La renaissance africaine passe par les femmes

Alors que l’on parle de plus en plus de la seconde libération de l’Afrique, la libération économique, on ne peut éviter de penser également aux Africains qui représentent plus de la moitié de la population du continent : les Africaines. Doit-on envisager également cette question sous l’angle d’une nouvelle libération, d’une émancipation ? Ne serait-il pas plus constructif de regarder la situation des 410 millions de femmes africaines aujourd’hui, et ensuite de voir comment les aider davantage ?

Récemment, un chiffre m’a frappé : selon l’UNICEF, si toutes les filles en Afrique allaient au bout de l’école primaire, la mortalité maternelle serait réduite de 70%. Ce serait 50.000 vies sauvées par an. Qu’en serait-il de la contamination des maladies sexuellement transmissibles ? De l’amélioration de l’alimentation ? La perspective est tout simplement impressionnante.

L’accès à l’éducation pour les filles, très variable en fonction des pays, demeure donc une priorité. Il nous faut identifier les maillons faibles et les blocages afin d’assurer la poursuite de l’accès à l’éducation pour les filles et les jeunes filles. Plus qu’un pari sur l’avenir, c’est une nécessité économique et politique, surtout quand on sait qu’environ 28 millions de filles et d’adolescentes qui ont l’âge d’être scolarisées n’iront probablement jamais à l’école de leur vie.

Économique parce que les femmes représentent la moitié de la ressource humaine de notre continent. Dans le domaine de l’agriculture, 40% des travaux agricoles sont entrepris par des femmes, mais elles produisent 80% des denrées alimentaires dans les ménages. Il faut aussi savoir que le chômage les touche davantage que les hommes : 10,6% des femmes sont sans emploi, contre 8,2% pour les hommes, selon la Banque mondiale.

Là aussi, les disparités sont importantes Ainsi, en Ouganda ou en Tanzanie, mais aussi au Malawi, le nombre de femmes dans les champs dépasse les 50%. En Éthiopie, ou au Niger, à l’inverse, elles ne représentent que respectivement 29 et 24% de la main d’œuvre. « Permettre aux femmes de participer plus efficacement aux activités agricoles revient à réduire le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition sous toutes ses formes. Cela entraîne aussi une amélioration du bien-être des enfants et des familles, qui contribue à la formation du capital humain des générations futures et à la croissance économique à long terme », explique ainsi la FAO[1].

En revanche, grâce aux quotas, au Burkina Faso et au Rwanda par exemple, la représentation des femmes en politique a augmenté de manière très notable. Au sud du Sahara, les femmes représentent 22,3% des femmes parlementaires en 2015, alors qu’elles n’étaient que 8% en 1995. À l’échelle de la planète, les femmes parlementaires sont 22,1%. C’est donc un grand pas pour l’Afrique.

Mais beaucoup reste à faire. L’égalité n’est pas toujours une réalité en dépit des progrès enregistrés. Les violences faites aux femmes, les mutilations sexuelles, les mariages forcés demeurent une réalité. Comme le souligne l’Onu, « malgré l’adoption d’innombrables conventions internationales et de protocoles qui réaffirment l’égalité des sexes, la discrimination et les préjugés freinent l’émancipation des femmes Africaines. Dans pratiquement tous les secteurs d’activité, les femmes du continent peinent encore à faire reconnaître leur droit de vivre dans la dignité ». Pourtant, à l’heure où l’on parle de la nécessaire réduction des naissances en Afrique, et notamment en Afrique de l’Ouest, comment faire sans les femmes ?

Des initiatives existent pour souligner et promouvoir le rôle des femmes dans cette nouvelle phase de notre histoire. Ainsi, le Forum « Women advancing Africa » (WAA), organisé par Mme Graça Machel en Tanzanie cet été veut célébrer le rôle central des femmes dans la définition du développement de l’Afrique et leur capacité à conduire le changement social et économique. Il s’agit de s’assurer que les femmes, d’une part s’émancipent et participent directement, mais aussi de manière reconnue, au développement de l’Afrique. Une belle et bonne perspective.

[1] Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

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One thought on “La renaissance africaine passe par les femmes

  1. En Afrique , les femmes ont toujours occupé des positions économiques très fortes dans le monde rural .Exemple chez l’ethnie Diola au sud du Sénégal.
    Elles ont été toujours au devant des activités économiques et culturelles . Encore une fois , le problème de l’Afrique c’est un problème de leadership . Des présidents qui restent plus de 30 ans au pouvoir ; Comment peut il y avoir de développement dans ces cas ? no way .

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