Le tourisme, un secteur au service d’une croissance inclusive en Afrique

L’une des conséquences de la mondialisation est que « La terre est devenue plate » si je devais reprendre l’expression de l’éditorialiste américain Thomas Friedman. De fait, le développement des transports, notamment aériens, et la baisse consécutive des prix, ont permis, entre autres, une forte augmentation des flux touristiques. Ceci sans compter la fenêtre ouverte sur le monde par internet nous donnant envie d’aller découvrir le monde au-delà de notre jardin.

L’Afrique bénéficie elle aussi de l’accroissement des flux touristiques. Ainsi, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), le continent a accueilli 57,8 millions de touristes en 2016, soit 4,4 millions de plus qu’en 2015. D’après les projections de l’OMT, ce chiffre pourrait même atteindre 134 millions en 2030. À tel point que, dans son rapport 2017 sur le développement économique de l’Afrique[i], la CNUCED attire notre attention sur le poids économique du tourisme sur le continent africain : le tourisme pèse 6,8% dans le PNB africain et représente plus de 21 millions d’emplois (soit environ un emploi sur quatorze). Au total, le tourisme est le deuxième secteur d’activité du continent.

Un des points intéressants que souligne le rapport de la CNUCED est le fait que ce sont les Africains eux-mêmes qui tirent de plus en plus la demande touristique en Afrique. En effet, quatre touristes internationaux sur dix seraient Africains. Le tourisme est un secteur d’autant plus intéressant à étudier qu’il est un miroir des enjeux de notre continent : le poids des Africains dans le tourisme international en Afrique souligne l’émergence d’une classe moyenne africaine, tandis que les obstacles à son développement sont les mêmes que pour l’économie de manière générale : manque d’infrastructures, déficit énergétique, entraves à la circulation des personnes…

L’Afrique ne tire donc malheureusement pas le maximum de ce potentiel. En effet, ces chiffres sont à relativiser dans la mesure où le tourisme pèse environ 10% du PNB ailleurs dans le monde. Si l’on rapporte le nombre total de touristes à la population du continent (environ 1,2 milliard d’habitants), le chiffre de 57,8 millions de touristes est faible. Rappelons qu’un pays comme la France accueille plus de touristes (environ 83 millions) qu’il ne compte d’habitants (environ 66 millions)…

Cependant, tout comme d’autres pans de l’économie africaine, le tourisme en Afrique pourrait bénéficier de la révolution digitale. Une nouvelle génération d’entrepreneurs veulent montrer une autre face de l’Afrique, plus authentique, en proposant aux touristes autres choses que les classiques du tourisme africain. Trois projets (Tastemakers Africa, Hip Africa, Visiter l’Afrique) innovants portés par des entrepreneurs de la diaspora pourraient participer à changer l’image du continent. L’usage des réseaux sociaux est un puissant outil marketing pour ces sites dont une grande partie de la visibilité provient d’Instagram.

Le NEPAD s’est également saisi de ce sujet à travers le Nepad Tourism Action Plan (TAP) sur recommandation de la conférence africaine des ministres du Tourisme. Le TAP servira ainsi de feuille de route pour le tourisme durable pour le continent africain. Ce plan se focalise sur six points essentiels : l’environnement politique et législatif du tourisme ; ses capacités institutionnelles ; le marketing du tourisme ; la R&D ; l’investissement dans les infrastructures et les produits touristiques ; les ressources humaines et le contrôle qualité. Le NEPAD voit dans le tourisme un puissant outil aussi bien d’intégration régionale que de développement socio-économique favorisant la réduction de la pauvreté.

Parce que cette thématique du tourisme me paraît essentielle, je m’exprimerai sur l’amélioration du moteur de la croissance de l’Afrique à travers le tourisme durable lors d’une table ronde que nous organiserons le 21 septembre prochain à l’occasion de la 72e session de l’Assemblée générale des Nations Unies. Car je crois personnellement que le tourisme est une réelle opportunité dans la mesure où il peut être mis au service d’une croissance transformatrice et inclusive, notamment en créant une activité économique au bénéfice de communautés vulnérables et en participant à la préservation de notre environnement.

[i] CNUCED, « le tourisme au service d’une croissance transformatrice et inclusive », Le développement économique en Afrique, rapport 2017

Published by

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *