Révéler le potentiel du secteur privé – l’économie informelle nous montre la voie

Partout en Afrique, que ce soit dans les quartiers ou dans les familles, vous trouverez un entrepreneur au sens des affaires aiguisé cherchant à se procurer des fonds auprès d’une tontine. L’Afrique compte plus de 50 millions de petites et moyennes entreprises contribuant pour près de 33% au PIB du continent .

Aujourd’hui, le secteur informel en Afrique n’est pas seulement un label, c’est un mode de vie bien ancré, une tradition. D’ailleurs beaucoup des grandes entreprises africaines ont fait leurs premiers pas dans ce secteur. Le NEPAD cherche à répondre aux attentes des citoyens dans tous les domaines du service public. L’une de nos priorités est de nourrir le dialogue entre les secteurs public et privé dans l’optique de lever les obstacles de l’entrepreneuriat et favoriser le plus grand impact possible sur le terrain.

Bien que peu d’attention ait été donnée dans le passé au rôle du secteur informel pour la croissance, rappelons que l’économie informelle en Afrique est une entreprise immense et donc un employeur très important. Elle va continuer de jouer un rôle de premier plan pour le développement de l’Afrique. Le secteur représente environ trois quart de l’emploi non agricole à travers le continent et 72% de l’emploi total en Afrique subsaharienne .

Voici donc quelques tendances dont nous devons tenir compte afin de trouver les moyens de révéler le plein potentiel du secteur informel :

  • Dans la plupart des économies africaines, le secteur informel offre des opportunités aux populations les plus vulnérables comme les plus démunis, les femmes et les jeunes ;
  • Entrer dans le secteur informel pour les personnes à niveau d’éducation élevé est un choix de carrière ;
  • Un regard approfondi sur le secteur informel en Afrique offre un bon aperçu de ce que nous pourrions atteindre si les politiques économiques et financières en Afrique étaient connectées aux réalités du continent.
  • L’économie informelle repose souvent sur les communautés dans un esprit d’entreprise sociale, puisant dans le mode collectiviste autochtone.

Cependant, bien que le secteur informel représente pour beaucoup une opportunité de générer un revenu raisonnable, il a tendance à rimer encore trop souvent avec précarité, n’offrant ni revenu stable, ni bénéfices de l’emploi ni protection sociale. C’est la raison pour laquelle la voie à suivre réside dans l’organisation du secteur informel et la reconnaissance de son rôle pour le développement économique, en attirant l’attention des gouvernements, en permettant un meilleur accès aux financements et en facilitant l’échange d’informations sur le secteur.

Qui dit formalisation dit aussi risques de taxes. Les gouvernements ont un rôle à jouer afin de mettre fin à cette crainte. Dans le contexte actuel qui est celui d’une meilleure communication mobile et d’un accès à des smartphones à bas coûts, nous devons encourager les travailleurs du secteur informel à embrasser les technologies modernes, l’internet et les médias sociaux. Par exemple, les TIC et Fintech offrent des solutions administratives innovantes et peuvent ouvrir des assurances à nos entrepreneurs. L’accès aux services financiers permet de gagner et d’épargner plus, de construire des actifs et de se protéger contre les chocs externes. Mais l’inclusion financière a également besoin d’être appuyée par l’éducation, le développement des compétences et la formation (y compris les connaissances financières) dans des secteurs clés comme l’agriculture, la production alimentaire et l’industrie rurale. Enfin, ne négligeons pas le rôle des plateformes virtuelles qui ont le potentiel de donner au secteur informel une meilleure visibilité, une voix et une forme de représentation nouvelle.

Le secteur informel est devenu un moteur important de l’opportunité économique et de l’innovation. Le NEPAD reste déterminé à améliorer les efforts et conditions de transition vers une économie formelle afin de maximiser son impact pour le bénéfice de tous les acteurs.

 

L’Afrique doit parier sur les énergies renouvelables…et ce n’est pas une utopie

Les chiffres parlent d’eux mêmes : plus de 600 millions d’Africains sont privés d’électricité, selon les Nations Unies. Un Africain utilise en moyenne 1 000 kilowatts – heure par an, contre 7 000 à 14 000 pour un Européen ou un Américain. Le fossé est vertigineux…surtout lorsqu’on sait que 100% d’électrification du continent entraînerait une hausse de la croissance africaine de 10 ou 15% par an pendant 15 ans.

Les défis à relever sont ambitieux : il faut donc parvenir à accélérer l’accès à l’électricité, tout en limitant le recours aux énergies fossiles. Mais cela ne serait-il pas l’occasion pour le continent de faire émerger un nouveau modèle de développement alliant croissance, réduction de la pauvreté et respect de l’environnement ? C’est techniquement envisageable : l’idée que l’Afrique saute les étapes (ce que l’on appelle « leapfrog ») est bien connue. On peut même se demander si l’Afrique ne suivra pas la même trajectoire dans les énergies que dans la téléphonie.

Le continent dispose en effet d’une extraordinaire richesse en ressources énergétiques renouvelables (solaire, éolien, hydraulique et géothermie). A titre d’exemple, le Maroc, qui accueillera en novembre la COP22, voit plus d’un quart de son électricité provenir des énergies renouvelables. Lors de la COP21, les chefs d’Etat africains avaient affirmé leur volonté commune de s’orienter vers ce type de modèle : en effet, le potentiel de production (encore largement sous-exploité) en énergies renouvelables en Afrique subsaharienne est estimé à 26,35 TWh…ce qui montre que les énergies renouvelables sont pleines de promesse pour l’électrification du continent ! De ce fait, l’Afrique constitue la « nouvelle frontière » en matière d’énergie renouvelable.

En effet, frappé par le réchauffement climatique et encore très dépendant des énergies fossiles, le continent est en train d’élaborer un nouveau mix énergétique. Dans son étude « Le solaire photovoltaïque en Afrique : coûts et marchés », l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) estime que l’utilisation de l’énergie photovoltaïque va exploser sur le continent africain au cours des prochaines années. Le fort taux d’ensoleillement de l’Afrique et la baisse des coûts des technologies solaires pourraient même faire de l’énergie photovoltaïque la pierre angulaire de son mix énergétique. Bien que les énergies renouvelables en Afrique ne dépasseront sans doute pas les combustibles fossiles, elles vont éclipser le plus sale d’entre eux, le charbon, qui représente aujourd’hui plus de la moitié de la production africaine. Selon le cabinet McKinsey, ce chiffre devrait diminuer à 23% en 2040.

Les Etats africains, bien conscients de cette problématique, s’engagent de plus en plus : à peine deux semaines après celle de Bokhol, le Président sénégalais Macky Sall (également Président du Comité d’orientation des chefs d’Etat et de Gouvernement du NEPAD) a inauguré hier une nouvelle centrale solaire dans le département de Mbour. En plus de ces deux centrales solaires, une dizaine d’autres centrales photovoltaïques devraient voir le jour d’ici 2019.

Si ceci est très positif, n’oublions pas que la route est longue : selon le Africa Progress Panel (APP), il faudra investir quelque 55 milliards de dollars par an jusqu’en 2030, contre 8 milliards de dollars actuellement, pour réduire la fracture énergétique en Afrique. Pour atteindre ce niveau d’investissement, la solution des producteurs d’électricité́ indépendants (IPP) est le schéma le plus approprié. Comme au Sénégal, il faut également parvenir à générer des partenariats public-privé constructifs.

Le message est donc clair : si la COP21 était la COP de l’engagement, la COP22 sera celle de l’action. Egalement, c’est la COP de l’Afrique : nous devons absolument montrer que le continent peut se mettre en marche pour concilier développement économique et lutte contre le réchauffement climatique. Tel est l’enjeu. Et telle sera la solution.

Engageons-nous pour « l’or bleu » !

En Afrique, l’eau a une grande symbolique : nombre d’Etats et de régions portent des noms de fleuves (Congo, Niger, Sénégal, province du Limpopo en Afrique du Sud) ou de lacs (Tchad, Togo, Malawi). Cette relation étroite entre le continent et l’élément s’explique aisément : l’Afrique dispose en effet d’un réseau hydrographique exceptionnel, avec 17 grands fleuves !

Pourtant, les enjeux de « l’or bleu » sur le continent restent multiples : l’eau, en tant que facteur clé de croissance et de réduction de la pauvreté, doit être une ressource « dominée » par l’homme. Ce n’est pas encore le cas sur le continent : il est très en dessous des moyennes mondiales concernant la grande majorité des indicateurs liés à l’assainissement (faibles ressources renouvelables, faible proportion de la population ayant un accès à l’eau ou à l’assainissement, peu de terres cultivées irriguées et un potentiel hydroélectrique sous exploité) et manque encore d’aménagements hydrauliques. Cela explique sa grande vulnérabilité face aux sécheresses et aux crues, qui provoquent des inondations meurtrières comme l’an dernier au Malawi et au Mozambique. Il est urgent de trouver des solutions ! En effet, en 2050, l’on s’attend à une population urbaine africaine de 1,23 milliard d’habitants, représentant 60 % de la population du continent. Il est impensable d’imaginer que cette population ne pourra pas bénéficier d’aménagements hydrauliques et de structures d’assainissement aux standards internationaux !

Nous pouvons légitimement l’espérer : entre 1990 et 2015, d’indéniables progrès ont été réalisés dans le cadre des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement). En effet, durant cette période, 427 millions de personnes ont obtenu un accès à un point d’eau amélioré, soit en moyenne 47 000 personnes par jour pendant 25 ans. Il faut continuer dans ce sens : les Objectifs de développement durables (ODD), véritable feuille de route 2015-2030, sont ambitieux…et réalisables ! Ils concilient des impératifs sociaux, économiques et environnementaux et incluent, pour la toute première fois, un objectif spécifique dédié à l’eau. En plaçant la gestion de l’eau (ODD6) comme une des priorités mondiales au même titre que l’impact des changements climatiques (ODD16), ce nouvel agenda 2015-2030 ouvre des perspectives nouvelles pour l’eau, encore trop timidement intégrée au sein des négociations sur le climat.

Afin de pouvoir transformer l’essai, il est également indispensable de développer de grandes infrastructures régionales. En effet, les situations sur le continent sont très diverses : pénurie ou excès, ressources inégalement reparties, gestion souvent déficiente, problèmes dus à la démographie et à l’urbanisation, etc. C’est la raison pour laquelle la dépendance entre États est forte et le partage de l’eau et des compétences est indispensable afin de faire face à ces enjeux cruciaux pour le développement humain, la santé publique, la sécurité alimentaire et la production industrielle. Encore une fois, ne raisonnons pas seulement au niveau national ! J’en prends pour exemple les grands projets de barrage, qui ne peuvent pas seulement être réalisés pays par pays et nécessitent une réelle collaboration transnationale pour que les choses fonctionnent. Ainsi le barrage hydroélectrique de Ruzizi, financé à hauteur de 138 millions de dollars par la BAD, doit alimenter le Burundi, la République Démocratique du Congo et du Rwanda. Voici un exemple de solution à la demande globale du continent !

Enfin, il ne faut pas abandonner la recherche ! Il est de notre devoir de contribuer à l’amélioration de l’environnement humain et au bien-être de tous les Africains grâce à la R&D dans les domaines de l’eau et de l’assainissement. C’est la raison d’être des Centres d’excellence du NEPAD sur l’eau qui résultent d’un mandat donné par les ministres africains chargés de la science et de la technologie de l’eau. Ces Centres ont pour objectif d’aider les gouvernements à établir des politiques de recherche scientifique solides. En effet, il ne faut pas laisser de côté la recherche dans le domaine de l’eau: les défis sont gigantesques et les pistes nombreuses. Leur mise en œuvre nécessite à la fois une volonté politique et une ouverture vers l’innovation…avec toujours le souci de s’adapter au contexte local !