Ruralisation des villes et urbanisation de la campagne, le potentiel du continuum

Le modèle de l’urbanisation africaine est un modèle de développement idiosyncratique. La population urbaine africaine devrait croître à un taux annuel de 3,09 % d’ici 2030, le taux de croissance le plus élevé au monde. À ce rythme, il y aura plus d’un milliard de personnes vivant dans les villes africaines en 2063.

L’urbanisation offre des possibilités de croissance économique, sociale et culturelle mais elle a aussi apporté son lot de défis. Il est bien établi que nos villes ont besoin d’une planification et d’un aménagement urbains intégrés et à long terme, de cadres de financement adéquats, et la coopération de tous les ordres de gouvernement pour un changement de paradigme en matière de durabilité urbaine. De même donc, les régions rurales de l’Afrique exigent de nous un nouveau regard sur le plan de l’extension de son potentiel et de ses installations. Ville et pays font, en fait, partie d’un continuum où différentes activités économiques ont lieu. Le succès de ces activités est lié à l’accès aux marchés et à la proximité des centres urbains. Nous avons donc besoin de politiques de développement plus inclusif pour les habitants urbains et ruraux ainsi qu’une bonne circulation des personnes et des marchandises au moyen de liens entre ville et campagne. Ce continuum doit impérativement être cultivé parce qu’il a le potentiel de transformer l’agro-industrie.

La transformation agro-industrielle demeure la voie de développement la plus stable et la plus durable du continent. Ce secteur qui emploie la majorité des Africains et qui compte pour le tiers du PIB de l’Afrique, est 11 fois plus efficace pour réduire la pauvreté que d’autres secteurs. L’effet d’entraînement d’une économie agricole convenablement soutenue et financée ne doit pas être sous-estimé. Les petits agriculteurs ont besoin d’un appui financier pour passer à un stade supérieur qui fonctionne. Il leur faut aussi des moyens pour traiter l’agriculture comme une entreprise. Les femmes africaines représentent près de 70 % des actifs agricoles, l’intégration de leur participation et habilitation dans la révolution agricole de l’Afrique est donc essentielle.

Au-delà de la production agricole, d’autres emplois peuvent être créés dans les zones rurales, des coiffeurs aux médecins, en passant par les mécaniciens, les notaires, les agronomes. De nombreuses zones rurales abritent également des industries touristiques qui sont en train de modifier radicalement les structures de l’emploi. Le renforcement de l’agro-industrie, des caractéristiques urbaines et des installations dans les zones rurales peut ainsi réduire les différences entre les villages et les villes, et ce sans altérer le cachet rural si nous veillons à ce que les pressions exercées sur l’environnement soient réduites au minimum.

Notre attention doit également être sur les couloirs urbains, ces zones à la périphérie des villes qui facilitent la circulation des personnes dans et hors de la ville et qui nécessitent une extension des installations. Nombre de ces régions hébergent une multiplicité d’entreprises non agricoles et une proportion considérable de la population économiquement active.

Les liens entre régions rurales et urbaines permettent la circulation des personnes, des biens, des capitaux, de la technologie, des connaissances et de l’information. Ainsi, les produits agricoles s’écoulent vers les zones urbaines, et les marchandises des zones de production urbaines s’acheminent vers les régions rurales. Si elles sont bien gérées, les interactions entre les villes et la campagne sont porteuses d’un développement régional équilibré qui est économiquement, socialement et écologiquement durable. Il est temps de repenser le continuum ville-campagne en misant sur les complémentarités, les solidarités, la gouvernance, une meilleure qualité de vie et l’amélioration de l’environnement pour tous.

 

 

L’atlas « Une nouvelle ruralité émergente » décrypte les transformations rurales africaines

Lancé le 8 septembre dernier, l’atlas « Une nouvelle ruralité émergente – Regards croisés sur les transformations rurales africaines » dresse un état des lieux des recompositions rurales, du nord au sud du continent. Pour cela, il croise des données sur la démographie, le peuplement, l’urbanisation et l’utilisation des ressources, avec les dynamiques spatiales et économiques. Ainsi, il rappelle notamment combien les processus de croissance démographique et urbaine et le développement des moyens de communication ont profondément modifié la nature des campagnes africaines.

Je ne peux que vous inciter à vous le procurer, afin de disposer d’une base d’informations sur les 54 pays du continent. Cet atlas a ainsi pour objectif d’alimenter les débats sur ces grands enjeux du développement régional et continental, et de constituer une situation de référence pour des travaux ultérieurs. Publié conjointement par le NEPAD et le CIRAD, avec le soutien financier de l’Agence française de développement (AFD), il s’inscrit dans le cadre du programme Futurs Ruraux du NEPAD, qui vise à accompagner les dynamiques territoriales et les changements structurels nécessaires à un développement durable du continent.

Il est accessible en ligne sur le site du NEPAD, en anglais et en français.

Bonne lecture !

L’aménagement du territoire va faciliter l’intégration régionale !

La 16e édition du Forum Economique International sur l’Afrique organisé à Paris le 29 septembre dernier par l’OCDE avait pour thème principal les villes africaines. En effet, à l’horizon 2030, plus de la moitié des Africains vivront dans des villes avec des conséquences profondes sur l’économie et la société. La journée avait ainsi pour but d’apporter des réponses à toutes les questions posées par cette urbanisation non maîtrisée. En effet, nous avons oublié et mis de côté l’aménagement du territoire, tout comme les liens nécessaires entre les mondes urbain et rural. Il y a urgence à changer cela, et il faut innover : changeons les systèmes de gouvernance afin de favoriser cette innovation en étant plus souples ! Nous le savons, les villes sont au cœur du développement de l’Afrique. Permettons donc qu’elles disposent d’une dynamique démographique raisonnable et contrôlée, et d’un aménagement qui ne les isole pas complètement des campagnes, car ce sont deux îlots complémentaires !

Retrouvez le déroulé de la journée et mon intervention ici.