Un « leapfrog » alimentaire est possible en Afrique

D’ici à 2050, la planète devra nourrir 10 milliards de personnes en tenant compte de l’impact de la production alimentaire sur le climat. Autrement dit, il s’agira de produire assez pour tous sans épuiser l’eau, la terre et la forêt. Une gageure ? Pas forcément…

C’est ce qu’indiquent 37 experts de 16 pays, qui se sont penchés sur cette question très concrète : quels régimes nutritifs sains peuvent-ils être tirés d’une exploitation agricole durable ? Leurs réponses, assorties de cibles chiffrées à travers le monde, représentent une première. Elles se trouvent dans le rapport sur l’alimentation, la planète et la santé de la commission formée par l’ONG EAT Forum et la revue médicale britannique The Lancet.

Un régime sain pour l’homme et durable pour la planète, selon le rapport, porte pour moitié sur des fruits et légumes, puis des céréales et légumes secs (lentilles, fèves, noix, pistaches, etc) et entre 0 et 186 grammes de viande par jour. Le document est déjà sorti en Australie, aux États-Unis et en Indonésie, où il a fait déjà fait couler de l’encre. Il fait aujourd’hui l’objet d’un lancement africain, en marge du 32esommet de l’Union africaine, en partenariat avec le Nepad.

Les défis restent colossaux, en fonction du contexte de chaque région du monde. En Afrique, le tableau s’avère contrasté. Pas moins de 59 millions d’enfants souffrent de malnutrition chronique, tandis que 9 millions se trouvent au contraire en surpoids. Le Sahel, les Grands lacs et Madagascar restent les régions les plus exposés à l’insécurité alimentaire. En même temps, des maladies de pays riches se répandent à la faveur de l’urbanisation, de l’essor des classes moyennes et du changement des habitudes alimentaires. Obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires et cancer sont en progression.

Bonne nouvelle cependant : l’Afrique est l’une des rares région du monde, souligne le rapport EAT Lancet, où la consommation de légumes s’avère plus importante que le niveau recommandé, et celle de protéines animales inférieure au maximum souhaitable. De l’Égypte à l’Afrique du Sud en passant par le Rwanda, céréales et protéines végétales tirées des fèves, pois, haricots et autres légumes secs entrent déjà dans la composition des plats quotidiens.

Personne n’en a encore pleinement conscience, mais sur le plan alimentaire, un « leapfrog » est possible sur le continent. Ce « saut de grenouille » est déjà bien connu des observateurs du secteur des télécommunications. L’essor de la téléphonie mobile s’est opéré sans passer par l’étape de la généralisation des lignes fixes, comme dans les pays industrialisés. En adaptant dès à présent sa consommation et son agriculture au climat, le continent pourrait sauter une autre étape importante : celle de l’agro-alimentaire industriel des pays du Nord, avec ses effets néfastes pour la santé et l’environnement.

Il sera possible, conclut le rapport EAT Lancet, de nourrir la planète sans dommages sur le climat, à plusieurs conditions. La consommation de protéines végétales doit augmenter partout, pour voir baisser la part des protéines animales. Il faudra aussi réduire de moitié les volumes de nourriture jetée chaque jour dans le monde, ainsi que les récoltes perdues – un problème crucial en Afrique. La recette, désormais, se trouve entre nos mains. À chacun d’entre nous de donner l’exemple.

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