Allier le public et le privé pour assurer l’essor rural

L’Afrique a récemment connu un épisode exceptionnellement long de croissance forte. Malheureusement, elle n’est pas parvenue à assurer un partage équitable des bénéfices générés. Maintenant, elle se trouve dans un contexte de baisse des prix des matières premières et de ralentissement économique.
Cet état de fait peut être vécu comme une contrainte, mais j’aimerais plutôt que nous le considérions comme une opportunité. En effet, il va pousser les acteurs publics et privés à être plus innovants afin de débloquer de nouvelles sources de croissance et d’emplois, permettant une meilleure diffusion des richesses.
Relever ce défi dans le monde rural est crucial. De fait, la situation est très paradoxale : l’Afrique importe l’équivalent de 50 milliards de dollars de nourriture chaque année, alors même que plus de la moitié des terres arables non cultivées sont sur le continent et que 60 % de la population vit encore en zone rurale ! L’exploitation du potentiel agricole est donc essentielle si nous voulons être capables d’alimenter quelque 2,5 milliards d’habitants d’ici à 2050.
Pour y parvenir, il faut adopter des outils et des politiques territoriales assurant aux zones rurales les mêmes possibilités que les centres urbains. Cela signifie encourager les investissements responsables, faciliter l’accès des femmes et des jeunes aux facteurs de production (formation, terre, eau, finances, énergies renouvelables), mais aussi aux marchés et à des revenus reflétant leur travail.
Des signes, prometteurs, montrent que les capitaux privés trouvent déjà leur chemin vers des modèles de développement plus inclusifs. La « conservation finance », autrement dit le « financement de conservation de la nature», est en plein essor en Amérique latine et en Afrique, avec des projets intéressants au Sénégal, au Kenya, à Madagascar…
Ces mécanismes d’investissement permettent de capter les flux générés par la gestion durable d’un écosystème. Une partie des fonds reste sur place pour son entretien, l’autre est rendue aux investisseurs. Autre initiative, la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale, a procédé l’année dernière à sa première émission d’obligations forestières, à hauteur de 152 millions de dollars.
Les souscripteurs sont des investisseurs institutionnels américains de premier plan, tels que CalSTRS et TIAA-CREF, ou encore l’assureur australien QBE. Ces derniers peuvent choisir d’être remboursés sous forme de coupons en cash ou sous forme de crédits carbone générés par le projet de protection du Corridor de Kasigau, au Kenya.
Pour accélérer le mouvement, le secteur public doit lui aussi investir davantage, notamment dans les pépinières et les accélérateurs de start-up afin de leur apporter le soutien financier et technique nécessaire, en particulier dans la phase de démarrage. L’idée est de créer un réseau d’acteurs agro-forestiers disposant des infrastructures, connaissances et moyens pour finaliser leur concept, produit ou société. Il devrait alors se mettre en place une transition progressive des systèmes de solidarité existants vers une économie de marché mixte, ce qui stimulera en retour les investissements.
La gouvernance de nos ressources naturelles et des recettes financières qu’elles génèrent constitue la pierre angulaire de tout changement structurel. Cette bonne gestion nécessitera des solutions appropriées sur quatre niveaux : continental, régional, national et local, les plus critiques étant le régional et le local, où il faut convaincre les acteurs d’adhérer à la démarche puis les former. Mais c’est le prix à payer pour faire advenir la transition agro-écologique tant attendue.

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One thought on “Allier le public et le privé pour assurer l’essor rural

  1. Pourquoi après presque 60 ans d’indépendance , nous ne parvenons pas à nous nourrir ? Le Sénégal continue d’importer presque tout le riz consommé localement, alors que il existe 240.000 ha de terres irrigables le long du fleuve Sénégal . La solution est entre nos mains avec des milliers de jeunes sans emplois et des milliers de diplômés de toute sortes . Problème politique ou quoi ?

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