Le potentiel et les risques de l’économie numérique en Afrique

Dans son dernier rapport sur l’économie de l’information intitulé « Digitalisation, commerce et développement »[i], la CNUCED souligne l’impact croissant du numérique sur les économies africaines. Si l’Afrique continue d’avoir le plus faible taux de pénétration de l’Internet haut débit, c’est aussi le continent où la croissance est la plus rapide en la matière. Le Big data, l’intelligence artificielle, le mobile banking, l’imprimante 3D bouleversent déjà la vieille économie. Mais en Afrique, la percée de l’économie numérique est particulièrement impressionnante.

Dès 2025, la contribution du numérique au PIB Africain devrait rattraper le niveau de la Suède et de Taiwan. Ne parle-t-on pas déjà des « leapfrogs » de l’Afrique dans le digital à travers le mobile banking, l’e-commerce ou encore l’e-gouvernement ? Face à ses nombreuses contraintes – géographiques, sanitaires, écologiques ou agricoles – l’Afrique a dû en permanence chercher de nouveaux modèles et innover pour se développer. Prenons l’exemple de la santé : dans certains pays d’Afrique subsaharienne, certains médecins sont si rares dans leur spécialité qu’ils ne sont qu’un pour un million d’habitants. Peut-on imaginer meilleure opportunité pour développer la e-santé ?

Le commerce électronique est en plein boom, avec de nombreux acteurs qui bénéficient pleinement du dynamisme de la démographie africaine et de la pénétration croissante de l’Internet haut débit sur le continent. Reflet de cette impressionnante croissance, une entreprise comme Jumia est passé de 35 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2013 à 289 millions d’euros en 2015. Mais au-delà du e-commerce et du mobile banking, l’essor du numérique donne naissance à d’autres projets à la dimension collaborative. C’est le cas par exemple de la plateforme Agritools, qui partage les initiatives technologiques africaines au service des agriculteurs créant un forum de solutions de haut niveau technologique pour les producteurs.

Aujourd’hui, l’Afrique est contrainte d’innover afin de contourner ses contraintes naturelles et de rattraper son retard technologique. Mais la prochaine étape de l’Afrique est le passage à la « reverse innovation ». Pour le moment, l’Afrique adapte des technologies qui proviennent des pays développés. Maintenant, il faut que l’Afrique crée elle-même ses innovations et qu’elles soient reprises par les pays développés.

De même, si l’économie numérique offre des perspectives intéressantes pour le futur, nous ne devons pas pour autant oublier les risques associés à un tel développement. Plusieurs éléments doivent attirer notre attention afin que cette nouvelle économie numérique soit inclusive et bénéficie au plus grand nombre.

Tout d’abord, le digital prend naturellement de vitesse les États, qui mettent toujours du temps à réagir face aux innovations. Les gouvernements doivent absolument légiférer en faveur de la protection des données numériques afin que la vie privée de nos concitoyens et la compétitivité de nos entreprises soient préservées. De plus, la fracture numérique est un réel danger : des inégalités dans l’usage de ces technologies peuvent rapidement apparaître entre les grandes et les petites entreprises, mais aussi entre les différents pays africains. Enfin, l’éducation numérique doit être placée au cœur des programmes scolaires. La maîtrise de ces technologies par nos concitoyens est indispensable afin de réussir pleinement l’intégration de l’Afrique dans l’économie mondiale.
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[i] CNUCED, « Digitalisation, commerce et développement », rapport sur l’économie de l’information 2017.

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