L’avenir de l’investissement en Afrique

La Conférence annuelle de l’AVCA, tenue du 3 au 7 avril à Abidjan, a fourni au secteur du capital privé et du capital-risque une plate-forme importante pour discuter des opportunités les plus pertinentes et des enjeux d’investissement en Afrique. Les infrastructures étant insuffisantes en Afrique, ce domaine reste une priorité des grands investisseurs du continent. La Commission économique de l’ONU pour l’Afrique rapporte que, bien que les gouvernements souhaitent développer de nouvelles infrastructures, ils n’ont toujours pas la capacité  d’élaborer des propositions attractives pour des investisseurs institutionnels.

Le rapport stipule que sur un total de 2 trillions de dollars collectés à l’échelle mondiale pour les projets d’infrastructure, seulement 59 milliards de dollars ont été investis en Afrique. Cette somme représente seulement 3% de la totalité. En raison des ressources financières inadéquates de nombreux États souffrent de leur crédibilité pour promouvoir l’investissement dans des projets et des secteurs spécifiques.

Il existe tout de même une raison de rester positif, les investissements ont bien évolué en 2016. Les acteurs du capital privé ont investi 3,8 milliards de dollars dans 145 transactions en Afrique l’année dernière, touchant des entreprises allant de l’agriculture et de l’énergie aux secteurs de la santé et de la finance. Mais au-delà de l’appui des partenaires étrangers et multilatéraux, les pays africains devront également développer des outils financiers nationaux de capital pour déployer l’infrastructure. Il est devenu impératif pour l’Afrique de combler le fossé entre les individus avec une liquidité très élevée d’une part, et un secteur privé et des États qui ont du mal à se financer, d’autre part. Un doublement de l’épargne domestique sur le continent permettrait d’aligner l’Afrique sur d’autres régions émergentes et fournirait au moins 250 milliards de dollars.

Les impôts et les revenus irréguliers des États provenant des produits de base,  n’étant plus suffisant, il est temps d’examiner la solution des fonds de pension afin de soutenir les projets d’infrastructure. Même dans les pays où il y a eu une réforme des fonds de pensions, il n’existe pas assez d’outils financiers pour soutenir les projets d’infrastructure, ce qui limite la capacité d’utiliser ces fonds. Le rôle de l’État est fondamental dans la mise en place des instruments nécessaires pour réinjecter les fonds mobilisés dans l’économie réelle.

Diriger les envois de fonds pour créer des « emprunts diaspora » (diaspora bonds) peut aider à proposer une solution rapide au retard du développement. Le Nigeria est la cinquième plus grande destination mondiale pour les envois de fonds internationaux, avec cinq millions de Nigérians vivant à l’étranger et renvoyant de l’argent à leurs proches, selon Western Union. Le Nigeria prévoit de rassembler 300 millions de dollars en proposant des emprunts diaspora, qui seront publiés en juin 2017 et cibleront les Nigérians vivant à l’étranger.

Le défi est de faire de chaque citoyen un investisseur à part entière qui contribue au développement de son pays. On compte déjà quelques succès dans le domaine de la gestion collective avec le lancement récent d’initiatives promues par des acteurs privés (Amethis de l’Afrique de l’Ouest, par exemple, est le premier fond d’investissement enregistré en Côte d’Ivoire) ou des acteurs publics (au Rwanda, Agaciro qui vise à capter l’épargne des migrants).

Nous ne devrions pas sous-estimer la place de l’innovation afin de faire prospérer l’industrie financière. Il n’est pas inhabituel que les projets étatiques servent de « cobayes » avant d’atteindre le secteur privé local. Après tout, le barrage de la Renaissance, le plus important d’Afrique, a débuté grâces aux seuls financements apportés par les Éthiopiens.

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