À défis mondiaux, solutions continentales ?

À l’heure où de plus en plus de voix se font entendre pour remettre en question l’Union européenne (UE), l’idée d’unité du Vieux continent, et surtout le fonctionnement de ses institutions, l’Union Africaine (UA) vient d’accepter un nouveau membre : le Maroc.

Cela démontre le pouvoir d’attraction de l’organisation continentale sise à Addis Abeba, laquelle a tout de même à son actif de nombreuses réalisations porteuses de stabilité et de développement. Il faut dire que l’UA a su se renouveler. De l’OUA des indépendances jusqu’à l’UA que nous connaissons aujourd’hui – en grande partie d’ailleurs inspirée de l’UE – il y a eu un véritable saut qualitatif dont on doit se féliciter.

Aujourd’hui, l’UA est un interlocuteur incontournable de la communauté internationale. Par elle, l’Afrique est capable de parler d’une seule voix dans les grandes arènes internationales, que ce soit sur le climat ou le commerce. L’union fait la force, comme dit l’adage, et il est incontestable que l’on est plus intelligent à plusieurs que seul. Mais l’union, surtout quand elle dépasse le simple cadre économique, n’est pas chose aisée : on le voit dans d’autres régions du monde au Moyen-Orient par exemple, mais aussi en Amérique du Nord où les divisions se multiplient…

En Afrique au contraire, l’unité continentale est aujourd’hui renforcée. Il est intéressant de souligner que même lorsque des pays se divisent, à aucun moment les nouvelles entités étatiques n’envisagent de quitter l’UA. Je pense notamment au cas le plus récent du Soudan du Sud. Le Maroc l’a bien compris qui revient dans le giron idéologique des pères fondateurs de l’Afrique, eux qui au lendemain des indépendances avaient voulu cette unité africaine parce qu’ils se rêvaient une communauté de destin et d’intérêts.

Déjà, avec le NEPAD ou la Banque africaine de développement (BAD), la vision du développement, les projets, les engagements sont envisagés à l’échelle du continent Nous avons réussi à produire un projet global africain où chaque pays voit son intérêt et peut espérer participer à son niveau à l’effort général. C’est vrai pour les infrastructures – rail, électricité – mais aussi pour la question sociale grâce à l’Agenda 2063. Celui-ci prévoit des mesures sur 50 ans pour stimuler une transformation socio-économique sur l’ensemble du continent. Un élément clé de cette transformation consiste à tirer pleinement profit du « dividende démographique » afin de faire en sorte que le progrès économique améliore la croissance, le développement social et le partage des richesses. C’est aussi le cas pour la santé avec la « Stratégie africaine pour la santé » et le « Cadre catalytique pour éliminer le Sida, la tuberculose et le paludisme en Afrique à l’horizon 2030 », mis en place par l’UA.

Il reste des progrès à faire notamment dans l’intégration, la libre circulation des personnes et des biens, mais en 15 ans, les progrès de l’UA sont assez extraordinaires.

Forte de ses valeurs, de ses ambitions et de ses atouts – croissance économique et démographique, ressources importantes, jeunesse dynamique -, l’Afrique aujourd’hui peut faire face aux défis que lui impose un monde en perpétuel changement en faisant front commun. À l’Onu par exemple les pays africains pèsent lorsqu’ils sont unis. Et c’est avec cette unité que nous pouvons aussi nous ouvrir au reste du monde. L’UA est notre maison, notre foyer, notre port d’attache. On peut se tourner vers d’autres zones géographiques, comme l’UE par exemple pour le Maroc et la Tunisie, ou bien comme les BRICS pour l’Afrique du Sud, mais à la fin nous savons d’où nous venons. C’est notre force.

Ces extensions de l’Afrique vers le reste du monde via des pays individuels, mais aussi grâce aux diasporas, est une force. Reste à faire en sorte que soit inscrit un principe de « partage diplomatique » ou d’accès préférentiel au sein des instances panafricaines. Nos partenaires sont déjà très présents : par exemple au conseil d’administration de la BAD, on trouve la France, le Royaume-Uni, les États Unis, le Japon et la Chine, entre autres. Ces États partenaires et amis de l’Afrique participent donc directement aux projets mis en œuvre par la banque continentale. Cela facilite l’action et rend plus efficace le partenariat.

Nos inégalités peuvent aussi être des forces : si les banques marocaines et sud-africaines en l’occurrence jouent leur rôle de répartiteur du capital, cela peut profiter aux autres pays et à leurs secteurs privés respectifs.

Intégrer la perspective panafricaine dans la réflexion ne peut que bénéficier aux acteurs sur ce marché immense qu’est devenu l’Afrique.

Published by

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *