La liberté de la presse, pierre angulaire de la démocratie

À l’occasion de la 26e journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée à Addis Abeba les 2-3 mai et organisée conjointement par le gouvernement éthiopien, l’Union africaine et l’Unesco, il est essentiel de rappeler que cette journée a trouvé son origine sur le continent africain. En effet, c’est la Déclaration de Windhoek de 1991 portant sur le combat en faveur du pluralisme et de la liberté des médias qui a poussé, deux ans plus tard, les Nations unies à proclamer le 3 mai comme étant la Journée mondiale de la liberté de la presse.

Plus que jamais, l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme trouve une résonance particulière en Afrique : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

Les médias africains ont en effet connu un essor sans précédent dans les années 1990, à la faveur de la fin de la Guerre froide et de la démocratisation. Ce progrès spectaculaire s’explique par la montée d’un mouvement significatif qui a profondément conduit à des réformes institutionnelles de grande importance comme la création de différentes instances régulatrices et observatoires médiatiques africains. Les mouvements contestataires et le multipartisme, ont d’ailleurs entraîné des modifications politiques, socioéconomiques et institutionnelles mais surtout la reconsidération du rôle et de la place des médias dans le processus du développement des pays.

Cette explosion a également pris une ampleur nouvelle à l’ère digitale. Des sites d’information ont essaimé partout, du Sénégal à la République démocratique du Congo (RDC), contribuant à renforcer le “quatrième pouvoir”. Un contre-pouvoir déterminant, dans la construction d’une opinion publique qui compte, comme on peut l’observer de l’Egypte à l’Afrique du Sud, où les dirigeants doivent rendre des comptes sur leur gestion du pays.

Outre la place désormais faite aux lanceurs d’alerte, qui ont été au Kenya avec le logiciel opensource Uhashidi en avance sur le reste du monde, c’est un autre narratif sur lui-même que le continent s’est approprié. Signe des temps : la même dynamique a saisi les capitales du Nord, où des sites et des chaînes de télévision dédiées à l’Afrique se sont aussi multipliées, choisissant une approche à la fois critique et constructive.

La journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée cette année dans une capitale devenue hautement symbolique. L’Ethiopie a en effet accompli un bond spectaculaire en 2018 en termes de liberté d’expression. Le pays a gagné 40 places au classement mondial 2019 de la liberté de la presse publié par l’ONG française Reporters sans frontières (RSF). Journalistes et blogueurs peuvent relayer des critiques adressées aux autorités, sans être inquiétés.

Le millier de participants qui ont afflué à Addis Abeba pour discuter du thème choisi cette année, “Les médias pour la démocratie : journaliste et élections en temps de désinformation”, ont traité sans complaisance du rôle des réseaux sociaux et des “fake news” dans l’information – une tendance globale. Il a été question des entraves qui persistent à la liberté d’informer, avec notamment les coupures des services Internet dans certains pays en période électorale comme ce fut le cas récemment au Bénin durant les élections législatives et en RDC en décembre dernier.

De ce fait, l’environnement médiatique reste encore aujourd’hui cristallisé par de nombreux défis qui ne permettent pas toujours aux journalistes d’exercer leur métier d’une manière professionnelle, libre et indépendante.

Il est donc urgent, dans ce contexte, que nos citoyens se mobilisent. Ils ne doivent pas céder à l’isolement et à la censure. Protéger l’accès à une information indépendante, libre et pluraliste est une condition indispensable pour que les Africains et les citoyens du monde entier se forgent librement une opinion et participent valablement au processus démocratique et à la définition de leur destin.

Le combat à mener pour les Africains est donc d’empêcher la banalisation de pratiques qui constituent une entrave aux libertés car toute forme de développement à long terme est liée à la liberté d’expression.

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