Le capital humain, levier essentiel de la richesse des nations

Le PIB et sa croissance, souvent considérés comme les indicateurs de référence quand il s’agit d’évaluer la situation économique d’un pays, font depuis longtemps l’objet de controverses. Déjà en 1992, suite au Sommet de la Terre à Rio, plusieurs économistes s’étaient penchés sur la notion de « durabilité », estimant que le PIB ne prenait pas en compte l’état des ressources naturelles, indispensables pourtant pour assurer une croissance économique sur le long terme. De même, la crise financière de 2008 nous a rappelés à quel point nos instruments de mesure de la bonne santé économique des pays et entreprises sont approximatifs, voire trompeurs.

Dans une nouvelle étude intitulée « The Changing Wealth of Nations 2018 », la Banque mondiale analyse l’évolution de la richesse de 141 pays entre 1995 et 2014, en prenant en compte quatre éléments. L’évaluation des richesses se base sur le capital naturel (ressources minières, forêts…), le capital produit (infrastructures…), les actifs étrangers nets et surtout le capital humain (revenus d’une personne sur toute sa vie). C’est la première fois que le capital humain est introduit dans une telle étude, illustrant ainsi l’importance de l’investissement dans les individus comme levier essentiel de la richesse des nations.

On constate ainsi que le capital humain constitue pas moins des deux tiers de la richesse mondiale. Dans les pays à revenu élevé, le capital humain représente 70% de la richesse contre seulement 40% dans les pays à faible revenu. Ainsi, lorsque l’on suit la trajectoire de pays à faible revenu devenus des pays à revenu intermédiaire entre 1995 et 2014, on observe un investissement des gains issus du capital naturel dans les infrastructures et dans l’éducation. À l’inverse, dans dix des 24 pays du groupe des pays à faible revenu, le capital naturel représente toujours plus de 50% de la richesse nationale.

À l’échelle mondiale, la richesse mondiale a augmenté, notamment avec le rattrapage des pays à revenu élevé par les pays à revenu intermédiaire. Néanmoins, les inégalités persistent puisque dans les pays de l’OCDE, la richesse par habitant continue d’être 52 fois supérieure à celle d’un habitant d’un pays à faible revenu. De plus, même si les pays à faible revenu affichent un quasi-doublement de leur niveau de richesse entre 1995 et 2014, la pression démographique de nombreux pays, essentiellement d’Afrique subsaharienne, n’a pas permis à la richesse par habitant de progresser autant que la moyenne mondiale.

En lisant ce rapport, on peut conclure que l’Afrique fait face à deux principaux défis : mener la transition d’une richesse issue du capital naturel vers le capital humain et mieux gérer sa pression démographique. Trop souvent frappés par la « malédiction des matières premières », les pays africains doivent réinvestir massivement les recettes liées à l’industrie extractive dans les infrastructures et l’éducation pour mettre en place les conditions nécessaires d’une croissance inclusive et durable. C’est dans ce contexte que les gouvernements africains doivent réfléchir à leurs stratégies de développement en gérant  l’enjeu démographique dans le but que notre jeunesse devienne effectivement la première richesse de notre continent.

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