Hausse des IDE en Afrique : la prime à l’intégration régionale

Le dernier rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) sur les investissements dans le monde confirme l’attractivité retrouvée de l’Afrique en 2018. Alors que les investissements directs à l’étranger (IDE) ont chuté de 13% à l’échelle mondiale l’année dernière, ceux à destination du continent africain ont bondi de 11%. Dans un contexte économique mondial morose, troublé par la menace d’une escalade de la guerre commerciale États-Unis/Chine, l’Afrique échappe à la tempête protectionniste en continuant à capter une part croissante des investissements.

Il est tentant de se concentrer sur l’arbre qui cache la forêt, en se réjouissant de ce chiffre en hausse. Il faut pourtant rappeler que l’Afrique continue de capter une part infime des IDE dans le monde, seulement 3,5%, soit 45,9 milliards de dollars. À titre de comparaison, l’Inde seule a reçu en 2018 près de 42,3 milliards de dollars d’IDE. En 2018, les IDE en Afrique sont restés toujours inférieurs au niveau des années 2014-2015, suite à la chute des cours des matières premières. Les ressources naturelles restent par ailleurs le principal vecteur d’investissement sur notre continent – permettant par exemple à la République du Congo de se hisser à la 3e place du classement africain grâce aux investissements dans l’exploration et la production pétrolière – avec quelques exceptions dans certaines économies plus diversifiées.

« l’Afrique renforce son intégration dans le cadre d’un projet économique et politique commun »

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à une hausse des IDE en 2019 : l’hypothèse de la stabilité des cours des matières premières, voire une hausse de certaines d’entre elles dont l’Afrique est riche ; un investissement accru des États-Unis sur le continent africain voulant rivaliser avec la Chine, avec la création notamment de l’U.S. International Development Finance Corporation (USIDFC) qui devrait pouvoir mobiliser 60 milliards essentiellement à destination du continent africain ; la ratification de l’Accord sur la zone de libre-échange continentale africaine qui renforce l’attractivité du continent en tant que vaste espace économique en cours d’intégration.

Alors que les ensembles régionaux sont pour la plupart fragilisés par des tensions internes – même l’Union européenne ne peut plus faire guise de modèle avec le Brexit et la montée des populismes – seule l’Afrique renforce son intégration dans le cadre d’un projet économique et politique commun. Le 30 mai dernier, la ZLECAf est officiellement entrée en vigueur, posant les jalons d’un marché unique de 1,2 milliard d’habitants au PIB estimé à 2 500 milliards de dollars. En parallèle, l’environnement des affaires continue de s’améliorer sur le continent, facilitant les investissements et soutenant le développement des petites et moyennes entreprises. Au classement Doing Business 2019, l’Afrique brille par le nombre de réformes menées, même dans des pays fragilisés par des conflits.

Néanmoins, s’il est vrai que les États africains doivent continuer à améliorer leur attractivité vis-à-vis des investisseurs étrangers, une des priorités doit rester la mobilisation de nos ressources domestiques. Ce ne sont pas les IDE qui amèneront une transformation structurelle de nos économies. Le ratio moyen impôts – PIB du continent africain reste faible comparé au ratio moyen des pays de l’OCDE et des autres régions du monde. Cette perte de revenue est plus que dommageable pour les politiques de développement alors que la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique estime que notre continent pourrait gagner 99 milliards de dollars par an en adoptant de meilleures politiques fiscales.

Notre défi n’est pas sans difficultés pour émerger dans la mondialisation : notre continent mène de front un éventail de réformes sans commune mesure, mais c’est seulement en combinant intégration régionale, amélioration du climat des affaires et diversification de nos économies que nous ferons de l’Afrique une puissance économique qui pèse au niveau mondial.

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Zone de libre-échange continentale : la consécration du panafricanisme

À l’heure où les tensions commerciales augmentent à l’échelle mondiale, l’Afrique préfère opter pour l’intégration économique. Le 30 mai 2019 est désormais une date clé pour le continent. La ZLECAf est officiellement entrée en vigueur. Elle pose la première pierre d’un marché unique  de 1,2 milliard d’habitants, au PIB estimé à 2 500 milliards de dollars. Tous n’ont peut-être pas encore signé, certes, mais pas moins de 49 pays, dont l’Afrique du Sud, ont ratifié l’accord du 21 mars 2018. Les biens et services, mais aussi les personnes et les capitaux, vont théoriquement circuler librement à travers les vastes territoires africains. L’Afrique, sur les questions commerciales qui la concernent, va sur la base de cette logique devoir parler d’une seule voix. 

Il était temps ! Le commerce intra-africain, qui plafonne à 12 % de moyenne, contre 60 % pour l’Europe et 30 % en Asie du Sud-Est, regorge d’opportunités encore inexploitées. Diversifier la production, les exportations, créer des chaînes de valeur régionales… Tous ces leviers représentent les pièces de ce qui sera le moteur d’une croissance africaine inclusive. 

Nos économies, on le sait, restent extraverties. Les trois quarts des exportations portent sur des matières premières non transformées, à destination d’autres continents. S’ouvrir les portes à soi-même relève d’une question de bon sens, mais aussi de survie. Rien ne stimulera mieux les manufactures, l’agriculture, les industries agroalimentaires et donc l’emploi que l’ouverture de notre immense marché intérieur. 

Certaines règles, notamment tarifaires, doivent être précisées sur une première liste de produits lors d’une rencontre des experts de l’Union africaine avec les ministres africains du Commerce, prévue en juin à Kampala. Quant à la phase opérationnelle de la ZLECAf, elle sera lancée le 7 juillet, à l’occasion du sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UA.

Entendons-nous bien cependant : tout ne reste pas à faire, mais bien à concrétiser. Le projet repose sur un socle déjà solide, le Plan d’action pour stimuler le commerce intra-africain (Action for Boosting Intra-African Trade, BIAT), lancé en 2012 par l’UA. Il s’agit de rendre la ZLECAf opérationnelle en levant au plus vite les contraintes au commerce intra-africain, liées notamment aux règles commerciales, aux infrastructures, au financement, à l’information et l’intégration du marché. Ce plan d’action se décline à court, moyen et long terme par pays, région et à l’échelle de l’Afrique.

N’oublions pas, enfin, que l’Afrique n’est pas isolée du reste du monde. Au contraire. Depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’économie mondiale a connu deux tendances transversales : l’essor de chaînes de valeur régionales et la négociation d’importants accords commerciaux régionaux – transatlantique, transpacifique ou continentaux, comme l’accord de partenariat unique entre l’ASEAN, la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Les dragons asiatiques ont émergé grâce à leur intégration régionale, entre autres. Dans le même élan, le “Made in Africa”, en ébullition, ne demande qu’à se libérer de ses carcans.

Favoriser le régionalisme africain à travers le développement des transports

Chaque année, l’Afrique progresse, lentement mais surement, vers une meilleure intégration politique et économique. De nombreux chantiers sont en cours, à l’image de la mise en place de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) ou encore du Single African Air Transport Market. Il faut dire qu’aujourd’hui, le potentiel du commerce intra-africain reste encore sous-exploité, représentant seulement 12% du commerce total de l’Afrique. Et l’une des premières causes de la faiblesse de ses échanges commerciaux intracontinentaux reste des coûts de transport plus élevés que dans d’autres régions.

Dans une récente note de recherche, intitulée « Régionalisme en Afrique : Coûts de transport soft and hard », l’Agence française de développement (AFD) illustre justement l’existence d’un lien de causalité entre le niveau des coûts de transports et les faiblesses du régionalisme en Afrique. Sur le plan tarifaire, les chercheurs estiment que si les pays africains ont effectivement baissé les tarifs sur les produits de leurs partenaires commerciaux, leur niveau moyen reste plus élevé en Afrique que dans le reste du monde. Mais de nombreux autres obstacles participent à ces coûts du commerce comme des régulations excessives ainsi que des délais d’attente aux frontières et dans les ports préjudiciables pour les entreprises.

Cette note se focalise principalement sur l’analyse des mesures de facilitation du commerce (soft) et les indices de la performance logistique (hard), deux dimensions distinctes des coûts de transport. Dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale, le point de vue des entreprises est présenté à travers leur perception de la régulation et des capacités institutionnelles par exemple, constituant des indices soft. À l’inverse, le Logistic Performance Index (LPI) se base sur six aspects beaucoup plus quantitatifs et concrets (hard) comme la capacité à suivre les transports ou la fréquence à laquelle les envois arrivent en temps et en heure à bonne destination. Mêlant ces différentes données issues de la Banque mondiale, la conclusion est la même sur les deux aspects : l’Afrique est en queue de peloton, même par rapport à d’autres régions émergentes.

Il y a donc urgence à agir pour désenclaver les pays africains entre eux à travers un grand nombre de mesures. Notre continent a tout à gagner à ce que les marchandises « circulent mieux dans un espace plus intégré » et que « des chaînes de valeur » puissent « se mettre en place au niveau africain avant de rejoindre les circuits internationaux ». L’importance à accorder au secteur des transports et à la performance logistique est donc décisive pour permettre à l’Afrique d’augmenter la taille de ses marchés et de réaliser des économies d’échelles.

En parallèle, l’intégration régionale doit prendre corps au niveau institutionnel et réglementaire, pour décongestionner nos frontières et nos ports par l’harmonisation de nos politiques douanières. S’il parvient à combler ce retard, notre continent sera en capacité de générer un surplus d’intégration et donc de croissance économique, dont les gains profiteront à nos populations et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Il ne nous reste plus qu’à prendre ensemble, nous pays africains, la route de l’intégration régionale en brisant les barrières qui entravent nos relations commerciales.

LE NEPAD DEVIENT L’AGENCE DE DEVELOPPEMENT DE L’UNION AFRICAINE

Lors de la 31e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine à Nouakchott, en Mauritanie, les chefs d’État et de gouvernement africains ont reçu plusieurs rapports, y compris l’état de la mise en œuvre des réformes institutionnelles de l’UA, présentées par le président rwandais Paul Kagame. Le Président Kagame est l’actuel président de l’Union africaine et le champion du processus de réformes institutionnelles de l’UA.

Lors du Sommet de Nouakchott, une décision officielle a été prise sur la transformation de l’Agence de planification et de coordination du NEPAD en Agence de développement de l’Union africaine.

La Conférence a approuvé la création de l’Agence de développement de l’Union africaine en tant qu’organe technique de l’Union africaine doté de sa propre identité juridique et de ses propres statuts. Ces statuts seront développés et présentés pour adoption au prochain Sommet de l’UA en janvier 2019.

L’Assemblée a félicité le Président sénégalais, S.E. Macky Sall, Président en exercice du Comité d’orientation des chefs d’État et de gouvernement du NEPAD, pour avoir renforcé la crédibilité du NEPAD, une institution reconnue par la communauté internationale, y compris  par le G20 et par le G7.

Les réformes en cours à l’UA sont une affirmation par les États membres de leur engagement envers l’Agence du NEPAD en tant qu’instrument de l’UA établi pour appuyer les pays et les organismes régionaux dans la mise en œuvre de la vision du développement du continent – telle qu’articulée dans les sept aspirations et les 20 objectifs de l’Agenda 2063.

Ibrahim Assane Mayaki, Secrétaire exécutif de l’Agence du NEPAD, a déclaré : « Un aspect essentiel des réformes en cours consiste à rationaliser et à améliorer l’efficacité et l’efficience dans la mise en œuvre des décisions, politiques et programmes de l’UA à travers tous ses organes et institutions. En ce sens, comme l’Agence du NEPAD est l’agence de mise en œuvre technique de l’UA, une recommandation spécifique du rapport Kagame consiste à la transformer en Agence de développement de l’UA. Nous sommes enthousiasmés par cette transformation, qui permettra de déployer encore plus efficacement nos programmes au service du développement de notre continent. »

L’Afrique de l’Ouest face au défi du commerce illicite

Dans un rapport conjoint, l’OCDE et la Banque africaine de développement (BAD) se penchent sur l’économie du commerce illicite en Afrique de l’Ouest[i]. Le Groupe de haut niveau sur les flux financiers de la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies avait déjà estimé que les flux financiers illicites (FFI) en provenance du continent africain s’élevaient à 50 milliards de dollars, un chiffre contesté, bien que tous les analystes s’accordent à dire que le volume des FFI dépasse celui de l’aide publique au développement (APD) à destination de l’Afrique (41 milliards USD en 2016). Or ce rapport est intéressant dans la mesure où il analyse les données et faits relatifs à 13 économies criminelles et illicites (allant du trafic de cocaïne au détournement de pétrole en passant par la pêche illicite), les FFI que ces économies produisent et leur impact sur le développement.

Le premier constat est que ces économies se retrouvent au contact d’un large éventail d’acteurs qui comprend aussi bien les réseaux criminels, que le secteur privé (domestique et international) et les responsables publics. Dans l’ensemble de la région, on assiste donc à diverses formes d érosion de l’État de droit et de la bonne gouvernance suite à ces différentes interactions. Le second constat est que certaines de ces économies criminelles et illicites ne sont pas toujours stigmatisées par les communautés des régions où elles opèrent, dans la mesure où elles représentent un moyen de subsistance important. Cet écosystème trouble créé donc une forme de pouvoir local alternatif venant concurrencer directement l’État dont la légitimité s’érode auprès de ces communautés.

La frontière poreuse entre le licite et l’illicite en Afrique de l’Ouest est facilitée par la prépondérance de l’économie informelle, qui représenterait 60 à 70% de l’économie globale de la région. C’est pourquoi il est utile de rappeler ici l’urgence d’investir dans l’inclusion financière. Trop de nos concitoyens n’ont toujours pas accès aux produits et services financiers de base, les obligeant à réaliser toutes leurs transactions en liquide ou encore à utiliser des systèmes informels de transferts de fonds. Il n’est pas étonnant alors que d’importants volumes de transactions échappent aux autorités de l’État et aux institutions internationales, nous empêchant de quantifier l’activité économique réelle de certaines régions.

Ainsi, le détournement de l’or au Ghana priverait selon certaines analyses le pays des recettes d’un tiers de sa production ! Au Nigeria, celui du pétrole représenterait entre 3 et 8 milliards de dollars par an. La contrebande de tabac constituerait une perte de 16,6 milliards de dollars de recettes douanières au Mali, etc. Or les flux financiers de ces activités sont autant d’investissements perdus pour l’éducation et la santé dans des pays qui sont souvent déjà fragilisés au niveau politique et sécuritaire.

Répondre au défi du commerce illicite est une tâche complexe compte tenu de l’enchevêtrement des acteurs impliqués et du sort des populations dépendant de ces activités pour vivre. Nous ne devons pas avoir une approche binaire, mais d’emblée reconnaitre que toutes les activités informelles générant des FFI ne sont pas pour autant de nature criminelle. Nous devons être capable de fournir aux populations qui vivent dans les régions touchées des améliorations à leur conditions de développement.

Il est en effet indispensable d’avoir une réponse sur deux fronts : s’attaquer aux économies criminelles et aux trafiquants d’une part, améliorer les conditions socio-économiques des populations vivant dans le creuset de ces économies d’autre part et rendre nos opinions nationales suffisamment informées. Enfin, cette problématique régionale n’est que le reflet infime d’une économie mondialisée du crime. C’est pourquoi une coopération accrue avec les pays de l’OCDE et les pays d’origine ou de destination de certains trafics est nécessaire pour combattre pleinement et efficacement ces réseaux transnationaux.

Sans ses propres données, l’Afrique est condamnée à avancer à l’aveugle

En déclarant dans une interview au Wall Street Journal que des méthodologies souffrant d’imprécisions, voire d’un biais politique, ont affecté les performances de certains États au classement « Doing Business », le très iconoclaste économiste en chef de la Banque mondiale Paul Romer a déclenché une véritable tempête. L’interview a notamment résonné au Chili, pays particulièrement victime de ce biais. L’ancienne présidente socialiste Michelle Bachelet s’est dite très « préoccupée », et appelle à une enquête approfondie de l’institution sur cette dérive.

Si l’Afrique n’est pas au cœur de cette affaire, le cas chilien est une nouvelle occasion de sonner l’alarme. En effet, les pays africains, à l’image de nombreux pays émergents, n’ont pas encore réussi à développer des outils de collecte des données et de production de statistiques fiables. Les gouvernements africains, mais aussi les chercheurs et les citoyens dépendent donc des données fournies par les institutions internationales comme l’ONU, l’OCDE, le FMI et la Banque mondiale.

Sans vouloir remettre en cause le travail essentiel fourni par ces différentes institutions, il n’en est pas moins fondamental que l’Afrique s’approprie pleinement le sujet des données et des statistiques pour pouvoir élaborer sa propre vision stratégique. Aucune des institutions internationales n’est à l’abri de possibles manipulations, ou tout simplement de partialité structurelle à l’encontre de certains pays ou de certains types de réformes. Or une analyse africaine du développement du continent est indispensable pour poser les bases saines de l’Afrique de demain.

Plusieurs facteurs expliquent ce retard pris par l’Afrique dans ce domaine. Tout d’abord, les faibles moyens mis à disposition des institutions nationales de statistique qui dépendent trop largement des financements extérieurs pour leur fonctionnement. Aussi parce que ces instituts sont trop souvent sous tutelle politique, laissant courir le soupçon d’un possible manque de neutralité. L’indépendance de ces instituts est nécessaire, afin qu’ils établissent eux-mêmes leurs programmes de recherche, indépendamment des agendas politiques et du calendrier électoral.

Les statistiques servent de miroir chiffré à la réalité du quotidien. Or, pour prendre les bonnes décisions politiques et économiques, une réalité déformée peut être source d’erreurs. Sans informations fiables, l’élaboration d’une politique de développement efficace n’est pas possible. Ces statistiques sont indispensables pour une bonne affectation des ressources et une évaluation rigoureuse de l’impact des politiques publiques mises en place. C’est pourquoi les gouvernements doivent comprendre que l’investissement dans les statistiques est rentable, grâce à l’amélioration générale du déploiement des ressources qui en découle.

Surtout, au-delà de l’impératif économique, les gouvernements africains doivent mettre à disposition de leurs citoyens de bonnes statistiques. Elles améliorent la transparence et la responsabilité en matière de gestion publique. C’est seulement dans ces conditions que les citoyens peuvent juger des politiques mises en place par leur gouvernement et ainsi voter de la manière la plus informée.

Plus que jamais, l’open data et la transparence des données doivent être une priorité pour nos sociétés afin de structurer le débat politique. À l’ère des « fake news », il est d’autant plus impératif de combattre les rumeurs et les mensonges en fournissant des données pertinentes et fiables à l’espace public. C’est ainsi que nous favoriserons le développement de la démocratie participative et de sociétés plus apaisées.

La restauration des terres en Afrique, une urgence qui doit passer par le secteur privé

Je partage avec vous cet article de Mamadou Diakhité, l’administrateur principal du programme Gestion durable des terres et de l’eau au sein de l’agence du Nepad.
Il est urgent de repenser la distribution de l’aide à la lutte contre le réchauffement climatique en Afrique, en s’appuyant notamment sur le secteur privé et en privilégiant les programmes de restauration des terres

À l’heure où l’urgence climatique se manifeste sous tant de formes, que ce soit par la violence des catastrophes naturelles, la baisse des récoltes en milieu rural ou la dégradation de l’air dans les villes, il est plus que jamais difficile d’établir une hiérarchie des priorités entre atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) et adaptation aux changements climatiques.

Article complet ici.

Le cœur du défi migratoire se situe dans les campagnes africaines

Contrairement à ce que beaucoup croient encore en Europe, c’est désormais l’Afrique qui domine les flux migratoires en direction de l’Europe et non le Moyen-Orient. L’accord passé en 2016 entre l’Union européenne et la Turquie a fortement contribué à faire chuter le nombre de migrants venus du Levant. L’Afrique est la première terre d’émigration mondiale.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), les Subsahariens ont représenté 79% des migrants passés par l’Italie entre le 1er janvier 2015 et le 30 juin 2017. Pendant ce temps, l’Espagne redevient également une route migratoire importante puisque le nombre de migrants passés par « la route de la Méditerranée de l’Ouest » a déjà doublé par rapport à 2016.

Si certains de nos concitoyens quittent le continent pour fuir les guerres et les violences politiques, nous ne pouvons pas sous-estimer le poids des migrations économiques. Les causes sont multiples et connues : chômage de masse, surtout chez les jeunes, instabilité politique et mauvaise gouvernance, pression démographique en zones urbaines, abandon des zones rurales par le pouvoir central, injustice sociale et une forme de fantasme sur les promesses de l’Europe.

Parmi toutes les solutions envisageables, de nombreuses études économétriques ont démontré la pertinence du développement agricole dans la lutte contre la pauvreté. Dans un continent qui compte 65% des terres arables disponibles dans le monde, pour une population encore à 50% rurale, c’est le meilleur moyen de leur offrir aux populations une formation et un emploi leur permettant de gagner un revenu décent, et de se stabiliser.

Dans une étude conjointe, la FAO et le CIRAD estiment que c’est près de 380 millions de jeunes, dont 220 millions en zones rurales, qui vont entrer sur le marché du travail africain d’ici à 2030. Si nous n’offrons pas à cette jeunesse des zones rurales des opportunités professionnelles, elle n’aura d’autres choix que de migrer vers les grandes villes africaines dans des conditions précaires ou même vers l’Europe. L’agriculture et le développement rural sont les piliers sur lesquels doit s’appuyer notre réponse au défi migratoire en Afrique.

Alors que 80% des exploitations agricoles en Afrique font moins de deux hectares, il faut renforcer les connections entre les petits exploitants agricoles et les entreprises de l’agrobusiness pour mettre en place un écosystème harmonieux. En mettant en place des chaînes de valeurs intégrées pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée et en garantissant l’autosuffisance régionale pour certains produits de base, ces agropoles seront sources d’emplois pour les populations, notamment pour les femmes et les jeunes.

Dans le cadre des perspectives définies par l’Union Africaine l’Agence du NEPAD veille à la mise en place d’agropoles et de corridors d’infrastructures au cœur de l’Agenda 2063 pour la transformation agricole du continent. Une meilleure connexion aux marchés régionaux est clé pour créer un réservoir de consommateurs suffisamment élargi pour justifier les investissements nécessaires

Le danger démographique prend une deuxième forme, plus inattendue : la main d’œuvre agricole est vieillissante en Afrique subsaharienne. En moyenne, les agriculteurs ont soixante ans dans de nombreux pays tandis que la jeunesse est massivement touchée par le chômage. C’est l’occasion de procéder à une transmission générationnelle afin que les agriculteurs expérimentés fassent bénéficier les jeunes de leur savoir-faire. Je dis souvent que la vie d’un agriculteur ne diffère guère de celle d’un chef d’entreprise. L’agriculture est particulièrement transformée par le numérique, que les jeunes sauront mieux exploiter que l’actuelle génération.

Il ne sert à rien de regarder vers la Méditerranée lorsqu’on veut parler de l’enjeu migratoire. C’est déjà trop tard. C’est en agissant directement sur les causes des migrations que les situations inhumaines constatées en Libye et ailleurs cesseront. Commençons par offrir un avenir professionnel à nos concitoyens et à mettre en place les conditions d’une croissance inclusive et durable. Et pour cela, l’agriculture est le pilier essentiel sur lequel nous devons nous appuyer.

L’Agriculture intelligente face au climat à l’heure de la COP 23

Alors que se tient actuellement à Bonn la COP 23, je trouve intéressant de présenter un point sur l’un de nos programmes qui touche à la lutte contre le réchauffement climatique, et vise à davantage de résilience face à ce phénomène dont nos pays sont malheureusement les premières victimes – bien qu’ils ne soient en rien responsables de cette situation.

Lancé en 2014, ce programme, baptisé en anglais Climate Smart Agriculture (CSA) est dérivé des politiques définies et mises en place par l’Union Africaine, notamment le Programme Global de développement de l’agriculture en Afrique (CAADP). Notre organisation, le NEPAD, est en charge de la coordination et de la mise en œuvre de cette plate-forme qui doit bénéficier directement aux États impliqués.

L’Agriculture intelligente face au climat* (CSA, AIC en français) est une agriculture qui augmente durablement la productivité, la résilience et l’adaptation, tout en contribuant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce programme vise donc à la sécurité alimentaire globale et à l’amélioration de la nutrition face au changement climatique. Le programme CSA vise notamment à renforcer les capacités des acteurs de l’agriculture à tous les niveaux, en particulier les petits agriculteurs et les institutions. Il vise un objectif ambitieux : atteindre l’objectif de 25 millions d’agriculteurs africains pratiquant une agriculture intelligente face au climat d’ici 2025.

Pour ce faire, l’Union Africaine avec le NEPAD comme Agence d’exécution, sont à la tête d’une initiative axée sur les pays et intégrée au niveau régional qui fournit les outils d’action et la plate-forme d’accueil des partenariats qui produisent des résultats concrets. La structure a porté ses fruits puisqu’aujourd’hui nous avons développé plusieurs alliances fructueuses avec des ONG internationals comme CARE International, Catholic Relief Services, Concern Worldwide, Oxfam et World Vision, mais aussi avec quatre partenaires techniques dont la FAO, et le Forum pour la recherche Agricole en Afrique (FARA) par exemple.

Chaque année depuis trois ans, l’Agence du NEPAD réunit des experts, des représentants des pays ou des régions membres de notre Alliance, et nos partenaires afin que le rôle important de l’agriculture, dans le cadre du changement climatique, soit adressé et entendu. Aujourd’hui, grâce à ce programme, le NEPAD est considéré comme une source d’information, d’innovation et de production de connaissance sur le changement climatique en Afrique. Notre plate-forme permet aussi de trouver des financements internationaux et des partenariats pour les Etats qui souhaitent développer des politiques efficaces de résilience face au changement climatique, grâce notamment à l’agriculture. Nous nous inscrivons donc dans une action concrète qui porte ses fruits.

Reste à créer les outils pour mesurer les résultats de cette nouvelle approche sur le terrain. La transition des secteurs de l’agriculture (incluant les cultures, l’élevage, la foresterie, les pêches et l’aquaculture) vers des systèmes de production plus durables et intelligents face au climat commence en effet et sans aucun doute sur le terrain. Il nous faut donc d’abord au niveau de chaque Etat africain, évaluer les impacts actuels et futurs du changement climatique, identifier les stratégies d’adaptation actuelles et futures et créer un environnement favorable pour les agriculteurs. Nous devons poursuivre nos efforts et lancer de nouveaux projets comme nous l’avons fait déjà avec un certain succès dans des États comme l’Éthiopie, le Kenya, le Malawi, le Niger, l’Uganda, la Tanzanie et la Zambie.

Nous sommes face à un combat de longue haleine, mais le moment n’est pas venu de baisser les bras. Il en va de notre avenir et de celui de notre planète.

*Dérivé du terme anglais smart agriculture, il s’agit ici d’une agriculture agro écologique qui non seulement s’adapte au changement climatique mais émet également peu de gaz à effet de serre.

 

Face à la démographie galopante, quelles politiques publiques ?

Je poursuis ma réflexion sur la transition démographique qu’est en train de vivre notre continent. Nous avons posé le problème dans ses grandes tendances dans notre dernier billet, mais il convient aussi je crois de voir comment nous pouvons agir face à ce phénomène.

L’un des leviers sur lesquels il est possible d’agir pour maîtriser davantage la croissance de la population, c’est la fécondité. On l’a dit, cela passe par l’éducation des filles et des jeunes femmes, et par la sensibilisation de tous aux enjeux liés à une augmentation anarchique de la population. Malheureusement, certains dirigeants voient encore l’augmentation de la population comme une marque de puissance, et misent sur le fameux « dividende démographique », en oubliant trop souvent que ce dividende n’est réalisable que si le reste suit.

Je m’explique : sans infrastructure d’éducation et de santé efficaces, sans créations d’emplois décents par millions, les jeunes générations ne seront pas bien formées, ne s’intégreront pas au marché du travail et ne seront pas en bonne santé. Elles ne pourront donc participer qu’à la marge à l’enrichissement économique national, si encore ces jeunes vivent suffisamment longtemps pour devenir des travailleurs actifs et trouvent un emploi. Autre phénomène croissant, en grande partie dû à l’absence de bonnes infrastructures d’éducation et de santé : l’exode. En effet, il semble évident que les dizaines, voire centaines de milliers, de jeunes qui traversent le Sahara puis la Méditerranée au péril de leur vie et prennent le risque de tout quitter, s’inscrivent dans cette démarche parce qu’ils estiment n’avoir rien d’autre à perdre que leur vie dans cette aventure. Ce message de désespoir doit nous interpeller, parce que si la population continue de grandir à ce rythme, les émigrés seront de plus en plus nombreux.

Les gouvernants doivent donc se pencher sur les voies et moyens de faire baisser le taux de fécondité. Nous avons déjà écarté la coercition pour atteindre cet objectif. Mais il y a d’autres stratégies, d’autres politiques publiques qui peuvent être tentées. On l’a vu dans certains pays comme en Afrique du Sud, au Kenya ou au Malawi. En Éthiopie, le gouvernement a par exemple mis en place un réseau très dense de 42 000 agents de santé communautaire. Ceux-ci ont permis d’alléger le coût de la santé de 39% entre 2005 et 2015, ce qui est déjà énorme, mais ils ont aussi permis de sensibiliser des millions de femmes au contrôle des naissances. Cette expérience pourrait être étendue à d’autres pays, voire au continent tout entier.

Autre levier possible, le planning familial. Rappelons qu’en 2011, neuf gouvernements d’Afrique de l’Ouest, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), l’Agence française de développement et plusieurs grandes fondations privées avaient signé un accord, le « Partenariat de Ouagadougou », destiné à favoriser la planification familiale. Il existe des obstacles religieux, politiques et sociaux, mais le planning familial reste l’une des méthodes éprouvée pour la réduction de la fécondité à condition d’avoir accès aux moyens modernes de contraception. Sur ce volet également des politiques publiques peuvent être mises en place. Et si les États ne souhaitent pas s’engager directement, ils peuvent faire appel et laisser travailler librement des ONG spécialisées dans ce domaine.

Selon les études disponibles, en 2013 dans le monde, 63 % des femmes de 15-49 ans vivant en couple utilisaient une méthode de contraception, et 57 % une méthode moderne (pilule, stérilet ou stérilisation). Mais pour l’Afrique subsaharienne, seulement en moyenne 20 à 25% des femmes avaient accès à un moyen de contraception, certains pays tombant même en dessous de 10% comme le Mali ou l’Erythrée.

À ce titre, l’Afrique du Nord représente une exception sur le continent. L’Algérie, l’Égypte, le Maroc ou la Tunisie ont connu des transitions démographiques plus rapides avec une fécondité actuelle comprise entre deux et trois enfants par femme. Un chiffre que l’on peut lier à la forte proportion d’utilisation de moyens de contraception : entre 60 % et 68 %. Au sud du Sahara, seule l’Afrique du Sud s’approche de cette moyenne mondiale avec 60%.

Cela démontre que des politiques publiques peuvent répondre efficacement au défi de la réduction du taux de fécondité. Nous devons seulement nous y atteler.