Le cœur du défi migratoire se situe dans les campagnes africaines

Contrairement à ce que beaucoup croient encore en Europe, c’est désormais l’Afrique qui domine les flux migratoires en direction de l’Europe et non le Moyen-Orient. L’accord passé en 2016 entre l’Union européenne et la Turquie a fortement contribué à faire chuter le nombre de migrants venus du Levant. L’Afrique est la première terre d’émigration mondiale.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), les Subsahariens ont représenté 79% des migrants passés par l’Italie entre le 1er janvier 2015 et le 30 juin 2017. Pendant ce temps, l’Espagne redevient également une route migratoire importante puisque le nombre de migrants passés par « la route de la Méditerranée de l’Ouest » a déjà doublé par rapport à 2016.

Si certains de nos concitoyens quittent le continent pour fuir les guerres et les violences politiques, nous ne pouvons pas sous-estimer le poids des migrations économiques. Les causes sont multiples et connues : chômage de masse, surtout chez les jeunes, instabilité politique et mauvaise gouvernance, pression démographique en zones urbaines, abandon des zones rurales par le pouvoir central, injustice sociale et une forme de fantasme sur les promesses de l’Europe.

Parmi toutes les solutions envisageables, de nombreuses études économétriques ont démontré la pertinence du développement agricole dans la lutte contre la pauvreté. Dans un continent qui compte 65% des terres arables disponibles dans le monde, pour une population encore à 50% rurale, c’est le meilleur moyen de leur offrir aux populations une formation et un emploi leur permettant de gagner un revenu décent, et de se stabiliser.

Dans une étude conjointe, la FAO et le CIRAD estiment que c’est près de 380 millions de jeunes, dont 220 millions en zones rurales, qui vont entrer sur le marché du travail africain d’ici à 2030. Si nous n’offrons pas à cette jeunesse des zones rurales des opportunités professionnelles, elle n’aura d’autres choix que de migrer vers les grandes villes africaines dans des conditions précaires ou même vers l’Europe. L’agriculture et le développement rural sont les piliers sur lesquels doit s’appuyer notre réponse au défi migratoire en Afrique.

Alors que 80% des exploitations agricoles en Afrique font moins de deux hectares, il faut renforcer les connections entre les petits exploitants agricoles et les entreprises de l’agrobusiness pour mettre en place un écosystème harmonieux. En mettant en place des chaînes de valeurs intégrées pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée et en garantissant l’autosuffisance régionale pour certains produits de base, ces agropoles seront sources d’emplois pour les populations, notamment pour les femmes et les jeunes.

Dans le cadre des perspectives définies par l’Union Africaine l’Agence du NEPAD veille à la mise en place d’agropoles et de corridors d’infrastructures au cœur de l’Agenda 2063 pour la transformation agricole du continent. Une meilleure connexion aux marchés régionaux est clé pour créer un réservoir de consommateurs suffisamment élargi pour justifier les investissements nécessaires

Le danger démographique prend une deuxième forme, plus inattendue : la main d’œuvre agricole est vieillissante en Afrique subsaharienne. En moyenne, les agriculteurs ont soixante ans dans de nombreux pays tandis que la jeunesse est massivement touchée par le chômage. C’est l’occasion de procéder à une transmission générationnelle afin que les agriculteurs expérimentés fassent bénéficier les jeunes de leur savoir-faire. Je dis souvent que la vie d’un agriculteur ne diffère guère de celle d’un chef d’entreprise. L’agriculture est particulièrement transformée par le numérique, que les jeunes sauront mieux exploiter que l’actuelle génération.

Il ne sert à rien de regarder vers la Méditerranée lorsqu’on veut parler de l’enjeu migratoire. C’est déjà trop tard. C’est en agissant directement sur les causes des migrations que les situations inhumaines constatées en Libye et ailleurs cesseront. Commençons par offrir un avenir professionnel à nos concitoyens et à mettre en place les conditions d’une croissance inclusive et durable. Et pour cela, l’agriculture est le pilier essentiel sur lequel nous devons nous appuyer.

L’Agriculture intelligente face au climat à l’heure de la COP 23

Alors que se tient actuellement à Bonn la COP 23, je trouve intéressant de présenter un point sur l’un de nos programmes qui touche à la lutte contre le réchauffement climatique, et vise à davantage de résilience face à ce phénomène dont nos pays sont malheureusement les premières victimes – bien qu’ils ne soient en rien responsables de cette situation.

Lancé en 2014, ce programme, baptisé en anglais Climate Smart Agriculture (CSA) est dérivé des politiques définies et mises en place par l’Union Africaine, notamment le Programme Global de développement de l’agriculture en Afrique (CAADP). Notre organisation, le NEPAD, est en charge de la coordination et de la mise en œuvre de cette plate-forme qui doit bénéficier directement aux États impliqués.

L’Agriculture intelligente face au climat* (CSA, AIC en français) est une agriculture qui augmente durablement la productivité, la résilience et l’adaptation, tout en contribuant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce programme vise donc à la sécurité alimentaire globale et à l’amélioration de la nutrition face au changement climatique. Le programme CSA vise notamment à renforcer les capacités des acteurs de l’agriculture à tous les niveaux, en particulier les petits agriculteurs et les institutions. Il vise un objectif ambitieux : atteindre l’objectif de 25 millions d’agriculteurs africains pratiquant une agriculture intelligente face au climat d’ici 2025.

Pour ce faire, l’Union Africaine avec le NEPAD comme Agence d’exécution, sont à la tête d’une initiative axée sur les pays et intégrée au niveau régional qui fournit les outils d’action et la plate-forme d’accueil des partenariats qui produisent des résultats concrets. La structure a porté ses fruits puisqu’aujourd’hui nous avons développé plusieurs alliances fructueuses avec des ONG internationals comme CARE International, Catholic Relief Services, Concern Worldwide, Oxfam et World Vision, mais aussi avec quatre partenaires techniques dont la FAO, et le Forum pour la recherche Agricole en Afrique (FARA) par exemple.

Chaque année depuis trois ans, l’Agence du NEPAD réunit des experts, des représentants des pays ou des régions membres de notre Alliance, et nos partenaires afin que le rôle important de l’agriculture, dans le cadre du changement climatique, soit adressé et entendu. Aujourd’hui, grâce à ce programme, le NEPAD est considéré comme une source d’information, d’innovation et de production de connaissance sur le changement climatique en Afrique. Notre plate-forme permet aussi de trouver des financements internationaux et des partenariats pour les Etats qui souhaitent développer des politiques efficaces de résilience face au changement climatique, grâce notamment à l’agriculture. Nous nous inscrivons donc dans une action concrète qui porte ses fruits.

Reste à créer les outils pour mesurer les résultats de cette nouvelle approche sur le terrain. La transition des secteurs de l’agriculture (incluant les cultures, l’élevage, la foresterie, les pêches et l’aquaculture) vers des systèmes de production plus durables et intelligents face au climat commence en effet et sans aucun doute sur le terrain. Il nous faut donc d’abord au niveau de chaque Etat africain, évaluer les impacts actuels et futurs du changement climatique, identifier les stratégies d’adaptation actuelles et futures et créer un environnement favorable pour les agriculteurs. Nous devons poursuivre nos efforts et lancer de nouveaux projets comme nous l’avons fait déjà avec un certain succès dans des États comme l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Niger, l’Uganda, la Tanzanie et la Zambie.

Nous sommes face à un combat de longue haleine, mais le moment n’est pas venu de baisser les bras. Il en va de notre avenir et de celui de notre planète.

*Dérivé du terme anglais smart agriculture, il s’agit ici d’une agriculture agro écologique qui non seulement s’adapte au changement climatique mais émet également peu de gaz à effet de serre.

 

Face à la démographie galopante, quelles politiques publiques ?

Je poursuis ma réflexion sur la transition démographique qu’est en train de vivre notre continent. Nous avons posé le problème dans ses grandes tendances dans notre dernier billet, mais il convient aussi je crois de voir comment nous pouvons agir face à ce phénomène.

L’un des leviers sur lesquels il est possible d’agir pour maîtriser davantage la croissance de la population, c’est la fécondité. On l’a dit, cela passe par l’éducation des filles et des jeunes femmes, et par la sensibilisation de tous aux enjeux liés à une augmentation anarchique de la population. Malheureusement, certains dirigeants voient encore l’augmentation de la population comme une marque de puissance, et misent sur le fameux « dividende démographique », en oubliant trop souvent que ce dividende n’est réalisable que si le reste suit.

Je m’explique : sans infrastructure d’éducation et de santé efficaces, sans créations d’emplois décents par millions, les jeunes générations ne seront pas bien formées, ne s’intégreront pas au marché du travail et ne seront pas en bonne santé. Elles ne pourront donc participer qu’à la marge à l’enrichissement économique national, si encore ces jeunes vivent suffisamment longtemps pour devenir des travailleurs actifs et trouvent un emploi. Autre phénomène croissant, en grande partie dû à l’absence de bonnes infrastructures d’éducation et de santé : l’exode. En effet, il semble évident que les dizaines, voire centaines de milliers, de jeunes qui traversent le Sahara puis la Méditerranée au péril de leur vie et prennent le risque de tout quitter, s’inscrivent dans cette démarche parce qu’ils estiment n’avoir rien d’autre à perdre que leur vie dans cette aventure. Ce message de désespoir doit nous interpeller, parce que si la population continue de grandir à ce rythme, les émigrés seront de plus en plus nombreux.

Les gouvernants doivent donc se pencher sur les voies et moyens de faire baisser le taux de fécondité. Nous avons déjà écarté la coercition pour atteindre cet objectif. Mais il y a d’autres stratégies, d’autres politiques publiques qui peuvent être tentées. On l’a vu dans certains pays comme en Afrique du Sud, au Kenya ou au Malawi. En Éthiopie, le gouvernement a par exemple mis en place un réseau très dense de 42 000 agents de santé communautaire. Ceux-ci ont permis d’alléger le coût de la santé de 39% entre 2005 et 2015, ce qui est déjà énorme, mais ils ont aussi permis de sensibiliser des millions de femmes au contrôle des naissances. Cette expérience pourrait être étendue à d’autres pays, voire au continent tout entier.

Autre levier possible, le planning familial. Rappelons qu’en 2011, neuf gouvernements d’Afrique de l’Ouest, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), l’Agence française de développement et plusieurs grandes fondations privées avaient signé un accord, le « Partenariat de Ouagadougou », destiné à favoriser la planification familiale. Il existe des obstacles religieux, politiques et sociaux, mais le planning familial reste l’une des méthodes éprouvée pour la réduction de la fécondité à condition d’avoir accès aux moyens modernes de contraception. Sur ce volet également des politiques publiques peuvent être mises en place. Et si les États ne souhaitent pas s’engager directement, ils peuvent faire appel et laisser travailler librement des ONG spécialisées dans ce domaine.

Selon les études disponibles, en 2013 dans le monde, 63 % des femmes de 15-49 ans vivant en couple utilisaient une méthode de contraception, et 57 % une méthode moderne (pilule, stérilet ou stérilisation). Mais pour l’Afrique subsaharienne, seulement en moyenne 20 à 25% des femmes avaient accès à un moyen de contraception, certains pays tombant même en dessous de 10% comme le Mali ou l’Erythrée.

À ce titre, l’Afrique du Nord représente une exception sur le continent. L’Algérie, l’Égypte, le Maroc ou la Tunisie ont connu des transitions démographiques plus rapides avec une fécondité actuelle comprise entre deux et trois enfants par femme. Un chiffre que l’on peut lier à la forte proportion d’utilisation de moyens de contraception : entre 60 % et 68 %. Au sud du Sahara, seule l’Afrique du Sud s’approche de cette moyenne mondiale avec 60%.

Cela démontre que des politiques publiques peuvent répondre efficacement au défi de la réduction du taux de fécondité. Nous devons seulement nous y atteler.

La renaissance africaine passe par les femmes

Alors que l’on parle de plus en plus de la seconde libération de l’Afrique, la libération économique, on ne peut éviter de penser également aux Africains qui représentent plus de la moitié de la population du continent : les Africaines. Doit-on envisager également cette question sous l’angle d’une nouvelle libération, d’une émancipation ? Ne serait-il pas plus constructif de regarder la situation des 410 millions de femmes africaines aujourd’hui, et ensuite de voir comment les aider davantage ?

Récemment, un chiffre m’a frappé : selon l’UNICEF, si toutes les filles en Afrique allaient au bout de l’école primaire, la mortalité maternelle serait réduite de 70%. Ce serait 50.000 vies sauvées par an. Qu’en serait-il de la contamination des maladies sexuellement transmissibles ? De l’amélioration de l’alimentation ? La perspective est tout simplement impressionnante.

L’accès à l’éducation pour les filles, très variable en fonction des pays, demeure donc une priorité. Il nous faut identifier les maillons faibles et les blocages afin d’assurer la poursuite de l’accès à l’éducation pour les filles et les jeunes filles. Plus qu’un pari sur l’avenir, c’est une nécessité économique et politique, surtout quand on sait qu’environ 28 millions de filles et d’adolescentes qui ont l’âge d’être scolarisées n’iront probablement jamais à l’école de leur vie.

Économique parce que les femmes représentent la moitié de la ressource humaine de notre continent. Dans le domaine de l’agriculture, 40% des travaux agricoles sont entrepris par des femmes, mais elles produisent 80% des denrées alimentaires dans les ménages. Il faut aussi savoir que le chômage les touche davantage que les hommes : 10,6% des femmes sont sans emploi, contre 8,2% pour les hommes, selon la Banque mondiale.

Là aussi, les disparités sont importantes Ainsi, en Ouganda ou en Tanzanie, mais aussi au Malawi, le nombre de femmes dans les champs dépasse les 50%. En Éthiopie, ou au Niger, à l’inverse, elles ne représentent que respectivement 29 et 24% de la main d’œuvre. « Permettre aux femmes de participer plus efficacement aux activités agricoles revient à réduire le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition sous toutes ses formes. Cela entraîne aussi une amélioration du bien-être des enfants et des familles, qui contribue à la formation du capital humain des générations futures et à la croissance économique à long terme », explique ainsi la FAO[1].

En revanche, grâce aux quotas, au Burkina Faso et au Rwanda par exemple, la représentation des femmes en politique a augmenté de manière très notable. Au sud du Sahara, les femmes représentent 22,3% des femmes parlementaires en 2015, alors qu’elles n’étaient que 8% en 1995. À l’échelle de la planète, les femmes parlementaires sont 22,1%. C’est donc un grand pas pour l’Afrique.

Mais beaucoup reste à faire. L’égalité n’est pas toujours une réalité en dépit des progrès enregistrés. Les violences faites aux femmes, les mutilations sexuelles, les mariages forcés demeurent une réalité. Comme le souligne l’Onu, « malgré l’adoption d’innombrables conventions internationales et de protocoles qui réaffirment l’égalité des sexes, la discrimination et les préjugés freinent l’émancipation des femmes Africaines. Dans pratiquement tous les secteurs d’activité, les femmes du continent peinent encore à faire reconnaître leur droit de vivre dans la dignité ». Pourtant, à l’heure où l’on parle de la nécessaire réduction des naissances en Afrique, et notamment en Afrique de l’Ouest, comment faire sans les femmes ?

Des initiatives existent pour souligner et promouvoir le rôle des femmes dans cette nouvelle phase de notre histoire. Ainsi, le Forum « Women advancing Africa » (WAA), organisé par Mme Graça Machel en Tanzanie cet été veut célébrer le rôle central des femmes dans la définition du développement de l’Afrique et leur capacité à conduire le changement social et économique. Il s’agit de s’assurer que les femmes, d’une part s’émancipent et participent directement, mais aussi de manière reconnue, au développement de l’Afrique. Une belle et bonne perspective.

[1] Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

Investir de manière stratégique dans l’éducation supérieure

Le développement démographique de l’Afrique pose d’importants problèmes d’infrastructures et d’équipements à nos États. C’est particulièrement vrai pour le domaine de l’éducation. La nature ayant horreur du vide, là où les Etats n’arrivent pas ou plus à accueillir des centaines de milliers, voire des millions d’étudiants du supérieur, des institutions non étatiques prennent le relais. Il en va ainsi des universités chrétiennes qui se multiplient ou des écoles coraniques qui concernent davantage le niveau primaire.

Pour nos États, l’éducation de la jeunesse doit bien sûr être une priorité, mais les moyens, en dépit d’une croissance économique globalement forte, manquent souvent. Pourtant, l’éducation est l’un des droits premiers de l’Homme. Le quatrième Objectif de développement durable de l’Onu prévoit d’assurer « l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». L’augmentation du taux de scolarisation représente un succès indéniable, surtout pour les filles trop souvent exclues de l’école. Mais cela pose aussi un problème pour l’enseignement supérieur qui peine à accueillir ceux qui souhaitent poursuivre leurs études. Ils sont trop rares encore, mais les universités africaines nationales n’arrivent pas à répondre à la demande. D’où le vide que nous évoquions à l’instant.

Dans les années 50, il n’y avait que 41 institutions d’enseignement supérieur en Afrique qui regroupaient 16.500 étudiants. En 2010, 5,2 millions d’étudiants sont inscrits dans 668 universités en Afrique subsaharienne, un nombre qui a plus que doublé depuis 2000. Face à ce raz-de-marée, on comprend que les États aient du mal à maintenir à flot des institutions universitaires dignes de ce nom, capables d’accueillir dans des conditions confortables les étudiants, et de leur dispenser un enseignement varié et de qualité, adapté aussi et surtout aux futurs besoins en ressources humaines.

Car l’éducation est partie d’un tout et participe normalement du déploiement d’une stratégie de long terme de développement des pays en fixant des axes de formation. Par exemple, l’Afrique de l’Ouest aujourd’hui manque cruellement de main d’œuvre qualifiée ou d’ingénieur des mines, alors que la région connaît un boum minier sans précédent. Les compagnies minières internationales sont donc obligées de faire appel à des expatriés dans un certain nombre de domaines, et parfois dans le meilleur des cas, forment des Ouest-africains pour les remplacer. Mais l’idéal serait d’avoir des instituts de formation, des écoles des Mines, par exemple au niveau régional (CEDEAO) qui formeraient les jeunes à ces métiers aux débouchés de plus en plus nombreux.

La réalité de nos jours, c’est que des institutions privées, souvent rattachées à une obédience religieuse répondent à la place de l’État aux besoins en éducation supérieure. De l’autre côté du spectre, cette situation d’indigence universitaire pousse également certains des meilleurs éléments à partir à l’étranger, souvent en Occident mais aussi et de plus en plus dans certains pays arabes, pour étudier. Cela participe de la fuite des cerveaux et du déficit de compétences. L’exemple des médecins est sans doute le plus parlant. C’est tout aussi vrai des professeurs d’université, souvent découragés par le manque de moyens, de reconnaissance, d’investissement public et d’infrastructures adaptées pour accueillir toujours plus d’étudiants.

Les gouvernements africains ont donc laissé se développer les universités privées, majoritairement chrétiennes. Au Ghana par exemple, on dénombrait seulement deux universités privées en 1999, elles sont aujourd’hui 28. Le Nigeria a autorisé 61 institutions privées depuis 1999 dont 31 sont chrétiennes. Cette situation pose bien sûr la question du contrôle de l’État sur l’éducation supérieure, tant en terme de contenu des enseignements que d’intégration de l’éducation dans une culture républicaine traditionnelle indépendante des confessions religieuses. Sans parler de la possibilité que l’éducation soit prise en otage d’une lutte politique qui n’a rien à voir avec le pays d’implantation de l’université privée, comme ça a été le cas récemment en Afrique de l’Est[1].

En ce qui concerne l’éducation, l’Agenda 2063 de l’Union Africaine (UA) prévoit qu’au moins 70% de tous les lycéens africains aient accès à l’enseignement supérieur, ce qui représente une multiplication par huit du taux actuel d’inscription. Pour atteindre ces objectifs, nos États devront donc investir davantage dans l’éducation, en partenariat avec le privé, augmenter l’uniformisation des programmes et les contrôles des institutions privées, et définir des stratégies claires de formation en adéquation avec leurs besoins.

[1] Voir : http://www.agenceecofin.com/international/2501-44202-l-economie-et-les-reseaux-lies-a-l-imam-gulen-au-menu-de-la-tournee-du-president-turc-en-afrique-de-l-est

Allier le public et le privé pour assurer l’essor rural

L’Afrique a récemment connu un épisode exceptionnellement long de croissance forte. Malheureusement, elle n’est pas parvenue à assurer un partage équitable des bénéfices générés. Maintenant, elle se trouve dans un contexte de baisse des prix des matières premières et de ralentissement économique.
Cet état de fait peut être vécu comme une contrainte, mais j’aimerais plutôt que nous le considérions comme une opportunité. En effet, il va pousser les acteurs publics et privés à être plus innovants afin de débloquer de nouvelles sources de croissance et d’emplois, permettant une meilleure diffusion des richesses.
Relever ce défi dans le monde rural est crucial. De fait, la situation est très paradoxale : l’Afrique importe l’équivalent de 50 milliards de dollars de nourriture chaque année, alors même que plus de la moitié des terres arables non cultivées sont sur le continent et que 60 % de la population vit encore en zone rurale ! L’exploitation du potentiel agricole est donc essentielle si nous voulons être capables d’alimenter quelque 2,5 milliards d’habitants d’ici à 2050.
Pour y parvenir, il faut adopter des outils et des politiques territoriales assurant aux zones rurales les mêmes possibilités que les centres urbains. Cela signifie encourager les investissements responsables, faciliter l’accès des femmes et des jeunes aux facteurs de production (formation, terre, eau, finances, énergies renouvelables), mais aussi aux marchés et à des revenus reflétant leur travail.
Des signes, prometteurs, montrent que les capitaux privés trouvent déjà leur chemin vers des modèles de développement plus inclusifs. La « conservation finance », autrement dit le « financement de conservation de la nature», est en plein essor en Amérique latine et en Afrique, avec des projets intéressants au Sénégal, au Kenya, à Madagascar…
Ces mécanismes d’investissement permettent de capter les flux générés par la gestion durable d’un écosystème. Une partie des fonds reste sur place pour son entretien, l’autre est rendue aux investisseurs. Autre initiative, la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, a procédé l’année dernière à sa première émission d’obligations forestières, à hauteur de 152 millions de dollars.
Les souscripteurs sont des investisseurs institutionnels américains de premier plan, tels que CalSTRS et TIAA-CREF, ou encore l’assureur australien QBE. Ces derniers peuvent choisir d’être remboursés sous forme de coupons en cash ou sous forme de crédits carbone générés par le projet de protection du Corridor de Kasigau, au Kenya.
Pour accélérer le mouvement, le secteur public doit lui aussi investir davantage, notamment dans les pépinières et les accélérateurs de start-up afin de leur apporter le soutien financier et technique nécessaire, en particulier dans la phase de démarrage. L’idée est de créer un réseau d’acteurs agro-forestiers disposant des infrastructures, connaissances et moyens pour finaliser leur concept, produit ou société. Il devrait alors se mettre en place une transition progressive des systèmes de solidarité existants vers une économie de marché mixte, ce qui stimulera en retour les investissements.
La gouvernance de nos ressources naturelles et des recettes financières qu’elles génèrent constitue la pierre angulaire de tout changement structurel. Cette bonne gestion nécessitera des solutions appropriées sur quatre niveaux : continental, régional, national et local, les plus critiques étant le régional et le local, où il faut convaincre les acteurs d’adhérer à la démarche puis les former. Mais c’est le prix à payer pour faire advenir la transition agro-écologique tant attendue.

Les Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence

Je remercie le Cercle des économistes de m’avoir invité à cette nouvelle édition des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence. Invités exceptionnels et débat passionnant.

La vidéo de mon intervention lors de la table ronde : D’un monde d’inégalités à un monde de solidarités – coordonnée par Pierre Jacquet, membre du Cercle des économistes, et modérée par Béatrice Mathieu, Adjointe au rédacteur en chef du journal L’Express, avec Jacques Attali, Président de Positive Planet, Pierre-André Chalendar, Président Directeur Général de Saint-Gobain, Esther Duflo, Professeure à l’Institut de technologie de Massachusetts et Geoffrey Lamb, Conseiller Sénior de la Fondation Bill & Merinda Gates, est disponible en cliquant ici.

L’Afrique peut redéfinir sa place dans le monde, si elle joue collectif

Alors que s’achève le 29e sommet de l’Union africaine, qui a rassemblé pendant quelques jours tous les États de l’Afrique, je voudrais rappeler pourquoi il est essentiel de préserver et d’amplifier les liens qui nous unissent. Il y va tout simplement de la place de notre continent dans une mondialisation en pleine redéfinition. Depuis trop longtemps, ses populations et ses richesses ont été dispersées de par le monde sans qu’elle en tire un bénéfice durable. Il est impératif pour l’Afrique de s’émanciper enfin.

Souvent présentée comme le berceau de l’humanité, l’Afrique a non seulement permis de peupler le reste de la terre par vagues de migrations successives, elle a aussi contribué à l’approvisionner de multiples richesses, alimentant au passage des réseaux commerciaux et des trafics extrêmement lucratifs : les caravanes transsahariennes, le commerce triangulaire, les comptoirs coloniaux ou, plus récemment, l’or et le platine sud-africains ou le coltan congolais. Cette liste dit quelque chose de profondément dérangeant sur la place de l’Afrique.

Le continent a vécu au rythme des différentes périodes de la mondialisation sans pouvoir l’influencer ou la maîtriser. La question fondamentale est la suivante : comment l’Afrique pourrait-elle passer d’une intégration subie à une appropriation maîtrisée de la mondialisation, dans le but de réduire les inégalités dont elle est victime ? Y parvenir, c’est aussi le meilleur moyen d’offrir un avenir à sa jeunesse.

L’Afrique n’a pas le choix des règles, mais elle a le choix des armes

L’Afrique n’a pas le choix des règles, mais elle a le choix des armes. Plutôt que d’être un acteur passif de la mondialisation, il convient de prendre acte des règles du jeu et d’y participer en connaissance de cause.

Migrations et échanges commerciaux

C’est dans cette optique que, au début des années 2000, l’Afrique s’est mobilisée pour jeter les bases des institutions qui lui permettraient de parler d’une seule voix et de décider pour elle-même. Je pense à l’Union africaine et à l’institution que j’ai l’honneur de diriger, le NEPAD. Pour étayer mon propos, je voudrais parler de deux phénomènes complémentaires et indissociables : les migrations et les échanges commerciaux.

Un mot d’abord sur les flux démographiques, source de tragédies insupportables. Il est clair que ces flux détermineront une grande partie de l’avenir économique de l’Afrique et des évolutions politiques des pays riches. Les catastrophes à répétition que l’on constate en Méditerranée sont autant d’appels à une réflexion de fond sur ces questions.

Pourtant, je crois que notre attention est beaucoup trop largement accaparée par les migrations Sud-Nord, sans doute parce que les caisses de résonances médiatiques sont bien plus puissantes dans les pays riches. Je suis persuadé que le plus grand défi se joue à un tout autre niveau, avec un phénomène de migrations Sud-Sud de plus en plus dynamique.

Le levier de la libre-circulation des personnes

Les migrants qui quittent les pays en développement pour les pays développés forment toujours le premier contingent (119 millions), mais les migrations entre pays en développement ne cessent d’augmenter, si bien qu’elles représentent aujourd’hui 79,6 millions d’individus.

En tant qu’Africains, le premier levier sur lequel nous pouvons agir concerne donc la libre-circulation des personnes, indépendamment des politiques décidées au « Nord ». Les migrations répondent à un besoin d’une meilleure allocation des ressources : la force de travail se déplace là où elle peut trouver à s’employer.

Entraver ce mouvement, c’est courir le risque de voir des populations pauvres captives d’un cercle vicieux d’appauvrissement et les zones les plus dynamiques privées de force de travail. L’Afrique doit donc faire tomber ses frontières pour autoriser une libre circulation de ses populations.

Nouvelles routes migratoires

Face au phénomène de « saturation » en Occident, il est en outre probable que les migrants se dirigeront de plus en plus vers le Moyen-Orient et peut-être même l’Asie, d’autant plus que des pays comme la Chine et la Corée du Sud n’ont pas encore connu l’immigration de masse. Pourtant, ces pays auront à leur tour besoin de rajeunir leur population. Le débat doit aussi, tôt ou tard, inclure ces zones dans la réflexion.

Sur un plan économique, l’Afrique ne représente encore que 2,4 % des exportations mondiales (1,7 % pour l’Afrique subsaharienne) et elle est encore faiblement intégrée dans les chaînes de valeur mondiale pour les produits transformés.

Pourtant, à l’inverse, dans de nombreuses régions d’Afrique subsaharienne, le commerce extérieur, mesuré en termes d’importations et d’exportations de biens et de services, représente plus de 50 % du PIB.

Ce paradoxe souligne bien l’asymétrie dont est frappée l’Afrique dans ses échanges avec le reste du monde. Alors qu’elle n’y pèse guère, elle en est fortement dépendante pour sa prospérité.

Situation paradoxale

Il est vrai que l’avenir économique de l’Afrique continuera aussi de dépendre d’une réflexion qui lui échappe. La situation est paradoxale. En effet, si les marchés en Europe ou en Amérique du Nord sont ouverts aux exportations du continent, il reste encore trop de distorsions préjudiciables aux productions africaines, notamment pour les matières premières agricoles.

L’Afrique doit donc non seulement défendre ses intérêts d’une seule voix, mais aussi compter sur ses propres ressources et œuvrer à se réformer, à s’éduquer et à échanger avec elle-même.

En effet, de même que pour la difficile équation démographique et migratoire, il faudra à l’Afrique accélérer la mise en œuvre de ses marchés régionaux. C’est en jouant collectif qu’elle pèsera plus lourd dans l’économie mondiale.

En d’autres termes, la place de l’Afrique dans la mondialisation doit être pensée à long terme. Surtout, elle doit prendre en compte les nouveaux partenariats, les nouvelles solidarités. Où se dirigeront les Africains dans 30 ans ? D’où viendront réellement les flux d’investissement étrangers et les investisseurs privés ? Si nous ne nous posons pas cette question, nous ne parviendrons pas plus à tirer profit de notre démographie et de nos diasporas qu’à mettre en valeur nos ressources naturelles.

L’Afrique, une terre d’investissement en devenir

L’un des grands cabinets d’audit a récemment publié son index sur l’attractivité de l’Afrique pour 2017[1]. Ce rapport met en perspective l’évolution économique du continent de manière rigoureuse et détaillée, nous permettant d’éviter les deux écueils de l’afro-optimisme ou l’afro-pessimisme.

Il faut tout d’abord noter que 2016 a été la pire année en termes de croissance économique pour l’Afrique subsaharienne depuis 20 ans. Le continent a subi de plein fouet la fin du super cycle des matières premières, impactant particulièrement le Nigeria, l’Angola et l’Afrique du Sud. Les soubresauts géopolitiques de l’Occident comme le Brexit et l’élection de Donald Trump ont aussi contribué à diminuer ou du moins à faire stagner les investissements en provenance de ces pays qui sont d’importants investisseurs en Afrique. Toutefois, si le nombre de projets d’IDE a chuté de 12% en 2016, ils ont augmenté de 32% en valeur (atteignant les 94,1 milliards de dollars), ce qui en fait la seconde région de croissance des IDE au niveau mondial.

Évidemment, l’Afrique n’est pas un bloc homogène et on constate en réalité de grandes disparités entre les pays. Les trois grands pays impactés par la chute des matières premières cités précédemment sont l’arbre qui cache la forêt de jeunes pousses en pleine croissance, en Afrique francophone comme en Afrique de l’Est. Si le Maroc, l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Égypte et le Nigeria captent à eux cinq l’essentiel des projets d’IDE (57%), d’autres hubs d’investissements apparaissent. Ainsi, le Ghana (4e), la Côte d’Ivoire (7e) et le Sénégal (9e) séduisent les investisseurs comme en témoigne leur classement dans cet « Africa Attractiveness Index ». De l’autre côté du continent, la croissance est également très forte avec une moyenne de 6% pour le Kenya, l’Éthiopie, la Tanzanie et l’Ouganda. Ces deux derniers étant dopés par les récentes découvertes de champs pétroliers et gaziers.

La nature ayant horreur du vide, l’Asie-Pacifique, en particulier la Chine, a comblé le recul des investissements en provenance des États-Unis et de la Grande-Bretagne. La Chine est désormais le troisième investisseur en termes de projets d’IDE en Afrique, avec la plus forte croissance en termes d’emplois créés. Notons également la percée du Japon qui a vu son niveau d’investissement et d’emplois créés augmenter de respectivement 757% et 106%.

Ces données, qui témoignent d’un enthousiasme réel des investisseurs pour le continent africain, restent à relativiser et à prendre avec du recul. L’Afrique ne capte encore aujourd’hui qu’une part insuffisante des IDE mondiaux (11,4%) au regard de sa population et de son potentiel. Longtemps convoité pour ses ressources naturelles, la diversification de l’économie africaine est en marche, portée par le dynamisme de secteurs comme les transports et la logistique ou encore l’automobile. Il est également inquiétant de constater que la part des projets d’investissement portés par des investisseurs africains continue à chuter depuis 2013, tombant à 15,5% en 2016. Ce qui contribue à dégrader la résilience de l’Afrique aux chocs externes sur l’économie.

Que l’Afrique soit attractive pour les investisseurs étrangers est une bonne chose, mais elle doit aussi devenir une opportunité pour les investisseurs africains eux-mêmes ! C’est pourquoi il nous faut redoubler d’efforts pour réaliser une intégration régionale renforcée et une politique de réduction des barrières aux échanges entre les pays du continent. L’Histoire a montré que ces choix menaient au développement économique, mais aussi à la stabilité politique, deux objectifs essentiels pour garantir le bien-être des populations.

[1] EY’s Attractiveness Program Africa, « Connectivity redefined », May 2017

Secteur formel contre secteur informel : vers la réconciliation

On oppose souvent, particulièrement en Afrique, secteur formel et secteur informel. N’est-il pas temps de voir l’économie dans toutes ses composantes et d’intégrer de plus en plus les secteurs informels de nos économies par des politiques intelligentes ?

Derrière ce mot un peu négatif de secteur informel – entendu comme toutes les activités échappant au contrôle de l’État, tant au niveau légal que social et fiscal, il y a des artisans, des mécaniciens, des tailleurs, des marchands, des chauffeurs de taxi, des maçons… en somme des gens, qui essaient de survivre tant bien que mal et se débrouillent pour gagner maigrement leur vie.

Pourtant, dans cette logique de survie au jour le jour, ils s’inscrivent aussi dans une précarité à moyen ou long terme. Que faire en effet lorsque l’on tombe malade alors que l’on n’a que son petit boulot pour gagner l’argent qui paiera la nourriture du jour ? Qu’arrive-t-il quand le travailleur informel, trop âgé, n’a plus la force de travailler ? On comprend facilement qu’il faut avant tout sortir de la logique de survie dans laquelle trop de nos concitoyens s’inscrivent, le plus souvent contre leur gré.

Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), le secteur informel représenterait en moyenne 55% du PIB cumulé en Afrique subsaharienne. Dans certains de nos pays, les travailleurs qui produisent cette richesse comptent parfois pour la majorité de la population active. Les chiffres manquent, mais dans un rapport consacré au secteur informel publié en mai dernier, le Fonds Monétaire International (FMI)[1] indiquait que l’informel représente entre 30 et 90% de l’emploi non agricole en Afrique subsaharienne.

Rappelons qu’il n’y a pas de frontière claire entre les secteurs formels et informels : des entreprises tout à fait légales peuvent en effet avoir recours à des contractuels informels pour certains travaux, sur un chantier de construction par exemple.

Et même le FMI, ancien pourfendeur du secteur informel, dans le rapport que nous venons de citer, montre que les temps ont changé et que le secteur informel peut être une opportunité de croissance pour nos économies. « Il ressort de l’expérience internationale que la part de l’économie informelle décroît quand le niveau de développement augmente; la plupart des pays subsahariens devraient donc conserver des secteurs informels importants pendant encore de nombreuses années, ce qui est à la fois une chance et un défi pour les responsables de la politique économique », indique le rapport.

Cela est d’autant plus vrai que le nombre de demandeurs d’emplois augmente de façon exponentielle et qu’une « lutte » contre le secteur informel priverait nos États d’une soupape de sécurité importante, surtout pour la jeunesse. Rappelons que pour absorber les nouveaux travailleurs, l’Afrique doit créer 122 millions d’emplois dans les dix prochaines années.

Le FMI ajoute que « pour les dirigeants, le défi consiste donc à créer un environnement dans lequel le secteur formel puisse prospérer, tout en offrant la possibilité aux travailleurs du secteur informel de conserver voire d’améliorer leur niveau de vie ». Faire entrer ces entreprises souvent individuelles ou familiales dans le droit commun n’est pas chose facile, mais il existe des moyens et surtout un argument de poids : entrer dans le système permet de lutter contre la précarité notamment si des politiques saines d’assurance de santé et de retraite accompagnent cette régularisation. En aucun cas les politiques ne doivent apparaître comme une surcharge fiscale des micro et très petites entreprises informelles. Les politiques doivent favoriser l’accès aux services bancaires et la productivité de ces entreprises, afin qu’elles créent plus d’emplois, payent des cotisations pour les salariés, et dans un second temps, viennent abonder les recettes fiscales de l’État.

[1]  Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne, 09 mai 2017.