Education is the only weapon to prepare Africa for the challenge of youth employment

After the successive launches of the Skills Initiative for Africa (SIFA) project in Lomé, Accra and Johannesburg in recent weeks, it seemed important to me to comment on the topic of policies to develop youth employment. Indeed, the SIFA project aims to finance skills development projects in several African countries. 

Because while demographic dynamism represents a great opportunity, it is also a huge challenge, as 440 million young Africans will come to working age in the next fifteen years. High unemployment rates and skills shortages are among the most pressing challenges facing Africa. There is therefore an urgent need to promote industries and economic activities that contribute to new job creations. 

To achieve this, I believe it is crucial to implement new education and training programmes to equip young – and even older – people with the skills they need to live and work in the current context of transition to the digital economy. This transition will affect all sectors, including agriculture. Indeed, more and more farmers will be connected, and access to information will be essential for their success. Similarly, climate-smart agriculture will be based on an increasingly intensive use of new technologies. Let us not forget that the agricultural sector in Africa still employs 60 to 70% of the working population. 

It is also essential to adapt the education system to economic realities: for example, in 2013, 75% of baccalaureate graduates specialized in literature, compared to 25% in science, when we know that the human sciences have little relevance to the economic sectors that hire in Africa. National education plans must therefore be properly adapted to national development priorities. 

We must also disseminate the culture of e-learning in all our technical and vocational education and training (TVET) institutions and promote these institutions as true learning paths. We also need to train teachers so that they can teach the digital skills of the 21st century before they are overtaken by the upheavals associated with the advent of the 4th Industrial Revolution. 

To achieve these objectives, our states will need to invest more in education, by partnering with the private sector, development partners and universities, in order to strengthen curriculum standardization in our learning centres at the higher education level and in technical and vocational education and training. 

It is very important to define clear training strategies adapted to the continent’s development needs, also at the regional level. The continental approach we propose provides a platform to facilitate the implementation of African-wide frameworks and to enable this sharing of experience. Education is our only weapon to prepare for the challenge of youth employment.

L’éducation, seule arme pour préparer l’Afrique au défi de l’emploi des jeunes

Après les lancements successifs du projet Skills Initiative for Africa (SIFA) à Lomé, Accra et Johannesburg ces dernières semaines, il me semblait important de prendre la parole sur le sujet des politiques de développement de l’emploi chez les jeunes. En effet, le projet SIFA a pour objectif de financer des projets de développement des compétences dans plusieurs pays africains. 

Car si le dynamisme démographique représente une grande opportunité, il est aussi un immense défi au moment où 440 millions de jeunes Africains seront en âge de travailler dans les quinze prochaines années. Les taux élevés de chômage et le déficit de compétences font partie des défis les plus pressants auxquels l’Afrique est confrontée. Il est donc urgent de promouvoir les industries et les activités économiques qui contribuent à créer de nouveaux emplois. 

Pour y parvenir, il me paraît essentiel de mettre en œuvre de nouveaux programmes d’éducation et de formation afin de doter les jeunes – et même les moins jeunes – des compétences nécessaires pour vivre et travailler dans le contexte actuel de transition vers l’économie numérique. Cette transition vers le numérique va concerner tous les secteurs, y compris l’agriculture. En effet, de plus en plus nombreux seront les agriculteurs connectés, pour qui l’accès à l’information sera essentiel. De même, l’agriculture intelligente face au climat va reposer sur un usage de plus en plus intensif des nouvelles technologies. N’oublions pas que le secteur agricole emploie en Afrique 60 à 70% de la population active. 

Il est également crucial d’adapter le système éducatif aux réalités économiques : par exemple, en 2013, 75% des bacheliers se sont spécialisés en littérature, contre 25% en science, quand on sait que les sciences humaines correspondent peu aux secteurs économiques qui embauchent en Afrique. Il convient donc de bien adapter les plans nationaux d’éducation en fonction des priorités nationales de développement. 

Nous devons en outre diffuser la culture de l’apprentissage en ligne dans tous nos établissements d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP) et promouvoir ces établissements en tant que véritables filières d’apprentissage. Nous devons aussi former les enseignants afin qu’ils puissent enseigner les compétences numériques du XXIe siècle avant d’être dépassés par les bouleversements liés à l’avènement de la 4e Révolution industrielle. 

Pour atteindre ces objectifs, nos États devront investir davantage dans l’éducation, en partenariat avec le secteur privé, les partenaires au développement et les universités afin de renforcer la standardisation des programmes dans nos centres d’apprentissage au niveau de l’enseignement supérieur et dans l’enseignement technique et professionnel. 

Il importe de définir des stratégies de formation claires et adaptées aux besoins de développement du continent, au niveau régional également. L’approche continentale que nous proposons fournit une plate-forme pour faciliter la mise en œuvre de cadres à l’échelle de l’Afrique et pour permettre ce partage d’expérience. In fine, l’éducation est notre seule arme pour nous préparer au défi de l’emploi des jeunes. 

Cette expertise africaine qui fait toute la différence

Les investisseurs internationaux n’ont jamais autant misé sur les jeunes pousses africaines. Selon le rapport annuel du fonds de capital-risque Partech Africa paru fin mars, les investissements étrangers dans les startup africaines ont doublé en 2018 (+102% par rapport à 2017) pour dépasser la barrière symbolique du milliard de dollars pour la première fois. C’est dans cette dynamique que nous avons récompensé des jeunes champions africains pour leur contribution à la réalisation des objectifs de l’Agenda 2063, à l’occasion d’une rencontre organisée par l’AUDA-NEPAD les 9 et 10 avril à Johannesburg.

Par exemple, il y avait parmi ces talentueux entrepreneurs, Silas Adekunle, jeune Nigérian de 27 ans, fondateur de Reach Robotics, qui incarne cette nouvelle génération d’entrepreneurs. Il a mis au point le premier robot intelligent qui permet de combiner les mondes réel et virtuel à partir d’une application pour smartphone. Cette invention trouve de multiples applications, non seulement sur le plan ludique, une industrie en plein essor, ou pour apprendre à coder et acquérir des compétences informatiques. Il a noué des partenariats avec des entreprises aussi prestigieuses qu’Apple et Amazon. Son exemple témoigne que l’Afrique regorge d’un impressionnant vivier de créateurs. Pour qu’ils puissent se développer encore davantage, nous devons fondamentalement encourager ces solutions africaines.

Plus largement, plusieurs initiatives viennent rompre avec les idées reçues sur l’Afrique. À titre d’exemple, nous pouvons citer : M-Pesa, le système de transfert d’argent par téléphone mobile et véritable pilier de l’économie kényane ou encore le logiciel Ushahidi, créé en 2007 au Kenya afin de cartographier les violences politiques, et utilisé aujourd’hui dans le reste du monde pour identifier les victimes de catastrophes naturelles.

L’essor, depuis les années 2000, de formations d’excellence sur le continent s’avère non moins central. Nelson Mandela en a été l’un des pionniers, en parrainant en 2002 une initiative du Rhodes Trust. Ce fonds a alors donné 10 millions de livres sterling à la Fondation Mandela Rhodes, qui sélectionne chaque année depuis 2005 une vingtaine d’étudiants entièrement pris en charge pour suivre un programme d’exception d’une année, axé sur le leadership, l’entrepreneuriat, la réconciliation et l’éducation.

Cette expertise africaine se trouve également au sein des think tanks africains. En effet, comme chaque année, le Tana Forum, organisé par l’Institute for Peace and Security Studies (IPSS) de l’Université d’Addis-Abeba, aborde sans complaisance les questions de sécurité. Citons aussi l’exemple du Nigerian Economic Summit Group, un groupe de réflexion qui investit essentiellement dans la recherche de solutions efficaces, y compris en aidant l’Assemblée nationale à élaborer les lois du pays.

De son côté, l’African Leadership University (ALU), lancée en 2004 par quatre professionnels renommés, dont le consultant ghanéen Fred Swaniker, qui dispense des cours de « pensée critique », « d’auto-leadership » ou de « données numériques et décisions ». Cette université vise à créer un réseau de 25 campus à travers le continent, et s’est déjà implantée à Maurice et au Rwanda. Emblématique d’une Afrique proactive, l’ALU veut devenir « la » référence africaine, à l’instar d’Harvard ou Oxford pour l’Amérique ou l’Europe. L’ALU a pour ambition de devenir « la » référence africaine, à l’instar des universités prestigieuses de l’Amérique ou de l’Europe.

En tant qu’Agence de développement de l’Union africaine, notre devoir est de soutenir ces projets de plus en plus ambitieux et innovants. Ce sont eux qui vont permettre d’offrir de meilleures conditions de vie aux jeunes diplômés Africains qui arrivent sur le marché du travail à un rythme jamais égalé dans notre histoire.

Mon message lors du SOAS African Development Forum 2019

Bonjour à tous,

Merci de cette invitation qui m’honore. C’est toujours un grand plaisir pour moi de revenir à l’université, lieu où j’ai passé de nombreuses années, parmi les meilleures, à apprendre ou à rendre ce qu’on m’avait appris.

Aujourd’hui, c’est en tant que praticien du développement que je viens vous voir.

Je souhaite plus particulièrement intervenir sur les défis posés au développement de notre continent, plus particulièrement du point de vue de « l’in.sécurité », le thème du Forum cette année, qu’il faut comprendre de façon élargie.

Je voudrais évoquer les événements extraordinaires qui ont marqué la politique africaine cette semaine. Je pense tout particulièrement à la situation algérienne. La décision prise par le président Bouteflika est remarquable à de nombreux égards.

Il convient de la saluer en souhaitant la meilleure issue possible au peuple algérien qui a démontré durant ces manifestations toute sa maturité politique. On sait le rôle crucial que les étudiants ont joué dans la mobilisation.

Depuis deux ou trois ans, je dis que 90% des chefs d’État que nous connaissons actuellement ne seront plus là dans dix ans. Ma prévision se réalise un peu plus à chaque élection, ou à chaque renouvellement de l’offre politique. Et ils ont été nombreux en Afrique ces dernières années.

De plus en plus, la démocratie va progresser au rythme de la jeunesse. Par définition, les transitions à venir portent en elles le renouveau, mais elles peuvent aussi être sources d’instabilité, d’insécurité…

Ces changements interviennent alors que l’Afrique est en train de vivre une période charnière de sa mondialisation. Le monde s’éveille à l’importance de l’Afrique, qui abritera un terrien sur quatre en 2050, dans à peine une trentaine d’années. Les théories du Africa rising ont laissé place à la formule non moins bien marquetée du « New scramble for Africa ».

Cette nouvelle appellation me semble plus juste que la précédente. En tout cas, elle permet de mieux refléter le chemin original que peut prendre une Afrique souveraine, libre de ses choix et courtisée par des puissances étrangères et des entreprises venues du monde entier.

Permettez-moi d’insister sur cinq principes généraux qui mêlent économie et politique et qui me semblent quelques clés pour que ce formidable basculement auquel l’Afrique fait face se déroule bien.

Pour être acceptées par les peuples, c’est ma conviction intime que les réformes « technocratiques » que nous devons entreprendre doivent refléter une vision politique partagée par le plus grand nombre, en l’occurrence la jeunesse de nos pays.

C’est un constat particulier au défi démographique africain et aux centaines de millions de jeunes Africains qui vont arriver en âge de travailler dans les 15 prochaines années.

Premièrement, je voudrais aborder la question de la co-production des politiques publiques comme fondement de toutes les grandes décisions qui vont impacter les populations. Tous les événements récents démontrent à quel point la question n’est pas tant de savoir quelle solution technique élégante choisir que celle qui suscitera l’adhésion chez les populations.

Les systèmes institutionnels et législatifs en Afrique souffrent d’une faiblesse majeure et peu étudiée : le manque de consultation de la population. Les citoyens sont appelés à voter tous les cinq ans, sur des slogans plutôt que des programmes dont les détails leur sont, de toute façon, rarement dévoilés.

Il ne s’agit pas d’établir une hypothétique « démocratie directe », mais d’accroître les formes et les canaux de participation des citoyens dans la vie publique en Afrique. Ce serait une sorte de « syncrétisme institutionnel », en ce qui concerne la définition et la mise en œuvre des politiques publiques.

Il nous faut pour cela puiser dans notre tradition et retourner aux sources de l’arbre à palabres ou de l’indaba. L’Afrique du Sud a inventé les commissions vérité et réconciliation, le Rwanda les tribunaux « gacaca »… Nous sommes capables d’augmenter la participation aux grandes décisions qui nous concernent.

Il s’agit de créer des espaces au sein desquelles les populations sont informées, consultées et impliquées dans la sélection et la réalisation des principaux chantiers censés – c’est le but, après tout, de la démocratie – assurer et promouvoir leur bien-être.

Il nous faut formuler notre diagnostic dans nos propres termes. C’est l’absence de diagnostic propre qui a trop souvent été la cause essentielle de l’échec des politiques de développement tentées un peu partout en Afrique, et le manque d’appropriation qui en découle.

Comment voudrions-nous prononcer un diagnostic pertinent si nous ne sommes pas en mesure d’écouter nos populations ?

Deuxième point, il nous faut reconnaître que les réponses optimales à nos grands défis se trouvent aux niveaux régional et national, suivant une approche intégrée. Les États d’Afrique doivent apprendre à fonctionner ensemble au sein des grandes régions, qui en retour devraient être en mesure de les intégrer.

Je constate avec optimisme que la visite du Premier ministre éthiopien au Kenya a permis de relancer l’idée du LAPSSET, un projet de corridor régional de première ampleur qui devrait permettre de désenclaver une immense région et démultiplier le commerce entre ces deux grandes nations d’Afrique de l’Est.

La coopération régionale n’est pas basée sur une vision romanesque du continent ou une ignorance des réalités économiques. Au contraire, c’est précisément en raison de ces réalités économiques que nous devons défendre les vertus de la concertation.

Au-delà des bénéfices évidents de la mutualisation des infrastructures, la coopération régionale est indispensable pour combattre ou renforcer d’autres aspects du développement africain.

Ainsi en est-il de la négociation des accords commerciaux extérieurs, de la mise en place de bourses régionales (l’Afrique orientale montre le chemin avec le segment agricole de la Bourse de Kigali), des règles communes pour différentes professions, de l’homologation des diplômes, de l’harmonisation des qualifications, etc.

Outre les bienfaits liés aux économies d’échelle induits par la mutualisation des efforts de formation, la reconnaissance réciproque, à l’échelle régionale, des diplômes obtenus dans les pays africains a l’avantage de mieux ancrer les populations, d’encourager la mobilité géographique, donc la concurrence, et, partant, les niveaux de rémunération.

Ce ne sont que quelques exemples.

Troisièmement, comment les intérêts privés peuvent participer de façon rentable aux nouveaux défis. Je pense notamment à la manière dont les entreprises agro-alimentaires, avec les moyens qui sont les leurs, peuvent réellement participer à la professionnalisation et à l’émergence d’une classe d’agro-entrepreneurs.

L’Afrique, avec encore près de 60% de sa population toujours rurale, offre l’opportunité d’expérimenter des nouvelles méthodes. Cela reste un défi et une gageure diront certainement beaucoup d’entre vous, mais je crois que certains acteurs internationaux dans le domaine de l’agro-alimentaire prennent conscience de la nécessité de changer de modèle productif et voient l’Afrique comme l’occasion de développer des modèles originaux en accord avec les populations.

Le développement d’une industrie agro-alimentaire de qualité aura des effets bénéfiques d’entraînement sur des secteurs-clés de l’économie. En effet, au-delà de la production, ce sont les filières, les industries de transformation, et plus généralement tout le secteur des sous-traitants, des récoltants aux producteurs et aux distributeurs, qui se verrait dynamisé par une meilleure organisation du secteur alimentaire.

Quatrième point, le recours plus large aux nouvelles technologies pour recenser nos citoyens et d’apporter une identité politique au plus grand nombre, non seulement pour une meilleure gestion statistique, représentativité démographique, mais aussi accès aux services sociaux (versements d’aide de la part de l’État) via un compte associé.

Cette identité financière dont le développement va s’accélérer avec un taux d’équipement en smartphones en constante progression va avoir des effets inimaginables sur le secteur informel.

Rappelons que le secteur informel est une composante essentielle de la plupart des économies subsahariennes, où sa contribution au PIB s’échelonne entre 25% et 65% et où il représente entre 30% et 90% de l’emploi non agricole.

Si le secteur informel était organisé de façon plus efficiente, il pourrait grandement améliorer le sort de centaines de millions de nos concitoyens. Pour l’instant, le secteur informel n’a pas diminué avec la croissance économique. Au contraire, il a eu tendance à croître plus rapidement que le reste de l’économie.

Les nouvelles technologies nous offrent une opportunité de créer le lien entre deux mondes économiques presque parallèles, le formel et l’informel. La conjugaison des forces vives de l’informel avec la capacité presque organique des nouvelles technologies à connecter et à organiser une nouvelle interaction économique peut déclencher le décollage économique de notre continent.

Et pour finir permettez moi quelques mots sur la question plus générale de l’aide. L’aide est par définition transitoire, pour aider à surmonter une période difficile. Quand elle démontre au capital privé que l’investissement est rentable, elle a fini de jouer son rôle. Elle est par nature transitoire, ou bien alors c’est que l’on pense que notre continent est condamné à demeurer sous perfusion.

Je pense que l’aide publique qui vient des pays développés vers les pays du Sud n’existera plus dans dix ans. Cette aide publique est aujourd’hui destinée de moins en moins aux questions de santé, d’éducation… et de plus en plus aux questions de sécurité et de migration. Ce n’est déjà plus l’aide classique à laquelle on pense.

Autre signe de ce « New scramble for Africa », toutes les récentes rencontres du G7 et du G20 mettent en avant le rôle du secteur privé, européen, américain, japonais, dans les projets de développement et sous la forme de partenariats public-privé. Il faut que l’Afrique se rende compte que l’aide, c’est terminé. Les donateurs, qui étaient au centre des politiques de développement il y a vingt ans, n’y sont plus.

Réalisons que cette aide est bien inférieure, deux fois au moins, à ce que le continent reçoit en versements de la diaspora. Si on compare les flux de l’aide, 25 milliards de dollars, aux flux financiers illicites, plus de 50 milliards selon la CEA, on se rend compte que, si on faisait notre travail à travers de meilleurs systèmes de gestion des taxes, des impôts, des systèmes douaniers, on n’aurait pas besoin de cette aide. De même si nous réussissons à être sérieux sur nos mécanismes de mobilisation des ressources internes…

C’est dans cet esprit là que les pères fondateurs du NEPAD, et plus largement de toute l’architecture institutionnelle panafricaine, une génération qui, avec la décision de M. Bouteflika, a d’ailleurs désormais fini de laisser la place à la suivante, c’est pour que l’Afrique parle d’une seule voix à tous ses partenaires, pour qu’elle pèse plus lourd dans les débats.

Avec l’importance que nous acquérons dans le concert des nations, je suis en effet plutôt optimiste quant à la suite de notre trajectoire.

Merci encore de m’avoir donné l’occasion de partager avec vous ces quelques réflexions. J’espère qu’elles vous seront utiles dans la suite de vos choix professionnels et personnels.

L’Afrique a besoin d’accomplir son « big push » dans le domaine des infrastructures

On parle souvent en Afrique des opportunités offertes par le « leapfrog », ces sauts technologiques qui vont permettre au continent de se développer de façon accélérée en apprenant des expériences vécues par les autres pays du monde et en adoptant plus rapidement des nouvelles technologies. Mais s’il y a bien une étape que l’Afrique ne pourra pas sauter, c’est celle des infrastructures. Car, malgré son ouverture sur l’extérieur, avec un littoral tourné vers l’exportation de matières premières à destination des pays industrialisés, le continent reste la région la plus marginale dans le commerce mondial… et la moins intégrée à l’intérieur de ses propres frontières, les échanges interafricains ne dépassant guère 13 % du total du commerce extérieur de l’Afrique subsaharienne.

Selon les estimations, le « fossé » en termes d’investissement dans les infrastructures en Afrique est compris entre 130 et 170 milliards de dollars par an. Le combler permettrait une hausse annuelle de 2,6 % du revenu moyen par tête, selon la Banque mondiale – soit un bond très rapide de la croissance. L’accès à l’électricité, dont ne bénéficient que 43 % des ménages, se trouve en tête de liste, avec l’accès à l’eau potable et les infrastructures de transport. Relier les villes et les régions entre elles par la route, le rail et les voies aériennes ne relève plus seulement de la nécessité. Amplifiés par une urbanisation rapide, ces besoins représentent aussi d’énormes opportunités, qui contribuent à faire de l’Afrique l’une des dernières frontières de la croissance dans le monde.

Une prise de conscience globale s’est faite en ce sens dans les années 2000. Des réponses à la hauteur des enjeux ont été recherchées. La Facilité de préparation des projets d’infrastructures (Nepad-IPPF) a ainsi été lancée en 2005 pour soutenir les infrastructures régionales. Alimenté par plusieurs pays donateurs, ce fonds a permis de boucler les financements de 30 projets, à hauteur de 24 milliards de dollars. Fort de ce succès, l’Afrique a décidé d’aller plus loin en 2012, avec son Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), lancé à l’initiative de la Commission de l’Union africaine (UA), du Nepad, de la Banque africaine de développement (BAD), de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et des communautés économiques régionales. Face à la diversité des initiatives nationales, régionales et internationales, la synergie entre la Commission de l’UA et les communautés économiques régionales s’avère centrale.

Aujourd’hui, à travers « l’Agenda 5% », nous voulons mobiliser une source de financement gigantesque et presque « naturelle » : les fonds de pension et les fonds souverains africains. Nous estimons que les investisseurs institutionnels africains détiennent plus de 1 100 milliards de dollars. Pour l’instant, ces fonds sont investis dans des actifs ultra-sécurisés tels que des obligations d’État américaines ou, ce qui est assez ironique, des routes et aéroports européens.

Comment pouvons-nous nous attendre à ce que les investisseurs étrangers viennent investir chez nous si nous n’investissons pas dans notre propre avenir ? Nous proposons que ces fonds de pension et fonds souverains africains investissent au moins 5% de leurs actifs sous gestion pour combler le déficit de financement des infrastructures en Afrique. Cela représenterait environ 55 milliards de dollars. Aujourd’hui, avec la mise en place aux États-Unis de la Development Finance Corporation – dont l’objectif consiste à dérisquer les financements des investisseurs institutionnels en direction notamment de l’Afrique – l’Afrique doit saisir l’occasion de montrer la voie. C’est pourquoi un Mécanisme de garantie des infrastructures africaines (AIGM) est en cours d’élaboration avec la Banque africaine de développement (BAD). En matière d’infrastructures, nous plaidons non pas pour un leapfrog, mais bel et bien pour un « big push » !

D’ici à 2063 : quatre grandes transitions auxquelles les gouvernements africains devraient prêter attention

Un nouveau rapport définissant la voie à suivre pour une véritable transformation de l’Afrique vient d’être publié. « Africa’s path to 2063 : a choice in the face of great transformations », développé par le Frederick S. Pardee Center, se distingue notamment par sa réflexion de long terme. Nous étions particulièrement fiers de travailler avec des chercheurs internationaux de haut niveau pour mieux comprendre les tendances de notre développement et la voie à suivre pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063, le cadre stratégique de l’Union africaine pour la transformation socio-économique du continent au cours des 50 prochaines années.

Ce rapport s’appuie sur un logiciel de prévisions quantitatives macro-intégré et révèle les principales transitions auxquelles l’Afrique sera confrontée d’ici à 2063. Quatre grands thèmes de transition sont identifiés : la transition démographique, la transformation du développement humain et de l’inégalité, la transformation technologique et la transformation environnementale.

Le document met l’accent sur ces transitions prévisibles qui devraient être discutées, planifiées et opérées afin d’accroître les opportunités de développement et afin de relever les défis actuels et futurs de l’Afrique. Par exemple, selon l’étude, la population africaine passera de 1,3 milliard à 3 milliards en 2063. Le rythme rapide de la croissance urbaine contraste avec la lenteur des transformations structurelles qui l’accompagnent. Une urbanisation maîtrisée apportera le développement économique, social et humain.

En outre, la croissance économique dans la majorité des pays africains a réduit l’écart de revenu par habitant par rapport aux pays développés, mais il a été constaté que, d’ici à 2063, l’inégalité entre les pays riches et les pays pauvres se creusera encore davantage. Il s’agit d’un appel urgent à créer rapidement des mécanismes de redistribution organisés par les États.

Le rapport conclut que le développement technologique aura un impact positif sur la croissance économique en Afrique. Bien que plus faible que dans d’autres régions, des progrès ont été enregistrés sur le continent, y compris dans les télécommunications qui constituent un marché à fort potentiel. Le Rwanda a considérablement amélioré ses rendements agricoles de 5,6 tonnes par hectare en 2007 à 9,6 tonnes en 2013. La technologie peut être associée à des politiques publiques efficaces.

L’une des principales préoccupations est que notre continent semble être l’un des plus vulnérables au changement climatique. Cela devrait encourager les États africains à adopter une agriculture respectueuse du climat et à prendre des mesures pour promouvoir les technologies vertes. L’évolution des formes de gouvernance permettra de faire face à ces transformations et aux multiples défis qu’elles impliquent. Les pays ont plus que jamais besoin d’adapter leur modèle pour plus de flexibilité et de participation de la société civile.

À cette fin, le rapport met en lumière quatre grandes transitions qui serviront de cadre aux gouvernements africains. Cela exige une compréhension des changements en cours et des choix politiques qui peuvent être faits pour promouvoir le développement tant attendu de l’Afrique. Les États africains, associés aux organisations régionales et continentales, ont les moyens, mais aussi le devoir, de tenir compte de ces transitions et de les inclure dans leur planification stratégique.

Un « leapfrog » alimentaire est possible en Afrique

D’ici à 2050, la planète devra nourrir 10 milliards de personnes en tenant compte de l’impact de la production alimentaire sur le climat. Autrement dit, il s’agira de produire assez pour tous sans épuiser l’eau, la terre et la forêt. Une gageure ? Pas forcément…

C’est ce qu’indiquent 37 experts de 16 pays, qui se sont penchés sur cette question très concrète : quels régimes nutritifs sains peuvent-ils être tirés d’une exploitation agricole durable ? Leurs réponses, assorties de cibles chiffrées à travers le monde, représentent une première. Elles se trouvent dans le rapport sur l’alimentation, la planète et la santé de la commission formée par l’ONG EAT Forum et la revue médicale britannique The Lancet.

Un régime sain pour l’homme et durable pour la planète, selon le rapport, porte pour moitié sur des fruits et légumes, puis des céréales et légumes secs (lentilles, fèves, noix, pistaches, etc) et entre 0 et 186 grammes de viande par jour. Le document est déjà sorti en Australie, aux États-Unis et en Indonésie, où il a fait déjà fait couler de l’encre. Il fait aujourd’hui l’objet d’un lancement africain, en marge du 32esommet de l’Union africaine, en partenariat avec le Nepad.

Les défis restent colossaux, en fonction du contexte de chaque région du monde. En Afrique, le tableau s’avère contrasté. Pas moins de 59 millions d’enfants souffrent de malnutrition chronique, tandis que 9 millions se trouvent au contraire en surpoids. Le Sahel, les Grands lacs et Madagascar restent les régions les plus exposés à l’insécurité alimentaire. En même temps, des maladies de pays riches se répandent à la faveur de l’urbanisation, de l’essor des classes moyennes et du changement des habitudes alimentaires. Obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires et cancer sont en progression.

Bonne nouvelle cependant : l’Afrique est l’une des rares région du monde, souligne le rapport EAT Lancet, où la consommation de légumes s’avère plus importante que le niveau recommandé, et celle de protéines animales inférieure au maximum souhaitable. De l’Égypte à l’Afrique du Sud en passant par le Rwanda, céréales et protéines végétales tirées des fèves, pois, haricots et autres légumes secs entrent déjà dans la composition des plats quotidiens.

Personne n’en a encore pleinement conscience, mais sur le plan alimentaire, un « leapfrog » est possible sur le continent. Ce « saut de grenouille » est déjà bien connu des observateurs du secteur des télécommunications. L’essor de la téléphonie mobile s’est opéré sans passer par l’étape de la généralisation des lignes fixes, comme dans les pays industrialisés. En adaptant dès à présent sa consommation et son agriculture au climat, le continent pourrait sauter une autre étape importante : celle de l’agro-alimentaire industriel des pays du Nord, avec ses effets néfastes pour la santé et l’environnement.

Il sera possible, conclut le rapport EAT Lancet, de nourrir la planète sans dommages sur le climat, à plusieurs conditions. La consommation de protéines végétales doit augmenter partout, pour voir baisser la part des protéines animales. Il faudra aussi réduire de moitié les volumes de nourriture jetée chaque jour dans le monde, ainsi que les récoltes perdues – un problème crucial en Afrique. La recette, désormais, se trouve entre nos mains. À chacun d’entre nous de donner l’exemple.

Perspectives de croissance en Afrique : la qualité importe plus que la quantité

La Banque africaine de développement vient de publier ses Perspectives économiques en Afrique. L’institution panafricaine basée à Abidjan prévoit que le PIB de l’Afrique devrait augmenter de 4 % cette année, contre 3,5 % en 2018. Ce taux devrait s’accélérer pour atteindre 4,1 % en 2020. Si les perspectives macroéconomiques de l’Afrique s’améliorent indubitablement après plusieurs années de vents contraires, je voudrais alerter sur la nécessité de rester prudent.

D’abord parce que les chiffres sont encore bien en deçà de la moyenne de plus de 5 % que le continent a connue au cours de la décennie précédant la crise des matières premières de 2015, et sont insuffisants pour faire reculer la pauvreté et créer des emplois, comme le souligne très justement le rapport. Malheureusement, depuis des années, la croissance du PIB sur le continent ne se traduit pas en développement économique, en raison d’un manque de réformes structurelles. On ne peut éluder le fait que l’Afrique abrite toujours près de 400 millions de personnes vivant dans une extrême pauvreté. Et que sa part dans le PIB mondial ne dépasse pas les 3%.

En outre, selon l’Indice Ibrahim 2018 de la gouvernance africaine, les opportunités économiques pour les citoyens africains ne se sont améliorées que de 0,2% depuis 2008, malgré une croissance de 40% du PIB du continent. La création d’emplois a augmenté de 1,8% par an entre 2000 et 2014 selon les perspectives de la BAD, soit une croissance inférieure à celle de la population active, estimée à 3% par an. Dans un contexte démographique où 440 millions de jeunes Africains arriveront à l’âge de chercher un emploi dans les quinze prochaines années, il est plus qu’urgent d’agir.

Or il est inquiétant de constater que l’Afrique compte encore trop peu d’exemples de décideurs politiques déterminés sur la voie de la réforme structurelle. La nécessité de réformer s’intensifie dans un contexte de risques croissants liés aux tensions commerciales et à la vulnérabilité de la dette, sujets que j’ai déjà eu l’occasion d’aborder sur ce blog. Je m’inquiète même que les chiffres de croissance économique favorables présentés par la Banque africaine de développement ne rendent complaisants certains décideurs politiques qui peuvent faire valoir ces bonnes performances pour justifier l’inaction.

Comme le dit l’adage en Afrique : la croissance ne se mange pas. Pourtant, ce n’est pas une fatalité : nombreux sont les pays où la croissance « se mange ». De fait, l’Afrique a besoin d’une meilleure croissance, pas seulement d’une croissance plus forte. Pour l’obtenir, les solutions sont bien connues : réformes structurelles, intégration régionale, investissements dans l’éducation et les infrastructures, pour l’instant largement insuffisants si nous voulons former et donner toutes ses chances à la prochaine génération. C’est une responsabilité collective qu’il nous faut assumer ici.

Enfin, c’est aussi la responsabilité des élites politiques de créer la richesse économique qui nous permettra de nous émanciper de l’aide au développement dont nous sommes encore dépendants. Trop nombreux sont ceux qui l’ignorent, mais 80% de nos États pourraient aujourd’hui s’en passer. Je n’entends pas me placer « contre » cette aide, mais j’aimerais rappeler qu’elle est par définition transitoire. Or la nature de la croissance que nous créons en Afrique risque de nous maintenir dans cet état de dépendance. Il y a aujourd’hui véritablement urgence à réfléchir ensemble à créer les conditions d’une « croissance qui se mange » !

Favoriser le régionalisme africain à travers le développement des transports

Chaque année, l’Afrique progresse, lentement mais surement, vers une meilleure intégration politique et économique. De nombreux chantiers sont en cours, à l’image de la mise en place de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) ou encore du Single African Air Transport Market. Il faut dire qu’aujourd’hui, le potentiel du commerce intra-africain reste encore sous-exploité, représentant seulement 12% du commerce total de l’Afrique. Et l’une des premières causes de la faiblesse de ses échanges commerciaux intracontinentaux reste des coûts de transport plus élevés que dans d’autres régions.

Dans une récente note de recherche, intitulée « Régionalisme en Afrique : Coûts de transport soft and hard », l’Agence française de développement (AFD) illustre justement l’existence d’un lien de causalité entre le niveau des coûts de transports et les faiblesses du régionalisme en Afrique. Sur le plan tarifaire, les chercheurs estiment que si les pays africains ont effectivement baissé les tarifs sur les produits de leurs partenaires commerciaux, leur niveau moyen reste plus élevé en Afrique que dans le reste du monde. Mais de nombreux autres obstacles participent à ces coûts du commerce comme des régulations excessives ainsi que des délais d’attente aux frontières et dans les ports préjudiciables pour les entreprises.

Cette note se focalise principalement sur l’analyse des mesures de facilitation du commerce (soft) et les indices de la performance logistique (hard), deux dimensions distinctes des coûts de transport. Dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale, le point de vue des entreprises est présenté à travers leur perception de la régulation et des capacités institutionnelles par exemple, constituant des indices soft. À l’inverse, le Logistic Performance Index (LPI) se base sur six aspects beaucoup plus quantitatifs et concrets (hard) comme la capacité à suivre les transports ou la fréquence à laquelle les envois arrivent en temps et en heure à bonne destination. Mêlant ces différentes données issues de la Banque mondiale, la conclusion est la même sur les deux aspects : l’Afrique est en queue de peloton, même par rapport à d’autres régions émergentes.

Il y a donc urgence à agir pour désenclaver les pays africains entre eux à travers un grand nombre de mesures. Notre continent a tout à gagner à ce que les marchandises « circulent mieux dans un espace plus intégré » et que « des chaînes de valeur » puissent « se mettre en place au niveau africain avant de rejoindre les circuits internationaux ». L’importance à accorder au secteur des transports et à la performance logistique est donc décisive pour permettre à l’Afrique d’augmenter la taille de ses marchés et de réaliser des économies d’échelles.

En parallèle, l’intégration régionale doit prendre corps au niveau institutionnel et réglementaire, pour décongestionner nos frontières et nos ports par l’harmonisation de nos politiques douanières. S’il parvient à combler ce retard, notre continent sera en capacité de générer un surplus d’intégration et donc de croissance économique, dont les gains profiteront à nos populations et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Il ne nous reste plus qu’à prendre ensemble, nous pays africains, la route de l’intégration régionale en brisant les barrières qui entravent nos relations commerciales.

Que faire pour lutter contre la mortalité infantile en Afrique ?

Alors que la mortalité infantile est en recul dans le monde, il reste encore de nombreux progrès à accomplir dans ce domaine, en particulier en Afrique. Selon le dernier rapport conjoint de l’UNICEF, de l’Organisation mondiale de la Santé, de la Division de la population des Nations Unies et de la Banque mondiale, ce sont encore 6,3 millions d’enfants qui sont morts l’an dernier dans le monde, dont près de la moitié en Afrique subsaharienne. Bien sûr, ce chiffre est à rapporter aux 14,3 millions de décès d’enfants enregistrés dans le monde en 1990, mais il souligne également le fait que l’Afrique, elle, n’a pas beaucoup progressé. Il témoigne des insuffisances existant encore en termes d’accès aux soins d’urgence, de prise en charge des maternités, d’accès aux médicaments de base, et de respect de règles d’hygiène élémentaires.

Il convient de noter qu’au cours de la même période, le PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (en dollars constants de 2011) est passé de 47 199 milliards de dollars à 112 261 milliards de dollars, soit 2,37 fois la richesse mondiale en 28 ans. La corrélation entre l’amélioration du niveau de vie et la baisse de la mortalité infantile est à double sens. La baisse de la mortalité infantile se traduit par une augmentation de la population active et de la production nationale. Ce résultat dénote également une constance dans l’application de mesures destinées à améliorer le confort de vie des populations, et s’explique notamment par une transition démographique bien gérée.

 En effet, le taux de mortalité infantile est empiriquement plus élevé dans les sociétés où il y a plus d’enfants, entre lesquels se répartissent des ressources financières et médicales limitées, ce qui entraîne une diminution des ressources disponibles pour chaque enfant. Pour un même revenu, la concentration des ressources sur un plus petit nombre d’enfants permet une prise en charge plus efficace et de meilleures chances pour chaque enfant d’atteindre l’âge adulte dans de bonnes conditions. Mais le facteur clé de la transition démographique a toujours été l’augmentation du niveau de vie et non une baisse contrôlée du taux de natalité, même en Chine.

 En Afrique subsaharienne, où une vaste majorité de la population reste dépendante des travaux des champs non mécanisés (jusqu’à 70%), le nombre d’enfants est étroitement lié à la productivité de l’unité familiale. C’est pourquoi la transition démographique et ses bénéfices en termes de santé infantile tardent à se faire sentir. Cela explique pourquoi l’Afrique subsaharienne porte encore une part disproportionnée des décès d’enfants dans le monde. Alors que le PIB mondial augmentait, le PIB de l’Afrique subsaharienne augmentait plus lentement, passant d’une parité de pouvoir d’achat constante de 1 300 milliard de dollars en 1990 à 3 574 milliards en 2017. Dans les pays à revenu élevé, un enfant sur 185 est mort avant son cinquième anniversaire. Le chiffre est de un enfant sur treize en Afrique subsaharienne.

 Ceci est d’autant plus inacceptable que les solutions à ce fléau sont bien connues et « faciles » à mettre en œuvre. La plupart de ces décès pourraient être évités grâce à la vaccination, l’assainissement et un meilleur accès aux médicaments de base. Il est donc nécessaire de repenser l’ensemble du système sanitaire et hospitalier : l’éducation, l’hygiène, la formation de médecins spécialistes et généralistes compétents. Il faut également compléter la pyramide sanitaire par un maillage plus efficace des territoires en centres de soins, cliniques, hôpitaux régionaux et nationaux.

 L’expérience des pays africains qui ont essayé avec succès telle ou telle solution devrait être reproduite. Apprenons de nos propres expériences ! Par exemple, la propagation des antibiotiques au Niger a permis de réduire de façon significative le taux de mortalité infantile, peut-être jusqu’à 25 %. Au-delà des solutions techniques, ce sont parfois les mentalités qui doivent encore changer, comme l’illustre la crise d’Ebola en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria en 2015, où de simples changements dans les rites funéraires ont joué un rôle essentiel dans l’éradication de l’épidémie.