Le train à grande vitesse n’attend plus en Afrique

Le train à grande vitesse a fait des percées remarquées à travers le continent. Une ligne de 300 km entre Tanger à Casablanca a été inaugurée au Maroc en novembre 2018. Le trajet prend trois fois moins de temps, deux heures au lieu de six auparavant, avec une hausse modérée du prix du billet. Le tronçon Abuja-Kaduna, une distance de 200 km entre deux villes du nord du Nigeria, peut se parcourir depuis 2016 en une heure. D’autres axes sont prévus entre Kaduna et Kano, puis Kano et Lagos. Des gains économiques en sont attendus, bien sûr, mais aussi sociaux et politiques. Le désenclavement du nord du pays contribuera à réduire le sentiment qui prévaut dans ces régions d’avoir été longtemps négligées, par rapport à un Sud pétrolier plus opulent.

Nombre de pays veulent également suivre l’exemple donné par le Gautrain, mis en service en 2010 entre l’aéroport international de Johannesburg et Pretoria. Cette ligne à grande vitesse, dont certains doutaient à ses débuts, transporte aujourd’hui 100 000 passagers par jour. Elle a réduit les embouteillages quotidiens dans la province du Gauteng, le cœur industriel de l’Afrique du Sud.

L’intégration économique de l’Afrique dépend d’abord de ses infrastructures de transport, encore marquées par les politiques d’aménagement du territoire de l’ère de la colonisation. Trop peu d’autoroutes se déroulent entre différents pays et trop peu de trains, sur les 90 000 km de réseau ferré que compte l’Afrique, permettent de traverser les frontières. Le réseau reliant l’Ouganda à la Tanzanie, l’Ethiopie à Djibouti ou l’Afrique du Sud au Zimbabwe restent l’exception plutôt que la règle. Comme au XXe siècle, le rail est axé sur le transport de marchandises et de matières premières entre le littoral et l’hinterland. La situation doit changer, pour que l’Afrique puisse enfin commercer avec elle-même, à grande échelle.

C’est pourquoi le réseau Réseau africain intégré de chemins de fer à grande vitesse (African Integrated High Speed Railway Network – AIHSRN) représente l’un des projets phares de l’agenda 2063 de l’Union africaine. La modernisation et l’extension des réseaux ferrés ne se fera pas sans les nouvelles technologies numériques, élément clé du transport « intelligent ». Or l’Afrique a déjà montré qu’elle était capable d’un « leapfrog » dans la téléphonie mobile et le mobile banking. Pourquoi n’en ferait-elle pas de même sur le rail, en passant directement aux technologies de pointe ?

À cette question, le premier Sommet digital du rail africain qui a eu lieu cette semaine au Cap, organisé par le Nepad et l’Union internationale des chemins de fer (IUC), a permis d’identifier de grands projets, de dresser une feuille de route et de redynamiser l’Union africaine des chemins de fer (UAC).

« Du Cap au Caire », tel était le grand projet de chemin de fer caressé par Cecil John Rhodes, Premier ministre britannique de la Colonie du Cap (1890-96). Aujourd’hui, ce sont les ministres des Transports de l’Afrique du Sud et de l’Egypte qui se retrouvent à la pointe sud du continent, avec d’autres homologues, pour porter leur vision d’une Afrique ferroviaire, en toute indépendance.

D’ici à 2063 : quatre grandes transitions auxquelles les gouvernements africains devraient prêter attention

Un nouveau rapport définissant la voie à suivre pour une véritable transformation de l’Afrique vient d’être publié. « Africa’s path to 2063 : a choice in the face of great transformations », développé par le Frederick S. Pardee Center, se distingue notamment par sa réflexion de long terme. Nous étions particulièrement fiers de travailler avec des chercheurs internationaux de haut niveau pour mieux comprendre les tendances de notre développement et la voie à suivre pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063, le cadre stratégique de l’Union africaine pour la transformation socio-économique du continent au cours des 50 prochaines années.

Ce rapport s’appuie sur un logiciel de prévisions quantitatives macro-intégré et révèle les principales transitions auxquelles l’Afrique sera confrontée d’ici à 2063. Quatre grands thèmes de transition sont identifiés : la transition démographique, la transformation du développement humain et de l’inégalité, la transformation technologique et la transformation environnementale.

Le document met l’accent sur ces transitions prévisibles qui devraient être discutées, planifiées et opérées afin d’accroître les opportunités de développement et afin de relever les défis actuels et futurs de l’Afrique. Par exemple, selon l’étude, la population africaine passera de 1,3 milliard à 3 milliards en 2063. Le rythme rapide de la croissance urbaine contraste avec la lenteur des transformations structurelles qui l’accompagnent. Une urbanisation maîtrisée apportera le développement économique, social et humain.

En outre, la croissance économique dans la majorité des pays africains a réduit l’écart de revenu par habitant par rapport aux pays développés, mais il a été constaté que, d’ici à 2063, l’inégalité entre les pays riches et les pays pauvres se creusera encore davantage. Il s’agit d’un appel urgent à créer rapidement des mécanismes de redistribution organisés par les États.

Le rapport conclut que le développement technologique aura un impact positif sur la croissance économique en Afrique. Bien que plus faible que dans d’autres régions, des progrès ont été enregistrés sur le continent, y compris dans les télécommunications qui constituent un marché à fort potentiel. Le Rwanda a considérablement amélioré ses rendements agricoles de 5,6 tonnes par hectare en 2007 à 9,6 tonnes en 2013. La technologie peut être associée à des politiques publiques efficaces.

L’une des principales préoccupations est que notre continent semble être l’un des plus vulnérables au changement climatique. Cela devrait encourager les États africains à adopter une agriculture respectueuse du climat et à prendre des mesures pour promouvoir les technologies vertes. L’évolution des formes de gouvernance permettra de faire face à ces transformations et aux multiples défis qu’elles impliquent. Les pays ont plus que jamais besoin d’adapter leur modèle pour plus de flexibilité et de participation de la société civile.

À cette fin, le rapport met en lumière quatre grandes transitions qui serviront de cadre aux gouvernements africains. Cela exige une compréhension des changements en cours et des choix politiques qui peuvent être faits pour promouvoir le développement tant attendu de l’Afrique. Les États africains, associés aux organisations régionales et continentales, ont les moyens, mais aussi le devoir, de tenir compte de ces transitions et de les inclure dans leur planification stratégique.

Un « leapfrog » alimentaire est possible en Afrique

D’ici à 2050, la planète devra nourrir 10 milliards de personnes en tenant compte de l’impact de la production alimentaire sur le climat. Autrement dit, il s’agira de produire assez pour tous sans épuiser l’eau, la terre et la forêt. Une gageure ? Pas forcément…

C’est ce qu’indiquent 37 experts de 16 pays, qui se sont penchés sur cette question très concrète : quels régimes nutritifs sains peuvent-ils être tirés d’une exploitation agricole durable ? Leurs réponses, assorties de cibles chiffrées à travers le monde, représentent une première. Elles se trouvent dans le rapport sur l’alimentation, la planète et la santé de la commission formée par l’ONG EAT Forum et la revue médicale britannique The Lancet.

Un régime sain pour l’homme et durable pour la planète, selon le rapport, porte pour moitié sur des fruits et légumes, puis des céréales et légumes secs (lentilles, fèves, noix, pistaches, etc) et entre 0 et 186 grammes de viande par jour. Le document est déjà sorti en Australie, aux États-Unis et en Indonésie, où il a fait déjà fait couler de l’encre. Il fait aujourd’hui l’objet d’un lancement africain, en marge du 32esommet de l’Union africaine, en partenariat avec le Nepad.

Les défis restent colossaux, en fonction du contexte de chaque région du monde. En Afrique, le tableau s’avère contrasté. Pas moins de 59 millions d’enfants souffrent de malnutrition chronique, tandis que 9 millions se trouvent au contraire en surpoids. Le Sahel, les Grands lacs et Madagascar restent les régions les plus exposés à l’insécurité alimentaire. En même temps, des maladies de pays riches se répandent à la faveur de l’urbanisation, de l’essor des classes moyennes et du changement des habitudes alimentaires. Obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires et cancer sont en progression.

Bonne nouvelle cependant : l’Afrique est l’une des rares région du monde, souligne le rapport EAT Lancet, où la consommation de légumes s’avère plus importante que le niveau recommandé, et celle de protéines animales inférieure au maximum souhaitable. De l’Égypte à l’Afrique du Sud en passant par le Rwanda, céréales et protéines végétales tirées des fèves, pois, haricots et autres légumes secs entrent déjà dans la composition des plats quotidiens.

Personne n’en a encore pleinement conscience, mais sur le plan alimentaire, un « leapfrog » est possible sur le continent. Ce « saut de grenouille » est déjà bien connu des observateurs du secteur des télécommunications. L’essor de la téléphonie mobile s’est opéré sans passer par l’étape de la généralisation des lignes fixes, comme dans les pays industrialisés. En adaptant dès à présent sa consommation et son agriculture au climat, le continent pourrait sauter une autre étape importante : celle de l’agro-alimentaire industriel des pays du Nord, avec ses effets néfastes pour la santé et l’environnement.

Il sera possible, conclut le rapport EAT Lancet, de nourrir la planète sans dommages sur le climat, à plusieurs conditions. La consommation de protéines végétales doit augmenter partout, pour voir baisser la part des protéines animales. Il faudra aussi réduire de moitié les volumes de nourriture jetée chaque jour dans le monde, ainsi que les récoltes perdues – un problème crucial en Afrique. La recette, désormais, se trouve entre nos mains. À chacun d’entre nous de donner l’exemple.

La présidence de la Banque mondiale doit être confiée à un Africain

Tribune. Si l’annonce de la démission de l’Américain Jim Yong Kim de la présidence de la Banque mondiale, lundi 7 janvier, a pris tout le monde de court, le débat qui en a découlé est resté sans surprise. Très vite, des rumeurs ont commencé à circuler sur son potentiel successeur, avec son lot d’hypothèses, parfois sérieuses, souvent extravagantes. Ces hypothèses avaient néanmoins toutes un point commun : la nationalité américaine des candidats. En effet, une règle non écrite bien connue veut que le président de la Banque mondiale soit un Américain. Une tradition qui reflétait bien le monde du XXe siècle mais qui est un miroir déformant des réalités du XXIe siècle.

Lorsque la Banque mondiale a été fondée, en 1944, l’Occident dominait la mondialisation économique, avec les Etats-Unis en architectes du nouvel ordre mondial. En 1991, la chute de l’URSS semblait confirmer la victoire sans appel du libéralisme politique et économique, consacrant l’hyperpuissance américaine. A l’aube du XXIe siècle, les bailleurs de fonds occidentaux et les institutions de Bretton Woods dictaient encore la voie à suivre pour le développement des pays d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie. Certains observateurs sont allés jusqu’à parler de « fin de l’histoire »…

Lire la suite via Le Monde Afrique

Donnons la parole aux jeunes pour réaliser l’Afrique que nous voulons

L’Afrique de demain sera faite des rêves des enfants d’aujourd’hui. À quoi aspirent-ils ? Quelles sources d’inspiration les politiques publiques pourraient-elles tirer de cette force de proposition ? Le concours d’écriture sur « L’Afrique que nous voulons », lancé cette année par le Nepad, vise précisément à puiser dans ce gisement d’énergie créatrice. Les jeunes Africains ont jusqu’au 28 février pour écrire leurs idées et formuler leurs propositions, lesquelles doivent permettre d’impacter positivement les sociétés, dans le droit fil de l’impératif de transformation que s’est fixé l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Les lauréats seront annoncés lors d’une cérémonie qui se tiendra en avril à Johannesburg, en Afrique du Sud.

L’essor de la jeunesse africaine, on le sait, fournit des motifs d’inquiétude au Nord comme au Sud. Le nombre de 15-24 ans passera de 327 à 531 millions entre 2010 et 2065, selon les projections des Nations unies. À lui seul, ce chiffre représente à la fois une promesse de croissance, mais aussi de défis. L’Europe redoute d’importantes vagues migratoires en provenance du continent. De leur côté, les responsables africains savent bien que les jeunes, dans leur immense majorité, rêvent tout simplement d’une vie décente chez eux. Aussi leur arrivée massive sur le marché du travail rend-elle le développement et l’accès à l’emploi plus urgents que jamais. Si l’Afrique veut tirer parti de son dividende démographique, consulter sa jeunesse représente une première étape indispensable.

D’ores et déjà, les 15-25 ans se font de plus en plus entendre, et pas seulement dans les mouvements citoyens que l’on voit essaimer de manière transversale. Quelques exemples, choisis parmi des milliers d’autres, en attestent et ce dans tous les domaines. Chris Chukwu, activiste, se bat ainsi contre la corruption au Nigeria dans le cadre du réseau Young African Leaders Initiative (Yali). Aminata Namasia Bazego, à 25 ans, vient d’entrer au Parlement de la République démocratique du Congo (RDC), où elle est la plus jeune députée. Arthur Zang, ingénieur camerounais, a inventé le Cardiopad en 2014, à 24 ans. Cette tablette tactile à usage médical a fait parler d’elle à travers le monde. Elle permet aux cardiologues, trop rares au Cameroun, de suivre leurs patients à distance.

Ancillar Mangena, une journaliste zimbabwéenne, s’est déjà vue décerner de nombreux prix alors qu’elle n’est pas trentenaire. Elle a repéré pour le magazine Forbes Africa les Africains de moins de 30 ans les plus dynamiques dans les milieux des affaires, de la technologie et des arts. Le résultat de son enquête porte sur une liste de 90 « role models », des exemples de réussite que la journaliste décrit comme les « milliardaires de demain ». C’est pour enclencher et soutenir de tels cycles vertueux qu’il faut dès maintenant transformer les mentalités au sujet de nos « cadets sociaux ». Car les jeunes sont encore trop souvent considérés comme des « petits » n’ayant pas voix au chapitre. Le temps est venu de les écouter. Car les mutations en cours, rapides, dépendent déjà de leur génération.

Perspectives de croissance en Afrique : la qualité importe plus que la quantité

La Banque africaine de développement vient de publier ses Perspectives économiques en Afrique. L’institution panafricaine basée à Abidjan prévoit que le PIB de l’Afrique devrait augmenter de 4 % cette année, contre 3,5 % en 2018. Ce taux devrait s’accélérer pour atteindre 4,1 % en 2020. Si les perspectives macroéconomiques de l’Afrique s’améliorent indubitablement après plusieurs années de vents contraires, je voudrais alerter sur la nécessité de rester prudent.

D’abord parce que les chiffres sont encore bien en deçà de la moyenne de plus de 5 % que le continent a connue au cours de la décennie précédant la crise des matières premières de 2015, et sont insuffisants pour faire reculer la pauvreté et créer des emplois, comme le souligne très justement le rapport. Malheureusement, depuis des années, la croissance du PIB sur le continent ne se traduit pas en développement économique, en raison d’un manque de réformes structurelles. On ne peut éluder le fait que l’Afrique abrite toujours près de 400 millions de personnes vivant dans une extrême pauvreté. Et que sa part dans le PIB mondial ne dépasse pas les 3%.

En outre, selon l’Indice Ibrahim 2018 de la gouvernance africaine, les opportunités économiques pour les citoyens africains ne se sont améliorées que de 0,2% depuis 2008, malgré une croissance de 40% du PIB du continent. La création d’emplois a augmenté de 1,8% par an entre 2000 et 2014 selon les perspectives de la BAD, soit une croissance inférieure à celle de la population active, estimée à 3% par an. Dans un contexte démographique où 440 millions de jeunes Africains arriveront à l’âge de chercher un emploi dans les quinze prochaines années, il est plus qu’urgent d’agir.

Or il est inquiétant de constater que l’Afrique compte encore trop peu d’exemples de décideurs politiques déterminés sur la voie de la réforme structurelle. La nécessité de réformer s’intensifie dans un contexte de risques croissants liés aux tensions commerciales et à la vulnérabilité de la dette, sujets que j’ai déjà eu l’occasion d’aborder sur ce blog. Je m’inquiète même que les chiffres de croissance économique favorables présentés par la Banque africaine de développement ne rendent complaisants certains décideurs politiques qui peuvent faire valoir ces bonnes performances pour justifier l’inaction.

Comme le dit l’adage en Afrique : la croissance ne se mange pas. Pourtant, ce n’est pas une fatalité : nombreux sont les pays où la croissance « se mange ». De fait, l’Afrique a besoin d’une meilleure croissance, pas seulement d’une croissance plus forte. Pour l’obtenir, les solutions sont bien connues : réformes structurelles, intégration régionale, investissements dans l’éducation et les infrastructures, pour l’instant largement insuffisants si nous voulons former et donner toutes ses chances à la prochaine génération. C’est une responsabilité collective qu’il nous faut assumer ici.

Enfin, c’est aussi la responsabilité des élites politiques de créer la richesse économique qui nous permettra de nous émanciper de l’aide au développement dont nous sommes encore dépendants. Trop nombreux sont ceux qui l’ignorent, mais 80% de nos États pourraient aujourd’hui s’en passer. Je n’entends pas me placer « contre » cette aide, mais j’aimerais rappeler qu’elle est par définition transitoire. Or la nature de la croissance que nous créons en Afrique risque de nous maintenir dans cet état de dépendance. Il y a aujourd’hui véritablement urgence à réfléchir ensemble à créer les conditions d’une « croissance qui se mange » !

« Avec un « Erasmus » africain, nous pourrions unir la jeunesse autour d’un même projet »

Tribune. Nelson Mandela disait que « l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». Cette citation s’applique sans nul doute en premier lieu à l’Afrique. Au-delà des constats habituels sur l’absolue nécessité d’éduquer la jeunesse africaine, domaine dans lequel il nous reste d’immenses progrès à accomplir, je voudrais proposer ici une idée qui permettrait d’enraciner encore plus durablement le projet panafricain, tout en renforçant les opportunités d’emploi pour notre jeunesse : la création d’un programme d’échange étudiant au niveau du continent. Je crois que les effets positifs d’une telle initiative seraient innombrables.

Erasmus, le programme dont l’Afrique pourrait s’inspirer, a été mis en œuvre en Europe il y a un peu plus de trente ans. Le dispositif a permis à plus de 5 millions d’étudiants européens d’étudier durant six mois ou un an dans un autre pays de l’Union européenne (UE). Nommé ainsi en hommage à Erasme, l’une des plus grandes figures intellectuelles européennes, le programme est passé de 11 à 33 pays et s’adresse désormais aussi aux élèves du primaire et du secondaire, aux lycées professionnels et même aux demandeurs d’emplois. L’UE a même déjà commencé à orienter ce programme vers l’Afrique avec l’aide de la France. Le projet vise avant tout à favoriser la mobilité étudiante entre la France et l’Afrique, mais comporte un premier volet d’aide à la coopération régionale intra-Afrique. Il me semble que ce type d’initiative devrait aussi, et même avant tout, émaner de notre continent.

Article complet via Le Monde 

Favoriser le régionalisme africain à travers le développement des transports

Chaque année, l’Afrique progresse, lentement mais surement, vers une meilleure intégration politique et économique. De nombreux chantiers sont en cours, à l’image de la mise en place de la zone de libre-échange continentale (ZLEC) ou encore du Single African Air Transport Market. Il faut dire qu’aujourd’hui, le potentiel du commerce intra-africain reste encore sous-exploité, représentant seulement 12% du commerce total de l’Afrique. Et l’une des premières causes de la faiblesse de ses échanges commerciaux intracontinentaux reste des coûts de transport plus élevés que dans d’autres régions.

Dans une récente note de recherche, intitulée « Régionalisme en Afrique : Coûts de transport soft and hard », l’Agence française de développement (AFD) illustre justement l’existence d’un lien de causalité entre le niveau des coûts de transports et les faiblesses du régionalisme en Afrique. Sur le plan tarifaire, les chercheurs estiment que si les pays africains ont effectivement baissé les tarifs sur les produits de leurs partenaires commerciaux, leur niveau moyen reste plus élevé en Afrique que dans le reste du monde. Mais de nombreux autres obstacles participent à ces coûts du commerce comme des régulations excessives ainsi que des délais d’attente aux frontières et dans les ports préjudiciables pour les entreprises.

Cette note se focalise principalement sur l’analyse des mesures de facilitation du commerce (soft) et les indices de la performance logistique (hard), deux dimensions distinctes des coûts de transport. Dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale, le point de vue des entreprises est présenté à travers leur perception de la régulation et des capacités institutionnelles par exemple, constituant des indices soft. À l’inverse, le Logistic Performance Index (LPI) se base sur six aspects beaucoup plus quantitatifs et concrets (hard) comme la capacité à suivre les transports ou la fréquence à laquelle les envois arrivent en temps et en heure à bonne destination. Mêlant ces différentes données issues de la Banque mondiale, la conclusion est la même sur les deux aspects : l’Afrique est en queue de peloton, même par rapport à d’autres régions émergentes.

Il y a donc urgence à agir pour désenclaver les pays africains entre eux à travers un grand nombre de mesures. Notre continent a tout à gagner à ce que les marchandises « circulent mieux dans un espace plus intégré » et que « des chaînes de valeur » puissent « se mettre en place au niveau africain avant de rejoindre les circuits internationaux ». L’importance à accorder au secteur des transports et à la performance logistique est donc décisive pour permettre à l’Afrique d’augmenter la taille de ses marchés et de réaliser des économies d’échelles.

En parallèle, l’intégration régionale doit prendre corps au niveau institutionnel et réglementaire, pour décongestionner nos frontières et nos ports par l’harmonisation de nos politiques douanières. S’il parvient à combler ce retard, notre continent sera en capacité de générer un surplus d’intégration et donc de croissance économique, dont les gains profiteront à nos populations et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Il ne nous reste plus qu’à prendre ensemble, nous pays africains, la route de l’intégration régionale en brisant les barrières qui entravent nos relations commerciales.

Infrastructures, agriculture, tuberculose : une semaine à New York sous le signe de l’action

Je voudrais partager avec vous quelques impressions de New York, où je me suis rendu pour représenter l’Agence du NEPAD à la 73èmesession de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette semaine fut riche en événements et en échanges. Ma rencontre avec Rodger Voorhies, le directeur exécutif de la Fondation Bill et Melinda Gates, a permis d’évoquer le programme d’accélération de la croissance agricole en Afrique, porté par l’Agence du NEPAD, et de réfléchir aux opportunités de partenariat autour du projet AATS (Africa Agriculture Transformation Scorecard– les « fiches d’évaluation de la transformation agricole en Afrique). La rencontre avec le Dr Andrew Steer, président du World Resource Institute, qui collabore avec l’Agence du NEPAD sur le programme AFR100 pour restaurer 111 millions d’hectares de terres arables en Afrique à l’horizon 2030, a été l’occasion de faire le point sur l’avancement de ce partenariat stratégique. Enfin, l’approfondissement du dialogue entre l’Agence du NEPAD et le bureau régional du PNUD en Afrique a été au cœur de mes chaleureux échanges avec la nouvelle directrice générale de cette institution, Ahunna Eziakonwa.

Notre continent, l’Afrique, a reçu un hommage particulier à New York. Cette 73èmesession de l’Assemblée générale était en effet dédiée à la mémoire du plus inspirant de nos leaders, Nelson Mandela, dont nous célébrions le centenaire de la naissance. Après l’Union africaine, qui avait honoré « Madiba » lors du sommet de Nouakchott des 1eret 2 juillet dernier, c’était donc au tour de l’ONU d’invoquer l’héritage du père de la Nation sud-africaine : l’Assemblée générale a proclamé la décennie 2019-2028 « Décennie Nelson Mandela pour la paix ». Mandela est devenu un symbole universel, qui transcende les frontières, les continents et les époques. C’est évidemment une fierté pour tous les Africains.

Nous pouvons et devons donner l’exemple : à rebours d’un discours misérabiliste tendant à présenter notre continent comme celui des crises, comment ne pas souligner qu’une des meilleures nouvelles récentes pour la paix est venue d’Afrique : la réconciliation entre l’Ethiopie et l’Erythrée, qui ont décidé de surmonter leur contentieux territorial pour mettre un terme à un conflit vieux de 20 ans. Cette nouvelle ouvre des perspectives pour la relance de l’intégration régionale, qui a connu un coup d’accélérateur avec la création de la ZLEC, la Zone de libre échange continentale. La ZLEC sera un processus long, mais elle apparaît déjà comme une concrétisation tangible de l’idéal panafricain. Le président du Rwanda et président en exercice de l’Union africaine, Paul Kagamé, l’a justement rappelé lors de son discours à la tribune de l’ONU…

Mais l’intégration africaine passera par les infrastructures et, à ce sujet, une rencontre cruciale sur leur financement a été organisée à l’initiative du Nepad, le 25 septembre, au Nasdaq de New York. Notre agence coordonne la participation du secteur privé aux grands projets structurants du PIDA (Program for Infrastructure Development in Africa). Cette réunion a permis de sensibiliser et de mobiliser les secteurs financiers africain et international. Nous encourageons les fonds de pension africains à consacrer au moins 5% de leur portefeuille d’investissements (qui s’élève à 1,1 trillion de $) aux infrastructures, notamment à travers les PPP. Nous devons être exemplaires si nous souhaitons être accompagnés par nos partenaires internationaux !

L’Agence du NEPAD est aussi pleinement engagé dans la lutte contre la tuberculose, qui a tué 2,6 millions d’Africains en 2016. La rencontre de haut niveau « Unis pour mettre un terme à la tuberculose : une réponse continentale », que nous avons organisé le 25 septembre, a permis aux gouvernements africains, à leurs partenaires et aux grands donateurs de renouveler leur engagement à combattre ce fléau à travers la coopération multilatérale. Nous sommes convaincus que seule une réponse continentale et multidimensionnelle, associant étroitement tous les acteurs, publics et privés et les populations, est pertinente pour trouver une solution à ce drame.

Mais il faut également pouvoir réagir face aux urgences et aux crises sanitaires qui se jouent des frontières. C’était l’objet du second dialogue humanitaire organisé sous l’égide de l’Agence du NEPAD, le 28 septembre à New York, dans le cadre de son initiative Move Africa, qui vise à mettre en place des corridors permettant d’accélérer et de faciliter le travail des organisations humanitaires ».

Toutes ces initiatives témoignent de la volonté de l’Union africaine et de l’Agence du NEPAD : agir le plus concrètement possible pour créer les fondations d’un futur meilleur pour notre Continent. Nous y reviendrons.

Que faire pour lutter contre la mortalité infantile en Afrique ?

Alors que la mortalité infantile est en recul dans le monde, il reste encore de nombreux progrès à accomplir dans ce domaine, en particulier en Afrique. Selon le dernier rapport conjoint de l’UNICEF, de l’Organisation mondiale de la Santé, de la Division de la population des Nations Unies et de la Banque mondiale, ce sont encore 6,3 millions d’enfants qui sont morts l’an dernier dans le monde, dont près de la moitié en Afrique subsaharienne. Bien sûr, ce chiffre est à rapporter aux 14,3 millions de décès d’enfants enregistrés dans le monde en 1990, mais il souligne également le fait que l’Afrique, elle, n’a pas beaucoup progressé. Il témoigne des insuffisances existant encore en termes d’accès aux soins d’urgence, de prise en charge des maternités, d’accès aux médicaments de base, et de respect de règles d’hygiène élémentaires.

Il convient de noter qu’au cours de la même période, le PIB mondial en parité de pouvoir d’achat (en dollars constants de 2011) est passé de 47 199 milliards de dollars à 112 261 milliards de dollars, soit 2,37 fois la richesse mondiale en 28 ans. La corrélation entre l’amélioration du niveau de vie et la baisse de la mortalité infantile est à double sens. La baisse de la mortalité infantile se traduit par une augmentation de la population active et de la production nationale. Ce résultat dénote également une constance dans l’application de mesures destinées à améliorer le confort de vie des populations, et s’explique notamment par une transition démographique bien gérée.

 En effet, le taux de mortalité infantile est empiriquement plus élevé dans les sociétés où il y a plus d’enfants, entre lesquels se répartissent des ressources financières et médicales limitées, ce qui entraîne une diminution des ressources disponibles pour chaque enfant. Pour un même revenu, la concentration des ressources sur un plus petit nombre d’enfants permet une prise en charge plus efficace et de meilleures chances pour chaque enfant d’atteindre l’âge adulte dans de bonnes conditions. Mais le facteur clé de la transition démographique a toujours été l’augmentation du niveau de vie et non une baisse contrôlée du taux de natalité, même en Chine.

 En Afrique subsaharienne, où une vaste majorité de la population reste dépendante des travaux des champs non mécanisés (jusqu’à 70%), le nombre d’enfants est étroitement lié à la productivité de l’unité familiale. C’est pourquoi la transition démographique et ses bénéfices en termes de santé infantile tardent à se faire sentir. Cela explique pourquoi l’Afrique subsaharienne porte encore une part disproportionnée des décès d’enfants dans le monde. Alors que le PIB mondial augmentait, le PIB de l’Afrique subsaharienne augmentait plus lentement, passant d’une parité de pouvoir d’achat constante de 1 300 milliard de dollars en 1990 à 3 574 milliards en 2017. Dans les pays à revenu élevé, un enfant sur 185 est mort avant son cinquième anniversaire. Le chiffre est de un enfant sur treize en Afrique subsaharienne.

 Ceci est d’autant plus inacceptable que les solutions à ce fléau sont bien connues et « faciles » à mettre en œuvre. La plupart de ces décès pourraient être évités grâce à la vaccination, l’assainissement et un meilleur accès aux médicaments de base. Il est donc nécessaire de repenser l’ensemble du système sanitaire et hospitalier : l’éducation, l’hygiène, la formation de médecins spécialistes et généralistes compétents. Il faut également compléter la pyramide sanitaire par un maillage plus efficace des territoires en centres de soins, cliniques, hôpitaux régionaux et nationaux.

 L’expérience des pays africains qui ont essayé avec succès telle ou telle solution devrait être reproduite. Apprenons de nos propres expériences ! Par exemple, la propagation des antibiotiques au Niger a permis de réduire de façon significative le taux de mortalité infantile, peut-être jusqu’à 25 %. Au-delà des solutions techniques, ce sont parfois les mentalités qui doivent encore changer, comme l’illustre la crise d’Ebola en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria en 2015, où de simples changements dans les rites funéraires ont joué un rôle essentiel dans l’éradication de l’épidémie.