Entre société traditionnelle et référentiel moderne, quelle voie pour la jeunesse ?

La question de la démographie, souvent présentée comme une simple donnée quantitative, se traduit par un autre décalage, qualitatif celui-ci : celui qui éloigne de plus en plus la jeunesse, qui forme une majorité écrasante des populations des pays africains, de ses représentants politiques et autres figures morales. Il s’agit d’une jeunesse connectée et exposée quotidiennement à une réalité étrangère, à travers la télévision, l’internet et la radio.

Les jeunes en Afrique ne se limitent plus à développer leur identité et leurs aspirations en fonction du lieu où ils vivent ou des réponses que les aînés veulent bien leur donner. Ils ont pris une certaine autonomie par rapport aux modes de vie traditionnels. En revanche, le leadership traditionnel demeure souvent problématique en Afrique. Les personnages politiques et les anciens ont souvent du mal à composer avec des identités de plus en plus fluides et avec une autorité fragmentée dans l’état africain moderne. Finalement, cet état de fait pourrait conduire à l’effondrement progressif du cadre normatif qui a régi l’Afrique jusque là. Certes, ce processus a eu lieu dans d’autres parties du monde, mais on pourrait se demander s’il n’est pas en train de se produire à un rythme tellement accéléré qu’il est susceptible de mettre en danger la trajectoire de développement de l’Afrique.

Néanmoins, voici une autre façon d’examiner la question au-delà d’une simple juxtaposition. La culture n’est jamais statique mais évolue constamment, alors que chaque génération y contribue par son expérience du monde tout en se défaisant des éléments qui ne lui paraissent plus « utiles ». Les pays africains sont déjà, en grande partie, des pays multinationaux, multiethniques et multi-religieux construits pour beaucoup sur les idées européennes de l’État moderne. La source de l’autorité traditionnelle et de la légitimité, découlant du sang et de la terre, a été remplacée chez la plupart par des idées civiques de démocratie. Aujourd’hui, cette démocratie cherche un renouvellement, comme ailleurs dans le monde.

Pour pouvoir exploiter l’énergie et les ambitions de notre jeunesse, nous devons lui ouvrir un espace pour lui permettre de « co-créer » l’avenir.

L’explosion démographique des jeunes en Afrique subsaharienne ne s’est pas traduite, encore, par des accès de violence politique. Mais nous ne devrions pas attendre qu’un climat de « nous-contre-eux » s’instaure. Les gouvernements doivent continuer à investir dans tous les niveaux de l’éducation, dans la formation professionnelle et, surtout, dans les politiques qui incitent à des investissements plus élevés pour absorber les jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi.

Les styles de leadership traditionnel doivent bien céder pour laisser la place à la transparence, permettant l’accès à l’information publique, à l’open data et à la création d’une participation plus significative des jeunes dans le processus politique. Il nous faut construire les ponts nécessaires pour permettre à la voix des jeunes Africains de façonner le futur des partis politiques et de contribuer au dialogue sur la construction de la nation. Alors qu’elle vit une période unique de son histoire démographique, l’Afrique est à la croisée des chemins. Mettons en place les conditions d’un véritable partenariat avec les jeunes pour signaler que leur participation fait partie intégrante de la transformation du continent.

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