Contrôle des naissances ou meilleures politiques de développement ?

L’heure est au débat sur la démographie de l’Afrique. Rapports, experts, responsables politiques, s’expriment depuis quelques semaines sur le sujet, sensible dans la plupart de nos pays, de la démographie galopante et du contrôle des naissances. Certains reprennent de vieilles théories malthusiennes et comparent, selon une certaine logique, le taux de croissance démographique au taux de croissance de l’économie. D’autres voient dans l’accroissement démographique un signe de vivacité et de richesses futures.

Regardons d’abord les chiffres : le dernier rapport du Département des affaires économiques et sociales de l’Onu (DESA), « Perspectives de la population mondiale, la révision de 2017 », indique que l’Afrique comptera près de 4,5 milliards d’habitants d’ici 2100, soit 40% de l’humanité contre 1,3 milliard aujourd’hui (17% de la population globale). L’Afrique aura une population comparable à celle de l’Asie, qui selon la même source, devrait voir sa population se stabiliser à 4,8 milliards, alors qu’elle est de 4,5 milliards aujourd’hui (60% de la population mondiale). La population mondiale devrait alors être de 11,2 milliards d’habitants contre 7,5 aujourd’hui.

Dès 2030, le Nigeria devrait compter 410 millions d’habitants, soit plus que les Etats Unis. Le rapport onusien ajoute un point intéressant : l’essentiel de la croissance démographique mondiale devrait se concentrer dans seulement neuf pays, la plupart africains, dont le Nigéria, la République Démocratique du Congo, l’Ethiopie, la Tanzanie, et l’Ouganda.[1] Actuellement, la population africaine croit de 2,5% par an contre 1,7 au niveau mondial.

La croissance de la population tient à plusieurs facteurs : le taux de fécondité (5,5 en 2006 contre 5,0 en 2016) élevé – avec l’exemple extrême du Niger qui compte 7,4 enfants par femmes en âge de procréer -, mais aussi l’augmentation de l’espérance de vie qui a gagné 20 ans en Afrique depuis 1950 et se situant aujourd’hui à 57 ans. Un point à rappeler aussi : la densité de population en Afrique est l’une des plus faibles du monde.

On ne peut bien sûr être aussi précis sur les taux de croissance économique. Mais les projections optimistes indiquent pour les années à venir une progression de 4 à 6 points de croissance par an en Afrique. Un chiffre envié par la plupart des autres régions du monde. Nous avons déjà dit combien par ailleurs, ces taux de croissance ne prenaient pas en compte toute la réalité économique de nos pays, le secteur informel notamment, et qu’ils étaient bien souvent déformés dans un sens ou dans l’autre.

Face à cette situation, quel parti choisir ? Faut-il même choisir un camp ? Est-ce possible ? A l’heure où la Chine est revenue sur sa politique forcée de limitation des naissances, l’Afrique doit-elle à son tour tenter de limiter par la contrainte les naissances alors que des études montrent le nombre désiré d’enfants par femme en Afrique subsaharienne est supérieur à cinq[2] ?

Les enfants sont encore vus en Afrique comme une source de richesse et une soupape de sécurité économique : main d’œuvre pour les travaux agricole et autres, mais aussi assurance retraite dans des pays qui n’en connaissent pas. Autant de facteurs à prendre en compte et qui rendent selon nous impossible les politiques contraignantes. D’ailleurs personne ne juge que la Chine a été handicapée dans son développement économique par sa forte démographie et ses 1,3 milliards d’habitants.

En revanche, faire de la santé et de l’éducation des femmes une priorité, favoriser l’accès aux moyens de contraception modernes tout en créant les conditions d’une émancipation réelle des femmes et des jeunes filles, afin qu’elles puissent choisir et non subir leurs grossesses, voilà qui pourrait permettre de faire baisser le taux de fécondité.

[1] Le rapport souligne par ailleurs que de 2017 à 2050, la moitié de la croissance de la population mondiale sera concentrée dans seulement neuf pays: l’Inde, le Nigeria, la République démocratique du Congo, le Pakistan, l’Ethiopie, la Tanzanie, les Etats-Unis, l’Ouganda et l’Indonésie.

[2] USAID, « Desired number of children: 2000-2008 », DHS Comparative Reports, n°25, Février 2010.

La renaissance africaine passe par les femmes

Alors que l’on parle de plus en plus de la seconde libération de l’Afrique, la libération économique, on ne peut éviter de penser également aux Africains qui représentent plus de la moitié de la population du continent : les Africaines. Doit-on envisager également cette question sous l’angle d’une nouvelle libération, d’une émancipation ? Ne serait-il pas plus constructif de regarder la situation des 410 millions de femmes africaines aujourd’hui, et ensuite de voir comment les aider davantage ?

Récemment, un chiffre m’a frappé : selon l’UNICEF, si toutes les filles en Afrique allaient au bout de l’école primaire, la mortalité maternelle serait réduite de 70%. Ce serait 50.000 vies sauvées par an. Qu’en serait-il de la contamination des maladies sexuellement transmissibles ? De l’amélioration de l’alimentation ? La perspective est tout simplement impressionnante.

L’accès à l’éducation pour les filles, très variable en fonction des pays, demeure donc une priorité. Il nous faut identifier les maillons faibles et les blocages afin d’assurer la poursuite de l’accès à l’éducation pour les filles et les jeunes filles. Plus qu’un pari sur l’avenir, c’est une nécessité économique et politique, surtout quand on sait qu’environ 28 millions de filles et d’adolescentes qui ont l’âge d’être scolarisées n’iront probablement jamais à l’école de leur vie.

Économique parce que les femmes représentent la moitié de la ressource humaine de notre continent. Dans le domaine de l’agriculture, 40% des travaux agricoles sont entrepris par des femmes, mais elles produisent 80% des denrées alimentaires dans les ménages. Il faut aussi savoir que le chômage les touche davantage que les hommes : 10,6% des femmes sont sans emploi, contre 8,2% pour les hommes, selon la Banque mondiale.

Là aussi, les disparités sont importantes Ainsi, en Ouganda ou en Tanzanie, mais aussi au Malawi, le nombre de femmes dans les champs dépasse les 50%. En Éthiopie, ou au Niger, à l’inverse, elles ne représentent que respectivement 29 et 24% de la main d’œuvre. « Permettre aux femmes de participer plus efficacement aux activités agricoles revient à réduire le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition sous toutes ses formes. Cela entraîne aussi une amélioration du bien-être des enfants et des familles, qui contribue à la formation du capital humain des générations futures et à la croissance économique à long terme », explique ainsi la FAO[1].

En revanche, grâce aux quotas, au Burkina Faso et au Rwanda par exemple, la représentation des femmes en politique a augmenté de manière très notable. Au sud du Sahara, les femmes représentent 22,3% des femmes parlementaires en 2015, alors qu’elles n’étaient que 8% en 1995. À l’échelle de la planète, les femmes parlementaires sont 22,1%. C’est donc un grand pas pour l’Afrique.

Mais beaucoup reste à faire. L’égalité n’est pas toujours une réalité en dépit des progrès enregistrés. Les violences faites aux femmes, les mutilations sexuelles, les mariages forcés demeurent une réalité. Comme le souligne l’Onu, « malgré l’adoption d’innombrables conventions internationales et de protocoles qui réaffirment l’égalité des sexes, la discrimination et les préjugés freinent l’émancipation des femmes Africaines. Dans pratiquement tous les secteurs d’activité, les femmes du continent peinent encore à faire reconnaître leur droit de vivre dans la dignité ». Pourtant, à l’heure où l’on parle de la nécessaire réduction des naissances en Afrique, et notamment en Afrique de l’Ouest, comment faire sans les femmes ?

Des initiatives existent pour souligner et promouvoir le rôle des femmes dans cette nouvelle phase de notre histoire. Ainsi, le Forum « Women advancing Africa » (WAA), organisé par Mme Graça Machel en Tanzanie cet été veut célébrer le rôle central des femmes dans la définition du développement de l’Afrique et leur capacité à conduire le changement social et économique. Il s’agit de s’assurer que les femmes, d’une part s’émancipent et participent directement, mais aussi de manière reconnue, au développement de l’Afrique. Une belle et bonne perspective.

[1] Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture

Investir de manière stratégique dans l’éducation supérieure

Le développement démographique de l’Afrique pose d’importants problèmes d’infrastructures et d’équipements à nos États. C’est particulièrement vrai pour le domaine de l’éducation. La nature ayant horreur du vide, là où les Etats n’arrivent pas ou plus à accueillir des centaines de milliers, voire des millions d’étudiants du supérieur, des institutions non étatiques prennent le relais. Il en va ainsi des universités chrétiennes qui se multiplient ou des écoles coraniques qui concernent davantage le niveau primaire.

Pour nos États, l’éducation de la jeunesse doit bien sûr être une priorité, mais les moyens, en dépit d’une croissance économique globalement forte, manquent souvent. Pourtant, l’éducation est l’un des droits premiers de l’Homme. Le quatrième Objectif de développement durable de l’Onu prévoit d’assurer « l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». L’augmentation du taux de scolarisation représente un succès indéniable, surtout pour les filles trop souvent exclues de l’école. Mais cela pose aussi un problème pour l’enseignement supérieur qui peine à accueillir ceux qui souhaitent poursuivre leurs études. Ils sont trop rares encore, mais les universités africaines nationales n’arrivent pas à répondre à la demande. D’où le vide que nous évoquions à l’instant.

Dans les années 50, il n’y avait que 41 institutions d’enseignement supérieur en Afrique qui regroupaient 16.500 étudiants. En 2010, 5,2 millions d’étudiants sont inscrits dans 668 universités en Afrique subsaharienne, un nombre qui a plus que doublé depuis 2000. Face à ce raz-de-marée, on comprend que les États aient du mal à maintenir à flot des institutions universitaires dignes de ce nom, capables d’accueillir dans des conditions confortables les étudiants, et de leur dispenser un enseignement varié et de qualité, adapté aussi et surtout aux futurs besoins en ressources humaines.

Car l’éducation est partie d’un tout et participe normalement du déploiement d’une stratégie de long terme de développement des pays en fixant des axes de formation. Par exemple, l’Afrique de l’Ouest aujourd’hui manque cruellement de main d’œuvre qualifiée ou d’ingénieur des mines, alors que la région connaît un boum minier sans précédent. Les compagnies minières internationales sont donc obligées de faire appel à des expatriés dans un certain nombre de domaines, et parfois dans le meilleur des cas, forment des Ouest-africains pour les remplacer. Mais l’idéal serait d’avoir des instituts de formation, des écoles des Mines, par exemple au niveau régional (CEDEAO) qui formeraient les jeunes à ces métiers aux débouchés de plus en plus nombreux.

La réalité de nos jours, c’est que des institutions privées, souvent rattachées à une obédience religieuse répondent à la place de l’État aux besoins en éducation supérieure. De l’autre côté du spectre, cette situation d’indigence universitaire pousse également certains des meilleurs éléments à partir à l’étranger, souvent en Occident mais aussi et de plus en plus dans certains pays arabes, pour étudier. Cela participe de la fuite des cerveaux et du déficit de compétences. L’exemple des médecins est sans doute le plus parlant. C’est tout aussi vrai des professeurs d’université, souvent découragés par le manque de moyens, de reconnaissance, d’investissement public et d’infrastructures adaptées pour accueillir toujours plus d’étudiants.

Les gouvernements africains ont donc laissé se développer les universités privées, majoritairement chrétiennes. Au Ghana par exemple, on dénombrait seulement deux universités privées en 1999, elles sont aujourd’hui 28. Le Nigeria a autorisé 61 institutions privées depuis 1999 dont 31 sont chrétiennes. Cette situation pose bien sûr la question du contrôle de l’État sur l’éducation supérieure, tant en terme de contenu des enseignements que d’intégration de l’éducation dans une culture républicaine traditionnelle indépendante des confessions religieuses. Sans parler de la possibilité que l’éducation soit prise en otage d’une lutte politique qui n’a rien à voir avec le pays d’implantation de l’université privée, comme ça a été le cas récemment en Afrique de l’Est[1].

En ce qui concerne l’éducation, l’Agenda 2063 de l’Union Africaine (UA) prévoit qu’au moins 70% de tous les lycéens africains aient accès à l’enseignement supérieur, ce qui représente une multiplication par huit du taux actuel d’inscription. Pour atteindre ces objectifs, nos États devront donc investir davantage dans l’éducation, en partenariat avec le privé, augmenter l’uniformisation des programmes et les contrôles des institutions privées, et définir des stratégies claires de formation en adéquation avec leurs besoins.

[1] Voir : http://www.agenceecofin.com/international/2501-44202-l-economie-et-les-reseaux-lies-a-l-imam-gulen-au-menu-de-la-tournee-du-president-turc-en-afrique-de-l-est

Allier le public et le privé pour assurer l’essor rural

L’Afrique a récemment connu un épisode exceptionnellement long de croissance forte. Malheureusement, elle n’est pas parvenue à assurer un partage équitable des bénéfices générés. Maintenant, elle se trouve dans un contexte de baisse des prix des matières premières et de ralentissement économique.
Cet état de fait peut être vécu comme une contrainte, mais j’aimerais plutôt que nous le considérions comme une opportunité. En effet, il va pousser les acteurs publics et privés à être plus innovants afin de débloquer de nouvelles sources de croissance et d’emplois, permettant une meilleure diffusion des richesses.
Relever ce défi dans le monde rural est crucial. De fait, la situation est très paradoxale : l’Afrique importe l’équivalent de 50 milliards de dollars de nourriture chaque année, alors même que plus de la moitié des terres arables non cultivées sont sur le continent et que 60 % de la population vit encore en zone rurale ! L’exploitation du potentiel agricole est donc essentielle si nous voulons être capables d’alimenter quelque 2,5 milliards d’habitants d’ici à 2050.
Pour y parvenir, il faut adopter des outils et des politiques territoriales assurant aux zones rurales les mêmes possibilités que les centres urbains. Cela signifie encourager les investissements responsables, faciliter l’accès des femmes et des jeunes aux facteurs de production (formation, terre, eau, finances, énergies renouvelables), mais aussi aux marchés et à des revenus reflétant leur travail.
Des signes, prometteurs, montrent que les capitaux privés trouvent déjà leur chemin vers des modèles de développement plus inclusifs. La « conservation finance », autrement dit le « financement de conservation de la nature», est en plein essor en Amérique latine et en Afrique, avec des projets intéressants au Sénégal, au Kenya, à Madagascar…
Ces mécanismes d’investissement permettent de capter les flux générés par la gestion durable d’un écosystème. Une partie des fonds reste sur place pour son entretien, l’autre est rendue aux investisseurs. Autre initiative, la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, a procédé l’année dernière à sa première émission d’obligations forestières, à hauteur de 152 millions de dollars.
Les souscripteurs sont des investisseurs institutionnels américains de premier plan, tels que CalSTRS et TIAA-CREF, ou encore l’assureur australien QBE. Ces derniers peuvent choisir d’être remboursés sous forme de coupons en cash ou sous forme de crédits carbone générés par le projet de protection du Corridor de Kasigau, au Kenya.
Pour accélérer le mouvement, le secteur public doit lui aussi investir davantage, notamment dans les pépinières et les accélérateurs de start-up afin de leur apporter le soutien financier et technique nécessaire, en particulier dans la phase de démarrage. L’idée est de créer un réseau d’acteurs agro-forestiers disposant des infrastructures, connaissances et moyens pour finaliser leur concept, produit ou société. Il devrait alors se mettre en place une transition progressive des systèmes de solidarité existants vers une économie de marché mixte, ce qui stimulera en retour les investissements.
La gouvernance de nos ressources naturelles et des recettes financières qu’elles génèrent constitue la pierre angulaire de tout changement structurel. Cette bonne gestion nécessitera des solutions appropriées sur quatre niveaux : continental, régional, national et local, les plus critiques étant le régional et le local, où il faut convaincre les acteurs d’adhérer à la démarche puis les former. Mais c’est le prix à payer pour faire advenir la transition agro-écologique tant attendue.

Les Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence

Je remercie le Cercle des économistes de m’avoir invité à cette nouvelle édition des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence. Invités exceptionnels et débat passionnant.

La vidéo de mon intervention lors de la table ronde : D’un monde d’inégalités à un monde de solidarités – coordonnée par Pierre Jacquet, membre du Cercle des économistes, et modérée par Béatrice Mathieu, Adjointe au rédacteur en chef du journal L’Express, avec Jacques Attali, Président de Positive Planet, Pierre-André Chalendar, Président Directeur Général de Saint-Gobain, Esther Duflo, Professeure à l’Institut de technologie de Massachusetts et Geoffrey Lamb, Conseiller Sénior de la Fondation Bill & Merinda Gates, est disponible en cliquant ici.

L’agriculteur, un entrepreneur comme les autres !

L’agriculture africaine n’est plus un mode de vie traditionnel, c’est un secteur industriel et commercial. Et comme n’importe quel autre secteur ouvert sur le monde, l’agriculture va croître, grâce à l’investissement et l’accès aux marchés. Le fermier africain, comme tout entrepreneur, et peut-être plus encore, doit tenir compte de la nature incertaine des cycles d’affaires. Le fermier est en effet à la merci des flux du marché et du changement climatique. Il devra pour réussir pouvoir accéder aux financements, gérer sa trésorerie et diversifier ses actifs, au risque sinon de mettre la clé sous la porte.

L’énergie, les idées et la motivation sont là mais toutes les bonnes idées ne seront pas financées. Le continent n’a pas encore produit suffisamment de petites entreprises productives et rentables dans ce domaine. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne compte à peine le quart du nombre total de petites entreprises comparables par rapport à l’Asie, à population équivalente. De plus, les niveaux d’emprunts du gouvernement entraînent une hausse des taux d’intérêt pour l’ensemble de la population. Les taux d’intérêt pour les agriculteurs dans certaines parties de l’Afrique de l’Est et de l’Ouest peuvent atteindre 20 à 45%. C’est sans surprise que la Banque mondiale a constaté que seulement 1% des agriculteurs nigérians ont emprunté pour acheter des engrais l’année dernière, vu la difficulté d’accès au crédit pour les petits agriculteurs. Mais la technologie mobile offre de nouveaux taux d’intérêts plus avantageux pour les agriculteurs. Les gouvernements et les investisseurs eux consentent aussi d’énormes investissements dans l’infrastructure et dans l’énergie, des initiatives facilitées par le Nepad.

Il existe également de nombreuses opportunités à exploiter pour réaliser des choses simples pour les marchés locaux. De meilleures compétences en gestion, une utilisation plus judicieuse des engrais sont des compétences clés qui peuvent être largement développées. Les semences hybrides, en particulier celles qui sont développées en Afrique pour les Africains, sont très prometteuses. Les gouvernements et les ONG enseignent déjà aux agriculteurs comment utiliser les nouvelles semences. Les guichets uniques tels que le Fonds caritatif One Acre, au Rwanda, fournissent à leurs clients des semences, des engrais, des savoir-faire et des crédits. Créer des installations pour permettre aux agriculteurs de stocker les récoltes en toute sécurité et la possibilité de réaliser la transformation agroalimentaire à proximité des fermes aidera à réduire les déchets et à procurer des emplois avec des rémunérations décentes.

Les réseaux sociaux sont également primordiaux pour le succès des agriculteurs entrepreneurs. Il existe une corrélation entre des réseaux sociaux solides et des activités commerciales prospères. Ces modèles de réussite doivent être signalés, surtout dans les domaines où il existe peu d’entreprises modèles, afin que les entrepreneurs potentiels puissent y trouver une inspiration.

Nous avons pu observer également un autre type d’agriculteurs, à travers la success story de Rotimi Williams, un entrepreneur nigérian de 35 ans qui produit du riz. Auparavant journaliste, Williams est le propriétaire de Kereksuk Rice Farm, la deuxième plus grande ferme commerciale de riz au Nigeria. Ayant vécu et travaillé à l’étranger pendant un certain temps, il est revenu au Nigeria sans formation agricole mais avec une forte volonté d’apprendre. Il a lu tous les articles qu’il pouvait trouver sur Google, puis est passé de la théorie à la pratique. Sa ferme de 45 000 hectares emploie aujourd’hui plus de 600 personnes et a basé son modèle sur l’approche culturelle des habitants pour l’agriculture.

L’agriculture est un véritable modèle d’entreprise, et la promotion des petites exploitations agricoles n’est pas contraire à la promotion d’une agriculture commerciale ambitieuse à grande échelle pour l’Afrique.

À défis mondiaux, solutions continentales ?

À l’heure où de plus en plus de voix se font entendre pour remettre en question l’Union européenne (UE), l’idée d’unité du Vieux continent, et surtout le fonctionnement de ses institutions, l’Union Africaine (UA) vient d’accepter un nouveau membre : le Maroc.

Cela démontre le pouvoir d’attraction de l’organisation continentale sise à Addis Abeba, laquelle a tout de même à son actif de nombreuses réalisations porteuses de stabilité et de développement. Il faut dire que l’UA a su se renouveler. De l’OUA des indépendances jusqu’à l’UA que nous connaissons aujourd’hui – en grande partie d’ailleurs inspirée de l’UE – il y a eu un véritable saut qualitatif dont on doit se féliciter.

Aujourd’hui, l’UA est un interlocuteur incontournable de la communauté internationale. Par elle, l’Afrique est capable de parler d’une seule voix dans les grandes arènes internationales, que ce soit sur le climat ou le commerce. L’union fait la force, comme dit l’adage, et il est incontestable que l’on est plus intelligent à plusieurs que seul. Mais l’union, surtout quand elle dépasse le simple cadre économique, n’est pas chose aisée : on le voit dans d’autres régions du monde au Moyen-Orient par exemple, mais aussi en Amérique du Nord où les divisions se multiplient…

En Afrique au contraire, l’unité continentale est aujourd’hui renforcée. Il est intéressant de souligner que même lorsque des pays se divisent, à aucun moment les nouvelles entités étatiques n’envisagent de quitter l’UA. Je pense notamment au cas le plus récent du Soudan du Sud. Le Maroc l’a bien compris qui revient dans le giron idéologique des pères fondateurs de l’Afrique, eux qui au lendemain des indépendances avaient voulu cette unité africaine parce qu’ils se rêvaient une communauté de destin et d’intérêts.

Déjà, avec le NEPAD ou la Banque africaine de développement (BAD), la vision du développement, les projets, les engagements sont envisagés à l’échelle du continent Nous avons réussi à produire un projet global africain où chaque pays voit son intérêt et peut espérer participer à son niveau à l’effort général. C’est vrai pour les infrastructures – rail, électricité – mais aussi pour la question sociale grâce à l’Agenda 2063. Celui-ci prévoit des mesures sur 50 ans pour stimuler une transformation socio-économique sur l’ensemble du continent. Un élément clé de cette transformation consiste à tirer pleinement profit du « dividende démographique » afin de faire en sorte que le progrès économique améliore la croissance, le développement social et le partage des richesses. C’est aussi le cas pour la santé avec la « Stratégie africaine pour la santé » et le « Cadre catalytique pour éliminer le Sida, la tuberculose et le paludisme en Afrique à l’horizon 2030 », mis en place par l’UA.

Il reste des progrès à faire notamment dans l’intégration, la libre circulation des personnes et des biens, mais en 15 ans, les progrès de l’UA sont assez extraordinaires.

Forte de ses valeurs, de ses ambitions et de ses atouts – croissance économique et démographique, ressources importantes, jeunesse dynamique -, l’Afrique aujourd’hui peut faire face aux défis que lui impose un monde en perpétuel changement en faisant front commun. À l’Onu par exemple les pays africains pèsent lorsqu’ils sont unis. Et c’est avec cette unité que nous pouvons aussi nous ouvrir au reste du monde. L’UA est notre maison, notre foyer, notre port d’attache. On peut se tourner vers d’autres zones géographiques, comme l’UE par exemple pour le Maroc et la Tunisie, ou bien comme les BRICS pour l’Afrique du Sud, mais à la fin nous savons d’où nous venons. C’est notre force.

Ces extensions de l’Afrique vers le reste du monde via des pays individuels, mais aussi grâce aux diasporas, est une force. Reste à faire en sorte que soit inscrit un principe de « partage diplomatique » ou d’accès préférentiel au sein des instances panafricaines. Nos partenaires sont déjà très présents : par exemple au conseil d’administration de la BAD, on trouve la France, le Royaume-Uni, les États Unis, le Japon et la Chine, entre autres. Ces États partenaires et amis de l’Afrique participent donc directement aux projets mis en œuvre par la banque continentale. Cela facilite l’action et rend plus efficace le partenariat.

Nos inégalités peuvent aussi être des forces : si les banques marocaines et sud-africaines en l’occurrence jouent leur rôle de répartiteur du capital, cela peut profiter aux autres pays et à leurs secteurs privés respectifs.

Intégrer la perspective panafricaine dans la réflexion ne peut que bénéficier aux acteurs sur ce marché immense qu’est devenu l’Afrique.

L’Afrique peut redéfinir sa place dans le monde, si elle joue collectif

Alors que s’achève le 29e sommet de l’Union africaine, qui a rassemblé pendant quelques jours tous les États de l’Afrique, je voudrais rappeler pourquoi il est essentiel de préserver et d’amplifier les liens qui nous unissent. Il y va tout simplement de la place de notre continent dans une mondialisation en pleine redéfinition. Depuis trop longtemps, ses populations et ses richesses ont été dispersées de par le monde sans qu’elle en tire un bénéfice durable. Il est impératif pour l’Afrique de s’émanciper enfin.

Souvent présentée comme le berceau de l’humanité, l’Afrique a non seulement permis de peupler le reste de la terre par vagues de migrations successives, elle a aussi contribué à l’approvisionner de multiples richesses, alimentant au passage des réseaux commerciaux et des trafics extrêmement lucratifs : les caravanes transsahariennes, le commerce triangulaire, les comptoirs coloniaux ou, plus récemment, l’or et le platine sud-africains ou le coltan congolais. Cette liste dit quelque chose de profondément dérangeant sur la place de l’Afrique.

Le continent a vécu au rythme des différentes périodes de la mondialisation sans pouvoir l’influencer ou la maîtriser. La question fondamentale est la suivante : comment l’Afrique pourrait-elle passer d’une intégration subie à une appropriation maîtrisée de la mondialisation, dans le but de réduire les inégalités dont elle est victime ? Y parvenir, c’est aussi le meilleur moyen d’offrir un avenir à sa jeunesse.

L’Afrique n’a pas le choix des règles, mais elle a le choix des armes

L’Afrique n’a pas le choix des règles, mais elle a le choix des armes. Plutôt que d’être un acteur passif de la mondialisation, il convient de prendre acte des règles du jeu et d’y participer en connaissance de cause.

Migrations et échanges commerciaux

C’est dans cette optique que, au début des années 2000, l’Afrique s’est mobilisée pour jeter les bases des institutions qui lui permettraient de parler d’une seule voix et de décider pour elle-même. Je pense à l’Union africaine et à l’institution que j’ai l’honneur de diriger, le NEPAD. Pour étayer mon propos, je voudrais parler de deux phénomènes complémentaires et indissociables : les migrations et les échanges commerciaux.

Un mot d’abord sur les flux démographiques, source de tragédies insupportables. Il est clair que ces flux détermineront une grande partie de l’avenir économique de l’Afrique et des évolutions politiques des pays riches. Les catastrophes à répétition que l’on constate en Méditerranée sont autant d’appels à une réflexion de fond sur ces questions.

Pourtant, je crois que notre attention est beaucoup trop largement accaparée par les migrations Sud-Nord, sans doute parce que les caisses de résonances médiatiques sont bien plus puissantes dans les pays riches. Je suis persuadé que le plus grand défi se joue à un tout autre niveau, avec un phénomène de migrations Sud-Sud de plus en plus dynamique.

Le levier de la libre-circulation des personnes

Les migrants qui quittent les pays en développement pour les pays développés forment toujours le premier contingent (119 millions), mais les migrations entre pays en développement ne cessent d’augmenter, si bien qu’elles représentent aujourd’hui 79,6 millions d’individus.

En tant qu’Africains, le premier levier sur lequel nous pouvons agir concerne donc la libre-circulation des personnes, indépendamment des politiques décidées au « Nord ». Les migrations répondent à un besoin d’une meilleure allocation des ressources : la force de travail se déplace là où elle peut trouver à s’employer.

Entraver ce mouvement, c’est courir le risque de voir des populations pauvres captives d’un cercle vicieux d’appauvrissement et les zones les plus dynamiques privées de force de travail. L’Afrique doit donc faire tomber ses frontières pour autoriser une libre circulation de ses populations.

Nouvelles routes migratoires

Face au phénomène de « saturation » en Occident, il est en outre probable que les migrants se dirigeront de plus en plus vers le Moyen-Orient et peut-être même l’Asie, d’autant plus que des pays comme la Chine et la Corée du Sud n’ont pas encore connu l’immigration de masse. Pourtant, ces pays auront à leur tour besoin de rajeunir leur population. Le débat doit aussi, tôt ou tard, inclure ces zones dans la réflexion.

Sur un plan économique, l’Afrique ne représente encore que 2,4 % des exportations mondiales (1,7 % pour l’Afrique subsaharienne) et elle est encore faiblement intégrée dans les chaînes de valeur mondiale pour les produits transformés.

Pourtant, à l’inverse, dans de nombreuses régions d’Afrique subsaharienne, le commerce extérieur, mesuré en termes d’importations et d’exportations de biens et de services, représente plus de 50 % du PIB.

Ce paradoxe souligne bien l’asymétrie dont est frappée l’Afrique dans ses échanges avec le reste du monde. Alors qu’elle n’y pèse guère, elle en est fortement dépendante pour sa prospérité.

Situation paradoxale

Il est vrai que l’avenir économique de l’Afrique continuera aussi de dépendre d’une réflexion qui lui échappe. La situation est paradoxale. En effet, si les marchés en Europe ou en Amérique du Nord sont ouverts aux exportations du continent, il reste encore trop de distorsions préjudiciables aux productions africaines, notamment pour les matières premières agricoles.

L’Afrique doit donc non seulement défendre ses intérêts d’une seule voix, mais aussi compter sur ses propres ressources et œuvrer à se réformer, à s’éduquer et à échanger avec elle-même.

En effet, de même que pour la difficile équation démographique et migratoire, il faudra à l’Afrique accélérer la mise en œuvre de ses marchés régionaux. C’est en jouant collectif qu’elle pèsera plus lourd dans l’économie mondiale.

En d’autres termes, la place de l’Afrique dans la mondialisation doit être pensée à long terme. Surtout, elle doit prendre en compte les nouveaux partenariats, les nouvelles solidarités. Où se dirigeront les Africains dans 30 ans ? D’où viendront réellement les flux d’investissement étrangers et les investisseurs privés ? Si nous ne nous posons pas cette question, nous ne parviendrons pas plus à tirer profit de notre démographie et de nos diasporas qu’à mettre en valeur nos ressources naturelles.

L’Afrique, une terre d’investissement en devenir

L’un des grands cabinets d’audit a récemment publié son index sur l’attractivité de l’Afrique pour 2017[1]. Ce rapport met en perspective l’évolution économique du continent de manière rigoureuse et détaillée, nous permettant d’éviter les deux écueils de l’afro-optimisme ou l’afro-pessimisme.

Il faut tout d’abord noter que 2016 a été la pire année en termes de croissance économique pour l’Afrique subsaharienne depuis 20 ans. Le continent a subi de plein fouet la fin du super cycle des matières premières, impactant particulièrement le Nigeria, l’Angola et l’Afrique du Sud. Les soubresauts géopolitiques de l’Occident comme le Brexit et l’élection de Donald Trump ont aussi contribué à diminuer ou du moins à faire stagner les investissements en provenance de ces pays qui sont d’importants investisseurs en Afrique. Toutefois, si le nombre de projets d’IDE a chuté de 12% en 2016, ils ont augmenté de 32% en valeur (atteignant les 94,1 milliards de dollars), ce qui en fait la seconde région de croissance des IDE au niveau mondial.

Évidemment, l’Afrique n’est pas un bloc homogène et on constate en réalité de grandes disparités entre les pays. Les trois grands pays impactés par la chute des matières premières cités précédemment sont l’arbre qui cache la forêt de jeunes pousses en pleine croissance, en Afrique francophone comme en Afrique de l’Est. Si le Maroc, l’Afrique du Sud, le Kenya, l’Égypte et le Nigeria captent à eux cinq l’essentiel des projets d’IDE (57%), d’autres hubs d’investissements apparaissent. Ainsi, le Ghana (4e), la Côte d’Ivoire (7e) et le Sénégal (9e) séduisent les investisseurs comme en témoigne leur classement dans cet « Africa Attractiveness Index ». De l’autre côté du continent, la croissance est également très forte avec une moyenne de 6% pour le Kenya, l’Éthiopie, la Tanzanie et l’Ouganda. Ces deux derniers étant dopés par les récentes découvertes de champs pétroliers et gaziers.

La nature ayant horreur du vide, l’Asie-Pacifique, en particulier la Chine, a comblé le recul des investissements en provenance des États-Unis et de la Grande-Bretagne. La Chine est désormais le troisième investisseur en termes de projets d’IDE en Afrique, avec la plus forte croissance en termes d’emplois créés. Notons également la percée du Japon qui a vu son niveau d’investissement et d’emplois créés augmenter de respectivement 757% et 106%.

Ces données, qui témoignent d’un enthousiasme réel des investisseurs pour le continent africain, restent à relativiser et à prendre avec du recul. L’Afrique ne capte encore aujourd’hui qu’une part insuffisante des IDE mondiaux (11,4%) au regard de sa population et de son potentiel. Longtemps convoité pour ses ressources naturelles, la diversification de l’économie africaine est en marche, portée par le dynamisme de secteurs comme les transports et la logistique ou encore l’automobile. Il est également inquiétant de constater que la part des projets d’investissement portés par des investisseurs africains continue à chuter depuis 2013, tombant à 15,5% en 2016. Ce qui contribue à dégrader la résilience de l’Afrique aux chocs externes sur l’économie.

Que l’Afrique soit attractive pour les investisseurs étrangers est une bonne chose, mais elle doit aussi devenir une opportunité pour les investisseurs africains eux-mêmes ! C’est pourquoi il nous faut redoubler d’efforts pour réaliser une intégration régionale renforcée et une politique de réduction des barrières aux échanges entre les pays du continent. L’Histoire a montré que ces choix menaient au développement économique, mais aussi à la stabilité politique, deux objectifs essentiels pour garantir le bien-être des populations.

[1] EY’s Attractiveness Program Africa, « Connectivity redefined », May 2017

Secteur formel contre secteur informel : vers la réconciliation

On oppose souvent, particulièrement en Afrique, secteur formel et secteur informel. N’est-il pas temps de voir l’économie dans toutes ses composantes et d’intégrer de plus en plus les secteurs informels de nos économies par des politiques intelligentes ?

Derrière ce mot un peu négatif de secteur informel – entendu comme toutes les activités échappant au contrôle de l’État, tant au niveau légal que social et fiscal, il y a des artisans, des mécaniciens, des tailleurs, des marchands, des chauffeurs de taxi, des maçons… en somme des gens, qui essaient de survivre tant bien que mal et se débrouillent pour gagner maigrement leur vie.

Pourtant, dans cette logique de survie au jour le jour, ils s’inscrivent aussi dans une précarité à moyen ou long terme. Que faire en effet lorsque l’on tombe malade alors que l’on n’a que son petit boulot pour gagner l’argent qui paiera la nourriture du jour ? Qu’arrive-t-il quand le travailleur informel, trop âgé, n’a plus la force de travailler ? On comprend facilement qu’il faut avant tout sortir de la logique de survie dans laquelle trop de nos concitoyens s’inscrivent, le plus souvent contre leur gré.

Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), le secteur informel représenterait en moyenne 55% du PIB cumulé en Afrique subsaharienne. Dans certains de nos pays, les travailleurs qui produisent cette richesse comptent parfois pour la majorité de la population active. Les chiffres manquent, mais dans un rapport consacré au secteur informel publié en mai dernier, le Fonds Monétaire International (FMI)[1] indiquait que l’informel représente entre 30 et 90% de l’emploi non agricole en Afrique subsaharienne.

Rappelons qu’il n’y a pas de frontière claire entre les secteurs formels et informels : des entreprises tout à fait légales peuvent en effet avoir recours à des contractuels informels pour certains travaux, sur un chantier de construction par exemple.

Et même le FMI, ancien pourfendeur du secteur informel, dans le rapport que nous venons de citer, montre que les temps ont changé et que le secteur informel peut être une opportunité de croissance pour nos économies. « Il ressort de l’expérience internationale que la part de l’économie informelle décroît quand le niveau de développement augmente; la plupart des pays subsahariens devraient donc conserver des secteurs informels importants pendant encore de nombreuses années, ce qui est à la fois une chance et un défi pour les responsables de la politique économique », indique le rapport.

Cela est d’autant plus vrai que le nombre de demandeurs d’emplois augmente de façon exponentielle et qu’une « lutte » contre le secteur informel priverait nos États d’une soupape de sécurité importante, surtout pour la jeunesse. Rappelons que pour absorber les nouveaux travailleurs, l’Afrique doit créer 122 millions d’emplois dans les dix prochaines années.

Le FMI ajoute que « pour les dirigeants, le défi consiste donc à créer un environnement dans lequel le secteur formel puisse prospérer, tout en offrant la possibilité aux travailleurs du secteur informel de conserver voire d’améliorer leur niveau de vie ». Faire entrer ces entreprises souvent individuelles ou familiales dans le droit commun n’est pas chose facile, mais il existe des moyens et surtout un argument de poids : entrer dans le système permet de lutter contre la précarité notamment si des politiques saines d’assurance de santé et de retraite accompagnent cette régularisation. En aucun cas les politiques ne doivent apparaître comme une surcharge fiscale des micro et très petites entreprises informelles. Les politiques doivent favoriser l’accès aux services bancaires et la productivité de ces entreprises, afin qu’elles créent plus d’emplois, payent des cotisations pour les salariés, et dans un second temps, viennent abonder les recettes fiscales de l’État.

[1]  Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne, 09 mai 2017.