Les changements climatiques impactent l’Afrique jusque dans ses symboles les plus anciens

Au mois de juin, l’étude d’une équipe de chercheurs publiée dans la revue Nature Plants alertait sur la disparition progressive depuis une dizaine d’années de la grande majorité des plus vieux baobabs d’Afrique*. Huit des treize plus vieux d’entre eux sont partiellement ou totalement morts au cours de ces 12 dernières années. Un phénomène spectaculaire et très inquiétant lorsque l’on sait que les baobabs sont des arbres qui peuvent vivre des milliers d’années.

L’Afrique est le continent qui abrite le plus de baobabs au monde, avec une concentration particulière à Madagascar. Rien que sur « l’île rouge », pas moins de six espèces de baobabs sur les neufs existantes sont recensés. Le plus connu est l’Adansonia digitata, ou baobab africain, que l’on retrouve dans de nombreux pays du continent.

Si la disparition progressive des baobabs ne me laisse pas indifférent, c’est parce qu’ils occupent une place particulière dans les sociétés africaines. Présent sur les armoiries de plusieurs États africains, « l’arbre de vie » est sacré pour plusieurs de nos cultures. En Afrique de l’Ouest, le baobab est souvent appelé « l’arbre à palabres » en raison de sa fonction sociale. Dans de nombreux villages africains, se retrouver sous le baobab est synonyme de rassemblement et d’échange afin d’apporter la solution à un problème auquel la communauté fait face.

Au-delà de cette fonction sociale, le baobab a également une place centrale dans la flore africaine. D’un point de vue scientifique, c’est un arbre aux nombreuses vertus et utilités : il nourrit, offre des produits de construction, soigne…Le baobab sert même de citerne à eau dans certains cas. Dans les régions arides de Madagascar où vivent les peuples Mahafaly, les habitants creusent les troncs des baobabs pour en faire des réservoirs d’eau de pluie. Grâce à ce savoir-faire qui se transmet de génération en génération, un baobab-citerne peut contenir jusqu’à 9 000 litres d’eau, de quoi couvrir les besoins en eau d’une famille pendant quatre à cinq mois.

Et pourtant, les baobabs sont en train de disparaitre en Afrique, en grande partie à cause du changement climatique, selon les chercheurs. Cette hypothèse est confortée par le fait que c’est en Afrique australe, région particulièrement frappée par le changement climatique, que ces disparitions des géants de la savane ont été le plus souvent constatées.

La mort des baobabs en dit long sur les défis plus globaux auxquels fait face l’Afrique. Alors que l’Afrique est le continent qui produit le moins de gaz à effet de serre, elle est aussi le continent qui est le plus victime du changement climatique. Dans un contexte où le multilatéralisme est battu en brèche par les égoïsmes nationaux, les États africains doivent réussir à mobiliser les autres pays du monde pour une meilleure gouvernance mondiale en faveur de la préservation de l’environnement et d’une meilleure gestion des biens publics mondiaux.

Certaines légendes africaines racontent que Dieu a donné cette forme étrange au baobab afin de rattacher le ciel à la terre, devenant ainsi « les racines du ciel ». Mais surtout, les racines du baobab sont enfouies dans la terre d’une Afrique en pleine transformation. À nous de faire que malgré ces grandes évolutions politiques, économiques, culturelles et environnementales, nos baobabs restent bien enracinés dans le sol africain, tout comme nos traditions et notre culture.
*Nature Plant, « The demise of the largest and oldest African baobabs », VOL 4, July 2018
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