L’Afrique et la mondialisation : commerce et migration

La mondialisation n’est pas un processus qui a simplement commencé au cours des deux dernières décennies, voire des deux derniers siècles. Son histoire s’étend sur des milliers d’années, et l’Afrique a été au cœur du commerce international depuis beaucoup plus longtemps que ce que nous imaginons. Depuis les caravanes transsahariennes et le commerce triangulaire, des comptoirs coloniaux au coltan du Kivu, le continent a vécu au rythme des différentes périodes de la mondialisation, sans toujours pouvoir l’influencer, la maîtriser, encore moins en tirer des bénéfices de long terme.

Que l’on pense que la mondialisation est une « bonne chose » ou non, c’est un élément essentiel de l’histoire économique de l’humanité. Selon Amartya Sen, prix Nobel d’économie, la mondialisation « a enrichi le monde scientifiquement et culturellement et bénéficié aussi à de nombreuses personnes ». Ceux qui sont plus sceptiques quant à la mondialisation l’associent uniquement aux politiques du libre échange et à l’augmentation des inégalités. Il est vrai que l’Afrique, en particulier l’Afrique subsaharienne, est en retard sur d’autres régions dans son intégration à l’économie mondiale, et l’écrasante majorité des Africains n’ont pas bénéficié des prétendues promesses de prospérité mondiale.

Mais la mondialisation englobe aussi l’échange de biens et marchandises, de culture, d’idées, d’informations, de personnes… Les réseaux mondiaux ont créé des possibilités pour les nations et les communautés de fonctionner à plus grande échelle dans le monde entier. Les endroits précédemment disparates sur le globe sont maintenant liés à des systèmes étendus de communication, de migration, de commerce et d’interconnexions. Ce phénomène permet également aux pays émergents de renforcer leurs identités locales et indépendantes tout en travaillant à faire partie d’alliances transnationales plus larges.

Dans ce contexte, quelles sont les questions que l’Afrique devrait se poser pour devenir un acteur plus proactif dans la mondialisation ?

Les accords commerciaux doivent démontrer que les nations sont ouvertes aux entreprises tout en faisant de l’intérêt des peuples, et pas seulement de celui des entreprises, une priorité. Donc que devons-nous mettre en place pour résoudre les tensions entre la démocratie, l’État-nation et l’intégration économique mondiale ?

Une caractéristique clé de la mondialisation est la connectivité, comme en témoigne l’expansion des câbles de fibre optique terrestres et marins. Ils offrent une transmission à haut débit sans précédent et une opportunité de maîtriser la révolution numérique. Comment les technologies, essentielles à la vie économique et sociale de l’Afrique, enrichiront-elles les populations africaines ?

L’Afrique a le potentiel de développer un modèle particulier de mondialisation. Ce modèle est encore plus pertinent dans un contexte mondial marqué par le vote britannique pour sortir de l’Union Européenne et le résultat de la récente élection présidentielle américaine. Ces derniers événements sont un symptôme de désenchantement populaire vis-à-vis de la mondialisation et démontrent un désir de rehausser les barrières nationales. En revanche, les Africains continuent d’être ouverts. Dans ce contexte, le phénomène des migrations sud-sud constitue un capital important pour le continent. Pouvons-nous redéfinir la dynamique de migration loin du débat binaire du « brain drain / brain gain » et la transformer en une formule de développement continental holistique ?

La mondialisation n’est pas un jeu à somme nulle. Il s’agit d’un trafic bidirectionnel impliquant un processus historique de franchissement des frontières et de métissage dont tout le monde devrait bénéficier. L’Afrique, peut encore, grâce à un ensemble particulier et renouvelé de transactions mondiales, influencer positivement l’orientation que la mondialisation prendra dans le futur – et en tirer profit tout en y contribuant plus amplement.

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