Le cœur du défi migratoire se situe dans les campagnes africaines

Contrairement à ce que beaucoup croient encore en Europe, c’est désormais l’Afrique qui domine les flux migratoires en direction de l’Europe et non le Moyen-Orient. L’accord passé en 2016 entre l’Union européenne et la Turquie a fortement contribué à faire chuter le nombre de migrants venus du Levant. L’Afrique est la première terre d’émigration mondiale.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), les Subsahariens ont représenté 79% des migrants passés par l’Italie entre le 1er janvier 2015 et le 30 juin 2017. Pendant ce temps, l’Espagne redevient également une route migratoire importante puisque le nombre de migrants passés par « la route de la Méditerranée de l’Ouest » a déjà doublé par rapport à 2016.

Si certains de nos concitoyens quittent le continent pour fuir les guerres et les violences politiques, nous ne pouvons pas sous-estimer le poids des migrations économiques. Les causes sont multiples et connues : chômage de masse, surtout chez les jeunes, instabilité politique et mauvaise gouvernance, pression démographique en zones urbaines, abandon des zones rurales par le pouvoir central, injustice sociale et une forme de fantasme sur les promesses de l’Europe.

Parmi toutes les solutions envisageables, de nombreuses études économétriques ont démontré la pertinence du développement agricole dans la lutte contre la pauvreté. Dans un continent qui compte 65% des terres arables disponibles dans le monde, pour une population encore à 50% rurale, c’est le meilleur moyen de leur offrir aux populations une formation et un emploi leur permettant de gagner un revenu décent, et de se stabiliser.

Dans une étude conjointe, la FAO et le CIRAD estiment que c’est près de 380 millions de jeunes, dont 220 millions en zones rurales, qui vont entrer sur le marché du travail africain d’ici à 2030. Si nous n’offrons pas à cette jeunesse des zones rurales des opportunités professionnelles, elle n’aura d’autres choix que de migrer vers les grandes villes africaines dans des conditions précaires ou même vers l’Europe. L’agriculture et le développement rural sont les piliers sur lesquels doit s’appuyer notre réponse au défi migratoire en Afrique.

Alors que 80% des exploitations agricoles en Afrique font moins de deux hectares, il faut renforcer les connections entre les petits exploitants agricoles et les entreprises de l’agrobusiness pour mettre en place un écosystème harmonieux. En mettant en place des chaînes de valeurs intégrées pour capter une plus grande part de la valeur ajoutée et en garantissant l’autosuffisance régionale pour certains produits de base, ces agropoles seront sources d’emplois pour les populations, notamment pour les femmes et les jeunes.

Dans le cadre des perspectives définies par l’Union Africaine l’Agence du NEPAD veille à la mise en place d’agropoles et de corridors d’infrastructures au cœur de l’Agenda 2063 pour la transformation agricole du continent. Une meilleure connexion aux marchés régionaux est clé pour créer un réservoir de consommateurs suffisamment élargi pour justifier les investissements nécessaires

Le danger démographique prend une deuxième forme, plus inattendue : la main d’œuvre agricole est vieillissante en Afrique subsaharienne. En moyenne, les agriculteurs ont soixante ans dans de nombreux pays tandis que la jeunesse est massivement touchée par le chômage. C’est l’occasion de procéder à une transmission générationnelle afin que les agriculteurs expérimentés fassent bénéficier les jeunes de leur savoir-faire. Je dis souvent que la vie d’un agriculteur ne diffère guère de celle d’un chef d’entreprise. L’agriculture est particulièrement transformée par le numérique, que les jeunes sauront mieux exploiter que l’actuelle génération.

Il ne sert à rien de regarder vers la Méditerranée lorsqu’on veut parler de l’enjeu migratoire. C’est déjà trop tard. C’est en agissant directement sur les causes des migrations que les situations inhumaines constatées en Libye et ailleurs cesseront. Commençons par offrir un avenir professionnel à nos concitoyens et à mettre en place les conditions d’une croissance inclusive et durable. Et pour cela, l’agriculture est le pilier essentiel sur lequel nous devons nous appuyer.

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