. C’est l’absence de diagnostic propre qui a trop souvent été la cause essentielle de l’échec des politiques de développement tentées un peu partout en Afrique, et le manque d’appropriation qui en découle.

Comment voudrions-nous prononcer un diagnostic pertinent si nous ne sommes pas en mesure d’écouter nos populations ?

Deuxième point, il nous faut reconnaître que les réponses optimales à nos grands défis se trouvent aux niveaux régional et national, suivant une approche intégrée. Les États d’Afrique doivent apprendre à fonctionner ensemble au sein des grandes régions, qui en retour devraient être en mesure de les intégrer.

Je constate avec optimisme que la visite du Premier ministre éthiopien au Kenya a permis de relancer l’idée du LAPSSET, un projet de corridor régional de première ampleur qui devrait permettre de désenclaver une immense région et démultiplier le commerce entre ces deux grandes nations d’Afrique de l’Est.

La coopération régionale n’est pas basée sur une vision romanesque du continent ou une ignorance des réalités économiques. Au contraire, c’est précisément en raison de ces réalités économiques que nous devons défendre les vertus de la concertation.

Au-delà des bénéfices évidents de la mutualisation des infrastructures, la coopération régionale est indispensable pour combattre ou renforcer d’autres aspects du développement africain.

Ainsi en est-il de la négociation des accords commerciaux extérieurs, de la mise en place de bourses régionales (l’Afrique orientale montre le chemin avec le segment agricole de la Bourse de Kigali), des règles communes pour différentes professions, de l’homologation des diplômes, de l’harmonisation des qualifications, etc.

Outre les bienfaits liés aux économies d’échelle induits par la mutualisation des efforts de formation, la reconnaissance réciproque, à l’échelle régionale, des diplômes obtenus dans les pays africains a l’avantage de mieux ancrer les populations, d’encourager la mobilité géographique, donc la concurrence, et, partant, les niveaux de rémunération.

Ce ne sont que quelques exemples.

Troisièmement, comment les intérêts privés peuvent participer de façon rentable aux nouveaux défis. Je pense notamment à la manière dont les entreprises agro-alimentaires, avec les moyens qui sont les leurs, peuvent réellement participer à la professionnalisation et à l’émergence d’une classe d’agro-entrepreneurs.

L’Afrique, avec encore près de 60% de sa population toujours rurale, offre l’opportunité d’expérimenter des nouvelles méthodes. Cela reste un défi et une gageure diront certainement beaucoup d’entre vous, mais je crois que certains acteurs internationaux dans le domaine de l’agro-alimentaire prennent conscience de la nécessité de changer de modèle productif et voient l’Afrique comme l’occasion de développer des modèles originaux en accord avec les populations.

Le développement d’une industrie agro-alimentaire de qualité aura des effets bénéfiques d’entraînement sur des secteurs-clés de l’économie. En effet, au-delà de la production, ce sont les filières, les industries de transformation, et plus généralement tout le secteur des sous-traitants, des récoltants aux producteurs et aux distributeurs, qui se verrait dynamisé par une meilleure organisation du secteur alimentaire.

Quatrième point, le recours plus large aux nouvelles technologies pour recenser nos citoyens et d’apporter une identité politique au plus grand nombre, non seulement pour une meilleure gestion statistique, représentativité démographique, mais aussi accès aux services sociaux (versements d’aide de la part de l’État) via un compte associé.

Cette identité financière dont le développement va s’accélérer avec un taux d’équipement en smartphones en constante progression va avoir des effets inimaginables sur le secteur informel.

Rappelons que le secteur informel est une composante essentielle de la plupart des économies subsahariennes, où sa contribution au PIB s’échelonne entre 25% et 65% et où il représente entre 30% et 90% de l’emploi non agricole.

Si le secteur informel était organisé de façon plus efficiente, il pourrait grandement améliorer le sort de centaines de millions de nos concitoyens. Pour l’instant, le secteur informel n’a pas diminué avec la croissance économique. Au contraire, il a eu tendance à croître plus rapidement que le reste de l’économie.

Les nouvelles technologies nous offrent une opportunité de créer le lien entre deux mondes économiques presque parallèles, le formel et l’informel. La conjugaison des forces vives de l’informel avec la capacité presque organique des nouvelles technologies à connecter et à organiser une nouvelle interaction économique peut déclencher le décollage économique de notre continent.

Et pour finir permettez moi quelques mots sur la question plus générale de l’aide. L’aide est par définition transitoire, pour aider à surmonter une période difficile. Quand elle démontre au capital privé que l’investissement est rentable, elle a fini de jouer son rôle. Elle est par nature transitoire, ou bien alors c’est que l’on pense que notre continent est condamné à demeurer sous perfusion.

Je pense que l’aide publique qui vient des pays développés vers les pays du Sud n’existera plus dans dix ans. Cette aide publique est aujourd’hui destinée de moins en moins aux questions de santé, d’éducation… et de plus en plus aux questions de sécurité et de migration. Ce n’est déjà plus l’aide classique à laquelle on pense.

Autre signe de ce « New scramble for Africa », toutes les récentes rencontres du G7 et du G20 mettent en avant le rôle du secteur privé, européen, américain, japonais, dans les projets de développement et sous la forme de partenariats public-privé. Il faut que l’Afrique se rende compte que l’aide, c’est terminé. Les donateurs, qui étaient au centre des politiques de développement il y a vingt ans, n’y sont plus.

Réalisons que cette aide est bien inférieure, deux fois au moins, à ce que le continent reçoit en versements de la diaspora. Si on compare les flux de l’aide, 25 milliards de dollars, aux flux financiers illicites, plus de 50 milliards selon la CEA, on se rend compte que, si on faisait notre travail à travers de meilleurs systèmes de gestion des taxes, des impôts, des systèmes douaniers, on n’aurait pas besoin de cette aide. De même si nous réussissons à être sérieux sur nos mécanismes de mobilisation des ressources internes…

C’est dans cet esprit là que les pères fondateurs du NEPAD, et plus largement de toute l’architecture institutionnelle panafricaine, une génération qui, avec la décision de M. Bouteflika, a d’ailleurs désormais fini de laisser la place à la suivante, c’est pour que l’Afrique parle d’une seule voix à tous ses partenaires, pour qu’elle pèse plus lourd dans les débats.

Avec l’importance que nous acquérons dans le concert des nations, je suis en effet plutôt optimiste quant à la suite de notre trajectoire.

Merci encore de m’avoir donné l’occasion de partager avec vous ces quelques réflexions. J’espère qu’elles vous seront utiles dans la suite de vos choix professionnels et personnels.

Pour réussir, le panafricanisme doit passer de l’idéal au pragmatisme

L’ancien Premier ministre du Niger, Ibrahim Assane Mayaki, est le Secrétaire exécutif du NEPAD, l’Agence de développement de l’Union africaine. Il répond aux questions de Marie Hourtoule, du magazine The Parliament à propos du lien inextricable entre la qualité et la robustesse des institutions africaines et leur prospérité. Cette interview a été publiée pour la première fois dans le numéro de mars 2019 du magazine The Parliament.

Marie Hourtoule : Le NEPAD est appelé à devenir l’Agence de développement de l’UA. Quels changements cela implique-t-il ?

Ibrahim Assane Mayaki : L’idée panafricaine n’est pas nouvelle. Elle a été soutenue par les pères fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), au premier rang desquels se trouvait le Ghanéen Kwame Nkrumah. La version originale du panafricanisme n’avait qu’un seul but : la décolonisation du continent. L’émancipation des dernières colonies portugaises en 1975, l’accession de la Namibie à la souveraineté internationale en mars 1990 et l’abolition du régime de l’apartheid en juin 1991 ont marqué le triomphe de l’idée panafricaine comme idéologie de libération.

Pourtant, dans un sens, cette réalisation a privé l’OUA de sa raison d’être ; elle a ensuite dû réorienter son attention ailleurs et surmonter ses désaccords internes. Au tournant du millénaire, l’idée d’une « Renaissance africaine » a émergé, sous l’impulsion de personnalités telles que Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Olusegun Obasanjo (Nigeria), Abdelaziz Bouteflika (Algérie) et Abdoulaye Wade (Sénégal). La transformation de l’OUA en Union africaine (UA), lancée lors du Sommet de Durban en 2002, a jeté les bases d’un « panafricanisme pragmatique ».

Au cours de la même période, le NEPAD a été créé pour parvenir à l’indépendance économique, parallèlement à l’indépendance politique de l’Afrique, en adoptant une approche novatrice et en conciliant la planification du secteur public et les investissements du secteur privé. Aujourd’hui, 17 ans plus tard, la transformation du NEPAD en Agence de développement de l’Union africaine (AUDA-NEPAD), organisation technique dotée de ses propres statuts et de sa propre identité juridique, marque un renforcement significatif de cette ambition pragmatique. Suite à une recommandation spéciale du rapport du Président rwandais Paul Kagamé, ce changement prendra effet en 2019 lors du prochain sommet de l’UA. Nous attendons cette transformation avec impatience, car elle nous permettra de mettre en œuvre plus efficacement nos programmes de développement pour notre continent.

MH : Pensez-vous que le Programme intégré pour le développement de l’agriculture en Afrique peut réussir ?

IAM : Le développement de l’Afrique ne sera pas possible tant que son agriculture n’aura pas subi des changements profonds. N’oubliez pas que l’agriculture fournit 60% des emplois et 25% du PIB de l’Afrique.

Le Programme détaillé de développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA) est un élément important du NEPAD et l’un de ses piliers. Le NEPAD fournit aux États membres de l’UA un appui à sa mise en œuvre, en étroite collaboration avec la Commission de l’UA et les diverses communautés économiques régionales. Ce programme vise à accroître d’au moins 10% les investissements publics dans l’agriculture et d’au moins 6% la productivité agricole. Nous sommes encore loin de cet objectif, puisque plus de la moitié des États membres n’ont pas atteint ces objectifs.

Le NEPAD a récemment lancé à Nairobi la Plateforme de partenariat africain pour l’environnement, dans le but d’élaborer une feuille de route pour le développement d’une agriculture durable. Nous devons travailler ensemble, mobiliser nos ressources, développer la technologie agricole et accroître la productivité, sans perdre de vue la sécurité alimentaire. L’inclusion doit être notre mot d’ordre.

MH : Dans votre dernier livre, vous écrivez qu’il n’y a pas assez de pays avec des institutions capables de relever les défis auxquels l’Afrique est confrontée. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

IAM : Notre continent est confronté à d’immenses défis, à commencer par la croissance démographique et le changement climatique. La main-d’œuvre africaine devrait atteindre 880 millions de personnes d’ici à 2050. Ce seul chiffre donne une idée de ce à quoi nous sommes confrontés. Comme le disait l’ancien Premier ministre éthiopien Mélès Zenawi, l’une des personnalités les plus remarquables que j’ai rencontrée s: « Analysez vos problèmes dans vos propres termes. » Cette absence d’une approche analytique appropriée a été la principale raison de l’échec des politiques de développement tentées dans plusieurs pays africains. C’est l’incapacité à s’approprier le projet.

Il en va de même pour nos institutions. Il ne suffit pas de répliquer les institutions étrangères, il faut les adapter aux conditions de l’Afrique, à nos ressources, humaines et matérielles. Le résultat n’est pas donné d’avance. Le Botswana et la République centrafricaine, deux États similaires à bien des égards, se trouvaient dans une situation comparable il y a quarante ans. Cependant, les deux ont suivi des trajectoires très différentes. Les institutions jouent un rôle décisif. Il faudra une dizaine d’années à l’Afrique pour mettre en place des institutions solides qui serviront de base à ses progrès futurs.

L’une des tragédies de notre continent est que nos meilleurs esprits évitent la politique et le service public. Ce n’est pas à moi de pointer du doigt des pays ou des situations particulières. Je demande un examen lucide et une réflexion sur la manière dont nous pouvons combler les lacunes de nos institutions. La dernière évaluation de la Banque mondiale sur les politiques et les institutions publiques en Afrique a montré une baisse de la qualité des politiques et des institutions en Afrique subsaharienne. Cela a été particulièrement marqué dans les pays exportateurs de matières premières et dans les États fragiles. En revanche, les pays qui disposent d’institutions solides sont ceux qui font preuve de la plus grande résilience économique. Cela confirme ma conviction qu’il existe un lien inextricable entre la qualité et la robustesse des institutions et la prospérité

Pour en finir avec les stéréotypes sur les femmes africaines

Sans nier les difficultés auxquelles les femmes font face en Afrique, il incombe à tous de battre en brèche une approche misérabiliste de ce sujet, estime le patron du Nepad.

En ce 8 mars, journée internationale de la femme, nous devons nous interroger sans complaisance sur les regards que nous portons sur les femmes africaines, que ce soit depuis l’extérieur ou même au sein de notre continent. Et de remettre en question certains stéréotypes les concernant, car il ne rendent tout simplement pas compte des faits.

Commençons par la thématique sensible de la natalité. Pour la plupart, si l’on exclut les mariages forcés, les femmes se battent pour avoir des familles qu’elles aiment. Les chiffres donnent une moyenne de 4,4 enfants par femme en Afrique. L’urbanisation et la scolarisation des filles impactent structurellement ces chiffres à la baisse.

D’ailleurs, les taux de fécondité qui paraissent – à tort – hors de contrôle doivent être examinés au pluriel s’agissant du continent.Seul le Niger, en effet, affiche un pic tombé en 2018 de sept à six enfants par femme selon le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), tandis que des régions entières sont en passe d’achever leur transition démographique. Le nombre moyen d’enfants par femme ne dépasse plus 2,3 en Afrique australe et 2,9 en Afrique du Nord (contre 1,6 en Europe et 1,8 en France). Ces deux régions se rapprochent ainsi du seuil minimal (2,1) nécessaire au renouvellement de la population.

Lire la suite de ma tribune via Jeune Afrique

Donnons la parole aux jeunes pour réaliser l’Afrique que nous voulons

L’Afrique de demain sera faite des rêves des enfants d’aujourd’hui. À quoi aspirent-ils ? Quelles sources d’inspiration les politiques publiques pourraient-elles tirer de cette force de proposition ? Le concours d’écriture sur « L’Afrique que nous voulons », lancé cette année par le Nepad, vise précisément à puiser dans ce gisement d’énergie créatrice. Les jeunes Africains ont jusqu’au 28 février pour écrire leurs idées et formuler leurs propositions, lesquelles doivent permettre d’impacter positivement les sociétés, dans le droit fil de l’impératif de transformation que s’est fixé l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les lauréats seront annoncés lors d’une cérémonie qui se tiendra en avril à Johannesburg, en Afrique du Sud.

L’essor de la jeunesse africaine, on le sait, fournit des motifs d’inquiétude au Nord comme au Sud. Le nombre de 15-24 ans passera de 327 à 531 millions entre 2010 et 2065, selon les projections des Nations unies. À lui seul, ce chiffre représente à la fois une promesse de croissance, mais aussi de défis. L’Europe redoute d’importantes vagues migratoires en provenance du continent. De leur côté, les responsables africains savent bien que les jeunes, dans leur immense majorité, rêvent tout simplement d’une vie décente chez eux. Aussi leur arrivée massive sur le marché du travail rend-elle le développement et l’accès à l’emploi plus urgents que jamais. Si l’Afrique veut tirer parti de son dividende démographique, consulter sa jeunesse représente une première étape indispensable.

D’ores et déjà, les 15-25 ans se font de plus en plus entendre, et pas seulement dans les mouvements citoyens que l’on voit essaimer de manière transversale. Quelques exemples, choisis parmi des milliers d’autres, en attestent et ce dans tous les domaines. Chris Chukwu, activiste, se bat ainsi contre la corruption au Nigeria dans le cadre du réseau Young African Leaders Initiative (Yali). Aminata Namasia Bazego, à 25 ans, vient d’entrer au Parlement de la République démocratique du Congo (RDC), où elle est la plus jeune députée. Arthur Zang, ingénieur camerounais, a inventé le Cardiopad en 2014, à 24 ans. Cette tablette tactile à usage médical a fait parler d’elle à travers le monde. Elle permet aux cardiologues, trop rares au Cameroun, de suivre leurs patients à distance.

Ancillar Mangena, une journaliste zimbabwéenne, s’est déjà vue décerner de nombreux prix alors qu’elle n’est pas trentenaire. Elle a repéré pour le magazine Forbes Africa les Africains de moins de 30 ans les plus dynamiques dans les milieux des affaires, de la technologie et des arts. Le résultat de son enquête porte sur une liste de 90 « role models », des exemples de réussite que la journaliste décrit comme les « milliardaires de demain ». C’est pour enclencher et soutenir de tels cycles vertueux qu’il faut dès maintenant transformer les mentalités au sujet de nos « cadets sociaux ». Car les jeunes sont encore trop souvent considérés comme des « petits » n’ayant pas voix au chapitre. Le temps est venu de les écouter. Car les mutations en cours, rapides, dépendent déjà de leur génération.

« Avec un « Erasmus » africain, nous pourrions unir la jeunesse autour d’un même projet »

Tribune. Nelson Mandela disait que « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». Cette citation s’applique sans nul doute en premier lieu à l’Afrique. Au-delà des constats habituels sur l’absolue nécessité d’éduquer la jeunesse africaine, domaine dans lequel il nous reste d’immenses progrès à accomplir, je voudrais proposer ici une idée qui permettrait d’enraciner encore plus durablement le projet panafricain, tout en renforçant les opportunités d’emploi pour notre jeunesse : la création d’un programme d’échange étudiant au niveau du continent. Je crois que les effets positifs d’une telle initiative seraient innombrables.

Erasmus, le programme dont l’Afrique pourrait s’inspirer, a été mis en œuvre en Europe il y a un peu plus de trente ans. Le dispositif a permis à plus de 5 millions d’étudiants européens d’étudier durant six mois ou un an dans un autre pays de l’Union européenne (UE). Nommé ainsi en hommage à Erasme, l’une des plus grandes figures intellectuelles européennes, le programme est passé de 11 à 33 pays et s’adresse désormais aussi aux élèves du primaire et du secondaire, aux lycées professionnels et même aux demandeurs d’emplois. L’UE a même déjà commencé à orienter ce programme vers l’Afrique avec l’aide de la France. Le projet vise avant tout à favoriser la mobilité étudiante entre la France et l’Afrique, mais comporte un premier volet d’aide à la coopération régionale intra-Afrique. Il me semble que ce type d’initiative devrait aussi, et même avant tout, émaner de notre continent.

Article complet via Le Monde 

Le Sahel, c’est évidemment ma vie, faite de subtilités et de contradictions

Retrouvez le discours que j’ai prononcé à l’occasion de mon intronisation en tant que Président du CSAO (Club du Sahel et de l’Afrique et de l’Afrique de l’Ouest).

Nous sommes réunis aujourd’hui, à ce moment précis, pour confirmer l’acceptation de mon poste en tant que Président du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Je voudrais d’abord vous remercier de la confiance que vous avez choisi de m’accorder et je vous suis très reconnaissant de cette volonté qu’a été la vôtre de placer à la tête de cetteinstitution un praticien de l’Afrique et de son développement.

Ce choix m’honore profondément. Il m’honore autant qu’il m’oblige.

Remplacer le Président Francois-Xavier de Donnea n’est pas une tâche facile tant il a marqué de son empreinte la dynamique du Club pendant unedizaine d’années en aidant fortement à forger ses lignes directrices et saprojection dans l’avenir. Je voudrais vous demander à vous tous, de lui exprimer de la gratitude en le félicitant par un applaudissement nourri.

Je dis cela car j’ai conscience de l’ampleur de la tâche et surtout de l’urgencede produire des résultats dans le cadre de notre feuille de route pour transformer durablement le Sahel et sa région.

La réalité du Sahel, vous la connaissez tous très bien. Elle est l’essencemême, la raison d’être de ce Club. Pour ma part, cette réalité a toujours signifié plus que ce qui en est dit au cours d’une réunion traitant des défis que connait le Sahel.

Le Sahel, c’est plus qu’un article, beaucoup plus que des chiffres et infiniment plus riche que ce qu’on en voit dans les reportages.

The Club, as a dialogue and policy analysis advocate, has dedicated its intelligence to a better understanding of the Sahel region.

La Sahel, c’est évidemment ma vie, faite de subtilités et de contradictions, mon enfance, au sein d’une famille qui a eu à cœur de m’inculquer des valeurs telles que la solidarité, le respect de l’autre, l’humilité et le sens del’effort. Sans oublier, je dois l’admettre, une certaine douceur de vivre.

Ces valeurs, je les porte aujourd’hui en moi et elles imprègnent mon quotidien. Je m’efforce de les transmettre aux jeunes générations avec lesquelles je suis en contact.

Ces valeurs sont le symbole et le socle de ce que voulait dire le Sahel pour ceux qui le connaissait avant que la question du terrorisme et de l’insécuriténe prenne une telle place dans le débat public.

Ces valeurs ont fait la force du Sahel par le passé et je suis convaincuqu’elles portent en elles les germes d’un développement durable et ressenticomme tel par les populations, ce qu’Anne de Lattre appelle l’évolution intelligente de l’humanité.

Je m’engage aujourd’hui devant vous à mettre toute mon énergie et mon expérience à exercer ma nouvelle fonction. Les différents postes que j’aioccupés, souvent par un heureux concours de circonstances m’ont appris deux choses : la nécessité de l’humilité et la nécessité de la patience.

L’humilité dans la reconnaissance de la complexité de la prise de décision,l’humilité dans la façon dont on envisage les solutions aux problèmes,l’humilité qu’appelle une certaine honnêteté intellectuelle.

L’humilité, c’est reconnaitre qu’on ne sait pas et ne peut pas tout, mais c’estaussi se battre avec passion pour faire le mieux qu’on peut avec le peu que l’on sait.

Et ensuite la patience, car comme dirait un de nos proverbes, la patiencepeut faire germer des pierres. Ce que j’en ai compris, c’est que lorsque l’onne se décourage pas d’espérer et d’agir, les résultats sont toujours au rendez-vous à un moment donné.

Je sais pouvoir compter sur Laurent Bossard et sa merveilleuse équipe. Ce point me rassure énormément : leur apport scientifique et accessible audéveloppement du Sahel et de l’Afrique est tout à fait remarquable.

Par ailleurs, les partenaires du Club, si présents dans sa création et son existence aujourd’hui m’amènent à dire que nous sommes là dans la préfiguration des systèmes de gouvernance globaux à venir.

Enfin, les institutions régionales avec lesquelles le Club travaille étroitement (CEDEAO, UEMOA et CILSS) constituent le miroir de son efficacité ; se refléter en elles permet de se regarder de manière réaliste.

Je vous remercie et espère qu’ensemble, nous ferons germer denombreuses pierres et avancerons résolument vers un futur glorieux pourl’Afrique sahélienne et ouest-africaine.

 

Débats : l’identité virtuelle, une étape vers l’inclusion financière

Dans son essai L’Afrique à l’heure des choix, le secrétaire executif du Nepad dresse la révolution digitale en rempart contre les freins de l’économie informelle.

Quand on parle du secteur informel africain, on a vite tendance à oublier que les transactions du quotidien avaient encore lieu en monnaie traditionnelle pendant une bonne partie du XXe siècle dans la majeure partie du continent. Les puissances coloniales avaient installé les premières infrastructures financières au service exclusif de leur système économique parallèle, si bien que les interconnexions étaient limitées entre les deux mondes. Cette dichotomie s’est prolongée et a muté jusqu’au système que nous observons aujourd’hui dans nos pays. Les ponts se sont multipliés, mais il est clair que deux économies continuent de coexister sans guère échanger.

Lire l’article complet via Jeune Afrique

L’Afrique à l’heure des choix : J-7

Je tenais à vous informer qu’un nouveau livre que j’ai écrit sera bientôt publié, d’abord en français puis en anglais. Il est intitulé  « L’Afrique à l’heure des choix ».

Ce livre est un projet  que je nourris depuis longtemps. Il s’adresse à la génération qui arrivera aux commandes en Afrique au cours des deux prochaines décennies.

C’est à la fois un avertissement et un guide, ainsi qu’un message pour ceux qui devront faire face à la période de changements importants auxquels l’Afrique va très bientôt devoir faire face, que ce soit en termes économiques, politiques ou démographiques.

C’est à la fois un constat, un diagnostic et un plaidoyer. Et, j’espère, un examen franc et lucide de ce que nous avons réussi jusqu’à présent et de ce que nous pourrions améliorer à l’avenir.

C’est aussi un livre que je veux dédier aux hommes et femmes qui ont mis tant d’énergie à faire de l’idéal panafricain une cause a défendre.

Il ne me reste qu’à souhaiter que vous preniez autant de plaisir à lire ce livre que j’en ai eu à l’écrire.

Journée mondiale de l’Afrique

Alors que nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de l’Afrique, je voudrais saisir cette occasion pour vous annoncer la sortie le 13 juin prochain d’un ouvrage dont je suis l’auteur, intitulé L’Afrique à l’heure des choix.

Ce livre constitue à la fois un retour d’expérience, un diagnostic et un plaidoyer. Et, je l’espère, un examen franc, original et lucide sur « la manière dont l’Afrique en est arrivée là ».

J’entends m’adresser à la génération qui accédera aux postes de responsabilité en Afrique dans les deux prochaines décennies et lui proposer des pistes pour réaliser « l’Afrique que vous pouvez ».