Le train à grande vitesse n’attend plus en Afrique

Le train à grande vitesse a fait des percées remarquées à travers le continent. Une ligne de 300 km entre Tanger à Casablanca a été inaugurée au Maroc en novembre 2018. Le trajet prend trois fois moins de temps, deux heures au lieu de six auparavant, avec une hausse modérée du prix du billet. Le tronçon Abuja-Kaduna, une distance de 200 km entre deux villes du nord du Nigeria, peut se parcourir depuis 2016 en une heure. D’autres axes sont prévus entre Kaduna et Kano, puis Kano et Lagos. Des gains économiques en sont attendus, bien sûr, mais aussi sociaux et politiques. Le désenclavement du nord du pays contribuera à réduire le sentiment qui prévaut dans ces régions d’avoir été longtemps négligées, par rapport à un Sud pétrolier plus opulent.

Nombre de pays veulent également suivre l’exemple donné par le Gautrain, mis en service en 2010 entre l’aéroport international de Johannesburg et Pretoria. Cette ligne à grande vitesse, dont certains doutaient à ses débuts, transporte aujourd’hui 100 000 passagers par jour. Elle a réduit les embouteillages quotidiens dans la province du Gauteng, le cœur industriel de l’Afrique du Sud.

L’intégration économique de l’Afrique dépend d’abord de ses infrastructures de transport, encore marquées par les politiques d’aménagement du territoire de l’ère de la colonisation. Trop peu d’autoroutes se déroulent entre différents pays et trop peu de trains, sur les 90 000 km de réseau ferré que compte l’Afrique, permettent de traverser les frontières. Le réseau reliant l’Ouganda à la Tanzanie, l’Ethiopie à Djibouti ou l’Afrique du Sud au Zimbabwe restent l’exception plutôt que la règle. Comme au XXe siècle, le rail est axé sur le transport de marchandises et de matières premières entre le littoral et l’hinterland. La situation doit changer, pour que l’Afrique puisse enfin commercer avec elle-même, à grande échelle.

C’est pourquoi le réseau Réseau africain intégré de chemins de fer à grande vitesse (African Integrated High Speed Railway Network – AIHSRN) représente l’un des projets phares de l’agenda 2063 de l’Union africaine. La modernisation et l’extension des réseaux ferrés ne se fera pas sans les nouvelles technologies numériques, élément clé du transport « intelligent ». Or l’Afrique a déjà montré qu’elle était capable d’un « leapfrog » dans la téléphonie mobile et le mobile banking. Pourquoi n’en ferait-elle pas de même sur le rail, en passant directement aux technologies de pointe ?

À cette question, le premier Sommet digital du rail africain qui a eu lieu cette semaine au Cap, organisé par le Nepad et l’Union internationale des chemins de fer (IUC), a permis d’identifier de grands projets, de dresser une feuille de route et de redynamiser l’Union africaine des chemins de fer (UAC).

« Du Cap au Caire », tel était le grand projet de chemin de fer caressé par Cecil John Rhodes, Premier ministre britannique de la Colonie du Cap (1890-96). Aujourd’hui, ce sont les ministres des Transports de l’Afrique du Sud et de l’Egypte qui se retrouvent à la pointe sud du continent, avec d’autres homologues, pour porter leur vision d’une Afrique ferroviaire, en toute indépendance.

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