Donnons la parole aux jeunes pour réaliser l’Afrique que nous voulons

L’Afrique de demain sera faite des rêves des enfants d’aujourd’hui. À quoi aspirent-ils ? Quelles sources d’inspiration les politiques publiques pourraient-elles tirer de cette force de proposition ? Le concours d’écriture sur « L’Afrique que nous voulons », lancé cette année par le Nepad, vise précisément à puiser dans ce gisement d’énergie créatrice. Les jeunes Africains ont jusqu’au 28 février pour écrire leurs idées et formuler leurs propositions, lesquelles doivent permettre d’impacter positivement les sociétés, dans le droit fil de l’impératif de transformation que s’est fixé l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les lauréats seront annoncés lors d’une cérémonie qui se tiendra en avril à Johannesburg, en Afrique du Sud.

L’essor de la jeunesse africaine, on le sait, fournit des motifs d’inquiétude au Nord comme au Sud. Le nombre de 15-24 ans passera de 327 à 531 millions entre 2010 et 2065, selon les projections des Nations unies. À lui seul, ce chiffre représente à la fois une promesse de croissance, mais aussi de défis. L’Europe redoute d’importantes vagues migratoires en provenance du continent. De leur côté, les responsables africains savent bien que les jeunes, dans leur immense majorité, rêvent tout simplement d’une vie décente chez eux. Aussi leur arrivée massive sur le marché du travail rend-elle le développement et l’accès à l’emploi plus urgents que jamais. Si l’Afrique veut tirer parti de son dividende démographique, consulter sa jeunesse représente une première étape indispensable.

D’ores et déjà, les 15-25 ans se font de plus en plus entendre, et pas seulement dans les mouvements citoyens que l’on voit essaimer de manière transversale. Quelques exemples, choisis parmi des milliers d’autres, en attestent et ce dans tous les domaines. Chris Chukwu, activiste, se bat ainsi contre la corruption au Nigeria dans le cadre du réseau Young African Leaders Initiative (Yali). Aminata Namasia Bazego, à 25 ans, vient d’entrer au Parlement de la République démocratique du Congo (RDC), où elle est la plus jeune députée. Arthur Zang, ingénieur camerounais, a inventé le Cardiopad en 2014, à 24 ans. Cette tablette tactile à usage médical a fait parler d’elle à travers le monde. Elle permet aux cardiologues, trop rares au Cameroun, de suivre leurs patients à distance.

Ancillar Mangena, une journaliste zimbabwéenne, s’est déjà vue décerner de nombreux prix alors qu’elle n’est pas trentenaire. Elle a repéré pour le magazine Forbes Africa les Africains de moins de 30 ans les plus dynamiques dans les milieux des affaires, de la technologie et des arts. Le résultat de son enquête porte sur une liste de 90 « role models », des exemples de réussite que la journaliste décrit comme les « milliardaires de demain ». C’est pour enclencher et soutenir de tels cycles vertueux qu’il faut dès maintenant transformer les mentalités au sujet de nos « cadets sociaux ». Car les jeunes sont encore trop souvent considérés comme des « petits » n’ayant pas voix au chapitre. Le temps est venu de les écouter. Car les mutations en cours, rapides, dépendent déjà de leur génération.

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