L’agriculteur, un entrepreneur comme les autres !

L’agriculture africaine n’est plus un mode de vie traditionnel, c’est un secteur industriel et commercial. Et comme n’importe quel autre secteur ouvert sur le monde, l’agriculture va croître, grâce à l’investissement et l’accès aux marchés. Le fermier africain, comme tout entrepreneur, et peut-être plus encore, doit tenir compte de la nature incertaine des cycles d’affaires. Le fermier est en effet à la merci des flux du marché et du changement climatique. Il devra pour réussir pouvoir accéder aux financements, gérer sa trésorerie et diversifier ses actifs, au risque sinon de mettre la clé sous la porte.

L’énergie, les idées et la motivation sont là mais toutes les bonnes idées ne seront pas financées. Le continent n’a pas encore produit suffisamment de petites entreprises productives et rentables dans ce domaine. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne compte à peine le quart du nombre total de petites entreprises comparables par rapport à l’Asie, à population équivalente. De plus, les niveaux d’emprunts du gouvernement entraînent une hausse des taux d’intérêt pour l’ensemble de la population. Les taux d’intérêt pour les agriculteurs dans certaines parties de l’Afrique de l’Est et de l’Ouest peuvent atteindre 20 à 45%. C’est sans surprise que la Banque mondiale a constaté que seulement 1% des agriculteurs nigérians ont emprunté pour acheter des engrais l’année dernière, vu la difficulté d’accès au crédit pour les petits agriculteurs. Mais la technologie mobile offre de nouveaux taux d’intérêts plus avantageux pour les agriculteurs. Les gouvernements et les investisseurs eux consentent aussi d’énormes investissements dans l’infrastructure et dans l’énergie, des initiatives facilitées par le Nepad.

Il existe également de nombreuses opportunités à exploiter pour réaliser des choses simples pour les marchés locaux. De meilleures compétences en gestion, une utilisation plus judicieuse des engrais sont des compétences clés qui peuvent être largement développées. Les semences hybrides, en particulier celles qui sont développées en Afrique pour les Africains, sont très prometteuses. Les gouvernements et les ONG enseignent déjà aux agriculteurs comment utiliser les nouvelles semences. Les guichets uniques tels que le Fonds caritatif One Acre, au Rwanda, fournissent à leurs clients des semences, des engrais, des savoir-faire et des crédits. Créer des installations pour permettre aux agriculteurs de stocker les récoltes en toute sécurité et la possibilité de réaliser la transformation agroalimentaire à proximité des fermes aidera à réduire les déchets et à procurer des emplois avec des rémunérations décentes.

Les réseaux sociaux sont également primordiaux pour le succès des agriculteurs entrepreneurs. Il existe une corrélation entre des réseaux sociaux solides et des activités commerciales prospères. Ces modèles de réussite doivent être signalés, surtout dans les domaines où il existe peu d’entreprises modèles, afin que les entrepreneurs potentiels puissent y trouver une inspiration.

Nous avons pu observer également un autre type d’agriculteurs, à travers la success story de Rotimi Williams, un entrepreneur nigérian de 35 ans qui produit du riz. Auparavant journaliste, Williams est le propriétaire de Kereksuk Rice Farm, la deuxième plus grande ferme commerciale de riz au Nigeria. Ayant vécu et travaillé à l’étranger pendant un certain temps, il est revenu au Nigeria sans formation agricole mais avec une forte volonté d’apprendre. Il a lu tous les articles qu’il pouvait trouver sur Google, puis est passé de la théorie à la pratique. Sa ferme de 45 000 hectares emploie aujourd’hui plus de 600 personnes et a basé son modèle sur l’approche culturelle des habitants pour l’agriculture.

L’agriculture est un véritable modèle d’entreprise, et la promotion des petites exploitations agricoles n’est pas contraire à la promotion d’une agriculture commerciale ambitieuse à grande échelle pour l’Afrique.

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