Afrique du Sud, Nigeria: transformer la croissance en richesse pour tous

Depuis quelques jours les économistes et les analystes se réjouissent prudemment que deux locomotives économiques de l’Afrique renouent avec des taux de croissance positifs. Le Nigeria et l’Afrique du Sud, qui se disputent depuis des années la place de première économie du continent, connaissent il est vrai un taux de croissance en hausse : respectivement 0,55% et 2,5%. Ces chiffres sont positifs, mais est-ce suffisant ? Ces statistiques ne sont qu’un reflet d’une situation à un instant donné, l’expression de quelques performances intéressantes dans certains domaines, notamment les matières premières agricole ou minérales.

L’agence économique Bloomberg nous explique d’ailleurs à ce propos que « les deux économies doivent surtout ce rebond de croissance à l’agriculture: en Afrique du Sud, une médiocre récolte de maïs a fait suite à la pire sécheresse depuis plus d’un siècle, le secteur a toutefois grimpé de 34% par rapport au trimestre précédent, tandis qu’au Nigeria, où l’agriculture compte à égalité avec l’industrie comme principal contributeur au PIB, le secteur a augmenté de 3% par rapport à l’année précédente, même si le pays est en période de semence ».

Dans ces deux pays, comme dans d’autres, la croissance reste fragile. Une légère variation d’un cours mondial (céréales, pétrole par exemple) peut faire chuter l’économie. La situation politique, la sécurité influent également sur les investissements, et donc sur la capacité de croissance. Et puis la situation de ces deux pays est bien différente : le Nigeria est le premier producteur de pétrole brut et le pays le plus peuplé d’Afrique aujourd’hui et a besoin d’au moins 3% de croissance rien que pour absorber la croissance de sa population. Je ne parle même pas de créer suffisamment d’emplois pour tous les jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

L’Afrique du Sud reste le pays le plus industrialisé du continent, mais sa population, donc son marché n’est pas très important. Le pays dispose déjà d’infrastructures importantes, notamment des centrales nucléaires de production électrique, et de ressources naturelles importantes, mais est-ce suffisant pour maintenir un fort taux de croissance qui assure à tous une amélioration du niveau de vie ?

Le lien entre croissance et mieux-être des populations, qui pourrait paraître évident, n’est pourtant pas une règle absolue. L’exemple du Nigéria est édifiant, car si le pays sort enfin d’une des pires phases économiques de son histoire, il convient de rappeler qu’entre 2004 et 2010, quand son économie croissait en moyenne de 8,32% par an, les observateurs avaient constaté avec surprise que le niveau de pauvreté croissait, passant de 54,7 à 60,9% de la population.

La croissance de l’économie ne signifie pas, en effet, une équitable répartition de la richesse. Le Nigeria ne fait pas exception à une tendance que l’on retrouve ailleurs à savoir l’accroissement de l’écart entre les très riches et les très pauvres, et l’augmentation importante de ces derniers sur le continent.

Seuls des programmes de maintien de la croissance sur le long terme, et de redistribution équitable des fruits de cette croissance peuvent permettre une amélioration de la situation dans la durée.

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